Je suis écologiste : je choisis Macron !

9 mars 2017

Écologiste j’étais, je suis et je resterai.

La Terre étouffe et pleure. La sphère de la vie ne supporte plus les dévastations de l’Homo dit sapiens : elle pourrait reconduire au néant cet australopithèque prolifique et guerrier. Je l’ai écrit dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! : notre espèce a peu de chances d’entrevoir le XXIIe siècle. Mais je continue de lui chercher une Sortie de secours (l’un de mes essais). Je veux croire que le genre humain et ses colocataires végétaux et animaux échapperont à la Sixième Extinction Majeure, provoquée par une fatale conjugaison de pollutions, de saccages, de chaos climatique, de nouvelles épidémies et de « der des ders » façon nucléaire… Notre sauvetage exigera sagesse et volonté, mais nous prenons rarement des décisions raisonnables. Lorsque tel est le cas (par exemple, à la COP 21 sur le climat), nous perdons vite la volonté de les appliquer. Nos gouvernants plient devant les exigences des plus braillards et des plus égoïstes.

Dans cette atmosphère délétère, que décider à l’échelle de la France, pour les prochaines élections présidentielles ? Quel camp rallier ? Pour qui voter, à supposer qu’on glisse un bulletin dans l’urne ?

Afin de choisir le (ou la) candidat(e) dont je me sens le plus proche comme citoyen et comme écologiste, et sachant que voter « blanc » ou « nul » est inutile, j’ai décidé de suivre les préceptes du président Mao Tsé-toung dans le Petit Livre rouge : primo, identifier l’ennemi principal ; secundo, élaborer une stratégie pour le vaincre. J’ajoute un tertio aux recommandations du Grand Timonier : choisir plutôt qu’éliminer. Adhérer aux propos, aux promesses, à la gestuelle, aux câlins, même aux défauts d’un leader qui attire, plutôt que d’un apparatchik engraissé dans les banquets de son parti.

L’ennemi numéro un de la France se reconnaît comme une vilaine plaie sur la figure de Marianne : c’est le Front national, cette association à but anti-démocratique au service de la riche famille des Le Pen, où trônent le père, Jean-Marie, dans le rôle du Menhir antisémite ; la fille, Marine, qui barre le paquebot de la Xénophobie sur la mer de l’Exclusion ; et la petite fille, Marion Maréchal, dont le sourire évoque plutôt celui d’un piranha.

Le danger principal, pour la France, c’est ce parti « facho », selon le vocabulaire que nous utilisions en Mai 68. C’est cette association lucrative dans laquelle une présidente profite des emplois fictifs payés par une Europe qu’elle débine ; et au sein de laquelle la ligne politique dépend des analyses fielleuses de deux cumulards notoires : Gilbert Collard et Florian Philippot. (On voit et on entend sans cesse ces deux là, à la radio et à la télévision, ce qui ne les empêche pas d’en rajouter ad nauseam dans la dénonciation des « médias vendus qui nous privent de la parole ».)

L’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République serait un désastre dont les meilleurs économistes nous apprennent qu’il finirait par devenir mondial, en déclenchant une crise financière plus grave que celle des subprimes. On verrait se rabougrir ce « cher et vieux pays » des Lumières, renfermé dans la détestation des étrangers. On regarderait régner une femme obsédée par le modèle Donald Trump. On contemplerait une présidente et ses ministres en train de perpétrer le Franxit, c’est-à-dire l’assassinat de l’Union européenne et le lynchage de l’euro. On assisterait, peu après, à l’écroulement du « franc bleu marine » ; à l’explosion de la dette privée et publique ; au retour de l’inflation à deux chiffres ; aux plaintes des retraités, aux lamentations des salariés, à la ruine des rentiers, à la faillite des paysans privés de politique agricole commune… En guise de « remède » à ces maux, et avec les rodomontades du ministre de la Justice identitaire Gilbert Collard et du ministre de la Préférence nationale Florian Philippot, notre pays érigerait sur ses frontières des centaines de kilomètres de murs anti-migrants, bientôt rebaptisés « murs bleu marine » !

Le citoyen et l’écologiste que je suis ne sauraient redouter pire désastre que l’accession au pouvoir d’une extrême droite aussi négationniste sur la question du réchauffement climatique que sur celle la Shoah. Deux « points de détail », ricanerait le Menhir… Je n’imagine même pas l’état dans lequel, au bout de quelques années de pouvoir frontiste, se trouveraient la flore et la faune sauvages, livrées à des hordes de « beaufs » bétonneurs ou emmanchés d’un fusil de chasse. Avec un air et une eau pollués au nom de la libre entreprise. Avec une terre et une mer sacrifiées, détériorées, ravagées pour subvenir aux besoins miniers, énergétiques, industriels et de transport d’une France réduite à sa petitesse territoriale, et dont la devise imiterait celle de Benito Mussolini dans l’Italie fasciste : « Francia farà da sè ! », « La France fera toute seule ! »

Le Front national appartient au groupe, hélas de plus en plus nombreux, des partis populistes ou fascisants. Ceux-ci rêvent que leur peuple détestera demain les voisins qu’il aimait hier. On commence par calomnier et par mentir, puis on se défie, on se menace, les périls montent, le réarmement s’ensuit et cela finit sur la ligne Maginot. Marine Le Pen et ses homologues nous mènent à la guerre, comme leurs prédécesseurs dans les années trente. Je ne connais pas de plus bel argument humanitaire et écologique pour leur interdire aujourd’hui d’accéder au pouvoir.

Une fois l’ennemi principal désigné, reste à élaborer la stratégie qui lui fera mordre la poussière. Pour qui vais-je voter, si je désire empêcher Marine Le Pen de franchir le premier tour de la présidentielle ? Et surtout de l’emporter au deuxième ?

Il ne me viendrait pas à l’idée de combattre le clan Le Pen en rejoignant Les Républicains, réduits à un noyau dur dont « Sens commun » et la « Manif pour tous » forment la coquille et François Fillon la graine. « FF » ! François Fillon ! Ce mal logé d’un manoir de Sablé-sur-Sarthe, ce potentiel mis en examen pour l’emploi fictif de sa femme et de deux de ses enfants (restera-t-il candidat après son rendez-vous judiciaire du 15 mars ?), aura connu le triomphe à la primaire « de la droite et du centre ». Un succès fondé sur la vertu, la droiture et l’honnêteté, avec en point d’orgue le coup du « Qui imaginerait le général de Gaulle mis en examen ? » On n’a jamais trouvé mieux dans le genre boomerang ! Fillon vérifie, à ses dépens, et dans des concerts de casseroles, la pertinence du vieil adage selon lequel il n’y a jamais loin du Capitole à la Roche tarpéienne. (Ceux de mes lecteurs qui n’ont pas picoré leurs humanités au lycée consulteront monsieur Larousse ou madame Wikipedia.) Les fillonistes affirment qu’en délivrant un discours ultra-droitier, leur champion siphonnera les voix du Front national. Le FN répond, avec un ricanement, que l’électeur préfèrera toujours l’original à la copie. Exeunt Les Républicains, y compris le « plan B » ou « plan J », comme Juppé, lequel vient (certes, un peu contraint !) de céder à la tentation de Bordeaux.

En sautant à l’autre extrémité de l’éventail politique, toujours dans ma double peau de citoyen et d’écologiste, je n’entrevois guère d’issue avec Philippe Poutou (du Nouveau parti anticapitaliste) ou Nathalie Arthaud (de Lutte ouvrière). Le premier est gentiment déconneur, même s’il énonce une vérité prolétarienne. La seconde aboie ses phrases, de sorte qu’on a l’impression qu’elle va dévorer à elle seule la grande bourgeoisie et les valets du capital. Je passe sur les cas des non identifiés : Jacques Cheminade (ce perpétuel revenant dont nul n’a jamais compris le combat), François Asselineau (jamais entendu parler de ce type), Jean Lassalle (un ennemi juré des ours des Pyrénées, or je vote ours) ou Rama Yade (laquelle mérite mieux que le mépris des médias qui l’ont souvent utilisée). J’espère que je n’oublie personne… Ah ! si : Alexandre Jardin et une brochette d’inconnus qui n’auront jamais les cinq cents signatures. Et la statue du petit commandeur qui se dresse devant la République : Nicolas Dupont-Aignan ! Ces braves gens désirent ne pas être élus : ils veulent seulement qu’on parle d’eux le temps d’une campagne à la télévision.

À gauche, il y a eu la primaire « de la Belle Alliance », dite aussi « du PS »… Au premier tour, on a observé la solidité d’un François de Rugy, qui (comme prévu) ne s’est pas qualifié pour la finale. Au second tour, la votation a consacré Benoît Hamon contre Manuel Valls, selon la règle unique de l’exercice, laquelle s’énonce ainsi : « Pour gagner la primaire de ton camp, caresse ton extrême ! » Hamon mène sa campagne présidentielle comme un remake du film de François Hollande : « Mon ennemi, c’est la finance ! », qu’il a retitré « Je vous offrirai le revenu universel ! » ; dans les deux cas, cette promesse de Père Noël ne peut produire que des déçus.

Benoît Hamon nous propose d’autres projets frappés au coin de l’improvisation hasardeuse. Le « 49-3 citoyen », par exemple. Cette disposition permettrait à de bons républicains de contester de mauvaises lois votées au Parlement. Le problème est qu’elle autoriserait aussi les associations d’idéologues à torpiller les bonnes lois ; voire à remettre en cause de très progressistes législations antérieures. On voit déjà la « Manif pour tous » et « Sens commun » faire un triomphe au « 49-3 citoyen » : ces bon chrétiens en profiteraient pour dézinguer le mariage pour tous, le droit à l’avortement et l’abolition de la peine de mort !

Benoît Hamon s’est, certes, découvert une âme environnementaliste : « Moi président, je vous offrirai l’écologie rose ! » Notons qu’il est devenu écologiste il y a moins d’un mois. Son alliance avec Yannick Jadot, le rescapé de la primaire « des écologistes », c’est-à-dire de ce qui reste d’Europe-Écologie les Verts (un groupuscule de groupuscule), ne lui fera pas gagner une voix : ce que le public a retenu de la manœuvre est que Cécile Duflot (la crème de l’arrivisme) y aurait « sauvé » sa circonscription parisienne pour les législatives !

Exit Benoît Hamon – le chef frondeur de la gauche de la gauche au PS, désormais sévèrement frondé par la droite libérale de ce parti ! Irai-je donc vers Jean-Luc Mélenchon, le Parti de gauche et l’allié communiste ? Mélenchon incarne un tribun de talent, qui ressasse ses ambitions avortées et ses illusions perdues en injuriant de jeunes journalistes stagiaires. Il me plaît quand il parle au peuple : il a du bagout et même de l’éloquence (une qualité rarissime chez les politiciens actuels). Il se prétend de plus en plus écolo. Il porte une idée que nous défendions déjà avec le commandant Cousteau voici trente ans : faire fructifier et protéger le prodigieux héritage océanique de la France, avec les Antilles, les Kerguelen, Mayotte, la Réunion et les archipels du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie), jusqu’à l’îlot de Clipperton, au large du Chili, qui nous offre une zone d’intérêt économique exclusive presque aussi vaste que le territoire métropolitain… Cependant, pour me séduire, Jean-Luc Mélenchon a trop tiré sur la corde du soutien à d’épouvantables dictateurs, Fidel Castro à Cuba, Hugo Chavez au Venezuela, Bachar el-Assad et Vladimir Poutine lorsqu’il s’est agi de la guerre civile en Syrie… Exit Mélenchon.

Il n’en reste qu’un et ce sera celui-là !

Sachant qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais d’homme ou de femme idéal(e) en politique (ni dans aucun autre domaine), je le dis tout net : je choisis Emmanuel Macron. J’ai pris cette décision depuis plusieurs semaines, je l’ai annoncée sur les réseaux sociaux, certains me la reprochent avec colère ou amertume. Je l’assume et je m’en justifie dans ce texte. Je rejoins En Marche ! Non pas parce que ce mouvement nous conduira en cortège angélique jusqu’au paradis, mais parce qu’il est le seul à pouvoir nous éviter de finir en enfer, je veux dire : à devoir choisir entre François Fillon et Marine Le Pen, ou (configuration moins probable, mais pire) entre Benoît Hamon et Marine Le Pen. Risque majeur, dans ce dernier cas, de voir notre Trumpette présidente !

Emmanuel Macron n’est pas moins écologiste que Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon : tous trois ont répondu aux questions du WWF et d’autres associations de protection de la nature. Je n’entre pas dans le détail (réchauffement climatique, énergies nouvelles, nucléaire, Fessenheim, Notre-Dame des Landes, biodiversité, marées noires, pesticides, perturbateurs endocriniens, etc.) : tous les concurrents en sont à peu près au même niveau d’écologisme scolaire. Élève doué, mais peut mieux faire.

Emmanuel Macron l’emporte dans tous les autres secteurs du programme. Ni droite, ni gauche. De droite et de gauche. Centriste des lumières, mais pas des combines… J’aime cet état d’esprit ! Macron est le seul, sur la scène électorale, à déclamer des tirades d’amour à l’intention de l’Europe, ce continent qui recèle notre avenir, mais que tous les autres candidats critiquent, déprécient et salissent à l’unique profit du Front national. Il est le seul, sur le théâtre électoral en cours, à valoriser le travail tout en se préoccupant de protéger le travailleur ; à vouloir rénover l’école en commençant par la primaire ; à parier sur le labeur et l’intelligence des hommes ; à révérer les sciences et les techniques ; à prôner l’accueil des chercheurs étrangers et plus généralement des étrangers qui veulent bâtir la France avec nous. Il est le seul, dans ses meetings, à demander à ses troupes de ne jamais siffler le nom de l’adversaire : difficile, pour moi, d’expliquer à quel point j’apprécie ce message de paix !

Emmanuel Macron voit plus loin que les autres candidats, mais il reste réaliste. Il entend faire entrer la France dans la mondialisation heureuse : je goûte cette absolue différence avec les thèses frontistes du repli identitaire et de « la France aux Français ». Il voit affluer les soutiens tous bords, parce que nombre d’hommes politiques et de simples citoyens en ont marre des oppositions convenues, des bagarres de cour d’école centenaires entre « la » gauche et « la » droite, ces catégories dont nul ne perçoit plus très bien ni la pertinence, ni la frontière…

Emmanuel Macron dégage une sorte de grâce lorsqu’il parle. On lui a reproché ses attitudes évangéliques, quasi christiques, à la tribune de ses meetings. Mais il séduit la foule : c’est ce qu’on nomme le charisme. Il sourit, il est optimiste, il ne raconte pas sans cesse que la France est en ruine et les Français dans la misère noire. S’il parvenait au deuxième tour de l’élection présidentielle contre Marine Le Pen, ce qui semble à sa portée au moment où j’écris, il la battrait (selon un sondage récent ; je sais : les sondages n’engagent que ceux qui y croient) par 60 % des voix contre 40. Cela suffirait à mon bonheur politique et social pour l’année 2017.

Je vais vous faire un ultime aveu. Personne ne semble avoir remarqué à quel point Emmanuel Macron ressemble à Boris Vian (photos). Il ne joue peut-être pas aussi bien de la « trompinette ». Mais rien ne me ferait davantage plaisir que d’avoir pour président, durant le prochain quinquennat, un homme qui aurait le visage de l’auteur de L’Écume des jours, de Je voudrais pas crever et du Déserteur. La politique se nourrit parfois aussi de littérature, de poésie et de chansons, et c’est dans ces moments-là qu’elle est la plus grande.

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Cétacés : échouages en masse

13 février 2017

Plus de 400 globicéphales, ou dauphins-pilotes (en anglais, pilot whales, “baleines-pilotes”) se sont échouées, dans la nuit de jeudi 9 à vendredi 10 février, sur une plage de Nouvelle-Zélande.

On me demande ce que je peux en dire ; quelles explications la science apporte à ce genre de phénomène triste et impressionnant à la fois. Voici quelques pistes de compréhension…

Certains cétacés meurent au large et s’échouent, poussés à la côte  par les courants. Causes possibles de leur décès : vieillesse, maladie, accident (hélice de bateau…), blessure infligée par un prédateur, pollution, grosse tempête épuisante… De tels échouages ont lieu en petit nombre.

Les échouages massifs ont une explication à la fois physiologique et sociologique. Les cétacés s’orientent principalement grâce à leur sens de l’écholocation (leur sonar), ultra-perfectionné et ultra-précis. Et ils vivent en bancs structurés, sur le mode matriarcal – dirigés par une grande femelle expérimentée. Lorsque la femelle dominante ne se repère pas bien et vient s’échouer sur un rivage, les autres sujets de la troupe la suivent et s’échouent, puis meurent avec elle.

Mais pourquoi ces cétacés ont-ils des “pannes” de sonar ? On a mis en évidence des maladies ou des parasites (vers), notamment de l’oreille interne. On incrimine certains polluants (pesticides, etc.) répandus dans la mer par les hommes. On pense que, dans certains cas, la côte basse et sableuse agit comme un piège : elle réfléchit mal les ondes sonores et égare les animaux. Il semblerait que le rivage incriminé en Nouvelle-Zélande soit de ce type.

Mais une cause grave semble avoir multiplié les accidents dans le dernier quart de siècle : les ondes sonores que les hommes envoient sans cesse dans la mer. Bruits de bateaux, explosions (guerrières ou pour l’exploration pétrolière), etc. Probablement, par-dessus tout, faut-il dénoncer la responsabilité des ondes émises par les sonars militaires surpuissants, aujourd’hui utilisés par les Marines nationales des grandes puissances… Une catastrophe pour le sens de l’orientation des dauphins et des baleines, mais aussi pour la communication entre les individus de ces espèces…

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Jeux Olympiques, Paris 2024 : parlons français !

4 février 2017

La mairie de Paris et le Comité national olympique et sportif français viennent de dévoiler le slogan de la ville de Paris, dans la compétition que celle-ci mène pour se voir attribuer les Jeux olympiques d’été de 2024.
Véritable injure à la langue française, dans la capitale même de la France, ce slogan est rédigé en anglais : “Made for sharing”. On nous explique qu’il en existerait une déclinaison en français, “Venez partager”, mais c’est bel et bien la phrase anglaise qui est affichée sur la Tour Eiffel.
Les massacreurs de notre langue sont, une fois de plus, à l’oeuvre. Ils se moquent des statuts mêmes de l’olympisme, puisque le français y est langue officielle au même titre que l’anglais. Mais surtout, les publicitaires, les gens de marketing, les hauts fonctionnaires et les élus municipaux qui ont accepté cette injure à Molière et à Voltaire semblent satisfaits de leur sale coup.
Nous sommes nombreux à affirmer que nous ne soutiendrons pas la candidature de Paris pour les Jeux olympiques de 2024, en tout cas pas tant que le slogan officiel y restera formulé dans une autre langue que la française.
Nous sommes nombreux à déclarer qu’en attendant l’indispensable rectification, nous nous désolidarisons avec rage d’une candidature qui foule aux pieds la culture du pays qui la porte.

 

 

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Le mythe de la caverne…

11 janvier 2017

On se souvient du mythe (ou de l’allégorie) de la caverne, que Platon expose au Livre VII de son dialogue La République. Selon ce texte, les humains ressemblent à des prisonniers enchaînés au fond d’une grotte. Ils ont le dos tourné vers l’entrée lointaine, et ne voient rien du monde, à l’exception de leur ombre portée sur le rocher. Ils croient que ces simulacres constituent la réalité. Le même rapport nous sépare de la connaissance vraie : nous n’apercevons des choses qu’une ombre vague, irréelle, vacillante et définitivement différente de la vérité…
Je contemple une caverne de glace que l’eau du torrent et le froid de l’hiver ont sculptée. L’édifice me semble un opportun rappel de la leçon platonicienne. Notre petit univers intellectuel est centré sur notre existence à la surface d’une planète minuscule, qui tourne autour d’une étoile Soleil de taille moyenne, sachant qu’il existe quelque deux cent milliards d’étoiles dans notre galaxie (la Voie lactée), et qu’on dénombre deux cent milliards de galaxies dans l’univers connu (avec peut-être des univers parallèles)…
Ce rien-du-tout que nous sommes incarne un rien-du-tout (ou un roseau…) qui pense, certes ; mais qui pense bien peu, bien mal, obscurément, jamais plus loin que le bout de son nez, et sans la moindre idée de l’infinie poésie du cosmos.
Nous restons enfermés dans la caverne de notre médiocrité. Nous ne connaîtrons jamais l’immensité du monde. Nous mourrons esclaves de nos illusions et englués dans notre ignorance. Nous finirons oubliés de notre planète elle-même, à laquelle nous ne sommes nullement nécessaires, et qui continuera de voler sans nous autour du Soleil, jusqu’à ce que celui-ci enfle et la brûle, mettons dans un petit milliard d’années.

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La glèbe asservie

Le 19 décembre 2016

15 décembre 1978 (p…, bientôt 40 ans !), j’écrivais ceci dans mon “Journal de nature”, paru en 1992 sous le titre “L’Odeur du soleil dans l’herbe” :

“Normandie (Le Neubourg)
“Une ligne pure de trembles à l’horizon ; un tapis de feuilles mortes réduites à leurs nervures (découpages bactériens d’une infinie rigueur) : c’est peu de splendeur, dans ce vaste paysage !
“Partout alentour, l’horreur de la glèbe asservie. Dans ces cultures industrielles, notre mère la Terre n’est plus qu’une addition d’hectares, d’engrais et de pesticides, c’est-à-dire un compte au Crédit Agricole.”

On ne peut pas dire que les écolos précoces dans mon genre ne s’étaient pas fait une image claire de la réalité du monde.

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Canons à neige et folie douce

30 novembre 2016

Aurons-nous de la neige en hiver ? Dans les Alpes ? Dans les autres montagnes de France, d’Europe, du monde ?

Je contemple Courchevel, de l’autre côté de la vallée que j’habite. La station fait cracher des dizaines de canons à neige… Je sais : selon le vocabulaire officiel, on ne dit pas « canon à neige », mais « enneigeur ». On ne parle pas de « neige artificielle », mais de « neige de culture ». La litote ou la novlangue n’ont pas fini de nous reformater les neurones.

Au XXIe siècle, le principal problème des stations d’hiver est évidemment climatique. Voici des années que je le répète, que je le serine, que je le martèle aux responsables locaux, régionaux ou nationaux : dans nos montagnes, nous perdons, en tendance, chaque année un jour d’enneigement et un centimètre d’épaisseur de neige cumulée. Cela semble minime à ceux qui ne voient que le bout de leur nez. Mais un jour par an, au bout de trente ans, cela fait un mois complet, soit le quart de la saison d’hiver actuelle ! Un manque à gagner inquiétant…

Les canons à neige paraissent être « la » solution. Mais seulement aux yeux des naïfs ou des bétonneurs… Ils exigent d’énormes réserves d’eau en altitude, donc des barrages (des « retenues collinaires », dit la novlangue). Ils consomment de grandes quantités d’énergie (d’électricité) : seules les plus riches stations peuvent se les payer. De toute façon, pour fonctionner, ils ont besoin qu’il fasse froid (si possible, moins de 0 degré Celsius) et que l’atmosphère soit bien sèche (l’idéal : un taux d’hygrométrie de 20 %).

Or, le réchauffement climatique sévit en altitude deux fois plus intensément qu’en plaine. Cela signifie moins d’eau qui tombe du ciel, ou de l’eau qui arrive sous forme de pluie au lieu de neige, et qui dévale trop vite la pente. Cela veut dire aussi un excès de chaleur qui s’oppose à toute tentative de fabriquer encore et toujours la fameuse neige « de culture »…

Les stations françaises aujourd’hui en activité fonctionneront-elles encore dans trente ans ? J’en doute pour celles qui sont édifiées à basse altitude – autour de 1 000 mètres, soit la quasi-totalité de celles du Massif central, du Jura et des Vosges, mais aussi des Préalpes (Vercors, Chartreuse, Bauges, Aravis…). Dans les Alpes et les Pyrénées, les plus hautes et les plus rupines (Morzine, Avoriaz, Courchevel, Val d’Isère, Val-Thorens, L’Alpe d’Huez, Les Deux-Alpes, Isola 2000, La Mongie, etc.) survivront un peu plus longtemps, mais au prix d’investissements aussi affolants qu’incertains.

Si la montagne désire vivre demain du tourisme, elle n’a d’autre issue que de compter sur les quatre saisons et la belle nature. Je veux dire : au moins autant sur les parcs nationaux et les balades, que sur le ski et les activités connexes. Sur les ours, les loups et les chamois, autant que sur les kilomètres et les kilomètres obsessionnels de pistes bleues, rouges ou noires… Mais les chamois et les loups dégagent de maigres profits, comparés aux gains mirifiques de la spéculation immobilière. Le pognon, je le crains, aura raison de la splendeur altière des cimes. L’artifice l’emportera probablement sur le bonheur des sites encore vierges et le respect de la vie sauvage.

Voici quelques jours (le vendredi 25 novembre, en commission réunie à Chambéry), une unité touristique nouvelle (UTN) a obtenu un avis favorable. Celui-ci rend possible la construction, à Tignes, d’un nouveau village du Club Méditerranée (1 050 lits), et d’une piste de ski de plus de 200 mètres de longueur, entièrement couverte et éclairée jour et nuit, enneigée à l’année par des canons ad hoc, et couplée avec un centre aqualudique. Piscine à vagues et ski d’été sur béton… Artifice à tous les étages… On enrage à cette perspective. Le ski d’été devient, certes, de moins en moins praticable en pleine nature, sur le glacier voisin de la Grande Motte que le réchauffement climatique fait fondre à toute vitesse et où béent les crevasses… Mais de là à transformer la montagne en triste parc d’attractions !

À 2 100 mètres d’altitude, en Tarentaise, avec une partie de son territoire au cœur du parc national de la Vanoise (ce symbole de la biodiversité libre et sauvage), la commune-station de Tignes bat tous des records en matière d’absurdité saccageuse. Elle a décidé de singer le « dôme alpin » artificiel et artificiellement enneigé que les pétrodollars du Golfe ont permis d’édifier dans le désert de Dubai ! On veut croire que telle ne sera pas l’image ordinaire de nos montagnes dans les prochaines décennies. On craint les flocons de la désillusion…

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Adieu, bagnole ennemie !

19 novembre 2016

Mai 68 dans l’Histoire, les rues repavées, les CRS rentrés dans leurs casernes : les années 1970 voient notre mutation générationnelle. De gauchistes, nous devenons écologistes. (On observe aujourd’hui le mouvement inverse.) En ce temps-là, non seulement nous sommes jeunes (ce dont nous n’avons guère à nous vanter), mais  nous propageons un slogan inventé (je crois) au journal Hara Kiri par François Cavanna (à moins que ce ne soient le Professeur Choron, Gébé, Reiser, Wolinski ou Cabu ; ou encore par René Dumont) : « La bagnole, ça tue, ça pollue et ça rend con ! »

Je veux remettre au goût du jour cette énergique assertion. Une polémique est en cours : Anne Hidalgo et la municipalité de Paris ferment au trafic automobile et rendent aux piétons ou aux cyclistes une portion (3,3 kilomètres) de la voie Georges Pompidou, sur la rive droite de la Seine. Les utilisateurs de bagnoles pestent, râlent, éructent, hurlent qu’on les soumet deux fois par jour à une séance de torture en les empêchant de pétarader à leur gré sur cette saignée citadine, conçue et ouverte en un temps où le président Pompidou (celui dont elle porte le nom) désirait éventrer la capitale à grands coups d’autoroutes.

Les automobilistes honnissent la maire de Paris et plus généralement le pouvoir socialiste « vendu aux écolos ». Les piétons, les cyclistes, les patineurs à roulettes, les badauds en balade, les coureurs à pied, les amoureux main dans la main, les papillons, les abeilles et les oiseaux se réjouissent. À l’intérieur de ces organismes coule un sang plus vif, pénètre un air plus oxygéné et s’insinuent des parfums plus suaves, y compris plusieurs molécules de bonheur…

L’automobile. La voiture. La tire. La guinde. La caisse. Le tas de ferraille (ou de boue)… Les noms et surnoms ne manquent pas. La réalité de cet engin brutal et bruyant devient obsédante. Je désire ici simplement rappeler quelques faits. Oui, la bagnole tue ! Chaque année, en France, on déplore 60 000 accidents de la circulation, qui font 75 000 blessés et plus de 3 500 morts (18 000 cadavres en 1972 : on célébra par ce chiffre record la naissance de la voie Pompidou). En Europe, le trafic automobile provoque 85 000 décès par an. Dans le monde, 1 300 000 ! Ne cherchez pas ailleurs la cause de décès numéro un chez les 15-30 ans.

L’automobile tue, mais pas seulement en raison des excès de vitesse, des conduites en état d’ivresse, des dépassements interdits, du mépris des lignes blanches, des refus de priorité ou des « stops » allègrement grillés. La bagnole assassine parce qu’elle pollue. Elle  incarne une pourvoyeuse majeure de cette chape de miasmes chimiques dont les hommes sont en train d’envelopper la planète. Pollution des sols, des eaux, des forêts, de la mer et, au premier chef, de l’atmosphère… Les oxydes et dioxydes de carbone, d’azote ou de soufre, le plomb et les autres métaux lourds, l’amiante (toujours là), les plastiques et des nuées invisibles, mais hautement pathogènes, de particules fines, sortent des pots d’échappement, des pneus qui freinent ou des lieux de casse des vieilles caisses…

Bronchites, pneumonies, cancers, infarctus, accidents vasculaires cérébraux, anomalies génétiques dues aux perturbateurs endocriniens, etc. : la liste des méfaits sanitaires de la bagnole toute puissante ne cesse de s’allonger. La pollution atmosphérique est devenue l’un des fléaux majeurs de notre temps. Elle est imputable pour au moins un tiers au trafic automobile. Dans le monde, elle provoque 7,5 millions de morts par an (certains disent 10 millions). En France, elle cause 48 000 morts chaque année (16 000 pour les seuls transports). On calcule qu’elle vole 2 ans d’espérance de vie à chaque adulte de 30 ans.

La bagnole, ça tue, ça pollue… Et ça rend con… Impossible de lutter contre l’addiction du volant, contre la drogue du « vroum-vroum » et la surconsommation de combustibles carbonés, fossiles ou non : pétrole, gaz, supercarburant, gazole ou « biocarburants ». La production mondiale de véhicules à moteur grimpe en flèche. Les êtres humains sont aujourd’hui 7,5 milliards : et ils possèdent 1,7 milliard d’autos (le cap du milliard a été franchi en 2007). Le moteur à explosion est en phase d’explosion démographique inquiétante, notamment dans les grands pays émergents : Chine, Inde, Indonésie, Brésil, etc. Chaque année, sur la planète, on construit et on vend 80 millions de voitures. 150 par minute. 2,5 par seconde !

L’Homo sapiens petaradensis exige sa bagnole, son véhicule, sa « liberté de bouger » (une faculté dont on sait qu’elle porte un autre nom : « embouteillage »). Chez les riches, chaque ménage possède deux bagnoles, plus une par enfant. Chez les pauvres, on récupère les caisses usagées des nantis, et elles ronflent à nouveau. Les gaz à effet de serre s’accumulent sur nos têtes, nous crevons les poumons ou le cerveau mités par les polluants, nous appuyons sur le champignon sur les dix mètres qui nous séparent de l’automobiliste précédent au milieu du bouchon : mais nous râlons parce qu’une municipalité et sa maire nous privent de tels délices, sur un mini-parcours de 3,3 kilomètres, au bord d’un fleuve qui pourrait redevenir magnifique si nous le laissions respirer, lui aussi…

« La bagnole, ça tue, ça pollue et ça rend con ! » Souvenons-nous de ce slogan soixante-huitard ! Réhabilitons-le… Enfilons nos chaussures de marche, ouvrons nos narines et nos âmes, oublions le tintamarre et les injures, laissons à leur addiction les drogués de la vitesse sur autoroute et du sur-place dans les rues de la ville : redevenons, dans un premier temps, des utilisateurs intelligents et parcimonieux de véhicules à moteur. La bagnole, c’est dépassé. L’automobile n’a pas d’avenir. Je veux bien admettre que nous en avons besoin quand elle s’appelle « ambulance » ou « taxi » ; mais bien moins souvent que nous ne le croyons. Et sûrement pas au prix de notre santé et de celle de nos enfants ; ni aux dépens de la splendeur de cette Terre où nous sommes arrivés par hasard, et dont nous partirons sans même un corbillard !

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Donald Trump : la catastrophe écologique annoncée !

 16 novembre 2016

Je retourne le couteau dans la plaie : Hillary Clinton a failli devenir présidente, elle a rassemblé plus de voix que son concurrent. Le système électoral américain est ainsi conçu : Donald Trump investira la Maison blanche. La première puissance mondiale a investi un démagogue sexiste, raciste et nationaliste. Rétrograde sur les questions de mœurs. Globalement vulgaire. Et dangereux ! Ce copain de Poutine (mais qui fera peut-être la guerre à la Russie) devient l’exemple à suivre pour toutes les « droites dures » et les « fachos » de la planète. En France, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen le louent, le cajolent, l’embrassent et prétendent l’imiter.

Les États-Unis ont choisi. Ils devront faire face à un désastre politique, social et sociétal. Le droit à l’avortement sera révoqué (Donald Trump parle de laisser chaque État décider). L’Obama Care sera réduit en charpie, les réfugiés refoulés à la frontière, et deux ou trois millions de sans-papiers expulsés. Le nouveau Superman de Washington promet de pulvériser Daesch et Al Qaïda ; de tuer les familles des terroristes pour leur apprendre à vivre ; de rétablir la torture dans les prisons ; d’édifier un mur de 1 600 kilomètres de longueur à la frontière mexicaine ; et d’interdire l’accès du pays aux musulmans (Trump est récemment revenu sur cette promesse électorale – mais du bout des lèvres)… Une chose est sûre : grâce au nouveau Hulk ou Spiderman à moumoute orange, les fabricants de révolvers et fusils verront leurs juteuses activités bénies, puisque le port d’arme constitue un « droit donné par Dieu aux hommes » ; seul petit problème : les tueries de masse continueront d’alimenter en sang tiède la rubrique des faits divers.

Je relis le résumé que je viens de dresser des douceurs promises par Donald le Bonimenteur à l’Amérique et au monde (puisque telle est la réalité géopolitique). Mes joues ruissellent de larmes. Et je n’ai pas encore tout dit… Donald Trump incarne, à lui seul, une catastrophe environnementale majeure, un cataclysme qui frappera la totalité des écosystèmes planétaires. Le président élu des États-Unis s’apprête à faire adopter par le Congrès un programme de gouvernement qui, au chapitre de l’écologie, nous conduit gentiment vers le pire. Ou bien le bonhomme n’a pas conscience de l’effet des mots qu’il prononce, ou bien il s’en moque comme de son premier gratte-ciel. Je penche pour la seconde hypothèse

Prenons la variété de la vie sur la Terre – cette biodiversité si précieuse et dont on déplore partout qu’elle s’effondre. Avec Trump, il ne régnera plus qu’une seule loi : celle du fusil (ou, selon l’endroit et la cible, du harpon, du chalut, de la pelleteuse, de la bétonneuse ou de la tronçonneuse). Fiers de poser pour la photo avec le cadavre du léopard ou du lion qu’ils viennent de massacrer (ces clichés circulent sur les réseaux sociaux), les fils du président à venir donnent une idée de la manière dont seront traitées les espèces sauvages : avec des balles et des engins de destruction massive. Saigner les bêtes, raser les forêts, assécher les marais, vider les mers de leurs créatures : aucune objection ! Dieu a donné ce droit imprescriptible aux hommes, en tout cas aux Américains, à tout le moins aux Anglo-Saxons blancs protestants.

Donald Trump le serine, le clame, le proclame : il désire rendre à nouveau compétitive l’économie américaine. Il s’engage à lui restituer sa puissance ; à la replacer au premier rang mondial ; et peu importent les dégâts collatéraux… Nulle pleurnicherie ne saurait ralentir cette entreprise. Où il y a du gibier, on chasse. Où il y a du poison, on pêche. Si l’on découvre un minerai, l’urgence est de l’exploiter. Dans les forêts où les arbres ont mis des siècles à pousser, le devoir de l’entreprise de bûcheronnage consiste à les couper. Le PIB est le seul dieu après Dieu. La « croissance » tient lieu de critère moral essentiel, pour ne pas dire unique. Si le charbon affleure, on envoie le marteau-piqueur ou le bulldozer. Lorsqu’on renifle l’odeur du pétrole, on creuse un puits et on compte les dollars…

« Rendre sa grandeur à l’Amérique ! » Ce mot d’ordre trumpiste traduit une philosophie : celle du pionnier de la conquête de l’Ouest – le front bas sous son chapeau de cow-boy ; le colt à la ceinture ; massacreur de bisons ou de pigeons migrateurs ; la dégaine du destructeur des sols, du ravageur des sylves, du pollueur des mers, de l’Attila des montagnes…

La plus irremplaçable richesse qui se puisse concevoir sur notre planète est aujourd’hui l’équilibre de la biosphère, dont un élément décisif s’appelle le climat. Sans surprise, c’est dans ce domaine que Donald Trump se montre le plus agressif, le plus primaire, le plus ignare et le plus décidé à instituer le Far West du pire. Le président élu des États-Unis d’Amérique juge inepte le scénario du réchauffement climatique global. Il le tient pour « un canular ». Dès 2012, ce climatosceptique invétéré et fier de l’être a pu proférer cette lumineuse et définitive explication : « Le concept du réchauffement climatique a été créé par la Chine pour rendre non compétitive l’industrie américaine. »

Donald Trump fera ce qu’il croit le meilleur pour l’Amérique et ses buildings. Il est bien décidé à lever toutes restriction à la production d’énergies fossiles. Il entend réactiver l’exploitation charbonnière, et par exemple relancer l’énorme projet de mine de charbon de Gillette, dans le Wyoming. Il désire des forages pétroliers partout – y compris dans les zones les plus fragiles, en Arctique, parmi les récifs de coraux ou aux grandes profondeurs océaniques. Il promet de remettre sur pied le projet de méga-oléoduc Keystone XL, entre les schistes bitumineux de l’Alberta (au Canada) et les raffineries du Texas ou de l’Illinois (en 2015, Barack Obama avait opposé son véto à la naissance de ce monstre).

Bien entendu, Donald Trump désire toujours plus de gaz et de pétrole de schiste – la fracturation hydraulique et le traitement chimique des puits dussent-ils provoquer des séismes et polluer les nappes phréatiques. Le nouveau « leader du monde libre » appuie sans réserves les industries les plus salissantes pour l’air et l’eau, les fermes de dix mille vaches ou cent mille poulets, l’agriculture la plus intensive et la plus nocive. Il ne s’est pas prononcé en détail sur toutes ces filières, mais on peut croire qu’il soutient la viande aux hormones, l’utilisation des antibiotiques dans les élevages, le recours aux pesticides les plus toxiques et l’utilisation sans contrainte des OGM. Il aime, dirait-on, tout ce qui ressemble à un Moloch productiviste et mortifère…

Logique dans son raisonnement économique et opposé aux administrations d’État, Donald Trump a promis, durant sa campagne électorale, de supprimer l’Agence américaine de protection de l’environnement (l’EPA). Pour faire bonne mesure, il s’apprête à annuler les milliards de dollars de paiements que les États-Unis doivent encore aux Nations unies pour financer la lutte contre le chaos climatique.

Pour couronner l’œuvre, Donald Trump a juré urbi et orbi qu’il dénoncerait l’Accord de Paris sur le climat (le texte final de la Cop 21). Il jouera le coup dans une manière fine ou finaude. Il ne reniera pas d’emblée la parole des négociateurs américains : il présentera le document au Sénat, lequel est à majorité républicaine et ne réunira jamais les deux tiers de ses voix pour une ratification réglementaire. Le nouveau président négationniste sera désolé de devoir informer l’ONU que les États-Unis se retirent de l’Accord.

La Chine s’en ira dans la foulée. Et les autres grands pollueurs peu après. L’effet de serre (ce « canular » !) aura l’occasion de démontrer que sa puissance excède largement celle d’une humanité bêlante et égoïste, qui préfère voter pour des irresponsables démagogues et ignares, plutôt que de se préoccuper de la santé de ses enfants et petits enfants. Personne n’oblige les citoyens à élire Trump, Poutine ou Marine Le Pen. Mais force est de constater qu’ils le font massivement… Ces électeurs à courte vue devront assumer leur choix simpliste, leur crédulité, leur abstention massive ou (trop souvent !) leur lâcheté. Les peuples du XXIe siècle paraissent, les uns après les autres, vouloir porter au pouvoir des bonimenteurs méprisants et sans scrupules. Il s’ensuivra des drames écologiques irréversibles et des guerres locales, régionales ou mondiales. C’est alors, comme dit l’un de mes bons amis à qui je reproche un humour noir déplacé, que « l’humanité disparaîtra, bon débarras ! »

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Supprimons le mot « loup » du dictionnaire !

1er juin

Les anti-loups perdent la raison. La haine qu’ils affichent à l’encontre de ce canidé sauvage et beau déstabilise leurs neurones et perturbe la marche normale de leur cervelle. L’histoire que voici est ahurissante.

Dans les montagnes du département des Hautes-Alpes (05), des bergers lâchent des milliers de brebis sur les pentes herbeuses en été et voudraient ne plus s’en occuper durant des semaines. Dans les montagnes des Hautes-Alpes, se sont installées quelques meutes de loups qui profitent parfois de l’aubaine.

Dans les montagnes des Hautes-Alpes, on trouve aussi des routes étroites et sinueuses, avec des cols haut perchés qui attirent les cyclistes et sont propices aux courses de vélo. Au printemps de 2016, une grande épreuve sur deux roues et à pédales passe par ici : le Giro d’Italia, le tour d’Italie.

Vous vous dites : où est le rapport ? Il tient au fait que la mascotte du Giro d’Italia est un loup. Une peluche nommée, sans grande originalité et en italenglish, « Lupo Wolfie ». Lupo Wolfie n’incarne pas un canon de beauté, mais il affiche une bouille rigolarde. Il traduit le fait qu’en Italie, le loup est infiniment mieux perçu et toléré qu’en France. La péninsule héberge au moins 1 500 de ces grands canidés. Dans l’Hexagone, nous en avons à peine 300, mais on jurerait (à entendre les bergers) qu’il s’agit d’un déferlement de Martiens un agneau entre les crocs…

Lupo Wolfie affiche une bonne bouille, oui. Les Italiens n’ont pas oublié que Romulus et Remus, les jumeaux mythiques fondateurs de leur civilisation, furent allaités par une louve… Les éleveurs italiens gardent mieux leurs troupeaux que les nôtres. Bien qu’ils aient à gérer cinq fois plus de prédateurs que nous, leurs élevages subissent beaucoup moins de dégâts que les nôtres.

Une bouille hilare et sympathique, fût-elle en peluche, paraît intolérable à regarder pour certains habitants des Hautes-Alpes, pourtant éloignés dans le temps et l’espace du Gévaudan de la « Bête ». La Fédération départementale des Syndicats d’Exploitants agricoles (la FDSEA) et les Jeunes Agriculteurs (les JA) se sont mis en rage. Ils ont réclamé – et hélas obtenu – de la préfecture des Hautes-Alpes et des organisateurs du Giro, que Lupo Wolfie soit banni de leur vue, de leur environnement, de leur territoire, de leur esprit même ! Ils ont exigé qu’on interdise de séjour ce « monstre », avant, pendant et après la course cycliste. Ils ont adressé une lettre aux conseillers régionaux et départementaux, aux maires et au Préfet, dans laquelle ils ont demandé le retrait pur et simple de la mascotte du Giro. « On comprend le besoin de faire venir du monde, mais c’est la provocation de trop ! », a déclaré René Laurans, le président de la FDSEA. Avant de proférer cette menace : « Nous serons présents lors de l’arrivée… » Sous-entendu : si nous ne sommes pas entendus, ça va chauffer !

Je n’aurais jamais pensé possible, pour un esprit cartésien, cette pathétique intervention. Les éleveurs de brebis ne sont pas bien riches, mais déconnectés de la réalité économique de leur propre profession, obnubilés par le prédateur aux grandes dents plutôt que par les cours de la viande de mouton sur le marché mondial. Je n’aurais jamais cru qu’une autorité préfectorale, autrement dit l’État français, pourrait tolérer ce bannissement d’une figurine innocente et pour tout dire puérile… Une réaction aussi infantile et inutile excède ma capacité d’empathie avec la cause paysanne !

Je suppose, maintenant, que les éleveurs, la FDSEA, les Jeunes Agriculteurs des Hautes-Alpes, et pourquoi pas la totalité des syndicats agricoles de France, poussés à hurler contre les loups par quelques politiciens locaux démagogues, ne vont pas s’en tenir à cette victoire. Puisqu’ils ont réussi à chasser Lupo Wolfie hors du Giro d’Italia, ils vont en demander davantage. Tout ce qui se rapporte au loup sera frappé du sceau de l’infamie, et prohibé sur-le-champ. Les éleveurs vont, je le crois, exiger qu’on interdise aux parents ou aux éducateurs de raconter Le Petit Chaperon rouge aux enfants. Qu’on brûle les livres, les tableaux, les gravures, les BD, les films où le loup montre ses grandes dents. Que, dans la mythologie latine, Romulus et Remus soient désormais allaités par une brebis. Qu’on censure les Fables d’Ésope et de La Fontaine. Qu’on déchire la partition de Pierre et le loup de Prokofiev. Qu’on abolisse les expressions « À pas de loup » ou « À la queue leu leu ». Qu’on change la formule du Léviathan de Hobbes selon laquelle « l’homme est un loup pour l’homme » (il faudra dire : « L’homme est un agneau pour l’homme »). À la fin, je ne doute pas que les éleveurs en fureur songeront à couronner leur œuvre d’assainissement des esprits en adressant à l’Académie française une lettre dans laquelle ils exigeront de cette institution qu’elle procède au retrait total et définitif du mot « loup » de son Dictionnaire et de tous les dictionnaires de langue française.

En attendant cet autodafé radical et novateur, dans la manière du 1984 d’Orwell, les amis des loups se mobilisent. Deux manifestations en faveur du canidé sauvage sont prévues dans les Hautes-Alpes, la première le jour de l’arrivée du Giro à Risoul, le vendredi 27 mai, à partie de la mi-journée (fin de l’étape vers 17 h) ; et la seconde le samedi 27 mai, à Guillestre, pour le départ de l’étape suivante.

Chaque manifestant est invité à venir caresser, montrer, brandir sur place la mascotte Lupo Wolfie, ou tout autre peluche qui représente un loup. On pourra hurler, rire et chanter, y compris en costume de Romulus ou de Petit Chaperon rouge.

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Une nouvelle espèce nuisible : l’écolo au fusil entre les dents !

21 mars 2016

Je ne pensais pas qu’une partie du mouvement écologiste tomberait aussi bas. Je n’imaginais pas que des écologistes – ces amis de la nature qui méritent en général cette appellation – pourraient en appeler au massacre d’un animal emblématique. D’un grand prédateur nécessaire à l’équilibre des écosystèmes. D’une espèce protégée dans de nombreux pays du monde, notamment en Europe…

Je ne désirais pas voir cela… L’écologie a de nombreux ennemis : elle en trouve aussi dans ses rangs. Ces traîtres se réclament de l’étiquette « verte » pour mieux assassiner le Beau et la Vie. J’ai honte en songeant à eux. À la vérité, ces « infiltrés » ne sont évidemment pas écologistes. Comme dans les contes pour enfants, ils ont volé la peau des « bons ». Ils ont revêtu la défroque et ils avancent cachés en essayant de faire croire au Petit Chaperon rouge qu’ils sont Mère-grand.

Mère-grand, Chaperon rouge : on a compris qu’il s’agit du loup. L’objet de ma colère est une motion intitulée « Loup et pastoralisme ». Ce texte a été présenté pour adoption par un groupe Europe-Écologie les Verts de la Région PACA. Il porte la signature d’une douzaine de camarades massacreurs. (Je n’ai pas d’autre adjectif à ma disposition.)

Après avoir « réaffirmé son engagement sans faille en faveur du pastoralisme présent depuis des millénaires dans nos espaces montagnards » ; après avoir loué l’activité pastorale qui « joue un rôle essentiel de structuration des milieux naturels » et génère des « bénéfices environnementaux » augmentés d’une « dimension culturelle » comme la transhumance inscrite au patrimoine culturel mondial de l’humanité par l’UNESCO, ladite motion se met à casser du loup comme seule une bande de chasseurs en manque d’hémoglobine peut oser s’adonner.

Le document, signé par une douzaine de membres d’Europe-Écologie les-Verts, « rappelle » que les grands prédateurs ne sont qu’un indicateur de la biodiversité « parmi d’autres ». Il « constate l’échec de la politique actuelle de cohabitation forcée avec le loup imposée aux éleveurs ». Il enchaîne avec une kyrielle de contrevérités, selon lesquelles les attaques du loup sont surtout dirigées contre les troupeaux que le berger garde le mieux, et avec des chiens ; selon lesquelles les pertes d’animaux domestiques augmentent en flèche (de « 200 à plus de 9 000 », dont plus de 3 400 pour les seules Alpes-Maritimes) ; et ainsi de suite.

Il ne fallait pas, dit la motion, placer le loup sous le statut d’espèce strictement protégée. Ce prédateur prolifère follement. Il colonise sans cesse de nouveaux territoires. Il est rusé et opportuniste. Il adapte son comportement sanguinaire à tous les cas de figure ; et – last ut not least – « demain il en ira sans doute de la sécurité des personnes ». Le syndrome du Petit Chaperon rouge ! Le fantasme du loup dévorateur d’enfants ! Ils osent ! Ils ne s’interdisent aucune manipulation des esprits, aucune absurdité éthologique ou écologique !

On imagine ce texte rédigé, non pas par des membres d’un parti écologiste, mais par un quarteron déchaîné de Christian Estrosi et d’Éric Ciotti en mal de démagogie…

La conclusion vient d’elle-même : « Il est temps de changer radicalement de paradigme. » « Ce n’est pas aux éleveurs de s’adapter à la prédation, mais au loup de s’adapter au pastoralisme. » Par les moyens du fusil, du piégeage, de l’empoisonnement ou de toute autre méthode (« par tous moyens létaux », peut-on lire), il importe de « rendre la prédation sur troupeaux la plus meurtrière possible pour la meute ».

On ne saurait être plus clair : tuez-les tous ! Massacrez-les ! Faites pisser le sang de la Bête, exterminez le diable réincarné ! Le texte dont je parle est moyenâgeux, et c’est néanmoins une motion soumise au groupe EELV de la Région PACA ! Cette page mortifère réclame le déclassement du loup de son statut d’espèce protégée par la Convention de Berne. Elle exige que les prédateurs soient abattus en toute occasion, et pas seulement « effarouchés », et pas uniquement par « dérogation ». Elle désire renforcer la mission de « régulation » confiée au célèbre corps de Louvèterie fondé sous Charlemagne. Elle organise, elle planifie, elle réglemente la mort du loup.

On me dit que, parmi les signataires, figurent des membres de la Confédération paysanne. Je n’en suis pas étonné : José Bové, l’un des piliers de ce syndicat, incarne lui aussi un anti-loup enragé.

Il ne resterait plus maintenant, pour rehausser le prestige de ce qui reste des Verts, qu’à voir fleurir d’autres motions de la même eau – ou du même sang. Supposons qu’après PACA, divers groupes régionaux doivent se prononcer sur les textes analogues. En Auvergne-Rhône-Alpes, sur le massacre des bouquetins atteints de brucellose. En Bourgogne-Franche-Comté ou dans le Grand Est, sur la destruction des lynx. Dans le Nord, sur l’éradication des corbeaux ou des cormorans. En Midi-Pyrénées, sur l’abattage des derniers ours. En Aquitaine, sur l’encouragement des corridas. En Bretagne, sur l’extermination des dauphins qui mangent les poissons des pêcheurs. Et ainsi de suite…

Les déferlements de bêtise et de méchanceté sont difficiles à encaisser. Quand ils émanent de groupes écolos qui aspirent à des carnages aux dépens des plus admirables espèces, ils deviennent insupportables. J’ose espérer que ce qui reste d’amoureux de la nature dans les rangs d’Europe-Écologie les-Verts saura faire taire les parasites qui prennent possession de ce parti politique.

L’épisode est douloureux. Il m’aura au moins permis de faire la connaissance d’une toute nouvelle espèce nuisible : l’écolo au fusil entre les dents.

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