Amendement anti-loup : les sénateurs écolos ont choisi le bon vote !

15 avril 2014

J’ai alerté, hier matin, mes gentils lecteurs sur la bêtise qu’allaient commettre les sénateurs d’Europe-Écologie-les-Verts sur la question du loup. En votant (par distraction ? en croyant bien faire ?) une partie d’un amendement mal embouché, ils avaient mis le doigt dans un engrenage qui, au moment de l’adoption du texte entier, pouvait les conduire se retrouver nolens volens sur des positions un peu trop proches de celles des sénateurs fusilleurs…

Ça n’a pas été le cas, par bonheur. J’en remercie ces parlementaires Verts dignes de leur responsabilité politique. Ils ont été les seuls à s’opposer au texte scélérat qui fait du loup l’ennemi public de nos forêts et de nos montagnes, et appelle à son extermination. Même si cela n’est pas formulé si crûment…

« Le » loup… Avez-vous remarqué  qu’on en parle toujours au singulier, comme de « la » crise ou de « la » maladie ? Comme s’il n’en existait qu’un seul, sorte de monstre ubiquiste aux yeux diaboliquement verts et à la gueule ensanglantée – à l’image de la Bête du Gévaudan qui répandit autrefois la terreur, et qui hante encore notre imaginaire…

À l’exception remarquable, et donc remarquée des écologistes, les sénateurs ont autorisé, hier, lundi, les éleveurs d’ovins à abattre des loups dans des conditions prétendument « encadrées ». En vérité, quand on connaît les habitudes de nos campagne, le message est clair : « Feu à volonté ! Allez-y, les gars : tirez, personne ne viendra vous chercher noise… »

Cette disposition, adoptée par la grande majorité du Sénat, Parti socialiste en tête, constitue une grave atteinte à la Convention de Berne, que la France a signée, et selon laquelle Canis lupus incarne une « espèce strictement protégée ». L’amendement des sénateurs « lupicides » vient au détour d’un projet de loi plus global, sur l’avenir de l’agriculture. En cas d’attaque, précise ce texte inique, le préfet pourra délivrer à l’éleveur une autorisation de tuer des loups pour une durée de six mois sur le territoire de sa commune. Autant déclarer : « La chasse est ouverte ! » L’« attaque » d’un troupeau, ne sera, en effet, pas difficile à établir, même si les coupables sont (comme dans la plupart des cas, en France) des meutes de chiens tout ce qu’il y a de plus domestiques.

À la tribune du Luxembourg, on a évidemment entendu un discours éculé, rabâché, prononcé cette fois par le rapporteur socialiste de la Drôme, Didier Guillaume. Selon celui-ci, « le » loup constitue l’unique responsable des difficultés de nos élevages de moutons. « La situation devient intolérable, tant le loup se multiplie. » (En réalité, la France ne compte que 250 de ces prédateurs, contre plus de 800 en Italie et près de 3 000 en Espagne.) Tout concourt à « la disparition programmée du pastoralisme ». Rien n’a été épargné à l’auditeur, pas même le slogan le plus bête et le plus méchant qu’on ait inventé : « L’éleveur ou le loup ! » Comme si la France était incapable de trouver des solutions qui conviennent aux deux parties, au contraire de la plupart des pays où le problème se pose. « Je souhaite, a conclu Didier Guillaume, que le gouvernement renégocie la Convention de Berne. » Rien que ça.

Joël Labbé, sénateur Europe-Écologie-les-Verts du Morbihan, lui a répondu. « L’augmentation du nombre de loups en France pose des problèmes notables aux éleveurs. Pour autant, autoriser les détenteurs d’un permis de chasse à opérer des tirs de prélèvement ne nous semble ni répondre à la question, ni être souhaitable. L’État doit s’assurer du respect de la Convention de Berne, mais aussi assumer la responsabilité de la régulation des meutes et protéger les éleveurs et le pastoralisme. » J’adhère au discours de Joël Labbé, avec cependant une interrogation sur ce qu’il entend par « régulation des meutes ». Qui en décidera ? Comment se déroulera-t-elle ? Au fusil ? Ou grâce à des moyens plus écologiques et plus efficaces, à l’exemple de ce qui se fait non seulement en Italie et en Espagne, mais aux États-Unis ? Aide financière au parcage nocturne, à l’embauche de bergers, à la surveillance constante des troupeaux…

Les sénateurs ont, pour faire bonne mesure, adopté un amendement du groupe RDSE (à majorité Parti radical de gauche) qui autoriserait l’abattage des loups dans des « zones de protection » délimitées chaque année par un arrêté préfectoral, et indépendamment du prélèvement déjà autorisé au niveau national. Ces zones correspondraient aux communes dans lesquelles des « dommages importants » auraient été constatés. Je le confirme : si un tel texte devenait loi, ça tirerait dans tous les coins !

De son côté, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a fait plus fort encore. Il aurait pu et dû se taire : il en a rajouté dans le n’importe quoi mortifère. Il a proposé d’autoriser, « sous certaines conditions » (lesquelles ?), la destruction de loups lors de chasses et de battues organisées sous l’égide des préfets…

Les parlementaires n’ont heureusement pas suivi cet ultime appel au meurtre. Reste qu’ils ont adopté un amendement à la fois inopérant, immoral, hypocrite et que, j’espère, le Conseil constitutionnel balaiera lorsqu’il devra en débattre. À la belle exception des Verts, les sénateurs de la France ont bel et bien voté l’autorisation de transformer « le » loup en « espèce protégée simple », alors que la Convention de Berne le classe en « espèce strictement protégée ».

Au nom du peuple français, ils ont froidement choisi d’éliminer du territoire national une espèce sublime, précieuse et symbolique ; propre à susciter la légende et le poème ; qui non seulement équilibre la chaîne alimentaire de nos montagnes et de nos forêts, mais constitue une partie inaliénable de notre culture, de nos mythologies, de nos œuvres d’art et de notre âme d’enfants.

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Amendement « loup » : et la biodiversité, camarades ?

13 avril 2014

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Je me suis plusieurs fois opposé (non sans une ironie facile et potentiellement blessante) aux décisions politiques qu’ont pu prendre les écolos d’Europe-Écologie-les-Verts, mes frères et sœurs naturel(le)s. Je me persuade que, pour me faire pardonner, je devrais pondre d’urgence un texte qui les loue, et qui leur délivre les satisfecit auxquels ils (elles) ont droit pour leur remarquable contribution au débat public.

Ce ne sera pas encore le cas aujourd’hui. Je suis désolé de devoir, à nouveau, dégainer mon fouet et donner dans la critique acariâtre. Comme disait Voltaire (ou Antigonos, roi de Macédoine, il y a polémique sur la paternité de la formule), « protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge »…

Le jeudi 10 avril dernier, le sénateur UDI de Haute-Savoie Jean-Paul Amoudry fait voter, au détour d’un projet de loi sur l’agriculture, un amendement qui établit « la nécessité de définir des zones de pâturage préservées ou indemnes de prédateurs tels que le loup », afin « de réserver les territoires montagneux ».

Un amendement de cette teneur constitue ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre au loup, espèce protégée par la Convention de Berne, que la France a signée et qui l’engage devant le monde entier. C’est une agression contre la biodiversité, dans une période où le gouvernement prépare sa grande loi d’orientation sur cette question essentielle à l’existence même de l’humanité.

Qu’auraient dû faire les sénateurs écologistes, s’ils avaient un tant soit peu l’âme naturaliste, la passion de la vie sauvage et le respect de la confiance que leur accorde leur électorat ? Ils auraient dû réagir, pousser les hauts cris et voter bruyamment contre ce texte stupide et « lupicide ». Hélas ! L’amendement a été adopté à l’unanimité par le Sénat. Les élus écolos ont donc voté pour, par ignorance ou par bêtise.

Le sénateur Amoudry peut fanfaronner : « Le dossier loup, proclame-t-il, efface désormais certaines barrières idéologiques… tout comme il s’affranchit des limites géographiques. » La suite logique de cette décision sénatoriale, si elle débouchait sur une loi complète, serait qu’on tenterait, dans la foulée, d’« assouplir » la Convention de Berne ; qu’on ferait passer le loup du statut d’« espèce strictement protégée » à celui d’« espèce simplement protégée », autrement dit propre à être « régulée » ou « prélevée » (tel est le vocabulaire des tueurs) ; autrement dit : bonne à être fusillée à volonté, sans autre forme de permission ni de procès.

Qu’un tel amendement ait été voté par la plupart des sénateurs actuels ne m’étonne pas. Qu’il l’ait été par les sénateurs écologistes est, au choix, une belle connerie ou une authentique saloperie, ou les deux à la fois. J’espère que, lorsque ce texte viendra en discussion à l’Assemblée nationale, nos députés ne seront pas aussi absents, naïfs ou indignes de leur étiquette, et qu’au moins ils s’opposeront résolument à ces phrases qui se situent à l’exact opposé de l’idéal d’harmonie sur la Terre d’un Lao Tseu ou d’un saint François d’Assise.

Je le dis dans un essai que je suis en train d’écrire et qui paraîtra dans quelques semaines : le loup (comme l’ours, le tigre, le lion, le requin et les autres mal-aimés) est nécessaire. Il est beau. Il est utile. Il hurle à merveille sous la lune. Il contribue à la splendeur de la planète. Comme les autres prédateurs, il joue un rôle décisif dans les chaînes alimentaires. Mais il représente bien davantage. Il peuple nos récits, nos poèmes, nos œuvres littéraires, philosophiques, picturales ou musicales. Il incarne le héros de nombre de contes pour enfants. Il participe de nos mythologies, de nos représentations, de notre culture, de ce que nous appelons notre « civilisation ».

Si nous l’éliminions de la surface de la Terre (ce que nous sommes en train de faire, et ce que l’amendement susdit contribuerait à accélérer), nous nous priverions non seulement d’un prédateur rapide, élégant, discret et nécessaire à nos forêts, mais d’une fraction essentielle de nos plus beaux poèmes. Nous nous amputerions du Roman de Renart, des Fables de La Fontaine, de la Mort du loup de Vigny, du Petit chaperon rouge, des Trois petits cochons, de Pierre et le loup de Prokofiev et de cent autres œuvres. Nous nous couperions de notre âme d’enfants, et nous couperions nos enfants de l’âme de nos ancêtres.

Nous renoncerions au bien le plus précieux de l’humanité : notre capacité à rêver…

Nous avons besoin du loup. Il fait partie de nous-mêmes. Nous pouvons parfaitement assurer l’avenir les éleveurs de moutons sans dégainer nos fusils. Sans répandre le sang de celui qui fut l’ancêtre de notre ami le chien…

Que des sénateurs écologistes ne comprennent pas ce message envoyé par la planète Terre me met hors de moi ou me consterne, selon l’état de mes hormones. Lorsque nous aurons exterminé le loup, nous deviendrons moins humains.

Et la biodiversité, camarades ? Songez-y, car c’est de notre humanité qu’il s’agit.

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8 avril 2014

J’envoie aujourd’hui ce mail à mes amis d’Europe-Ecologie-les-Verts.

Bonjour !

Il y a trois jours, les écologistes ont refusé de participer au gouvernement de Manuel Valls parce qu’il ne leur “inspirait pas confiance”.
Aujourd’hui, ils s’apprêtent à “voter la confiance” au gouvernement de Manuel Valls.

J’ai tenté d’expliquer ça autour de moi, à Bozel, ce matin, en faisant les courses. Je n’ai récolté que des rires, les uns polis, les autres incrédules, un certain nombre gentiment accompagnés d’un tapotement d’index sur la tempe.
Si quelqu’un arrive à m’expliquer de telles contorsions avec les arguments de la simple raison, je m’engage à renier le texte d’humeur que j’ai commis l’autre jour.
Bien amicalement,
YP
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Comment Europe-Écologie-les-Verts s’est fait hara-kiri

2 avril 2014

Je suis consterné, choqué, abasourdi, baba, incrédule, furieux, révolté… Vous n’y comprenez rien ? Moi non plus. Même en y réfléchissant une semaine de suite, ni vous, ni moi ne réussirons à trouver le sens de ce gâchis, de ce ratage, de cette erreur, de cette « connerie », comme dit Daniel Cohn-Bendit. François de Rugy et les autres parlementaires écolos sont verts de rage – même s’ils retiennent leur langue en n’évoquant qu’une « décision regrettable ». Je n’ai aucune obligation de réserve. Je poserai donc à mon gré les questions qui font mal.

Pourquoi les écologistes claquent-ils la porte au nez du Président de la République ? Pourquoi refusent-ils d’entrer au gouvernement ? Pour quelles raisons (ou déraisons), une fois de plus, conduisent-ils cette politique de gribouille, ce n’importe quoi stratégique et tactique qu’on leur reproche depuis des lustres, et dont ils font chaque jour davantage leur marque distinctive ? Pour quels motifs déclinent-ils l’offre, alors que, dans les mêmes conditions, durant deux ans, Cécile Duflot et Pascal Canfin n’ont cessé de justifier leur présence aux affaires en expliquant que « certes, c’est difficile, mais utile et même indispensable » ? Ce qui valait hier ne compte plus aujourd’hui. Vérité au ministère du Logement, erreur au grand ministère de l’Écologie, des Transports et de l’Énergie ! Et les écologistes de se lamenter que personne ne veuille jamais voir en eux des gens sérieux…

Certains militants verts justifient l’« acte de courage » (disent-ils ; on pourrait traduire : la dérobade) de leurs chefs en faisant de Manuel Valls une espèce de fasciste infréquentable, pire encore que Nicolas Sarkozy. Pas plus que Cécile Duflot, je n’ai aimé ni admis les propos que le nouveau Premier ministre a tenus naguère sur les Roms. De là à en faire un clone de Goebbels, il y a la distance qui sépare la juste réprobation de la fatwa.

L’une des explications au « niet » du Bureau exécutif d’ Europe-Écologie-les-Verts est, hélas, moins morale. Beaucoup le pensent, certains le murmurent, je l’écris crûment : ce qui a pesé le plus fort, c’est l’ambition exacerbée, effrénée, dévorante de son ancienne (et nouvelle) patronne. Cécile Duflot a voulu quitter le gouvernement avec panache, sur un sujet « éthique », en espérant que les électeurs et les militants se souviendront de son « noble refus », et n’hésiteront pas à lui assurer la gloire dans d’autres suffrages. Pour Cécile, seule Cécile est capable de sauver la France. On diagnostiquerait chez elle un syndrome de Jeanne d’Arc.

François Hollande et Manuel Valls ont proposé aux écologistes un puissant ministère de l’Écologie, des Transports et de l’Énergie, sans compter des secrétaires d’État, le lancement d’un grand chantier de la transition écologique et d’autres allées du pouvoir. La réponse des Verts a été « Allez vous faire… », et la seule justification énoncée (hormis la question des Roms) a été que Valls « n’inspire pas confiance ». Depuis quand les décisions stratégiques reposent-elles sur ce genre de critère ? Qui, en politique, motive son action sur des impressions psychologiques ?

Europe-Écologie-les-Verts se tire à son avantage de la séquence des élections municipales. Éric Piolle triomphe à Grenoble. (Je rate moi-même la mairie de Bozel, Savoie, pour 40 voix sur 1 200 votants ; j’ai mouillé la chemise, je ne regrette rien.) Les écolos sont en position de force (relative, je sais !). On leur offre de quoi (en se battant, ça va de soi) engager la transition écologique dans les moins mauvaises conditions. On leur permet de préparer, aux manettes, la grande conférence mondiale de Paris sur le climat. On leur donne de nouveaux moyens pour tenir bon sur la question du nucléaire, contre les OGM et les gaz de schiste, pour la qualité de l’air et de l’eau, pour la biodiversité, etc. Mais patatras ! Au lieu de lancer avec fierté : « Tentons le coup, au moins pourrons-nous engager quelques points cruciaux de notre projet ! », voilà qu’ils fuient… Ils se carapatent, ils se défilent, ils se cachent, ils déçoivent ceux qui leur ont fait confiance dans les urnes. Ils se planquent à l’arrière, alors qu’on leur donne la possibilité de remonter au front avec de meilleures armes qu’auparavant…

Dans l’opposition (même constructive), réduits à leurs militants et à quelques élus, quelle sera la force de résistance des écologistes le jour où (c’est inéluctable) les partisans des gaz de schiste, des OGM, du grand bond en avant nucléaire et du saccage généralisé des terres, des mers et de l’air reviendront à la charge ? Participer au gouvernement peut être un piège. Mais aussi, dans les conditions proposées par Hollande et Valls, un élément de force. Si les écolos refusent, les lois scélérates seront votées, et la conférence de Paris encore plus mal barrée. J’ajoute que les discussions essentielles, et à haut risque, qui s’engagent entre l’Europe et les États-Unis sur le libre-échange transatlantique (TTIP) se dérouleront, elles aussi, quasiment sans aucun « contrôle vert ».

Je suis navré  de tant d’irresponsabilité. Mon pessimisme radical (L’Humanité disparaîtra, bon débarras !) sort renforcé de cet étalage de prétextes, de faux-fuyants, de dérobades, d’escamotages et de calculs égoïstes. Je me suis plusieurs fois demandé si j’avais raison d’être aussi sévère avec ceux dont je me sens, sur nombre de sujets, le plus proche. Je crois, hélas, que la question ne se pose plus. Nous avons atteint un point de non-retour.

Je dirai les choses avec brutalité, puisque la brutalité a tranché hier, durant la réunion du Bureau exécutif du parti : Europe-Écologie-les-Verts est morte. Elle s’est fait hara-kiri. Le parti écologiste a démontré une irréparable division. La scission organisationnelle sera consommée un jour prochain.

EELV n’existe plus.

En vérité, Europe-Écologie est une hydre à deux corps, dont chacun ne supporte plus l’autre. D’un côté,  il y a les militants qui veulent proposer, avancer, innover et faire tout ce qui reste possible (je sais : pas grand chose !) pour sortir notre civilisation destructrice des impasses mortifères dans lesquelles elle s’engage. De l’autre, il y a les Verts (anciens et nouveaux), le groupe de ceux qui se disent « écolos », mais qui auraient leur vraie place chez Mélenchon ou Besancenot. L’ensemble de ceux qui ne se sentent bien que dans l’hostilité, l’opposition, l’intransigeance, la critique érigée en système, et la haine des autres partis, surtout des plus proches… Ceux-là ont pris le pouvoir à force de bureaucratie, de réunionite, de motions illisibles et d’oukases contre les « dissidents ». Aujourd’hui, ils se replient sur eux-mêmes pour ne plus incarner qu’un groupuscule gauchiste, intolérant et donc impuissant. Un commentateur plus méchant que moi les comparerait à une huître qui se referme pour ne plus rien vivre d’autre qu’une existence de mollusque accroché à son rocher, battu par les vagues, et qui peste contre la violence des tempêtes.

L’éclatement me semble inéluctable : les deux moitiés de corps du monstre sont trop opposées sur la stratégie, trop irréconciliables sur la tactique, trop différentes sur la philosophie, pour que l’agrégation tienne. Ou bien il y aura, demain, deux partis politiques écologistes : « Europe-Écologie » d’une part, et « les Verts » de l’autre. Ou bien les écolos de la tendance Europe-Écologie quitteront la structure les uns après les autres, comme je l’ai déjà fait, et comme un grand nombre sont en train de faire.

 

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L’« autre politique » et le problème existentiel des écologistes

31 mars 2014

Remaniement ou pas ? Changement de politique, ou non ? Que faire, quand on est écologiste, et que la question se pose avec acuité de rester au gouvernement ou de claquer la porte ? La discussion est lancée dans les rangs des militants et des élus d’Europe-Écologie-les-Verts. Elle est animée. Voici la petite lettre qu’à ce sujet et (comme disait Coluche) pour faire avancer le schmilblick, j’envoie à mes camarades écolos. Un peu de provoc’, afin de titiller les esprits et de les convaincre d’aller au bout de leurs raisonnements, ne me semble pas inutile.

Bonjour à tous !

Ce qui me pose problème, avec l’« autre politique » que réclament le Parti de gauche, Mélenchon, l’aile gauche du PS et les écologistes « gauchistes », c’est que je ne parviens pas à comprendre ce qu’il y a dedans. Parce qu’aucun des partisans de ce « vrai changement » ne va jamais au bout de son raisonnement… Un slogan ne dévoile pas forcément son contenu.

Nous sommes en Europe, dans la zone euro et entourés d’économies libérales mondialisées. Nous avons (nous, la France, par la voix de ses présidents, de ses gouvernements et de ses parlements successifs) accepté les règles de fonctionnement, à la fois de l’Europe, de l’euro et de l’économie libérale. Nous devons, selon ces lois partagées, diminuer fortement nos déficits, abaisser de façon drastique nos dépenses publiques, épurer nos finances, etc.

L’« autre politique » consisterait, si j’ai bien compris, à laisser à nouveau filer lesdits déficits pour redistribuer rapidement du pouvoir d’achat et relancer la consommation, ce qui ferait repartir l’économie – et nous rendrait nos électeurs.

Ce que ne disent jamais les partisans de ce néo (même pas tellement néo !) keynesianisme, c’est qu’il est tout simplement impossible de procéder de cette façon sans quitter à la fois l’Europe, l’euro et l’environnement économique libéral mondial. Pour y parvenir, il nous faudrait construire le socialisme dans un seul pays (faute d’être suivis par aucun autre). Nous nous ferions flinguer en rase campagne par le FMI, les fonds de pension, Bruxelles et Wall Street réunis. Nous nous retrouverions dès demain dans l’impossibilité d’emprunter sur les marchés internationaux, sauf à des taux usuraires. Bref (je caricature, mais pas tant que cela), nous devrions rejoindre tôt ou tard la petite cohorte des États aujourd’hui anticapitalistes, dont les plus beaux représentants s’appellent Cuba (plus pour longtemps) et la Corée du Nord.

Si je n’ai pas bien compris le raisonnement, si je n’ai pas développé avec justesse l’argumentation des tenants du « vrai changement », je vous prie de m’en excuser. Mais si j’ai bien fait de pousser le raisonnement jusqu’à l’absurde, pour en extraire la moelle,  alors vous comprendrez que je ne m’engagerai jamais dans une telle impasse idéologique, économique et surtout écologique.

Car j’ai vu, de mes yeux vu, de la Pologne à la Roumanie et de la Russie à la Chine, comment les pays communistes avaient, au XXe siècle, traité l’eau, l’air, la terre et la vie, et je ne me sens aucune propension à replonger dans cet enfer.

Avec mes amitiés, YP

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Version Femina, ou la théorie du genre expliquée aux naïves

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27 mars 2014

Avec une presse féminine comme celle-là, le combat féministe n’a pas même commencé ! L’hebdo s’appelle Version Femina. Il me tombe entre les mains (et des mains !) chaque dimanche, en paquet cadeau avec un programme de télévision et mon quotidien local. Des milliers de femmes le lisent. Son contenu ? Au mieux, une plaisanterie ; au pire, une insulte. Si j’étais femme, je me couvrirais la tête de cendres en tournant ces pages.

Les féministes ont raison de rappeler que leur cause avance à la vitesse de l’escargot (lequel a l’avantage d’être hermaphrodite), ou même qu’elle recule à coups de burqas, tchadors, excisions et lapidations. Mais le féminisme en aura pour des millénaires de bagarres si les femmes des pays à peu près libres continuent à se délecter d’une telle prose et des illustrations qui vont avec.

J’ai sous les yeux le dernier numéro (625) de Version Femina (semaine du 24 au 30 mars 2014). Sur la couverture, je vois sourire une blonde anorexique à pantalon rouge et chapeau rose, entourée des titres d’articles du magazine, que je ne recopie pas tout de suite pour laisser à mon lecteur le plaisir de la découverte. Je feuillette l’opus.

Page 2 : publicité pour les WeightWatchers. Preuve que le premier problème de la femme est son poids. Ça commence fort.

Page 3 : sommaire en six rubriques. « Actu », « Mode-Beauté », « Santé-forme », « Futé », « Psycho-enfants » et « Plus » : on voit la place que la revue laisse à ces sujets négligeables que constituent la guerre et la paix, l’économie, l’écologie, la politique, le droit, la science ou la littérature.

Pages 4 et 5 : publicité pour une crème de beauté, laquelle « révèle 11 signes de jeunesse grâce aux 110 gouttes d’un concentré haute performance ». Je me trompais : il y a de la science dans ce journal, en tout cas un jargon digne des médecins de Molière.

Page 6 : dessin dit « humoristique », dans lequel une femme écrit sur son smartphone : « Merdi ! » En y réfléchissant, c’est la page la plus philosophique du numéro.

Page 7 : publicité pour une radio qui distille « les chansons de vos légendes ». Nulle mention du Temps des cerises ou du grand air de la Traviata.

Page 8 : l’édito, signé Constance Poniatowski, directrice de la rédaction. Le sujet abordé est capital : y aura-t-il encore du chocolat demain ? Ce pourrait être une question écologique pleine de sens, si la conclusion du papier n’était ainsi tournée : « En attendant le jour où il faudra choisir entre partir en vacances et une tablette aux amandes, j’ai peut-être une solution : si on vapotait du cacao ? »

Page 9 : mode. « Les stars ont laissé le noir et blanc au placard. » Les orques et les pies ont raison de ne rien changer.

Page 10 : interview. « Un dimanche avec Inès de la Fressange. » Parmi les questions : « Grasse matinée ou  debout à 7 heures ? Maquillage ou peau nue ? »

Page 11 : publicité pour des lunettes.

Pages 12 et 13 : sujet de société, à l’occasion des élections communales. Titre (repris de la couverture) : « Il fait quoi, LE maire ? » LA maire n’existe pas encore dans cette catégorie de presse féminine. C’était bien la peine que le législateur (la législatrice !) impose la parité dans les conseils municipaux…

Page 14 : « Questions à Patrick Chesnais ». La première : « Pourquoi avoir accepté ce rôle d’homme dépressif et drôle qui s’ouvrira grâce à l’amour ? »

Page 15 : jeux. Pages 16 et 17 : cinéma et livres.

Pages 18 et 19 : interview d’Alexandra Lamy. Question : « Comment avez-vous abordé ce rôle de maman d’un ado handicapé moteur ? »

Pages 20 à 25 : pages mode sur le thème « Une petite touche masculine ». Les filles sont fines. Que dis-je ? Elle pèsent 30 kilos. Avec elles, « une petite touche costume rayé » ne déparerait pas une libération de camp de concentration.

Pages 26 à 31 : publicités. Sacs, shopping, jupes, shopping bis, mode encore, lunettes…

Page 32 : beauté. « Toutes fans des sixties. »

Page 33 : publicité pour les peaux sensibles.

Pages 34 et 35 : jeux.

Pages 36 à 39 : dossier coiffure. « Je deviens incollable en coloration. » Moi aussi, après avoir lu ce papier. Seul problème : il ne me reste guère de cheveux à colorer.

Pages 39, 40 et 41 : publicités pour des produits capillaires. Raccord avec l’article précédent.

Page 42 : beauté. Aphrodite, au secours !

Page 43 : publicité « Pschitt Magique Nouvelle Peau ». Je n’invente rien, pas même les majuscules.

Pages 44 et 45 : publicité « pour transformer les cheveux secs et abîmés ».

Pages 46 et 47 : article sur le reiki. « Cette technique de relaxation japonaise donne d’excellents résultats si elle est exercée avec sérieux. » On en dirait autant de la sophrologie et du massage thaïlandais.

Page 48 : médecine. « Sclérose en plaque : 5 raisons d’espérer. » L’article plombe l’ambiance, mais la futilité n’a pas capitulé.

Page 49 : publicité pour une chaîne thermale et leçon de pataphysique à la Paula Coelho : « On ne peut pas garder sa jeunesse à vie, mais on peut l’entretenir. »

Page 50 : médecine. Avec une révolution dans l’art de guérir : « Des soins qui font du bien. » Non aux soins qui font du mal !

Page 51 : publicité. « Rendez-vous du bien-être. »

Pages 52, 53 et 54 : fiches cuisine. Enfin quelque chose d’appétissant !

Page 55 : publicité pour des produits de maraîchage.

Page 56 : vos droits. « Tout sur MON maire. » Bis repetita, la femme de Version Femina n’est pas près d’être numéro UNE à l’hôtel de ville.

Page 57 : publicité pour une société de crédit à la consommation.

Page 58 : partir. Destination : Pays-Bas. Avec cet intertitre : « Des toiles de maître aux chaussures en folie… » Culture, quand tu nous tiens !

Page 59 : publicité bricolage.

Pages 60 et 61 : société. « Couple, la retraite, ça se prépare. » Avec cet autre intertitre à la Paulo Coelho : « Les crises, ça se surmonte. » Et une colonne de conseils du pédopsychiatre Marcel Rufo.

Pages 62 et 63 : enfants. « Et chez vous, ça se passe comment, l’autorité ? » (Je vous laisse digérer les tournures interrogatives consternantes.)

Page 64 : courrier des lectrices. « Il veut rompre. » « Sa disparition m’a anéantie. » « Mon fils n’aime que son père. »

Page 65 : publicité et « ours » du magazine.

Page 66 : horoscope. Je consulte le mien : « Saturne vous rend rassurant pour les autres. » Ça me donne la pêche pour la journée.

Page 67 : publicité pour une machine à café.

Page 68 : quatrième de couverture. Publicité pour une crème de beauté : « Ma peau sensible ne craint plus les baisers. » La mienne non plus…

En tant que macho ordinaire, invétéré, encroûté, irrécupérable, je préfère néanmoins frotter ma peau à celle d’une femme qui me parle d’autre chose que de la totalité de ce que je viens d’évoquer. Mais la principale fonction de ce Version Femina n’est-elle pas de donner raison aux partisans les plus obstinés de la  théorie du genre ? Le sexe dépendrait moins des chromosomes et des gonades que de l’environnement socioculturel dans lequel il s’exprime. Christine Boutin, Éric Zemmour, au secours !

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Gueule de bois

24 mars 2014

Gueule de bois post-électorale…
Bonjour à tous. Je me présentais aux municipales à Bozel (Savoie), pour essayer de réveiller cette bourgade endormie depuis un demi-siècle sous Courchevel, mais ça n’a pas marché. La liste que je menais (“Bozel se bouge !” : écolo + gauche + initiative locale) n’a obtenu que 530 suffrages exprimés, contre 570 à celle d’un ancien maire revenu aux affaires pour le compte de la droite savoyarde. A 40 bulletins près, c’est raté. Telle est la dure loi de la démocratie : nous ne serons que 4 sur 19 au Conseil municipal (même si près de la moitié des électeurs ont voté pour nous), et je ne serai pas maire… Comme écrivain, cela m’aurait plu : je me serais senti plus proche encore de Jules Renard.
La nuit dernière, il est retombé 15 centimètres de neige sur Tincave.
Sur cette photo, l’une des vieilles granges du hameau : de bois, de bois, est-ce que j’ai une gueule de bois ?

Vieille grange à Tincave.

Vieille grange à Tincave.

 

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Communautés de communes, tribune !

13 mars 2014

Pas toujours marrant, la vie citoyenne !
Il faut se bagarrer jour après jour contre les tentatives de prise de pouvoir par la bande. Comme avec cette proposition de loi favorable aux communes dites “touristiques”, au sein des communautés de communes, et concoctée par quelques sénateurs UMP et apparentés…
Voici la Tribune que je donne à la presse aujourd’hui même, afin d’arrêter le plus vite possible ce texte anticonstitutionnel…

 

Printemps37

Yves Paccalet
Conseiller régional Rhône-Alpes (apparenté EELV), candidat tête de liste aux élections municipales à Bozel (Savoie)

Tribune libre

Communautés de communes :
un sale coup se prépare à droite

Consultez cette liste de sénateurs, tous de droite, presque tous UMP : vous y trouverez peut-être le nom du vôtre. Lisez attentivement ce qu’ils préparent…
Les sénateurs Pierre Bernard-Reymond (ex-UMP), Philippe Adnot (droite), Jean-Paul Amoudry (UDC), Gérard Bailly (UMP), Jean Bizet (UMP), Françoise Boog (UMP), Joël Bourdin (UMP), Jean-Claude Carle (UMP), Gérard César (UMP), Christian Cointat (UMP), Marcel Deneux (UDI), André Dulait (UMP), Sophie Joissains (UMP), Marc Laménie (UMP), Antoine Lefèvre (UMP), Jean-Louis Masson (droite), Alain Milon (UMP) et Jean-Pierre Vial (UMP) ont déposé une proposition de loi à la Présidence du Sénat, le 19 février 2014. On peut consulter ce texte à l’adresse Internet suivante :
http://www.senat.fr/leg/ppl13-379.html
La proposition vise « à modifier l’attribution des sièges dans une intercommunalité pour les communes touristiques ». Si elle était votée par le Sénat, puis par l’Assemblée nationale, elle deviendrait un pur scandale politique, social, juridique et constitutionnel.
Exposé des motifs :
« L’article L. 5211-6-1 du code général des collectivités territoriales définit les modalités d’attribution des sièges au sein des intercommunalités. Or, la définition de la population est celle retenue par l’Institut national de la Statistique et des Études économiques, ce qui pénalise fortement les communes touristiques. Elles sont ainsi souvent sous-représentées dans les établissements publics de coopération intercommunale, au regard de leur apport économique, notamment en termes de richesse et d’emplois. C’est ainsi, par exemple, que certaines communes, telles les stations de sports d’hiver ou les cités balnéaires, qui ont une population résidente de moins de 1 000 habitants, peuvent recevoir chaque année plusieurs dizaines de milliers de touristes.
« Aussi, la présente proposition de loi vise à utiliser, pour ces communes, la définition de la population retenue pour l’attribution de la dotation globale de fonctionnement. Leur population municipale serait alors majorée d’un habitant par résidence secondaire ou par tranche de trois lits en établissement touristique. »
Une fois adopté, ce texte serait parfait pour Courchevel, Val d’Isère, Deauville ou Saint-Tropez, dont il renforcerait le pouvoir dans leur Communauté de communes, mais calamiteux pour les bourgades environnantes. Première injustice : seules seraient jugées « touristiques », les agglomérations de sports d’hiver ou balnéaires. Mais il existe des tourismes de la culture, de l’art, de l’histoire, des traditions, de la gastronomie, de l’œnologie, de l’industrie, et bien d’autres, qui seraient méprisés ou piétinés. Les 36 000 communes de France pourraient, en vérité, se targuer de l’adjectif « touristiques », et il n’existe aucune raison de privilégier le ski ou la baignade, plutôt que la chapelle baroque, le fromage ou le champ de bataille historique.
Ce n’est pas le plus important. En attribuant des postes supplémentaires aux communes « à vocation touristique » dans les Communautés de communes, on introduirait une intolérable inégalité entre les citoyens. Les communes « non touristiques » ne pourraient compter que sur les voix de leur population permanente : un individu, une part de pouvoir, selon les canons ordinaires de la démocratie. En donnant aux communes « touristiques » des parts supplémentaires d’autorité, basées sur nombre de leurs résidences secondaires ou de leurs triplets de lits d’accueil, on saccagerait simplement l’une des règles fondamentales de notre République. Les touristes supposés venir en saison se verraient attribuer des « parts » de gouvernance volées aux citoyens des communes non touristiques. Ces touristes-là auraient déjà voté dans leur localité d’origine, pour leur propre Communauté de communes : et voici qu’ils revoteraient, sans même le savoir et sans être convoqués au scrutin, dans la commune où ils seraient supposés prendre leurs vacances ! On créerait deux étages de citoyenneté : des sous-citoyens et des super-citoyens. Des citoyens bien réels, mais amputés d’une partie de leurs prérogatives démocratiques, et des citoyens potentiels, cependant porteurs de parts décisionnaires. Des quarts ou des moitiés de citoyens, contre des citoyens imaginaires, mais doubles ou triples… J’observe encore qu’avec un tel texte, on attribuerait ipso facto aux vacanciers étrangers une fraction de pouvoir sur les décisions d’un organe de notre République. Je suis très ouvert aux étrangers, j’aime leur rendre visite autant que les accueillir chez moi, mais je suis soucieux du respect de nos institutions.
Cette proposition de loi, concoctée par quelques sénateurs de droite, est un déni de démocratie. Elle créerait des citoyens ectoplasmiques, irréels, potentiels, et priverait d’autres citoyens bien concrets d’une partie de leurs droits légitimes.
Exigeons de ses signataires l’abandon immédiat d’un texte saugrenu et contraire à la démocratie ! Il va de soi que, si cette proposition de loi était maintenue et (ce qui semble inimaginable) adoptée, nous travaillerions à l’attaquer sur-le-champ, et pour les meilleures raisons, devant le Conseil constitutionnel.

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Terre des ours

15 février 2014

Terre des ours...

Le livre paraît au début de la semaine à venir. Le film (dont j’ai coécrit le scénario avec le réalisateur, Guillaume Vincent, lequel a coécrit le livre avec moi) sort dans les salles le mercredi 26 février. Voici quelques-unes des premières phrases du livre…

 

L'affiche du film et la couverture du livre.

L’affiche du film et la couverture du livre.

L’ours contemple le ciel, la forêt, les volcans, la rivière… Il s’assoit sur un rocher plat, tord le nez et sent le vent. Il analyse les odeurs d’écorces, de feuilles et de résines de la toundra, mêlées aux senteurs acides des fumerolles expulsées par les cratères. Il ignore probablement (mais peut-être le sait-il d’une autre façon) qu’il résume la beauté de la vie dans ce bout du monde…

L’animal dresse les oreilles, écoute les messages portés par la brise et cligne des yeux. Il accomplit son existence ordinaire de plantigrade. Il se sent en harmonie avec ce territoire que ses yeux myopes distinguent mal, mais que lui recomposent, avec une précision bien supérieure, son odorat et son ouïe, dont la finesse est sans égale. Comme dit un proverbe amérindien des Montagnes rocheuses : « Lorsque la feuille tombe de l’arbre, l’aigle la voit, le loup la sent, l’ours l’entend ! »

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Amazonie

21 janvier 2014

Le bassin forestier du fleuve le plus long, le plus puissant, le plus prodigieux de la Terre : l’Amazone. Une presse à clichés éculés baptise « Enfer vert » cette immensité grouillante et nécessaire. En vérité, c’est la Forêt d’émeraude ; le temple de la Vie. L’un des plus passionnants milieux que puisse explorer et contempler celui qui (selon Samivel) garde « l’œil émerveillé »…

L’Amazonie… Le pays des Mille rivières. Plus vaste que les États-Unis ou l’Europe… Le Brésil, les Guyanes, le Venezuela, la Colombie, l’Équateur, le Pérou et la Bolivie se partagent ce bassin que menace aujourd’hui la déforestation ; et qui, si la tendance actuelle continue, ne sera plus qu’une plaine pelée en 2050… Pour l’heure, le regard y découvre des millions d’arbres enlacés de lianes. Des mousses, des fougères, des champignons et des fleurs ; des mille-pattes, des araignées, des insectes ; des poissons, des amphibiens,  des reptiles, des oiseaux. Des mammifères, bien sûr – du jaguar au tapir, au singe hurleur et au dauphin rose. À  l’homme, bien sûr…

Balade de plaisir dans cet écosystème qu’on qualifie en espagnol de bosque lluvioso ; en anglais, de rain forest ; en français, de forêt « pluviale » ou « ombrophile » (du grec ombros, « averse d’orage »). Souvenir d’un temps de grâce dans la sylve aux plus étonnants phénomènes…

L'ami tapir...

L’ami tapir…

En Équateur. Dans le parc national Yasuni – l’un des hauts lieux de la biodiversité du monde ! Le rio Tiputini roule ses eaux brun-jaune. C’est un affluent du rio Negro, lui-même gros tributaire du géant Amazone… La pirogue appartient à Humberto. Cet Indien Huaorani raconte, avec ses mots d’espagnol hésitants, qu’il habitait autrefois un village de huttes où ceux de sa tribu vivaient nus et vivaient de cueillette, de chasse et de pêche. Un jour, sont arrivés les pétroliers qui ont « acheté » aux aborigènes leur terre ancestrale contre des fusils et des moteurs hors-bords ; avant de les parquer dans des baraques en dur – privés de leur milieu, de leur langue, de leur culture, bref de leurs moyens d’existence et plus encore de leur âme.

Humberto connaît cette forêt aussi bien que le jaguar, son animal totem. Il ouvre le chemin. Nous passons des fondrières. Nous gagnons des collines où nous saluons le paresseux. Nous redescendons vers un bras de rivière où des tortues prennent le soleil sur un tronc couché, et où s’ébat une famille de loutres géantes. Humberto repère des caïmans. Dans berge herbeuse, il montre un nid d’anaconda. Les arbres sont sublimes. Les racines en arcs-boutants des fromagers (ou kapokiers, ou ceibas) soutiennent un fût qui culmine à 50 mètres. Les matapayas composent, avec leur tronc creux et ajouré, un temple de science-fiction dans lequel on ferait entrer dix humains. Des volées de papillons enchantent les clairières : morphos bleu saphir, porte-queue de velours vert et noir, piérides et autres palpitations de couleurs qui répondent aux flips-flaps des oiseaux : caciques noir et jaune, manakins bigarrés, colibris de jade et de rubis, hoazins aux allures d’archéoptéryx, perroquets amazones verts, aras de gloire arlequine…

Un tapir tortille son long nez et évalue la situation. Là-haut, la canopée étale un magasin de splendeurs. Cette strate recèle la majeure partie de la merveilleuse, surprenante et précieuse biodiversité tropicale. On y admire des jardins suspendus d’épiphytes : lichens, mousses, fougères, broméliacées, orchidées, etc., que hantent d’inimaginables variétés d’insectes, d’araignées, de lézards, de serpents et de grenouilles dendrobates « peintes » ; où se promènent des singes – capucins, atèles, hurleurs, ouakaris ; où des insectes membracides au thorax en expansion surréaliste pompent la sève ainsi que des Shadocks !

L’esprit naïf se demande qui, du Grand Bang ou de Dieu, a imaginé tout ça. Le sage se tait.

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