La prière, ça commence à bien faire !

15 novembre 2015

La prière, ça commence à bien faire !

Après l’abomination des attentats du 13 novembre à Paris, on voit fleurir une affichette (virtuelle ou non), copiée du « Je suis Charlie ! » du précédent massacre, et qui nous intime cet ordre : « Pray for Paris ! », « Priez pour Paris ! »

Eh ! bien, non : je ne prie pas pour Paris. Je ne prie pour rien. Je suis athée, je n’ai pas de Dieu, je ne crois en aucun Livre Saint (Bible, Coran ou autre : ils se valent tous). Je n’écoute aucune de ces prétendues « paroles divines » qui proclament, sur une page, « La vie humaine est sacrée ! », et sur la page suivante : « Tu feras la guerre sainte ! »

Prêtres, curés, imams, rabbins, bonzes et assimilés : tuez-vous les uns les autres au nom de votre Dieu, mais laissez les gens ordinaires en paix !

J’en ai assez de ces religions prétendument « pacifiques », mais qui envoient des fidèles convertir des infidèles par la force, la torture ou la décapitation. J’en ai marre de ces prêcheurs de fraternité par devant, qui excusent ou même encouragent par derrière des poseurs de bombes ou des manieurs de kalachnikov !

Religieux de tous les pays, exercez librement votre foi dans votre temple, votre église, votre mosquée ou votre synagogue, et rangez-la dans votre cervelle en quittant l’établissement.

La prière, ça commence à bien faire !

L’homme n’a été créé par aucun Dieu omnipotent, omniscient et éternel, et n’a d’autre bonheur à espérer que le court moment que lui autorise sa négligeable nature.

Nous sommes apparus par hasard sur une planète insignifiante que nous appelons « Terre », ce satellite sans importance d’une modeste étoile de banlieue que nous baptisons « Soleil », lequel virevolte dans une Galaxie nommée « Voie lactée ». Sachant qu’on dénombre deux cent milliards d’étoiles dans la Voie lactée, et deux cent milliards de galaxies dans l’univers…

Nous sommes des presque-rien pensants : ne gâchons pas ce privilège ! Ne laissons pas ce miracle être pollué par Dieu, ses saints, ses anges ou ses diables…

Dans un Cosmos de particules et de forces qu’aucun Créateur n’a ni voulu, ni conçu, ni ne perpétue, il n’existe ni enfer par dessous, ni paradis par dessus.

Religieux de tous les pays, cessez de nous infliger vos certitudes infantiles, mais qui sont causes de guerres. Nul besoin d’oraison, de psaume, de psalmodie, d’épître ou de verset : nous n’avons pas d’âme. Nous n’incarnons, au mieux, qu’une pointe d’humour et de poésie. Laissez-nous jouir de ces je-ne-sais-quoi sublimes, le temps d’un soupir, et c’est déjà fini.

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Monsieur le Président, arrêtez ces flots de sang !

 23 octobre 2015

Monsieur le Président !

Je lis l’entretien que vous accordez au magazine Le Chasseur français du 21 octobre 2015. Vous voulez protéger l’appellation « Laguiole » (le couteau et le fromage) que de gros malins ont accaparée : d’accord ! Vous refusez de créer une nouvelle niche fiscale qui ferait aux chasseurs le cadeau de leur permis de tuer : encore heureux…

D’autres de vos propos me plaisent moins. Je ne pense pas, comme vous, que les chasseurs entrent dans la catégorie de ceux qui « défendent la nature ». Ils l’exploitent et la massacrent plus qu’ils ne la gèrent. Ils ne l’aiment qu’ensanglantée. Je comprends que, pour des raisons électorales, vous manifestiez « beaucoup de considération » à leur égard : mais vous oubliez que d’autres, parmi vos électeurs potentiels, et bien plus nombreux selon les sondages, désirent protéger et contempler ces espèces que les chasseurs n’apprécient qu’au bout de leur fusil.

En France, le nombre des chasseurs a chuté au-dessous du million, probablement même à moins de 900 000 (les chiffres de l’Office national de la Chasse posent problème). Or, ces moins de 1,5 % de la population nationale privent les parents et les enfants de toute promenade en forêt le mercredi et le dimanche (voire d’autres jours lorsqu’une « battue » est ouverte). Au vu des accidents que provoquent ces Nemrods (une quarantaine de morts et plusieurs dizaines de blessés par an, rien que dans notre pays), ils devraient, bien davantage que les requins (lesquels causent moins de dix morts chaque année, et dans le monde entier), être classés parmi les espèces les plus dangereuses de la Terre. Parmi les « nuisibles », pour utiliser un adjectif de leur vocabulaire que je récuse…

Monsieur le Président, dans votre entretien au Chasseur français, votre sortie sur les loups me semble particulièrement inadmissible : « Chaque année, dites-vous, il sera décidé du nombre de loups à abattre en fonction de l’évaluation des risques et de la croissance de la population de loups. » Je vous rappelle que Canis lupus est une espèce protégée par la Convention européenne de Berne, que la France a ratifiée, et qui ne saurait être modifiée que par une décision des deux tiers des signataires. Je m’étonne de la contradiction qui surgit, ici, entre votre fonction régalienne de gardien de la Constitution et des institutions du pays, et l’autorisation littéralement hors la loi que vous accordez à des tueurs d’animaux protégés.

Sur le fond, je vous rappelle que les loups sont revenus par eux-mêmes sur notre territoire, depuis l’Italie voisine (certains, désormais, y rentrent depuis l’Allemagne et la Suisse ; en attendant leurs congénères espagnols). Au rebours de ce que vous suggérez, leur population n’est nullement en accroissement. En France, ils étaient un peu plus de 300 en 2014. Cette année, on en dénombre moins. Or, les « autorisations » de « prélèvement » (la litote utilisée pour dire qu’on leur loge une balle dans le ventre) ont été augmentées de moitié : elles passent de 24 à 36. Une absurdité, fût-ce aux yeux du plus ignorant des naturalistes…

Monsieur le Président, depuis le mois de juillet 2015, comme le relève l’association de protection de la nature FERUS, 13 loups ont déjà été fusillés de façon « officielle » (et d’autres braconnés). Les éleveurs de brebis réclament qu’on en exécute toujours davantage. Certains bergers (et les politiciens qui les caressent dans le sens de la laine) vont jusqu’à exiger l’« éradication » du prédateur. Allez-vous leur donner raison ? Je vous rappelle que, s’il existe 300 loups en France, on en recense 1 500 en Italie et 2 000 en Espagne, où les problèmes que pose le carnivore sont infiniment moins aigus que chez nous. Si nous désirons réellement aider les bergers (ce qui est notre volonté à tous deux), nous devons améliorer le gardiennage des troupeaux dans la montagne (en embauchant par exemple des chômeurs), plutôt que d’envoyer ad patres les rares « fauves » qui nous restent. Car l’ennemi numéro un de l’éleveur n’est pas le loup, mais le prix de la viande de mouton sur un marché mondial dominé par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine. Je regrette que, tels les pires politiciens de la droite de la droite (mettons Christian Estrosi ou Laurent Wauquiez), vous vous entêtiez à faire de Canis lupus le trop facile bouc émissaire de notre incapacité à réguler ce secteur de l’économie.

Monsieur le Président, durant votre quinquennat, j’ai la tristesse de constater que la nature sauvage endure le martyre. Vous êtes en train, en ce moment même, de transformer nos forêts, nos montagnes et nos mers en parages où le sang ruisselle. Les abattages succèdent aux carnages, et cela ne semble guère vous toucher.

Vous avez entamé, et vous vous préparez à conclure, une extermination du troupeau de bouquetins du massif du Bargy, en Haute-Savoie. La justice a rejeté le recours des associations naturalistes : plusieurs centaines de ces ruminants vont donc mourir dans les alpages, tirés à l’arme lourde par une légion de nervis aidés d’hélicoptères. Pourquoi cette folie ? Parce que certains ongulés seraient vecteurs de la brucellose. Mais le massacre a été ordonné avant même qu’on ait confirmé la contamination, et au mépris de la seule solution scientifique et efficace au problème : la vaccination !

Les loups, les bouquetins : du sang, toujours du sang ! Monsieur le Président, pourquoi ne raisonner qu’avec l’esprit du bourreau ? À l’île de la Réunion, je constate la même indignité : dans le cadre du plan gouvernemental intitulé « Cap Requins », plusieurs requins bouledogues, des requins tigres et même un grand requin blanc ont été récemment « prélevés ». Ces poissons superbes n’avaient mordu personne. On les harponne et on les achève à titre « préventif », alors qu’ils figurent (au moins pour le tigre et le grand blanc) sur la liste des espèces en voie d’extinction dressée par l’Union internationale pour la Conservation de la Nature.

Partout en France, les chasseurs réclament (et obtiennent !) qu’on les autorise à organiser des battues au renard ou des déterrages de blaireaux. Au nom de la tradition et de la « ruralité », ils veulent continuer à piéger à la trappe ou à la glu les ortolans, les pinsons ou les bouvreuils. Ils exigent qu’on leur permette de « résoudre » le « problème » des vautours, qu’ils accusent ridiculement d’attaquer les vaches vivantes. Ils se font forts de régler le sort des corbeaux, des cormorans, des phoques, des dauphins, que sais-je ? Je l’ai entendu hier et j’en suis resté sur le derrière : des grues cendrées en migration par milliers au lac du Der ! Les chasseurs, ces prétendus « amis de la nature », désirent en vérité éliminer manu militari tout ce qui les « gêne » dans leur utilisation simpliste et univoque (tuer ! tuer !) des composants sublimes et nécessaires de nos écosystèmes. Je n’aime pas, monsieur le Président, que vous vous placiez unilatéralement dans leur camp.

Monsieur le Président, nous sommes nombreux, dans ce pays, à ne plus supporter l’holocauste. Je désirerais que, pour vous et votre gouvernement, l’écologie ne se résume pas aux questions d’énergie, de pollution ou de transport, bref à des combats que je mène également, depuis quarante ans, mais qui ne sont pas suffisants. J’aimerais qu’en prononçant le mot « biodiversité », vous preniez enfin conscience que la nature subit davantage de blessures et de désastres qu’elle n’en a jamais enduré depuis que l’Homo est sapiens. Je voudrais que vous formiez, dans votre imagination, l’image de vraies plantes, de vrais animaux, de vrais prédateurs. Je serais ravi que vous n’adoptiez pas pour ligne politique l’idée de confier la gestion de la « ruralité » aux chasseurs plutôt qu’aux écologistes ; aux mitrailleurs plutôt qu’aux amoureux de la beauté vive ; aux massacreurs en tenue léopard plutôt qu’aux amis de la subtilité et des équilibres ; aux assassins des beautés palpitantes plutôt qu’aux naturalistes, aux promeneurs, aux écrivains, aux cinéastes, aux peintres, aux poètes et aux rêveurs.

Je revendique de votre compréhension et de votre amour de l’humanité même que vous laissiez à l’usage de nos enfants et des enfants de nos enfants les trésors vivants que nourrit encore la Terre. Que vous preniez la défense du requin, du loup, du lynx et de l’ours brun, plutôt que de les laisser agonir d’injures et anéantir à la balle ou au couteau par des êtres basiques, obsédés par la mort du « nuisible » ou du « gibier », et fiers de revêtir l’uniforme martial pour aller répandre la terreur à travers champs et bois.

Je vous en supplie, monsieur le Président : faites taire les fusils et écoutez la symphonie du monde !

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Écrase le vilain champignon !

16 octobre 2015

Forêt d’automne. Humus parfumé. Pourriture noble, tanins, fruits mûrs et feuilles mortes. Des chanterelles à pied jaune sur la mousse : un semis de pièces d’or déposées par l’arc-en-ciel. Je les caresse, je les hume à même le sol, je sature mon nez avec cette quintessence de terre et de vie. Je ne les cueille pas. Ces temps-ci, je ne ramasse ni le cèpe ventru, ni le sanguin aux larmes de vermeil, ni la coulemelle en parapluie de lutin, ni le coprin chevelu aux allures de chapeau de la reine d’Angleterre.

Au détour du sentier, je tombe nez-à-nez avec un ramasseur humain en tenue réglementaire : bottes, bâton ferré, couteau spécial et panier à la main. Il me dévisage d’un œil où dégouline la consternation. Il pense que je vais lui voler « son » butin. Je lui explique que j’aime le champignon vivant, le pied dans la terre, plutôt qu’en omelette ou en sauce. Je lui signifie que j’apprécie cet organisme pour sa secrète splendeur et sa biologie bizarre – plus proche de l’animal que du végétal.

Le champignon incarne un élément décisif du renouvellement de la terre, c’est-à-dire de l’existence même de la forêt. Certains de ces mystères vivants, tels les pieds bleus, sont capables de décomposer la lignine du bois et se trouvent à la base du processus même de fabrication de l’humus…

Je précise à mon interlocuteur que, de la sorte, je loue la splendeur nécessaire de l’amanite phalloïde autant que celle de l’amanite des Césars ; celles de l’amanite panthère ou de l’entolome livide autant que celle du mousseron ; celles de l’amanite tue-mouches ou du bolet satan autant que celles du cèpe ou du lactaire délicieux. Passe, dans le regard de mon homme, ce voile de vacuité qui accompagne la révélation, chez autrui, d’une forme de maladie mentale.

Nous nous séparons. Il rêve d’une bonne poêlée. Je délire sur le côté champignon de mon humble personne. C’est alors que je découvre le massacre. Mon homme (si ce n’est lui, c’est donc son frère) a brisé au bâton, puis piétiné rageusement, la plus populeuse assemblée de golmotes que j’aie jamais observée… On appelle aussi ces dernières « amanites vineuses » à cause de la teinte bordeaux de la chair de leur pied… De toute évidence, le tueur de beauté a supposé l’espèce toxique, alors qu’elle est délicieuse. Il a dévasté la scène. Remontent à ma mémoire des phrases que j’entendais enfant, dans mon hameau : « Écrase le vilain champignon ! Il est méchant. Il veut te tuer : tue-le. Le Bon Dieu te récompensera ! » Les adultes, les vieux, les copains d’école en rajoutaient. J’ai obéi – une seule fois – à l’injonction. J’avais neuf ans. J’ai détruit un peuple de lactaires. J’ai regardé mes victimes qui pleuraient un sang orange. J’en ai chialé de honte.

Ce n’était pas seulement la tristesse d’avoir massacré des êtres dont je pressentais qu’ils partagent leurs meilleures molécules avec nous. C’était d’avoir exhalé trop de haine et de bêtise à la fois… J’ai compris, depuis lors, que l’homme est le seul animal qui étende sa rage meurtrière à tous les autres vivants. Nous avons conscience de nous-mêmes et de nos congénères, du clan dont nous dépendons, des ressources qui nous sont nécessaires, du temps qui s’en va, de notre mort programmée et des périls qu’il nous faut éviter pour retarder notre fin. Nous prenons les devants, nous entassons des provisions, nous menons des guerres préventives. Cette aptitude à l’anticipation nous a servis dans notre évolution. Elle nous a conduits à une forme de triomphe sur la Terre.

Le problème est que nos connaissances sont limitées, tandis que nos instincts de territoire et de hiérarchie ne souffrent aucune borne. La conjonction de nos savoirs et de nos superstitions nous rend fous. Nous imaginons des dangers, nous nous inventons des ennemis, nous combattons les moulins à vent, nous traquons le métèque, nous exterminons le végétal ou l’animal « nuisibles », nous assaillons l’« ennemi héréditaire ». Nous cultivons l’intolérance et le rejet. Nous érigeons nos superstitions en dogme et notre méchanceté en vertu.

Ces champignons saccagés résument l’imbécile cruauté d’Homo sapiens. Je tombe à genoux. Je caresse leur pauvre chair en lambeaux. Je ferme les yeux. Il me semble que ce sont les cadavres de mes frères humains assassinés, eux aussi, pour cause de différence. J’entends la plainte des millions de martyrs de l’Histoire éliminés au nom de la pureté de la race, de l’espace vital, de la dictature du prolétariat ou du Seul Vrai Dieu.

 

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Bouquetins du Bargy

11 octobre 2015

Dans le massif du Bargy, en Haute-Savoie, le grand massacre des bouquetins a commencé, sur ordre du préfet et de la ministre de l’Ecologie. Voici ce que j’écrivais sur Facebook il y a plus d’un an, le 8 septembre 2014. pas grand chose à changer…

Je me suis élevé à plusieurs reprises, dans des textes, des articles, des interviews, des réunions publiques, mais aussi à la Région Rhône-Alpes, contre le massacre absurde des bouquetins du Bargy. Dans cette affaire, on se retrouve en plein Moyen Age : un soupçon de brucellose chez ces ruminants, quelques éleveurs qu’on affole et qui montent au créneau, les politiques (comme pour les loups) qui font du suivisme électoral : et le préfet ordonne la tuerie…

La ministre confirme, persiste et signe en utilisant l’un de ces euphémismes dont elle a le secret : elle parle d'”assainissement”, comme elle emploie l’expression de “tir d’effarouchement” pour l’abattage des loups !

Même en admettant qu’il ait fallu “prélever” quelques bouquetins apparemment malades, au moins aurait-on pu adopter une démarche scientifique : autopsier et analyser les cadavres pour connaître le taux réel d’infection par la brucellose, les aires du massif ou les troupeaux éventuellement touchés, etc. Là, rien : à l’opposé de tout désir rationnel de savoir, les dépouilles des animaux flingués sont immédiatement détruites ! Equarries…

Pendant des années, pour “arrêter” l’épidémie de rage, on a tué les renards ; cela n’a fait qu’accélérer la propagation du virus ; la maladie n’a été maîtrisée que le jour où l’on a commencé à vacciner (avec des appâts) les goupils dans la nature. Pour les bouquetins, la seule bonne solution réside aussi dans la vaccination. A ma connaissance, il existe au moins deux vaccins efficaces contre la brucellose.

Partageons ce mot d’ordre : arrêtons ce carnage indigne de la France et de la science ! Vaccinons les bouquetins du Bargy et les troupeaux domestiques, au lieu de tout détruire et de tout massacrer !

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Vanoise : le coup de fatigue du vieux loup !

1er octobre

Je contemple la montagne par la vitre de mon bureau. La Vanoise est sublime : alpages lavés d’ocre et de rouge, sommets bleu marine, avec des rochers niellés de névés reblanchis par la neige fraîche. Et là-bas…, là-bas…, l’énormité (oui, encore !) des glaciers du Pelve et de Chasseforêt, qui baisent un nuage comme en un rêve de Baudelaire…

Un aigle tourne au-dessus des épicéas. Hier, un gypaète nous a rendu visite. Derrière la maison, deux biches et deux chevreuils ont brouté dans le pré. Scènes de paix. Nature aimable. Mais sale temps de fatigue sur la bête écolo que je continue d’héberger !

Hier, mercredi 30 septembre, j’étais à Chambéry. J’ai passé la matinée assis sur une chaise, et pas pour rigoler… Nous avions une réunion du Bureau, puis du Conseil d’Administration du Parc national de la Vanoise.

Je néglige les dossiers annexes. Le premier gros morceau a consisté à dresser le constat d’un échec dévastateur : celui du vote des communes sur la Charte d’adhésion. Vingt-neuf étaient concernées. Deux ont dit « oui » : Peisey-Nancroix et Saint-Martin-de-Belleville. Les autres, même celles dont le maire était « pour » (Champagny, Termignon, Aussois…), même celle dont je suis conseiller municipal (Bozel), ont répondu « non ». Le directeur du Parc, Emmanuel Michau, en avait les larmes aux yeux. Le président, Guy Chaumereuil, tentait de faire bonne figure. Le jeune maire de Peisey-Nancroix, Laurent Trésallet, nous a gratifiés d’une intervention enthousiaste, positive, tournée vers l’avenir et pleine de sagesse, qui m’a mis du baume au cœur. Il en aurait fallu d’autres. Le Parc national de la Vanoise constitue une triste exception. Il est le seul, parmi les dix de la France, dans lequel les municipalités n’ont pas adhéré à au moins 75 %. J’ai déclaré au Conseil que j’aurais préféré être Guadeloupéen puisque, là-bas, le « oui » l’a emporté à 100 % !

Les efforts que nous avons pu faire (discours, réunions publiques, articles, pétitions…) sont restés vains. Nous nous sommes heurtés, année après année, aux mêmes récriminations aigries, répétées, recyclées, ressassées ad nauseam… J’en rappelle quelques-unes : le Parc gêne nos projets de développement. Nous refusons une couche supplémentaire de règlements. Les Parigots n’ont pas à nous dicter leur loi. Notre économie, c’est le ski. Le Parc de la Vanoise, nous l’aimons à tel point que nous voulons l’étrangler…

À peine avalée l’amertume du rejet de la Charte, et de la dégradation collatérale de l’image de la Savoie aux yeux du monde, il a fallu évoquer un scandale : la séquestration du directeur du Parc, de son président et d’un de ses agents (Frank Parchoux). Cela s’est passé à Bramans, en Maurienne, dans la nuit du 1er au 2 septembre. Les trois hommes ont été retenus pendant 15 heures par un groupe d’éleveurs de brebis qui exigeaient de pouvoir abattre cinq loups. Guy Chaumereuil nous a raconté, avec pudeur mais sans fard, que les preneurs d’otages se sont conduits en brutes vociférantes et méprisantes, qui insultaient non seulement la fonction des détenus, mais leur personne. Ces hors-la-loi, hélas, ont obtenu ce qu’ils voulaient, et le droit de massacrer non pas cinq, mais six loups. En séance, le préfet de la Savoie, Éric Jalon, nous a assurés (dont acte) qu’au contraire de ce que prétend la rumeur, il n’a pas négocié tant que la séquestration était en cours.

J’ai demandé que le Conseil d’Administration réprouve solennellement ces violences et proclame sa solidarité avec les victimes de la séquestration. Vous le croirez si vous voulez : la résolution a été adoptée, mais certains administrateurs ont voté contre. Je leur souhaite du courage lorsqu’ils voudront condamner les illégalités des banlieues ou les enlèvements de Daesh.

Le troisième sujet venait dans le fil du précédent : le loup. Oui « le » : c’est ainsi qu’on singularise la chose, l’espèce animale ou l’humain qu’on désire éliminer. « Le » cancer. « Le » migrant. « Le » loup… Le Parc national de la Vanoise aide les éleveurs. Il leur propose une série de mesures positives, notamment des aides au gardiennage des troupeaux. Cependant, pour nombre de bergers, il n’existe nulle autre solution que l’extermination du prédateur. La tuerie a déjà commencé, et pas seulement en Savoie. J’ai indiqué qu’en France, nous avons moins de 300 loups, et que la population de l’espèce a même diminué en 2015 par rapport à 2014. J’ai rappelé qu’en Italie, les loups sont 1 500, et 2 000 en Espagne ; et que, dans ces deux pays, ils causent bien moins de souci qu’en France. J’ai affirmé, de surcroît, qu’à mes yeux il existe deux lignes rouges : primo, je refuse qu’on remette en question le statut de protection de Canis lupus (et la Convention européenne de Berne dont la France est signataire) ; et, secundo, je n’admets pas qu’on autorise des chasseurs à fusiller l’animal dans le cœur du parc.

Vous me croirez ou non, mais dans la résolution votée par le Conseil d’Administration, deux phrases ambiguës laissent entendre qu’on pourrait, primo « faire évoluer » le statut du loup en tant qu’espèce protégée ; et, secundo, que la question de sa traque dans le cœur du parc « ne doit pas être un préalable à la discussion ».

La bête écolo qui s’agite en moi depuis des décennies donne des signes de lassitude. Mes indignations s’effritent à force de se briser sur le mur des saccages, des pollutions et des violences faites à la Beauté. Je fatigue. Mes cris rageurs se muent en couinements de chiot. Le loup qui hurlait dans ma cervelle et par ma bouche n’est plus capable d’émettre que des gémissements pitoyables. Mon âme a compris que les fusils se rapprochent, que le béton et la bagnole gagnent la bataille, que le fric assoit son empire, et que mes petits-enfants ne connaîtront jamais les plaisirs que j’ai connus quand j’étais petit sauvageon en liberté dans la montagne.

 

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Ma part de gibier vivante et libre !

13 septembre 2015

(L’ouverture de la chasse. Je publie de nouveau, avec quelques modifs, ce texte auquel je tiens !)

Voici revenu le temps de la chasse. Les bois et les champs pétaradent. Balade interdite pour les amis de la nature, les enfants et les poètes. « Regrettables accidents » programmés… Chaque automne, les journaux regorgent de « faits divers » à la chevrotine ou à la balle. Des humanoïdes au front bas et en tenue de camouflage, le plus souvent électeurs du Front national, sillonnent la campagne en compagnie de leur arme de destruction rapide et de leurs chiens énervés par la poudre. L’oiseau se cache et se tait, le lapin tremble et se terre, l’amateur de champignons serre les fesses en cueillant la girolle, le promeneur comprend que le pouvoir est au bout du fusil – et qu’il n’a pas choisi bon côté du canon.

Le défenseur de la nature et de la vie s’interroge. Qu’est-ce qui pousse l’homme (bien plus rarement la femme) à acheter un flingue et un permis de tuer la caille ou la perdrix ? À l’évidence, ni la faim, ni la nécessité de nourrir ses proches. Nous ne disputons plus nos refuges aux ours des cavernes et aux tigres à dents de sabre. Nous n’avons plus (du moins dans nos pays riches) besoin de compléter notre ration de protéines avec un cuissot de chevreuil ou de sanglier. Les chasseurs prétendent qu’ils battent la lande ou la forêt pour l’amour du sport ; ou pour faire courir leur chien ; ou pour entretenir une tradition séculaire ; ou pour retrouver leurs amis et écluser force bouteilles (d’où la recrudescence des « malheureux accidents »).

Mais je m’y promène en dehors des périodes d’ouverture sans en rencontrer un seul… Les chasseurs s’intitulent « protecteurs de l’environnement », mais ils ont décimé l’ours, le loup, le lynx, le bison, la panthère ou le gorille. En France, de leur propre aveu dans les bilans que publie le Chasseur français, ils anéantissent chaque année quinze millions de volatiles : je rappelle que la catastrophe écologique de la marée noire du Prestige, considérée comme l’une des pires, n’a causé « que » la disparition de trois cent mille oiseaux marins ! Certains, parmi les plus riches manipulateurs d’arme à feu, paient des fortunes de droit de descendre le beau lion Cecil, l’un des derniers rhinocéros, un majestueux éléphant ou le dernier tigre de la jungle…

Je connais des porteurs de fusil qui aiment le chant de la bécassine, le brame du cerf ou la parade du coq de bruyère. J’ignore pourquoi ils désirent rapporter un cadavre à la fin de leur balade, quand je me satisfais d’une photographie ou d’un souvenir émerveillé. Je mange parfois de la viande. Je n’ai pas l’hypocrisie de faire semblant de croire qu’elle arrive par magie sur l’étal du commerçant : il y a bien eu meurtre. Mais, en principe, le boucher ne tue pas la bête pour s’amuser, tandis que le chasseur prend un plaisir sadique à faire saigner ses victimes.

Je ne comprends pas la chasse. Mon cœur voudrait intensément qu’elle n’existe plus (et que soient abolis avec elle les combats de coqs, la corrida et les autres cruautés infligées aux animaux). Ma raison me recommande de ne pas tenter de l’interdire, et de m’en remettre au jeu de la démocratie. Les chasseurs et moi-même aimons le gibier sous deux formes incompatibles. Ils l’adorent criblé de plombs. Je l’apprécie rempli de vie. Parce que nous sommes dans un état de droit, il nous faut maintenant négocier. La France compte grosso modo un million de chasseurs, c’est-à-dire un soixantième-cinquième de la population du pays. J’exige, au nom de l’égalité, que ce soixante-cinquième de nos citoyens se contente du soixante-cinquième du gibier disponible dans l’Hexagone.

Je n’entends pas priver les chasseurs de leur « droit imprescriptible » (disent-ils) à revêtir la tenue militaire, à charger le fusil et à semer la mort à travers prés et bois. Mais j’exige qu’ils cessent de viser mes lièvres, mes canards, mes sangliers, mes buffles ou mes lions. Je revendique ma part de gibier. Ma part à moi. Que je souhaite admirer vivante et libre dans la nature.

 

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Violences paysannes : ça suffit !

2 septembre 2015

Il fut un temps où « agriculture » et « harmonie » étaient synonymes. Hésiode rédigeait Les Travaux et les jours, Virgile composait Les Bucoliques, Bernardin de Saint-Pierre ou Jean-Jacques Rousseau célébraient l’union de la nature et du laboureur. On appréciait la douceur des campagnes et la paix des hameaux. On entonnait « Il pleut, bergère ! » ou « La Chanson des blés d’or »…

Je sais, bien sûr, que la réalité quotidienne était différente, et la vie au village pénible et incertaine : je l’ai connue dans mon enfance. J’ai labouré à la sueur de mon front et mangé mon pain sec. Mais un certain bonheur d’exister s’était emparé des esprits. La civilisation rurale (une année bonne et l’autre non) avait trouvé son point d’équilibre, depuis que les hommes avaient inventé l’agriculture et l’élevage, il y a 10 000 ans, lors de la révolution néolithique.

C’est fini. Cette civilisation s’effondre… Happés par le tourbillon de l’agriculture industrielle et de l’accroissement perpétuel des rendements, les paysans ne maîtrisent plus leur outil de travail. Ils courent derrière une impossible utopie productiviste, devenus les serfs taillables et corvéables de l’agroalimentaire et de la grande distribution. La douceur millénaire des « fils de la terre » a fait place à la colère éruptive de ceux qui n’ont plus que le statut d’« exploitants agricoles ». La violence gagne les prés, les champs, les routes et les villes. Nos provinces ne semblent plus que brutalités, tracteurs dans les rues, lisier devant les préfectures, destructions de centres d’impôts, saccages de grands magasins ou de fast-foods, menaces et voies de fait.

À l’heure où j’écris ce texte, les « paysans en colère » convergent vers Paris avec leurs bétaillères et leurs tracteurs (on parle de plus de mille). Ils promettent de « tout ravager dans la capitale » si on ne les écoute pas. Qui, « on » ? Nous… Nous tous ! L’État, les régions, les départements, les communes, nos impôts, notre porte-monnaie…

Existe-t-il encore des paysans calmes ? Maîtres de leurs nerfs ? Prêts à discuter plutôt qu’à faire peur et à détruire ? Je sais que oui. Mais ces agriculteurs-là sont inaudibles, perdus dans le vacarme et les vociférations des enragés… J’ignore quels sont les plans des manifestants pour demain, mais je les soupçonne. Pour qu’on les entende enfin (autrement dit, qu’on leur attribue davantage de subventions, lesquelles iront droit dans la poche des plus gros), ils vont bloquer le périphérique, menacer le ministère de l’Agriculture, saccager celui de l’Écologie (ils l’ont déjà fait sous Dominique Voynet : aucun d’eux n’a été inquiété). Ils vont brûler des pneus (merci, la pollution aux particules fines ; bien la peine qu’on veuille réduire le diesel !). Ils vont hurler leur haine des écolos, qui les empêchent de polluer à leur guise et réduisent leur chiffre d’affaires : qu’importent la mort des rivières, les pesticides dans l’assiette, les marées vertes sur les côtes, les nitrates dans l’eau du robinet, les gaz à effet de serre, la stérilisation des sols, le pompage effréné des nappes phréatiques et tant d’autres catastrophes environnementales, pourvu qu’on ne gêne pas la production des denrées et qu’on n’affecte pas les récoltes !

Pauvres campagnes, métamorphosées en usines à fabriquer du blé, de la viande ou d’autres matières premières alimentaires ou industrielles ! Malheureuses terres agricoles, défoncées à grands coups d’engins monstrueux et avides de pétrole ! Tristes champs sans bornes, ni haies, ni insectes, ni oiseaux, et qui absorbent à eux seuls 70 % des eaux douces disponibles…

À l’heure où j’écris ces lignes, non seulement les paysans de Bretagne et d’ailleurs marchent sur Paris, mais les éleveurs de moutons de Savoie séquestrent (à Bramans) trois personnalités du parc national de la Vanoise : son président, Guy Chaumereuil ; son directeur, Emmanuel Michau ; et l’un de ses gardes, Franck Parchou. Les preneurs d’otages se disent excédés par les attaques de loups contre leurs troupeaux. Ils exigent que le préfet de la Savoie décide que soient sur-le-champ abattus cinq de ces prédateurs, s’il le faut en allant les traquer jusqu’au cœur du parc national. Ces éleveurs « en colère » violent trois fois la loi : en séquestrant des personnes ; en réclamant qu’on « prélève » (une litote pour dire « massacre ») des sujets d’une espèce protégée (les loups le sont, notamment par la Convention européenne de Berne, dont la France est signataire) ; et en demandant qu’on aille fusiller ces animaux à l’intérieur d’un sanctuaire de la nature, créé il y a plus d’un demi-siècle par et pour l’ensemble de la nation française.

Imposer par la force son point de vue et ses intérêts corporatistes aux dépens de l’intérêt général :  nous en sommes là. Nombre de paysans pensent qu’un bon coup de poing vaut mieux qu’un long discours. Je le sais pour avoir failli me faire casser la figure il y a deux ans, à Lanslebourg, près de Bramans, lorsque j’y avais présenté ma « Pétition pour la Vanoise ». (Je rappelle qu’on peut encore la signer.)

Tuer, détruire, séquestrer, massacrer, saccager : on jurerait que les agriculteurs n’ont plus que ces mots à la bouche. Mais de tels dénis de démocratie ne sont plus supportables. Pour paraphraser Nicolas Sarkozy quand il parlait d’environnement, je dirais que les violences paysannes, ça commence à bien faire ! Les agriculteurs et les éleveurs ne sont pas les seuls à souffrir des monstrueux excès du libéralisme dans la sphère de l’économie et de l’égoïsme dans la sphère du cœur. Je rappelle surtout qu’ils ont d’autres solutions que de casser des vitrines à Paris ou la gueule des responsables de parcs naturels. Ces solutions sont économiquement et écologiquement adaptées, et immédiatement praticables. Elles ont un nom : le « bio ». L’agriculture et l’élevage « bios », sains, beaux, bons et durables…

Je ne perds pas espoir. Ces dernières années, le « bio » a fait un bond en France, en Europe et dans le monde. Je rêve qu’un jour prochain, grâce aux progrès d’une pratique agricole apaisée, rentable et apte à faire bien vivre des paysans débarrassés de toute pulsion de violence, de prise d’otages ou de carnage parmi les loups, un nouveau Virgile puisse composer Les Bucoliques du XXIe siècle.

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Europe-Écologie-les Verts explose : l’écologie à reconstruire !

28 août 2015

Hier, 27 août 2015, François de Rugy quitte Europe-Écologie-les Verts. Aujourd’hui, c’est le tour de Jean-Vincent Placé. D’autres suivront. EELV explose. De Rugy et Placé ne sont ni les premiers, ni les derniers qui disent adieu aux Verts. Daniel Cohn-Bendit a mis les pouces, comme Dominique Voynet ou Noël Mamère. J’ai moi-même rendu ma carte il y a deux ans. Je ne pouvais vivre plus longtemps dans l’ambiguïté et l’impuissance, prisonnier d’un parti dévoyé de ses buts originels par un groupe gauchiste borné, où les dirigeants jouent surtout la carte de leurs ambitions personnelles.

On me demande ce que je pense de ces départs, et ce qui va s’ensuivre. Voici le point de vue d’un écologiste qui a aussi derrière lui quarante années d’écologie non politique !

J’ai adhéré à EELV en 2010, dans la belle et prometteuse séquence d’ouverture, de créativité et de convivialité initiée par Dany Cohn-Bendit.     J’espérais alors une ruche bourdonnante. L’essaim s’est dépeuplé. Le parti s’est métamorphosé en une structure bardée de règlements intérieurs et ponctuée de « motions » langue de bois, où la ligne unique consiste à mettre la barre toujours davantage à l’ultragauche.

EELV s’est refermée comme une huître sur son règlement intérieur abscons et son socle idéologique bien plus rouge que vert. Elle s’est mise au service d’une poignée de dirigeants opportunistes et arrivistes, au premier rang desquels figure Cécile Duflot.

En servant la carrière de cette dernière et de sa camarilla, Europe-Écologie-les Verts s’est laissée aller à une politique de gribouille, incompréhensible des électeurs, et qui se résume ainsi : un jour ministre, le lendemain hors du gouvernement, le surlendemain contre toute alliance avec le Parti socialiste, fût-ce au deuxième tour !

Je suis triste d’assister à la groupusculisation accélérée de ce parti, dont l’essentiel des prises de position et du militantisme actuel consiste à répéter ou à singer les mots d’ordre du Front de gauche et des gauchistes.

Je n’aime pas qu’en dehors de la question du climat et de quelques slogans anti-nucléaires ou anti-OGM basiques, EELV néglige les fondamentaux de l’écologie « classique », et notamment la protection de la nature et des espèces sauvages – des loups et des ours, des baleines, des requins et des millions d’autres créatures moins spectaculaires ou moins connues.

Je ne supporte pas qu’en matière de politique étrangère, 90 pour 100 des interventions d’EELV se résument dans ce slogan : « Israël assassin ! » Je déteste voir certains militants EELV, approuvés par nombre des leurs, se retrouver dans des manifestations à deux pas du drapeau des Frères musulmans du Hamas, lesquels instaurent en ce moment même la charia à Gaza.

En politique intérieure, enfin, je n’ai aucune envie de voir EELV commettre une erreur stratégique funeste pour notre démocratie, et que commettent aussi les plus radicaux des « frondeurs » du Parti socialiste et tous les groupuscules gauchistes : ne pas comprendre que le « Hollande (ou Valls) bashing » aboutit, inéluctablement, à un second tour de la présidentielle de 2017 entre la droite et l’extrême droite. Exit la gauche… Aurai-je à voter Sarkozy contre Le Pen ? Merci de me laisser ce choix !

Si elle veut préserver sa chance de qualifier un candidat en « finale » des prochaines présidentielles, comme si elle veut garder un nombre honorable de régions en décembre 2015, la gauche n’a d’autre solution que de se rassembler, de se réunir, de se regrouper en ruche bourdonnante et créative. De recommencer à travailler ensemble, nonobstant les divergences. De montrer un enthousiasme, un plaisir de la fraternité retrouvée, une volonté de vaincre qui fédèrent et entraînent les énergies. Je ne laisserai personne me convaincre qu’en soutenant une stratégie politiquement suicidaire, je pourrais préparer nos lendemains qui chantent.

En cette fin d’été 2015, tandis que la COP 21, si essentielle à l’avenir du climat de la Terre, s’ouvre dans quelques mois, EELV s’effondre et se déchire. Cette scission, je l’avais annoncée voici deux ans, lorsque j’étais parti de ce parti. Elle est en cours. Elle nous ouvre un chantier immense et excitant à la fois. Nous devons recomposer l’écologie politique en réveillant ses forces vives, au sein du grand ensemble de la gauche et du centre.

Nous pouvons, pour cela, suivre l’un ou l’autre de ces deux chemins : ou bien fonder un nouveau parti vert (mettons : « Europe-Écologie » tout court, ou le « Front des écologistes », ou l’« Union des écologistes »), avec le Front démocrate de Jean-Luc Bennhamias, Cap 21 de Corinne Lepage et d’autres encore. Ou bien rebâtir et renforcer une aile écolo du Parti socialiste. En quelque sorte, animer ou ranimer un « courant vert » du PS. Disons : son « groupe rose et vert »… L’essentiel gît dans l’union des démocrates soucieux de l’homme et de sa planète, pour tous les combats et toutes les échéances électorales de la décennie qui vient…

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Parc national de la Vanoise : je signe la Charte !

19 août 2015

La Vanoise : une montagne de rêve…

Des paysages sublimes, des glaciers, des lacs, une flore et une faune richissimes… L’écrivain et dessinateur Samivel l’appelait « le grand jardin des Français » !

On vient l’admirer depuis l’autre bout de la Terre. Le Parc national de la Vanoise séduit et attire. Dans un contexte économique moins favorable à l’« or blanc » qui fait vivre la Tarentaise et la Maurienne, il apparaît comme un atout touristique irremplaçable. À condition d’être bien protégé – et c’est l’un des enjeux majeurs de cette rentrée.

Le Parc de la Vanoise possède aujourd’hui sa Charte, telle que la prévoit la loi dite « Giran » de 2006. Il est le dernier à attendre que ses communes constitutives la votent : pour tous les autres parcs nationaux français, c’est fait, à une très large majorité.

Le Conseil d’Administration du Parc national de la Vanoise a rédigé et adopté sa Charte, que le Premier ministre et la ministre de l’Écologie ont signé. Le texte est désormais opérationnel pour le « cœur de parc » (l’ancienne « zone centrale »), qui restera un haut lieu de nature protégée.

Il faut, à présent, que les communes de l’« aire optimale d’adhésion » (l’ex-« zone périphérique ») signent à leur tour le document, afin de mettre en action la partie qui les concerne. Ces communes sont au nombre de 29. Leurs conseils municipaux ont deux mois (août et septembre 2015) pour voter le texte : « oui » ou « non », « favorable » ou « défavorable »…

En 2012, le pré-projet de Charte avait été désavoué : 26 des 29 communes avaient répondu « non ». Depuis trois ans, un énorme travail de simplification, d’éclaircissement et d’amélioration a été accompli, en concertation étroite et permanente avec les élus locaux. La résistance de quelques-uns à la mise en application du document final devient irrationnelle et incompréhensible.

Cette pétition s’adresse aux conseils municipaux (et, à travers eux, à la population) des 29 communes qui doivent se prononcer avant la fin septembre.

OUI, je veux, OUI, nous voulons que vous signiez d’enthousiasme cette Charte, qui contribue à la fois à conserver la splendeur de la montagne et à bâtir, en Maurienne et en Tarentaise, une économie touristique soucieuse des quatre saisons, avec une agriculture vivante, dans le respect des équilibres de l’eau, des énergies et de la biodiversité…

Nous, citoyens de la Savoie, de la France, de l’Europe et du monde, conscients de l’irremplaçable valeur du Parc national de la Vanoise ; soucieux de préserver ses richesses géologiques, aquatiques, botaniques et zoologiques, mais aussi humaines, culturelles et économiques ; désireux de garder, au-delà du « cœur de parc », une « zone optimale d’adhésion » vouée au développement d’un tourisme sage et durable, plutôt qu’au bétonnage et à la laideur…

Nous, anciens ou nouveaux défenseurs du Parc national de la Vanoise, appelons nos concitoyens à se mobiliser et à peser sur les élus des municipalités concernées, afin que la Charte soit brillamment adoptée.

Je vote POUR la Charte et je le fais savoir !

Les 29 communes savoyardes de la « zone optimale d’adhésion », dont les conseils municipaux voteront avant le 30 septembre 2015, sont les suivantes :

En Maurienne :

Aussois, Avrieux, Bessans, Bonneval-sur-Arc, Bramans, Lanslebourg,  Lanslevillard, Modane, Sollières-Sardières, Saint-André, Termignon, Villarodin-Bourget.

En Tarentaise :

Bellentre, Bourg-Saint-Maurice, Bozel, Champagny-en-Vanoise, Landry, Les Allues, Montvalezan, Peisey-Nancroix, Le Planay, Pralognan-la-Vanosie, Séez, Saint-Bon-Tarentaise, Saint-Martin-de-Belleville, Sainte-Foy-Tarentaise, Tignes, Val d’Isère, Villaroger.

Affirmons-leur que nous sommes POUR cette Charte, et disons pourquoi ! Envoyons-leur notre avis par lettre ou par e-mail.

Le lien, “je signe”… sur Avaaz :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Aux_29_communes_savoyardes_de_la_zone_optimale_dadhesion_Je_signe_la_Charte_du_parc_national_de_la_Vanoise/

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Mon côté cochon

16 août 2015

Crises de l’élevage et de la commercialisation de la viande de porc, émeutes et violences : on parle du cochon, ces temps-ci, mais sous l’aspect de la saucisse ou du boudin – du commerce et de l’argent qui va avec. Le cochon incarne cependant un animal évolué, intelligent et sensible. Une espèce passionnante, qu’Yves Paccalet veut réhabiliter dans ce texte décalé.

Le porc fait l’actualité. Sinon le cochon lui-même, en tant que personnage, du moins sa viande. Son sang, ses tripes, ses cuisses, ses côtes, sa matière bouchère et charcutière… Les éleveurs veulent vendre leurs carcasses 1,40 euro le kilo, selon un accord qu’ils ont passé avec les « abatteurs » et les industriels. Ces derniers reviennent sur leur promesse et préfèrent se fournir sur le marché européen ou mondial, à 1,10 ou 1,20 euros le kilo. Les éleveurs en sont au bord de la faillite et menacent de tout bloquer ou de tout casser, ce qu’ils savent assez bien faire. Ils exigent l’intervention de l’État, c’est-à-dire un train de subventions payées par nos impôts, en d’autres termes par les consommateurs de viande de porc que nous sommes – ou non. Double peine pour les végétariens, les juifs et les musulmans…

Je veux, dans ce texte, réparer une injustice : j’ai l’intention de dire du bien du porc. De reconsidérer le cochon dans sa nature animale et sensible. De lui restituer sa dignité…

Le cochon n’est pas que du jambon ! Je renie l’aspect purement économique ou charcutier du problème. J’oublie les conflits qui naissent entre ceux qui élèvent l’animal, ceux qui le saignent et ceux qui le consomment. Le cochon est fascinant. Il me plaît en large et en détail. Le gros porc comme le gentil cochonnou. Le goret rose ou le noir de Polynésie. Le domestique ou le sauvage. Celui qui se vautre, fouaille et patauge en poussant des « grouik ! grouik ! » de volupté bourbeuse. Celui qui glande sous le chêne. Ou celui que, dans un fameux dessin, Félicien Rops attache en laisse à une dame aux belles cuisses…

Il porco. The pig. Das Schwein. En patois savoyard : lou pouer. Regardez-le : il est beau, avec sa queue en spirale galactique et ses oreilles de hippie. Verrat couillu, truie mamelue ou cochon de lait dodu. Solitaire grognon, laie aux aguets ou marcassin à rayures : personnages ! Le cochon est irréfutable. Il a des allures de Socrate sur l’agora d’Athènes. Il impose son évidence philosophique ; avec ce groin qui remue la terre en quête de vérités cachées et ces cuisses structurées comme des syllogismes…

Je ne vous dirai pas le cochon qui sommeille en d’obscures régions de moi-même : je manquerais de tenue. Je ne vous parlerai ni du sanglier d’Obélix, ni du cochon de payant populiste, ni même du Cauchon qui fit rôtir Jeanne d’Arc. Non… Je veux saluer le cochon tel qu’en lui-même l’évolution nous l’offre. Ordre des artiodactyles. Sous-ordre des suiformes. Famille des suidés. Je désire rappeler à quel point l’Homo sapiens et ce délicat mammifère sont proches.

Les Dayak de Bornéo ont une passion pour les porcs ; et pas seulement pour la côtelette ou le filet mignon. Ils les assimilent aux humains. Ils y voient des cousins ou des frères inférieurs, quoique hérissés de soies raides. Regardons les choses avec leurs yeux. Le sanglier forestier et le cochon domestique, le babiroussa des Célèbes, le pécari d’Amérique, le phacochère et le potamochère d’Afrique se comportent comme vous et moi. Ils mangent salement. Et (je suis désolé d’avoir à l’écrire dans cette chronique de pur esprit) ils appartiennent au troupeau des obsédés sexuels.

L’homme et le porc sont prolifiques et tribaux. L’un et l’autre sont malins (mettons que l’Homo sapiens possède, en plus, le tiercé du dimanche et la grenade à fragmentation). Tous deux s’adaptent et convoitent le moindre biotope de la planète. Diurnes ou nocturnes. Capables de tout digérer. Cueilleurs de fruits le matin, charognards à midi, prédateurs au goûter, déterreurs de tubercules au souper. Manger des cadavres et fouiller le sol pour croquer des bulbes ou des racines a dû composer l’essentiel de l’activité culinaire de nos ancêtres du Paléolithique : les cochons continuent. La ressemblance entre le mode de vie des porcs et celui de nos pères est tellement troublante que des paléontologues ont parfois confondu les dents des deux espèces.

J’ajoute que, comme les cochons sauvages, les hommes sont impossibles à éradiquer dès qu’ils s’installent quelque part. On a noté que nos ancêtres, lorsqu’ils ont apprivoisé le sanglier et sélectionné ses caractères domestiques, en ont fait un animal de la même couleur que leur propre peau : rose en Europe, noir en Afrique, brun-jaune en Asie…

Enfant, je soupçonnais mon côté cochon. Adolescent, je l’ai admis. Assumé. Adulte, je le cultive… Non seulement les Dayak de Bornéo et les paléontologues me confirment que j’ai raison, mais les biologistes s’y mettent. L’homme et le porc se ressemblent à tel point que le second remplace le premier dans les tests d’expérimentation pour la conquête de l’espace. Si l’on greffe un jour des cœurs ou des foies d’animaux génétiquement modifiés sur des humains, ce seront des organes prélevés sur des cochons. Si l’on installe des fœtus d’Homo sapiens dans des utérus de bêtes, ce sera dans le ventre de truies.

Je n’ignore pas que certaines religions tiennent le porc pour « impur ». Je me demande si ce n’est pas justement parce qu’il nous est si proche. Je grogne ces considérations en songeant aux belles cuisses de la dame à la laisse de Félicien Rops. Puis je m’échappe dans la forêt vierge de Bornéo, où je trouve une mare de boue tiède et maternelle, dans laquelle je me vautre avec des « grouik ! grouik ! » d’intellectuel à hure de Socrate crotté et heureux.

Lorsque vous mangerez votre boudin ou votre travers (si vous en mangez) ; lorsque vous verrez les éleveurs en colère bloquer les routes à la télé ; lorsque vous entendrez les économistes vous parler du cours de la viande porcine sur le marché mondial, essayez de vous souvenir, rien qu’un instant, à quel point le cochon est humain, et l’humain cochon.

 

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