Canons à neige et folie douce

30 novembre 2016

Aurons-nous de la neige en hiver ? Dans les Alpes ? Dans les autres montagnes de France, d’Europe, du monde ?

Je contemple Courchevel, de l’autre côté de la vallée que j’habite. La station fait cracher des dizaines de canons à neige… Je sais : selon le vocabulaire officiel, on ne dit pas « canon à neige », mais « enneigeur ». On ne parle pas de « neige artificielle », mais de « neige de culture ». La litote ou la novlangue n’ont pas fini de nous reformater les neurones.

Au XXIe siècle, le principal problème des stations d’hiver est évidemment climatique. Voici des années que je le répète, que je le serine, que je le martèle aux responsables locaux, régionaux ou nationaux : dans nos montagnes, nous perdons, en tendance, chaque année un jour d’enneigement et un centimètre d’épaisseur de neige cumulée. Cela semble minime à ceux qui ne voient que le bout de leur nez. Mais un jour par an, au bout de trente ans, cela fait un mois complet, soit le quart de la saison d’hiver actuelle ! Un manque à gagner inquiétant…

Les canons à neige paraissent être « la » solution. Mais seulement aux yeux des naïfs ou des bétonneurs… Ils exigent d’énormes réserves d’eau en altitude, donc des barrages (des « retenues collinaires », dit la novlangue). Ils consomment de grandes quantités d’énergie (d’électricité) : seules les plus riches stations peuvent se les payer. De toute façon, pour fonctionner, ils ont besoin qu’il fasse froid (si possible, moins de 0 degré Celsius) et que l’atmosphère soit bien sèche (l’idéal : un taux d’hygrométrie de 20 %).

Or, le réchauffement climatique sévit en altitude deux fois plus intensément qu’en plaine. Cela signifie moins d’eau qui tombe du ciel, ou de l’eau qui arrive sous forme de pluie au lieu de neige, et qui dévale trop vite la pente. Cela veut dire aussi un excès de chaleur qui s’oppose à toute tentative de fabriquer encore et toujours la fameuse neige « de culture »…

Les stations françaises aujourd’hui en activité fonctionneront-elles encore dans trente ans ? J’en doute pour celles qui sont édifiées à basse altitude – autour de 1 000 mètres, soit la quasi-totalité de celles du Massif central, du Jura et des Vosges, mais aussi des Préalpes (Vercors, Chartreuse, Bauges, Aravis…). Dans les Alpes et les Pyrénées, les plus hautes et les plus rupines (Morzine, Avoriaz, Courchevel, Val d’Isère, Val-Thorens, L’Alpe d’Huez, Les Deux-Alpes, Isola 2000, La Mongie, etc.) survivront un peu plus longtemps, mais au prix d’investissements aussi affolants qu’incertains.

Si la montagne désire vivre demain du tourisme, elle n’a d’autre issue que de compter sur les quatre saisons et la belle nature. Je veux dire : au moins autant sur les parcs nationaux et les balades, que sur le ski et les activités connexes. Sur les ours, les loups et les chamois, autant que sur les kilomètres et les kilomètres obsessionnels de pistes bleues, rouges ou noires… Mais les chamois et les loups dégagent de maigres profits, comparés aux gains mirifiques de la spéculation immobilière. Le pognon, je le crains, aura raison de la splendeur altière des cimes. L’artifice l’emportera probablement sur le bonheur des sites encore vierges et le respect de la vie sauvage.

Voici quelques jours (le vendredi 25 novembre, en commission réunie à Chambéry), une unité touristique nouvelle (UTN) a obtenu un avis favorable. Celui-ci rend possible la construction, à Tignes, d’un nouveau village du Club Méditerranée (1 050 lits), et d’une piste de ski de plus de 200 mètres de longueur, entièrement couverte et éclairée jour et nuit, enneigée à l’année par des canons ad hoc, et couplée avec un centre aqualudique. Piscine à vagues et ski d’été sur béton… Artifice à tous les étages… On enrage à cette perspective. Le ski d’été devient, certes, de moins en moins praticable en pleine nature, sur le glacier voisin de la Grande Motte que le réchauffement climatique fait fondre à toute vitesse et où béent les crevasses… Mais de là à transformer la montagne en triste parc d’attractions !

À 2 100 mètres d’altitude, en Tarentaise, avec une partie de son territoire au cœur du parc national de la Vanoise (ce symbole de la biodiversité libre et sauvage), la commune-station de Tignes bat tous des records en matière d’absurdité saccageuse. Elle a décidé de singer le « dôme alpin » artificiel et artificiellement enneigé que les pétrodollars du Golfe ont permis d’édifier dans le désert de Dubai ! On veut croire que telle ne sera pas l’image ordinaire de nos montagnes dans les prochaines décennies. On craint les flocons de la désillusion…

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Adieu, bagnole ennemie !

19 novembre 2016

Mai 68 dans l’Histoire, les rues repavées, les CRS rentrés dans leurs casernes : les années 1970 voient notre mutation générationnelle. De gauchistes, nous devenons écologistes. (On observe aujourd’hui le mouvement inverse.) En ce temps-là, non seulement nous sommes jeunes (ce dont nous n’avons guère à nous vanter), mais  nous propageons un slogan inventé (je crois) au journal Hara Kiri par François Cavanna (à moins que ce ne soient le Professeur Choron, Gébé, Reiser, Wolinski ou Cabu ; ou encore par René Dumont) : « La bagnole, ça tue, ça pollue et ça rend con ! »

Je veux remettre au goût du jour cette énergique assertion. Une polémique est en cours : Anne Hidalgo et la municipalité de Paris ferment au trafic automobile et rendent aux piétons ou aux cyclistes une portion (3,3 kilomètres) de la voie Georges Pompidou, sur la rive droite de la Seine. Les utilisateurs de bagnoles pestent, râlent, éructent, hurlent qu’on les soumet deux fois par jour à une séance de torture en les empêchant de pétarader à leur gré sur cette saignée citadine, conçue et ouverte en un temps où le président Pompidou (celui dont elle porte le nom) désirait éventrer la capitale à grands coups d’autoroutes.

Les automobilistes honnissent la maire de Paris et plus généralement le pouvoir socialiste « vendu aux écolos ». Les piétons, les cyclistes, les patineurs à roulettes, les badauds en balade, les coureurs à pied, les amoureux main dans la main, les papillons, les abeilles et les oiseaux se réjouissent. À l’intérieur de ces organismes coule un sang plus vif, pénètre un air plus oxygéné et s’insinuent des parfums plus suaves, y compris plusieurs molécules de bonheur…

L’automobile. La voiture. La tire. La guinde. La caisse. Le tas de ferraille (ou de boue)… Les noms et surnoms ne manquent pas. La réalité de cet engin brutal et bruyant devient obsédante. Je désire ici simplement rappeler quelques faits. Oui, la bagnole tue ! Chaque année, en France, on déplore 60 000 accidents de la circulation, qui font 75 000 blessés et plus de 3 500 morts (18 000 cadavres en 1972 : on célébra par ce chiffre record la naissance de la voie Pompidou). En Europe, le trafic automobile provoque 85 000 décès par an. Dans le monde, 1 300 000 ! Ne cherchez pas ailleurs la cause de décès numéro un chez les 15-30 ans.

L’automobile tue, mais pas seulement en raison des excès de vitesse, des conduites en état d’ivresse, des dépassements interdits, du mépris des lignes blanches, des refus de priorité ou des « stops » allègrement grillés. La bagnole assassine parce qu’elle pollue. Elle  incarne une pourvoyeuse majeure de cette chape de miasmes chimiques dont les hommes sont en train d’envelopper la planète. Pollution des sols, des eaux, des forêts, de la mer et, au premier chef, de l’atmosphère… Les oxydes et dioxydes de carbone, d’azote ou de soufre, le plomb et les autres métaux lourds, l’amiante (toujours là), les plastiques et des nuées invisibles, mais hautement pathogènes, de particules fines, sortent des pots d’échappement, des pneus qui freinent ou des lieux de casse des vieilles caisses…

Bronchites, pneumonies, cancers, infarctus, accidents vasculaires cérébraux, anomalies génétiques dues aux perturbateurs endocriniens, etc. : la liste des méfaits sanitaires de la bagnole toute puissante ne cesse de s’allonger. La pollution atmosphérique est devenue l’un des fléaux majeurs de notre temps. Elle est imputable pour au moins un tiers au trafic automobile. Dans le monde, elle provoque 7,5 millions de morts par an (certains disent 10 millions). En France, elle cause 48 000 morts chaque année (16 000 pour les seuls transports). On calcule qu’elle vole 2 ans d’espérance de vie à chaque adulte de 30 ans.

La bagnole, ça tue, ça pollue… Et ça rend con… Impossible de lutter contre l’addiction du volant, contre la drogue du « vroum-vroum » et la surconsommation de combustibles carbonés, fossiles ou non : pétrole, gaz, supercarburant, gazole ou « biocarburants ». La production mondiale de véhicules à moteur grimpe en flèche. Les êtres humains sont aujourd’hui 7,5 milliards : et ils possèdent 1,7 milliard d’autos (le cap du milliard a été franchi en 2007). Le moteur à explosion est en phase d’explosion démographique inquiétante, notamment dans les grands pays émergents : Chine, Inde, Indonésie, Brésil, etc. Chaque année, sur la planète, on construit et on vend 80 millions de voitures. 150 par minute. 2,5 par seconde !

L’Homo sapiens petaradensis exige sa bagnole, son véhicule, sa « liberté de bouger » (une faculté dont on sait qu’elle porte un autre nom : « embouteillage »). Chez les riches, chaque ménage possède deux bagnoles, plus une par enfant. Chez les pauvres, on récupère les caisses usagées des nantis, et elles ronflent à nouveau. Les gaz à effet de serre s’accumulent sur nos têtes, nous crevons les poumons ou le cerveau mités par les polluants, nous appuyons sur le champignon sur les dix mètres qui nous séparent de l’automobiliste précédent au milieu du bouchon : mais nous râlons parce qu’une municipalité et sa maire nous privent de tels délices, sur un mini-parcours de 3,3 kilomètres, au bord d’un fleuve qui pourrait redevenir magnifique si nous le laissions respirer, lui aussi…

« La bagnole, ça tue, ça pollue et ça rend con ! » Souvenons-nous de ce slogan soixante-huitard ! Réhabilitons-le… Enfilons nos chaussures de marche, ouvrons nos narines et nos âmes, oublions le tintamarre et les injures, laissons à leur addiction les drogués de la vitesse sur autoroute et du sur-place dans les rues de la ville : redevenons, dans un premier temps, des utilisateurs intelligents et parcimonieux de véhicules à moteur. La bagnole, c’est dépassé. L’automobile n’a pas d’avenir. Je veux bien admettre que nous en avons besoin quand elle s’appelle « ambulance » ou « taxi » ; mais bien moins souvent que nous ne le croyons. Et sûrement pas au prix de notre santé et de celle de nos enfants ; ni aux dépens de la splendeur de cette Terre où nous sommes arrivés par hasard, et dont nous partirons sans même un corbillard !

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Donald Trump : la catastrophe écologique annoncée !

 16 novembre 2016

Je retourne le couteau dans la plaie : Hillary Clinton a failli devenir présidente, elle a rassemblé plus de voix que son concurrent. Le système électoral américain est ainsi conçu : Donald Trump investira la Maison blanche. La première puissance mondiale a investi un démagogue sexiste, raciste et nationaliste. Rétrograde sur les questions de mœurs. Globalement vulgaire. Et dangereux ! Ce copain de Poutine (mais qui fera peut-être la guerre à la Russie) devient l’exemple à suivre pour toutes les « droites dures » et les « fachos » de la planète. En France, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen le louent, le cajolent, l’embrassent et prétendent l’imiter.

Les États-Unis ont choisi. Ils devront faire face à un désastre politique, social et sociétal. Le droit à l’avortement sera révoqué (Donald Trump parle de laisser chaque État décider). L’Obama Care sera réduit en charpie, les réfugiés refoulés à la frontière, et deux ou trois millions de sans-papiers expulsés. Le nouveau Superman de Washington promet de pulvériser Daesch et Al Qaïda ; de tuer les familles des terroristes pour leur apprendre à vivre ; de rétablir la torture dans les prisons ; d’édifier un mur de 1 600 kilomètres de longueur à la frontière mexicaine ; et d’interdire l’accès du pays aux musulmans (Trump est récemment revenu sur cette promesse électorale – mais du bout des lèvres)… Une chose est sûre : grâce au nouveau Hulk ou Spiderman à moumoute orange, les fabricants de révolvers et fusils verront leurs juteuses activités bénies, puisque le port d’arme constitue un « droit donné par Dieu aux hommes » ; seul petit problème : les tueries de masse continueront d’alimenter en sang tiède la rubrique des faits divers.

Je relis le résumé que je viens de dresser des douceurs promises par Donald le Bonimenteur à l’Amérique et au monde (puisque telle est la réalité géopolitique). Mes joues ruissellent de larmes. Et je n’ai pas encore tout dit… Donald Trump incarne, à lui seul, une catastrophe environnementale majeure, un cataclysme qui frappera la totalité des écosystèmes planétaires. Le président élu des États-Unis s’apprête à faire adopter par le Congrès un programme de gouvernement qui, au chapitre de l’écologie, nous conduit gentiment vers le pire. Ou bien le bonhomme n’a pas conscience de l’effet des mots qu’il prononce, ou bien il s’en moque comme de son premier gratte-ciel. Je penche pour la seconde hypothèse

Prenons la variété de la vie sur la Terre – cette biodiversité si précieuse et dont on déplore partout qu’elle s’effondre. Avec Trump, il ne régnera plus qu’une seule loi : celle du fusil (ou, selon l’endroit et la cible, du harpon, du chalut, de la pelleteuse, de la bétonneuse ou de la tronçonneuse). Fiers de poser pour la photo avec le cadavre du léopard ou du lion qu’ils viennent de massacrer (ces clichés circulent sur les réseaux sociaux), les fils du président à venir donnent une idée de la manière dont seront traitées les espèces sauvages : avec des balles et des engins de destruction massive. Saigner les bêtes, raser les forêts, assécher les marais, vider les mers de leurs créatures : aucune objection ! Dieu a donné ce droit imprescriptible aux hommes, en tout cas aux Américains, à tout le moins aux Anglo-Saxons blancs protestants.

Donald Trump le serine, le clame, le proclame : il désire rendre à nouveau compétitive l’économie américaine. Il s’engage à lui restituer sa puissance ; à la replacer au premier rang mondial ; et peu importent les dégâts collatéraux… Nulle pleurnicherie ne saurait ralentir cette entreprise. Où il y a du gibier, on chasse. Où il y a du poison, on pêche. Si l’on découvre un minerai, l’urgence est de l’exploiter. Dans les forêts où les arbres ont mis des siècles à pousser, le devoir de l’entreprise de bûcheronnage consiste à les couper. Le PIB est le seul dieu après Dieu. La « croissance » tient lieu de critère moral essentiel, pour ne pas dire unique. Si le charbon affleure, on envoie le marteau-piqueur ou le bulldozer. Lorsqu’on renifle l’odeur du pétrole, on creuse un puits et on compte les dollars…

« Rendre sa grandeur à l’Amérique ! » Ce mot d’ordre trumpiste traduit une philosophie : celle du pionnier de la conquête de l’Ouest – le front bas sous son chapeau de cow-boy ; le colt à la ceinture ; massacreur de bisons ou de pigeons migrateurs ; la dégaine du destructeur des sols, du ravageur des sylves, du pollueur des mers, de l’Attila des montagnes…

La plus irremplaçable richesse qui se puisse concevoir sur notre planète est aujourd’hui l’équilibre de la biosphère, dont un élément décisif s’appelle le climat. Sans surprise, c’est dans ce domaine que Donald Trump se montre le plus agressif, le plus primaire, le plus ignare et le plus décidé à instituer le Far West du pire. Le président élu des États-Unis d’Amérique juge inepte le scénario du réchauffement climatique global. Il le tient pour « un canular ». Dès 2012, ce climatosceptique invétéré et fier de l’être a pu proférer cette lumineuse et définitive explication : « Le concept du réchauffement climatique a été créé par la Chine pour rendre non compétitive l’industrie américaine. »

Donald Trump fera ce qu’il croit le meilleur pour l’Amérique et ses buildings. Il est bien décidé à lever toutes restriction à la production d’énergies fossiles. Il entend réactiver l’exploitation charbonnière, et par exemple relancer l’énorme projet de mine de charbon de Gillette, dans le Wyoming. Il désire des forages pétroliers partout – y compris dans les zones les plus fragiles, en Arctique, parmi les récifs de coraux ou aux grandes profondeurs océaniques. Il promet de remettre sur pied le projet de méga-oléoduc Keystone XL, entre les schistes bitumineux de l’Alberta (au Canada) et les raffineries du Texas ou de l’Illinois (en 2015, Barack Obama avait opposé son véto à la naissance de ce monstre).

Bien entendu, Donald Trump désire toujours plus de gaz et de pétrole de schiste – la fracturation hydraulique et le traitement chimique des puits dussent-ils provoquer des séismes et polluer les nappes phréatiques. Le nouveau « leader du monde libre » appuie sans réserves les industries les plus salissantes pour l’air et l’eau, les fermes de dix mille vaches ou cent mille poulets, l’agriculture la plus intensive et la plus nocive. Il ne s’est pas prononcé en détail sur toutes ces filières, mais on peut croire qu’il soutient la viande aux hormones, l’utilisation des antibiotiques dans les élevages, le recours aux pesticides les plus toxiques et l’utilisation sans contrainte des OGM. Il aime, dirait-on, tout ce qui ressemble à un Moloch productiviste et mortifère…

Logique dans son raisonnement économique et opposé aux administrations d’État, Donald Trump a promis, durant sa campagne électorale, de supprimer l’Agence américaine de protection de l’environnement (l’EPA). Pour faire bonne mesure, il s’apprête à annuler les milliards de dollars de paiements que les États-Unis doivent encore aux Nations unies pour financer la lutte contre le chaos climatique.

Pour couronner l’œuvre, Donald Trump a juré urbi et orbi qu’il dénoncerait l’Accord de Paris sur le climat (le texte final de la Cop 21). Il jouera le coup dans une manière fine ou finaude. Il ne reniera pas d’emblée la parole des négociateurs américains : il présentera le document au Sénat, lequel est à majorité républicaine et ne réunira jamais les deux tiers de ses voix pour une ratification réglementaire. Le nouveau président négationniste sera désolé de devoir informer l’ONU que les États-Unis se retirent de l’Accord.

La Chine s’en ira dans la foulée. Et les autres grands pollueurs peu après. L’effet de serre (ce « canular » !) aura l’occasion de démontrer que sa puissance excède largement celle d’une humanité bêlante et égoïste, qui préfère voter pour des irresponsables démagogues et ignares, plutôt que de se préoccuper de la santé de ses enfants et petits enfants. Personne n’oblige les citoyens à élire Trump, Poutine ou Marine Le Pen. Mais force est de constater qu’ils le font massivement… Ces électeurs à courte vue devront assumer leur choix simpliste, leur crédulité, leur abstention massive ou (trop souvent !) leur lâcheté. Les peuples du XXIe siècle paraissent, les uns après les autres, vouloir porter au pouvoir des bonimenteurs méprisants et sans scrupules. Il s’ensuivra des drames écologiques irréversibles et des guerres locales, régionales ou mondiales. C’est alors, comme dit l’un de mes bons amis à qui je reproche un humour noir déplacé, que « l’humanité disparaîtra, bon débarras ! »

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Supprimons le mot « loup » du dictionnaire !

1er juin

Les anti-loups perdent la raison. La haine qu’ils affichent à l’encontre de ce canidé sauvage et beau déstabilise leurs neurones et perturbe la marche normale de leur cervelle. L’histoire que voici est ahurissante.

Dans les montagnes du département des Hautes-Alpes (05), des bergers lâchent des milliers de brebis sur les pentes herbeuses en été et voudraient ne plus s’en occuper durant des semaines. Dans les montagnes des Hautes-Alpes, se sont installées quelques meutes de loups qui profitent parfois de l’aubaine.

Dans les montagnes des Hautes-Alpes, on trouve aussi des routes étroites et sinueuses, avec des cols haut perchés qui attirent les cyclistes et sont propices aux courses de vélo. Au printemps de 2016, une grande épreuve sur deux roues et à pédales passe par ici : le Giro d’Italia, le tour d’Italie.

Vous vous dites : où est le rapport ? Il tient au fait que la mascotte du Giro d’Italia est un loup. Une peluche nommée, sans grande originalité et en italenglish, « Lupo Wolfie ». Lupo Wolfie n’incarne pas un canon de beauté, mais il affiche une bouille rigolarde. Il traduit le fait qu’en Italie, le loup est infiniment mieux perçu et toléré qu’en France. La péninsule héberge au moins 1 500 de ces grands canidés. Dans l’Hexagone, nous en avons à peine 300, mais on jurerait (à entendre les bergers) qu’il s’agit d’un déferlement de Martiens un agneau entre les crocs…

Lupo Wolfie affiche une bonne bouille, oui. Les Italiens n’ont pas oublié que Romulus et Remus, les jumeaux mythiques fondateurs de leur civilisation, furent allaités par une louve… Les éleveurs italiens gardent mieux leurs troupeaux que les nôtres. Bien qu’ils aient à gérer cinq fois plus de prédateurs que nous, leurs élevages subissent beaucoup moins de dégâts que les nôtres.

Une bouille hilare et sympathique, fût-elle en peluche, paraît intolérable à regarder pour certains habitants des Hautes-Alpes, pourtant éloignés dans le temps et l’espace du Gévaudan de la « Bête ». La Fédération départementale des Syndicats d’Exploitants agricoles (la FDSEA) et les Jeunes Agriculteurs (les JA) se sont mis en rage. Ils ont réclamé – et hélas obtenu – de la préfecture des Hautes-Alpes et des organisateurs du Giro, que Lupo Wolfie soit banni de leur vue, de leur environnement, de leur territoire, de leur esprit même ! Ils ont exigé qu’on interdise de séjour ce « monstre », avant, pendant et après la course cycliste. Ils ont adressé une lettre aux conseillers régionaux et départementaux, aux maires et au Préfet, dans laquelle ils ont demandé le retrait pur et simple de la mascotte du Giro. « On comprend le besoin de faire venir du monde, mais c’est la provocation de trop ! », a déclaré René Laurans, le président de la FDSEA. Avant de proférer cette menace : « Nous serons présents lors de l’arrivée… » Sous-entendu : si nous ne sommes pas entendus, ça va chauffer !

Je n’aurais jamais pensé possible, pour un esprit cartésien, cette pathétique intervention. Les éleveurs de brebis ne sont pas bien riches, mais déconnectés de la réalité économique de leur propre profession, obnubilés par le prédateur aux grandes dents plutôt que par les cours de la viande de mouton sur le marché mondial. Je n’aurais jamais cru qu’une autorité préfectorale, autrement dit l’État français, pourrait tolérer ce bannissement d’une figurine innocente et pour tout dire puérile… Une réaction aussi infantile et inutile excède ma capacité d’empathie avec la cause paysanne !

Je suppose, maintenant, que les éleveurs, la FDSEA, les Jeunes Agriculteurs des Hautes-Alpes, et pourquoi pas la totalité des syndicats agricoles de France, poussés à hurler contre les loups par quelques politiciens locaux démagogues, ne vont pas s’en tenir à cette victoire. Puisqu’ils ont réussi à chasser Lupo Wolfie hors du Giro d’Italia, ils vont en demander davantage. Tout ce qui se rapporte au loup sera frappé du sceau de l’infamie, et prohibé sur-le-champ. Les éleveurs vont, je le crois, exiger qu’on interdise aux parents ou aux éducateurs de raconter Le Petit Chaperon rouge aux enfants. Qu’on brûle les livres, les tableaux, les gravures, les BD, les films où le loup montre ses grandes dents. Que, dans la mythologie latine, Romulus et Remus soient désormais allaités par une brebis. Qu’on censure les Fables d’Ésope et de La Fontaine. Qu’on déchire la partition de Pierre et le loup de Prokofiev. Qu’on abolisse les expressions « À pas de loup » ou « À la queue leu leu ». Qu’on change la formule du Léviathan de Hobbes selon laquelle « l’homme est un loup pour l’homme » (il faudra dire : « L’homme est un agneau pour l’homme »). À la fin, je ne doute pas que les éleveurs en fureur songeront à couronner leur œuvre d’assainissement des esprits en adressant à l’Académie française une lettre dans laquelle ils exigeront de cette institution qu’elle procède au retrait total et définitif du mot « loup » de son Dictionnaire et de tous les dictionnaires de langue française.

En attendant cet autodafé radical et novateur, dans la manière du 1984 d’Orwell, les amis des loups se mobilisent. Deux manifestations en faveur du canidé sauvage sont prévues dans les Hautes-Alpes, la première le jour de l’arrivée du Giro à Risoul, le vendredi 27 mai, à partie de la mi-journée (fin de l’étape vers 17 h) ; et la seconde le samedi 27 mai, à Guillestre, pour le départ de l’étape suivante.

Chaque manifestant est invité à venir caresser, montrer, brandir sur place la mascotte Lupo Wolfie, ou tout autre peluche qui représente un loup. On pourra hurler, rire et chanter, y compris en costume de Romulus ou de Petit Chaperon rouge.

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Une nouvelle espèce nuisible : l’écolo au fusil entre les dents !

21 mars 2016

Je ne pensais pas qu’une partie du mouvement écologiste tomberait aussi bas. Je n’imaginais pas que des écologistes – ces amis de la nature qui méritent en général cette appellation – pourraient en appeler au massacre d’un animal emblématique. D’un grand prédateur nécessaire à l’équilibre des écosystèmes. D’une espèce protégée dans de nombreux pays du monde, notamment en Europe…

Je ne désirais pas voir cela… L’écologie a de nombreux ennemis : elle en trouve aussi dans ses rangs. Ces traîtres se réclament de l’étiquette « verte » pour mieux assassiner le Beau et la Vie. J’ai honte en songeant à eux. À la vérité, ces « infiltrés » ne sont évidemment pas écologistes. Comme dans les contes pour enfants, ils ont volé la peau des « bons ». Ils ont revêtu la défroque et ils avancent cachés en essayant de faire croire au Petit Chaperon rouge qu’ils sont Mère-grand.

Mère-grand, Chaperon rouge : on a compris qu’il s’agit du loup. L’objet de ma colère est une motion intitulée « Loup et pastoralisme ». Ce texte a été présenté pour adoption par un groupe Europe-Écologie les Verts de la Région PACA. Il porte la signature d’une douzaine de camarades massacreurs. (Je n’ai pas d’autre adjectif à ma disposition.)

Après avoir « réaffirmé son engagement sans faille en faveur du pastoralisme présent depuis des millénaires dans nos espaces montagnards » ; après avoir loué l’activité pastorale qui « joue un rôle essentiel de structuration des milieux naturels » et génère des « bénéfices environnementaux » augmentés d’une « dimension culturelle » comme la transhumance inscrite au patrimoine culturel mondial de l’humanité par l’UNESCO, ladite motion se met à casser du loup comme seule une bande de chasseurs en manque d’hémoglobine peut oser s’adonner.

Le document, signé par une douzaine de membres d’Europe-Écologie les-Verts, « rappelle » que les grands prédateurs ne sont qu’un indicateur de la biodiversité « parmi d’autres ». Il « constate l’échec de la politique actuelle de cohabitation forcée avec le loup imposée aux éleveurs ». Il enchaîne avec une kyrielle de contrevérités, selon lesquelles les attaques du loup sont surtout dirigées contre les troupeaux que le berger garde le mieux, et avec des chiens ; selon lesquelles les pertes d’animaux domestiques augmentent en flèche (de « 200 à plus de 9 000 », dont plus de 3 400 pour les seules Alpes-Maritimes) ; et ainsi de suite.

Il ne fallait pas, dit la motion, placer le loup sous le statut d’espèce strictement protégée. Ce prédateur prolifère follement. Il colonise sans cesse de nouveaux territoires. Il est rusé et opportuniste. Il adapte son comportement sanguinaire à tous les cas de figure ; et – last ut not least – « demain il en ira sans doute de la sécurité des personnes ». Le syndrome du Petit Chaperon rouge ! Le fantasme du loup dévorateur d’enfants ! Ils osent ! Ils ne s’interdisent aucune manipulation des esprits, aucune absurdité éthologique ou écologique !

On imagine ce texte rédigé, non pas par des membres d’un parti écologiste, mais par un quarteron déchaîné de Christian Estrosi et d’Éric Ciotti en mal de démagogie…

La conclusion vient d’elle-même : « Il est temps de changer radicalement de paradigme. » « Ce n’est pas aux éleveurs de s’adapter à la prédation, mais au loup de s’adapter au pastoralisme. » Par les moyens du fusil, du piégeage, de l’empoisonnement ou de toute autre méthode (« par tous moyens létaux », peut-on lire), il importe de « rendre la prédation sur troupeaux la plus meurtrière possible pour la meute ».

On ne saurait être plus clair : tuez-les tous ! Massacrez-les ! Faites pisser le sang de la Bête, exterminez le diable réincarné ! Le texte dont je parle est moyenâgeux, et c’est néanmoins une motion soumise au groupe EELV de la Région PACA ! Cette page mortifère réclame le déclassement du loup de son statut d’espèce protégée par la Convention de Berne. Elle exige que les prédateurs soient abattus en toute occasion, et pas seulement « effarouchés », et pas uniquement par « dérogation ». Elle désire renforcer la mission de « régulation » confiée au célèbre corps de Louvèterie fondé sous Charlemagne. Elle organise, elle planifie, elle réglemente la mort du loup.

On me dit que, parmi les signataires, figurent des membres de la Confédération paysanne. Je n’en suis pas étonné : José Bové, l’un des piliers de ce syndicat, incarne lui aussi un anti-loup enragé.

Il ne resterait plus maintenant, pour rehausser le prestige de ce qui reste des Verts, qu’à voir fleurir d’autres motions de la même eau – ou du même sang. Supposons qu’après PACA, divers groupes régionaux doivent se prononcer sur les textes analogues. En Auvergne-Rhône-Alpes, sur le massacre des bouquetins atteints de brucellose. En Bourgogne-Franche-Comté ou dans le Grand Est, sur la destruction des lynx. Dans le Nord, sur l’éradication des corbeaux ou des cormorans. En Midi-Pyrénées, sur l’abattage des derniers ours. En Aquitaine, sur l’encouragement des corridas. En Bretagne, sur l’extermination des dauphins qui mangent les poissons des pêcheurs. Et ainsi de suite…

Les déferlements de bêtise et de méchanceté sont difficiles à encaisser. Quand ils émanent de groupes écolos qui aspirent à des carnages aux dépens des plus admirables espèces, ils deviennent insupportables. J’ose espérer que ce qui reste d’amoureux de la nature dans les rangs d’Europe-Écologie les-Verts saura faire taire les parasites qui prennent possession de ce parti politique.

L’épisode est douloureux. Il m’aura au moins permis de faire la connaissance d’une toute nouvelle espèce nuisible : l’écolo au fusil entre les dents.

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Laurent Wauquiez assassine la Dombes, les parcs naturels et l’écologie !

12 mars 2016

Malheureux Auvergnats-Rhônalpins ! Vous avez voté en majorité pour Laurent Wauquiez aux dernières élections régionales : vous allez le supporter pendant six ans.

Sachez-le : avec lui, vous êtes gouvernés par le Front national. Laurent Wauquiez mérite son surnom de « Gars de la Marine ». Il ne lui manque que la carte frappée du flambeau tricolore. Il flirte avec la Walkyrie aux cheveux jaunes. Tout pour la sécurité ! La première mesure de sa présidence régionale consiste à installer des portiques de sécurité à l’entrée des lycées, nonobstant l’opposition des proviseurs. Le matin, les élèves mettront une heure à pénétrer dans l’établissement, mais priorité à la détection des kalachnikov. Ou des limes à ongles !

Dans les médias, Laurent Wauquiez joue les prétentieux ridicules en clamant qu’il ne prendra jamais Barack Obama au téléphone un dimanche. Puis il tresse des louanges au populiste milliardaire Donald Trump, dont il déclare (dans un charabia ahurissant pour un ancien de Normale Sup’) : « Il est révélateur de quelque chose qu’aujourd’hui dans les démocraties les citoyens ne veulent plus avoir des gens qui leur disent ce qu’ils ont le droit de penser. »

En matière de protection de la nature, Laurent Wauquiez incarne le désastre que nous promettent la droite décomplexée et l’extrême droite qui siphone les bulletins de vote. Il privilégie la bagnole en offrant 100 millions d’euros pour l’autoroute A 45, Lyon-Saint-Étienne (l’Assemblée régionale n’a encore rien voté, mais le chef s’en fiche). Le toujours maire du Puy-en-Velay (il ne démissionne de rien : il cumule) passe à la broyeuse le plan d’économie d’énergie élaboré par ses prédécesseurs pour lutter contre le réchauffement climatique. À ses yeux, la COP 21 est une ânerie nuisible. Wauquiez entend balayer les contraintes règlementaires et environnementales, toute cette paperasserie liberticide qui entrave l’initiative des entrepreneurs. Industriels, commerçants, camionneurs, paysans, vous pouvez y aller de bon cœur : saccagez, polluez, vous avez tous les droits, pourvu que vous agitiez la bannière de la « croissance » !

Laurent Wauquiez nomme des représentants du lobby des chasseurs à des postes où l’on aurait besoin de naturalistes, de médecins ou de scientifiques. Il jette à la poubelle les plus judicieuses délibérations des majorités antérieures. Il dit « non » à l’agriculture « bio » et « non » aux transports collectifs. Mais « oui » aux OGM, « oui » aux nanotechnologies, « oui » à l’exploitation des gaz de schiste, « oui » à la mise sous perfusion des centrales nucléaires, y compris des plus vieilles et des plus dangereuses, comme celle du Bugey dont la Suisse réclame la fermeture.

À peine en place, Wauquiez lance une offensive sabre au clair contre les parcs naturels. Il veut les transformer en coquilles administratives vides, inoffensives et banales, sans autre pouvoir ni programme que de servir les intérêts des ravageurs de sites, des destructeurs de sols, des empoisonneurs d’eau propre et des pollueurs d’air pur. Il caresse dans le sens du poil sa clientèle électorale, à savoir les gros céréaliers, les bétonneurs, les bâtisseurs obsessionnels qui ne cessent d’invoquer l’efficacité économique, l’intérêt général et l’emploi pour mieux se remplir les poches…

Laurent Wauquiez ne s’est pas encore attaqué de façon frontale – mais cela ne tardera guère – aux parcs nationaux (Vanoise, Écrins) et aux parcs régionaux existants (Volcans d’Auvergne, Livradois-Forez, Haut Jura, Bauges, Chartreuse, Vercors, Pilat, Monts d’Ardèche). Il veut tordre ces structures dans le sens de son idéal utilitariste. Il désire les punir pour leur « défaut de rentabilité ». Il a l’intention de leur faire adopter des « projets concrets » pour l’avenir. Traduisez : toujours plus de dégradations, de salissures et de laideurs.

Laurent Wauquiez se montre beaucoup plus impatient et brutal avec les trois parcs naturels régionaux que nous avions mis en chantier dans la précédente mandature (j’étais conseiller régional Rhône-Alpes). Celui des Baronnies (partagé entre la Drôme et les Hautes-Alpes) a été créé de façon officielle. Il occupe environ 220 000 hectares de merveilles en Haute-Provence. Laurent Wauquiez et ses féaux tentent de l’étouffer dans son berceau en incitant les communes concernées à ne pas y adhérer, ou (si elles l’ont fait) à s’en détacher à la première occasion.

Deux autres parcs n’en sont qu’à la phase préliminaire, dite « de préfiguration ». Le processus semblait en bonne voie. Le parc naturel régional de Belledonne constituerait une entité admirable, avec ses fières montagnes (le Grand Pic de Belledonne frise les 3 000 mètres), sa vue vertigineuse sur le Grésivaudan, de l’autre côté duquel se dresse le château fort géologique de la Chartreuse ; avec sa faune et sa flore alpines, ses villages préservés et ses stations d’hiver encore à taille humaine… Laurent Wauquiez veut briser dans l’œuf le processus de constitution de cette structure territoriale protégée. Coïncidence ? Par la voix de son maire, la station voisine de Chamrousse a déclaré sa volonté d’aménager (de bétonner et d’artificialiser pour le ski de piste) la sauvage et splendide montagne des Vans. Les défenseurs de la nature se mobilisent. Ce dimanche 13 mars 2016, avec les associations Mountain Wilderness, FRAPNA, etc., nous grimperons en raquettes ou à skis à la cime de ce trésor géologique et biologique. Nous y formerons un cœur qui dira notre ferme intention de garder sauvage ce pan de l’Alpe.

L’autre parc naturel régional en phase « de préfiguration » est celui de la Dombes. Sur ce territoire, le travail a déjà bien avancé. La population en veut. La plupart des élus sont pour. Mais voilà que Laurent Wauquier arrive avec son gros tracteur et déclare qu’il a décidé de « tout remettre à plat ». Il cède « tout », en effet, aux riches céréaliers cultivateurs de maïs. Ceux-ci ont besoin de toujours davantage d’eau pour irriguer leurs cultures, et n’hésitent pas à ravager les étangs qui font la splendeur et la richesse historique et écologique de la contrée…

Qui l’emportera dans la Dombes ? Un Laurent Wauquiez et sa majorité, désireux de remplacer le parc naturel régional par un « programme sur mesure », « ponctuel et ciblé », qui autoriserait l’urbanisation accélérée, la disparition des étangs façonnés par les hommes depuis des siècles, l’empoisonnement des terres agricoles les plus fertiles, l’artificialisation des espaces naturels les plus variés, l’extinction de la biodiversité la plus étonnante ? Ou bien, au contraire, les vrais amis de cette contrée des « Mille Étangs », qu’enchantent les plans d’eau douce reliés les uns aux autres, enluminés de roseaux et de nénuphars, peuplés de canards de maintes espèces, de martins-pêcheurs, de fauvettes, de hérons, d’aigrettes, de busards, demain à nouveau de loutres et de castors ?

D’un côté, le béton, les routes, les bagnoles, les bulldozers, le drainage, l’assèchement systématique des biotopes aquatiques, les engrais chimiques et les pesticides à gogo. De l’autre, la grâce des libellules et des papillons, des grenouilles et des carpes – avec le plaisir des enfants qui s’en émerveillent…

 

Deux adresses Internet pour participer aux actions en cours, celle de Mountain Wilderness :

 

http://mountainwilderness.fr/se-tenir-informe/actualites/extension-de-chamrousse-un-pas-vers-les-vans-un-recul-d-un-siecle.html

 

…et celle de la pétition lancée pour soutenir la création du parc naturel régional de la Dombes :

 

http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/sauvons-dombes/18268

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Nucléaire, biodiversité : Ségolène Royal, ou l’art d’avoir tout faux

3 mars 2016

Prolonger de dix ans la vie des centrales nucléaires françaises : en voilà, une idée qu’elle est bonne ! Intelligente, audacieuse, grosse d’un avenir radieux…

Tuer tous les loups : en voilà un plan qu’il est indispensable pour notre élevage ! Innovant, réfléchi, rationnel, en aucun cas démagogique…

Madame Ségolène Royal propose de placer nos centrales atomiques en soins intensifs. Elle ferait mieux de les transférer dans une unité de soins palliatifs. Prémices à la mort attendue d’une filière que certains, jadis, avaient pu qualifier d’« excellence » !

Non contente d’avoir ordonné l’exécution de 36 loups en 2015 (alors que la population de l’espèce est en régression : moins de 300 sujets), madame Royal s’apprête à entériner le fait que plus de 40 de ces animaux ont été réellement flingués cette année. Elle semble même avoir déjà accepté un contingent de massacre en augmentation de 6 (ou de 10 ?) unités pour 2016.

Madame Royal a un problème avec la nature, avec les écosystèmes, avec la question des énergies. Examinons son cas en le replaçant dans le contexte. Lors du récent remaniement gouvernemental, cette femme politique a changé son intitulé officiel. Elle était « ministre de l’Écologie » : au moins, c’était clair. L’écologie est une science, on peut s’en inspirer, y compris dans les lieux du pouvoir. Elle s’enorgueillit à présent d’un titre plus long à écrire, mais qui n’a aucun sens : « ministre de l’Environnement ». Je rappelle que l’homme n’a pas un « environnement ». Il fait partie d’une biosphère, d’une sphère de la vie dont il n’incarne qu’un élément, probablement pas le plus important. L’Homo sapiens ne s’agite pas comme un acteur shakespearien sur une scène de théâtre, avec en arrière-plan un décor, un « environnement » qu’il pourrait larder de coups de poignard sans en subir les conséquences. Il dépend de milliers d’interactions entre le soleil, la terre, l’eau, les flux d’énergie, les microbes, les végétaux, les animaux. S’il persiste à la jouer « perso » (en multipliant les saccages et les pollutions), cela finira mal.

Ce changement de titre ministériel est inquiétant. Madame Royal pratique l’« environnementalisme » aux dépens de l’écologie. Dans le domaine de la biodiversité, elle devient insupportable. Elle dit « amen » à toutes les requêtes de battues, piégeages, « prélèvements », « régulations » et autres « tirs d’effarouchement » formulées par le lobby hyperactif et volontiers violent des chasseurs. Elle accepte (y compris en fermant les yeux) que ceux-ci exterminent non seulement les loups et les lynx, mais les vautours, les renards, les blaireaux, les fouines, les sangliers, les corbeaux, les étourneaux, les cormorans, les goélands, les oies bernaches, demain les grues cendrées, les cigognes, les ortolans, pourquoi pas les mésanges ?

La bouche de notre ministre de l’Environnement a appris à formuler le mot « biodiversité ». Mais on peut prononcer un mot sans le comprendre. La biodiversité selon Royal ressemble à un biocarnage.

Au chapitre du nucléaire, notre « ministre de l’Environnement » n’est guère plus inspirée. Sa décision d’offrir aux réacteurs atomiques français un sursis de dix ans est motivée par deux idées. Primo, que la France conserve un outil de production qui a fait ses preuves, même si la loi de transition énergétique exige que la part du nucléaire dans le « paquet électricité » national passe de 75 % aujourd’hui à 50 % en 2025. Et, secundo, que les Français bénéficient, grâce à la bonne fée Électricité de France, d’une électricité « peu chère ».

Ces deux objectifs ne sont, hélas, pas tenables. Pour rénover et conserver un parc nucléaire en état normal de fonctionnement, EDF devrait investir 100 milliards d’euros d’ici à 2030. Or, la firme est prise à la gorge : elle n’a plus d’argent. Pour en gagner, elle devrait augmenter fortement ses tarifs, ce qui serait contradictoire avec le « secundo » de la ministre.

La filière nucléaire française va mal. Mais qui pourrait la soigner ? EDF est gravement malade. Sa demi-sœur, Areva, se trouve à l’agonie. EDF a reçu la mission de sauver cette dernière en lui rachetant ses réacteurs… Mais la filière « révolutionnaire » EPR, dans laquelle les deux firmes sont impliquées (en Finlande, à Flamanville et ailleurs), constitue un gouffre sans fond, un tonneau des Danaïdes où les milliards d’euros perdus s’ajoutent aux milliards d’euros engloutis.

Madame Royal ne dit rien de la contradiction qui existe entre le projet d’abaisser de 75 à 50 % la part du nucléaire dans le « paquet électricité », et la volonté de rénover le parc vieillissant de nos réacteurs. Si nous voulions respecter les objectifs pourtant modestes de la transition écologique, nous devrions fermer dix-sept de ces grosses machines, et non pas les réparer toutes !

Ségolène Royal affirme, pour conclure, qu’elle ne prendra aucune décision sans l’avis positif de l’Autorité de Sûreté nucléaire (l’ASN). Encore heureux : ce n’est que la loi ! La ministre de l’Environnement n’a aucune compétence juridique pour décider dans cette matière.

Madame Royal a, pour le moment, tout faux… Au chapitre de la biodiversité, je lui dis : laissez vivre nos frères animaux, dont nous avons besoin pour être heureux en conservant notre âme d’enfants. En matière nucléaire, je lui conseille de regarder la situation sans œillères. D’un côté, il y a le gouffre financier de la mise sous perfusion de plus d’une cinquantaine de réacteurs brinquebalants et potentiellement dangereux ; de leur passage en unité de soins intensifs… De l’autre, il existe une possibilité de regarder réellement vers l’avenir – à l’horizon de l’écologie, la vraie… Si la France dispose de quelques finances, je recommande que nous les investissions résolument dans les énergies renouvelables. Celles du vent, du soleil, de la géothermie ou de la biomasse ; sans oublier celles de la mer (vagues, courants, gradients de températures ou de salinité) que, voici plus de trente ans, nous préconisions déjà d’adopter avec le commandant Cousteau…

 

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Stratégies pour une écologie politique défunte

17 février 2016

Je ne suis plus élu, sauf au Conseil municipal de mon village, Bozel. Je ne me suis pas présenté une deuxième fois aux élections régionales. Le boulot d’élu est pénible, énergivore et chronophage. Avant d’être conseiller régional, j’écrivais en moyenne deux livres par an. Je n’en ai publié que deux durant les cinq années de mon mandat. Je soumets cette statistique aux poujadistes qui pullulent dans les bistrots ou sur les réseaux sociaux, et aux yeux desquels tous les élus sont des flemmards surpayés, tous pourris, tous voleurs… La réalité est à l’opposé : les élus sont mal rémunérés et ils bossent. Voici quelques semaines, la Région Rhône-Alpes a pointé la participation des membres de son Assemblée aux sessions plénières et aux commissions : 96 % pour moi, et je ne suis pas le mieux noté.

Je me sens aujourd’hui de nouveau à 100 % philosophe, naturaliste, écrivain, scénariste, et cela me fait du bien ! Mais je me passionne pour l’écologie comme devant. Ma petite expérience d’élu me suggère d’intervenir sur la façon dont les écologistes ont fait, font et veulent faire de la politique.

Cette question touche à la tactique : les écolos peuvent-ils et doivent-ils entrer au gouvernement ? Et à la stratégie : faut-il reconstruire Europe-Écologie les Verts, ce parti en voie d’extinction ? Si oui, comment ? Ou bien vaut-il mieux ensevelir EELV dans un cimetière « bio » et faire pousser d’autres fleurs à la place ?

Je commence par la stratégie. Le bilan de l’activité de l’homme sur la planète est globalement désastreux. Point n’est besoin d’insister sur le fait que, parmi les victimes de nos saccages et de nos pollutions, figurent les humains eux-mêmes. Après avoir décrit les 150 000 ans (et surtout les deux derniers siècles) de présence catastrophique de l’Homo sapiens sur la planète, je m’interroge : que faire ?

À divers moments de ma vie, j’ai choisi de me complaire dans l’humour noir. J’ai écrit L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! J’ai complété ce titre par un essai symétrique, « positif », intitulé Sortie de secours, où je donne quelques conseils de bon sens, mais dans lequel je détaille surtout les « trois utopies » que je crois indispensables au salut de mon espèce : les États-Unis du monde, le partage et la philosophie du peu.

Qu’elle prenne le ton de l’humour ou de la lamentation, l’étude de l’influence mortifère de l’humanité sur son environnement se situe dans le champ du commentaire scientifique ou littéraire. Le corollaire, dans l’ordre de l’action, n’a d’autre nom que « révolution ». Ainsi naît et grandit l’écologie radicale. Puisque rien, assène cette dernière, ne saurait sauver la planète et les hommes dans le cadre de notre économie de « croissance » indéfinie et d’accaparation privée des richesses, autant se battre pour un changement total ; pour une transition écologique accélérée, volontariste, déterminée et, si nécessaire, obligatoire.

La conséquence tactique de ce jusqu’au-boutisme est simple : zéro compromis ! Nous, les écolos purs et durs, nous refusons de discuter, de fléchir, d’adoucir ou de biaiser. Nous savons ce qui est bon pour le peuple. S’il renâcle à nous suivre, nous lui imposerons d’avancer, s’il le faut par la force. Nos élus, si nous en tolérons, ne seront que les mandataires d’une idéologie sans faiblesse, et dont le mode d’application ne sera pas sans rappeler celui de la Terreur de 1793, du stalinisme ou du maoïsme.

L’écologie radicale est cohérente. Sa principale faiblesse se situe dans le fait qu’elle ne saurait triompher qu’en empruntant le chemin de la dictature. Les intérêts humains (individuels, professionnels, ethniques, religieux, nationaux…) sont tellement divergents et contradictoires qu’ils imposent la mise en œuvre d’un plan de destruction de l’ancien monde, et de reconstruction du nouveau selon les canons de la doxa verte. « Du passé, faisons table rase ! » » On connaît la chanson. Le dernier couplet se chante au goulag.

Peut-on procéder de manière plus douce et néanmoins efficace ? On peut essayer.

Lorsque je pose la question : « Que faire désormais d’Europe-Écologie les Verts ? », je ne réponds pas, comme certains : « Refonder entièrement ce parti ! » ; mais : « Laissons-le mourir en paix, portons-le dans une terre sans engrais ni pesticides, et tâchons que l’écologie aille enfin polluer l’ensemble des autres partis, et dans tous les pays ! »

Cette approche pragmatique est compliquée. Nul ne sait où placer les curseurs. Chacun voit bien que la démarche de persuasion et de négociation ne suffit pas à sauver l’homme de lui-même, mais chacun se rend compte aussi qu’elle peut donner des résultats positifs. Les Verts extrémistes (et plus encore les « Verts-Rouges ») la qualifient d’« opportuniste ». Cette stratégie-là, que d’autres préfèrent dire « réaliste », pose le même diagnostic désespéré que la précédente : la situation de notre espèce ne saurait être pire. Mais elle se souvient que l’humilité demeure la meilleure vertu de l’Homo sapiens, parce que la plus rare ; et que, davantage que l’orgueil et la contrainte, la modestie et le dialogue conduisent à la paix et au bonheur.

Le choix des petits pas, l’option progressive, démocratique et persuasive constituent une voie étroite, une piste compliquée, semée de malentendus, de pièges, de séductions trompeuses, de vacheries, de mensonges, de fausses promesses, de batailles d’influence, d’escroqueries, de calculs sordides, de cynisme et de machiavélisme, bref de tout ce qui fait qu’un être humain est un Homo sapiens. Mais, à mes yeux, une telle approche demeure au bout du compte plus efficace et moins dangereuse que la précédente.

J’étais conseiller régional Rhône-Alpes, élu EELV (avant de quitter ce bateau en folie en 2013). Avec nos alliés majoritaires du Parti socialiste, du Front de gauche et des Radicaux de gauche, nous avons, par la voie démocratique des délibérations, réussi à imposer une Région en pointe pour les économies d’énergie ; une Région riche en espaces naturels ; une Région sans OGM ; une Région sans gaz de schiste ; une Région engagée dans la sortie du nucléaire ; etc.

Trois écologistes, Emmanuelle Cosse, Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé, viennent d’entrer au gouvernement. Les radicaux verts (ou les jaloux) les accusent d’être « allés à la soupe ». Mais si ces trois ministres pouvaient simplement contribuer à ce que nous remplacions le mot « Région » par le mot « France » dans l’énumération précédente, ils auraient fourni la preuve de leur utilité.

Paraphrasons Edmond Rostand : « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais monter. »

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La prière, ça commence à bien faire !

15 novembre 2015

La prière, ça commence à bien faire !

Après l’abomination des attentats du 13 novembre à Paris, on voit fleurir une affichette (virtuelle ou non), copiée du « Je suis Charlie ! » du précédent massacre, et qui nous intime cet ordre : « Pray for Paris ! », « Priez pour Paris ! »

Eh ! bien, non : je ne prie pas pour Paris. Je ne prie pour rien. Je suis athée, je n’ai pas de Dieu, je ne crois en aucun Livre Saint (Bible, Coran ou autre : ils se valent tous). Je n’écoute aucune de ces prétendues « paroles divines » qui proclament, sur une page, « La vie humaine est sacrée ! », et sur la page suivante : « Tu feras la guerre sainte ! »

Prêtres, curés, imams, rabbins, bonzes et assimilés : tuez-vous les uns les autres au nom de votre Dieu, mais laissez les gens ordinaires en paix !

J’en ai assez de ces religions prétendument « pacifiques », mais qui envoient des fidèles convertir des infidèles par la force, la torture ou la décapitation. J’en ai marre de ces prêcheurs de fraternité par devant, qui excusent ou même encouragent par derrière des poseurs de bombes ou des manieurs de kalachnikov !

Religieux de tous les pays, exercez librement votre foi dans votre temple, votre église, votre mosquée ou votre synagogue, et rangez-la dans votre cervelle en quittant l’établissement.

La prière, ça commence à bien faire !

L’homme n’a été créé par aucun Dieu omnipotent, omniscient et éternel, et n’a d’autre bonheur à espérer que le court moment que lui autorise sa négligeable nature.

Nous sommes apparus par hasard sur une planète insignifiante que nous appelons « Terre », ce satellite sans importance d’une modeste étoile de banlieue que nous baptisons « Soleil », lequel virevolte dans une Galaxie nommée « Voie lactée ». Sachant qu’on dénombre deux cent milliards d’étoiles dans la Voie lactée, et deux cent milliards de galaxies dans l’univers…

Nous sommes des presque-rien pensants : ne gâchons pas ce privilège ! Ne laissons pas ce miracle être pollué par Dieu, ses saints, ses anges ou ses diables…

Dans un Cosmos de particules et de forces qu’aucun Créateur n’a ni voulu, ni conçu, ni ne perpétue, il n’existe ni enfer par dessous, ni paradis par dessus.

Religieux de tous les pays, cessez de nous infliger vos certitudes infantiles, mais qui sont causes de guerres. Nul besoin d’oraison, de psaume, de psalmodie, d’épître ou de verset : nous n’avons pas d’âme. Nous n’incarnons, au mieux, qu’une pointe d’humour et de poésie. Laissez-nous jouir de ces je-ne-sais-quoi sublimes, le temps d’un soupir, et c’est déjà fini.

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Monsieur le Président, arrêtez ces flots de sang !

 23 octobre 2015

Monsieur le Président !

Je lis l’entretien que vous accordez au magazine Le Chasseur français du 21 octobre 2015. Vous voulez protéger l’appellation « Laguiole » (le couteau et le fromage) que de gros malins ont accaparée : d’accord ! Vous refusez de créer une nouvelle niche fiscale qui ferait aux chasseurs le cadeau de leur permis de tuer : encore heureux…

D’autres de vos propos me plaisent moins. Je ne pense pas, comme vous, que les chasseurs entrent dans la catégorie de ceux qui « défendent la nature ». Ils l’exploitent et la massacrent plus qu’ils ne la gèrent. Ils ne l’aiment qu’ensanglantée. Je comprends que, pour des raisons électorales, vous manifestiez « beaucoup de considération » à leur égard : mais vous oubliez que d’autres, parmi vos électeurs potentiels, et bien plus nombreux selon les sondages, désirent protéger et contempler ces espèces que les chasseurs n’apprécient qu’au bout de leur fusil.

En France, le nombre des chasseurs a chuté au-dessous du million, probablement même à moins de 900 000 (les chiffres de l’Office national de la Chasse posent problème). Or, ces moins de 1,5 % de la population nationale privent les parents et les enfants de toute promenade en forêt le mercredi et le dimanche (voire d’autres jours lorsqu’une « battue » est ouverte). Au vu des accidents que provoquent ces Nemrods (une quarantaine de morts et plusieurs dizaines de blessés par an, rien que dans notre pays), ils devraient, bien davantage que les requins (lesquels causent moins de dix morts chaque année, et dans le monde entier), être classés parmi les espèces les plus dangereuses de la Terre. Parmi les « nuisibles », pour utiliser un adjectif de leur vocabulaire que je récuse…

Monsieur le Président, dans votre entretien au Chasseur français, votre sortie sur les loups me semble particulièrement inadmissible : « Chaque année, dites-vous, il sera décidé du nombre de loups à abattre en fonction de l’évaluation des risques et de la croissance de la population de loups. » Je vous rappelle que Canis lupus est une espèce protégée par la Convention européenne de Berne, que la France a ratifiée, et qui ne saurait être modifiée que par une décision des deux tiers des signataires. Je m’étonne de la contradiction qui surgit, ici, entre votre fonction régalienne de gardien de la Constitution et des institutions du pays, et l’autorisation littéralement hors la loi que vous accordez à des tueurs d’animaux protégés.

Sur le fond, je vous rappelle que les loups sont revenus par eux-mêmes sur notre territoire, depuis l’Italie voisine (certains, désormais, y rentrent depuis l’Allemagne et la Suisse ; en attendant leurs congénères espagnols). Au rebours de ce que vous suggérez, leur population n’est nullement en accroissement. En France, ils étaient un peu plus de 300 en 2014. Cette année, on en dénombre moins. Or, les « autorisations » de « prélèvement » (la litote utilisée pour dire qu’on leur loge une balle dans le ventre) ont été augmentées de moitié : elles passent de 24 à 36. Une absurdité, fût-ce aux yeux du plus ignorant des naturalistes…

Monsieur le Président, depuis le mois de juillet 2015, comme le relève l’association de protection de la nature FERUS, 13 loups ont déjà été fusillés de façon « officielle » (et d’autres braconnés). Les éleveurs de brebis réclament qu’on en exécute toujours davantage. Certains bergers (et les politiciens qui les caressent dans le sens de la laine) vont jusqu’à exiger l’« éradication » du prédateur. Allez-vous leur donner raison ? Je vous rappelle que, s’il existe 300 loups en France, on en recense 1 500 en Italie et 2 000 en Espagne, où les problèmes que pose le carnivore sont infiniment moins aigus que chez nous. Si nous désirons réellement aider les bergers (ce qui est notre volonté à tous deux), nous devons améliorer le gardiennage des troupeaux dans la montagne (en embauchant par exemple des chômeurs), plutôt que d’envoyer ad patres les rares « fauves » qui nous restent. Car l’ennemi numéro un de l’éleveur n’est pas le loup, mais le prix de la viande de mouton sur un marché mondial dominé par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine. Je regrette que, tels les pires politiciens de la droite de la droite (mettons Christian Estrosi ou Laurent Wauquiez), vous vous entêtiez à faire de Canis lupus le trop facile bouc émissaire de notre incapacité à réguler ce secteur de l’économie.

Monsieur le Président, durant votre quinquennat, j’ai la tristesse de constater que la nature sauvage endure le martyre. Vous êtes en train, en ce moment même, de transformer nos forêts, nos montagnes et nos mers en parages où le sang ruisselle. Les abattages succèdent aux carnages, et cela ne semble guère vous toucher.

Vous avez entamé, et vous vous préparez à conclure, une extermination du troupeau de bouquetins du massif du Bargy, en Haute-Savoie. La justice a rejeté le recours des associations naturalistes : plusieurs centaines de ces ruminants vont donc mourir dans les alpages, tirés à l’arme lourde par une légion de nervis aidés d’hélicoptères. Pourquoi cette folie ? Parce que certains ongulés seraient vecteurs de la brucellose. Mais le massacre a été ordonné avant même qu’on ait confirmé la contamination, et au mépris de la seule solution scientifique et efficace au problème : la vaccination !

Les loups, les bouquetins : du sang, toujours du sang ! Monsieur le Président, pourquoi ne raisonner qu’avec l’esprit du bourreau ? À l’île de la Réunion, je constate la même indignité : dans le cadre du plan gouvernemental intitulé « Cap Requins », plusieurs requins bouledogues, des requins tigres et même un grand requin blanc ont été récemment « prélevés ». Ces poissons superbes n’avaient mordu personne. On les harponne et on les achève à titre « préventif », alors qu’ils figurent (au moins pour le tigre et le grand blanc) sur la liste des espèces en voie d’extinction dressée par l’Union internationale pour la Conservation de la Nature.

Partout en France, les chasseurs réclament (et obtiennent !) qu’on les autorise à organiser des battues au renard ou des déterrages de blaireaux. Au nom de la tradition et de la « ruralité », ils veulent continuer à piéger à la trappe ou à la glu les ortolans, les pinsons ou les bouvreuils. Ils exigent qu’on leur permette de « résoudre » le « problème » des vautours, qu’ils accusent ridiculement d’attaquer les vaches vivantes. Ils se font forts de régler le sort des corbeaux, des cormorans, des phoques, des dauphins, que sais-je ? Je l’ai entendu hier et j’en suis resté sur le derrière : des grues cendrées en migration par milliers au lac du Der ! Les chasseurs, ces prétendus « amis de la nature », désirent en vérité éliminer manu militari tout ce qui les « gêne » dans leur utilisation simpliste et univoque (tuer ! tuer !) des composants sublimes et nécessaires de nos écosystèmes. Je n’aime pas, monsieur le Président, que vous vous placiez unilatéralement dans leur camp.

Monsieur le Président, nous sommes nombreux, dans ce pays, à ne plus supporter l’holocauste. Je désirerais que, pour vous et votre gouvernement, l’écologie ne se résume pas aux questions d’énergie, de pollution ou de transport, bref à des combats que je mène également, depuis quarante ans, mais qui ne sont pas suffisants. J’aimerais qu’en prononçant le mot « biodiversité », vous preniez enfin conscience que la nature subit davantage de blessures et de désastres qu’elle n’en a jamais enduré depuis que l’Homo est sapiens. Je voudrais que vous formiez, dans votre imagination, l’image de vraies plantes, de vrais animaux, de vrais prédateurs. Je serais ravi que vous n’adoptiez pas pour ligne politique l’idée de confier la gestion de la « ruralité » aux chasseurs plutôt qu’aux écologistes ; aux mitrailleurs plutôt qu’aux amoureux de la beauté vive ; aux massacreurs en tenue léopard plutôt qu’aux amis de la subtilité et des équilibres ; aux assassins des beautés palpitantes plutôt qu’aux naturalistes, aux promeneurs, aux écrivains, aux cinéastes, aux peintres, aux poètes et aux rêveurs.

Je revendique de votre compréhension et de votre amour de l’humanité même que vous laissiez à l’usage de nos enfants et des enfants de nos enfants les trésors vivants que nourrit encore la Terre. Que vous preniez la défense du requin, du loup, du lynx et de l’ours brun, plutôt que de les laisser agonir d’injures et anéantir à la balle ou au couteau par des êtres basiques, obsédés par la mort du « nuisible » ou du « gibier », et fiers de revêtir l’uniforme martial pour aller répandre la terreur à travers champs et bois.

Je vous en supplie, monsieur le Président : faites taire les fusils et écoutez la symphonie du monde !

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