Le syndrome de la pêche miraculeuse

22 mai 2008

Les pêcheurs râlent : le gazole est trop cher. Ils demandent à Sarkozy ou à l’Europe des poissons à pêcher (comme si c’étaient Sarkozy ou l’Europe qui font les poissons, et pas la mer !). Ils pratiquent le métier le plus dangereux du monde, et l’un des moins bien payés. Mais leur profession est sinistrée. Leurs enfants ne seront pas pêcheurs, parce qu’il n’y aura bientôt plus de poissons (de crustacés, de mollusques…) à capturer.

Ce n’est pas une surprise… J’ai eu la curiosité de jeter un coup d’oeil sur ce que j’écrivais quand je travaillais avec le commandant Cousteau, il y a plus de vingt-cinq ans. Témoin cet extrait de “L’Almanach Cousteau de l’environnement”, que nous avions fait paraître en 1981, chez Robert Laffont. Page 215 :

“Tandis que toutes les espèces de poissons, de mollusques et de crustacés sont en régression notable, et que certaines arrivent au bord de l’extinction, on continue d’entretenir l’illusion de la pêche miraculeuse. On voudrait faire croire que l’océan nourrira les milliards d’hommes de demain, alors qu’il se transforme en désert – à cause du chalutage abusif, de la destruction mécanique des lieux de reproduction, et des effets cumulés des pollutions.

“A vrai dire, depuis le fameux épisode du lac de Tibériade, où Jésus remplit les filets de ses disciples, tous ceux qui vivent de la capture des poissons sont atteints de ce qu’on pourrait appeler le “syndrome de la pêche miraculeuse”. On oublie seulement que, par définition, les miracles sont rares, et qu’en dehors des interventions divines, les lois écologiques pèsent sans fantaisie sur les populations animales : surpêchées, ces dernières disparaissent. Les armateurs de chalutiers voudraient faire de la pêche miraculeuse une donnée constante de leur calcul de rentabilité financière. Sous prétexte qu’ils disposent d’échosondeurs, d’hélicoptères, de satellites – et des travaux précieux des biologistes -, ils voudraient toujours que leurs unités rentrent au port les cales pleines. Ils aboutissent au résultat exactement inverse : le rendement de leurs navires par tonne affrétée tombe en chute libre ; des fonds qui pullulaient naguère se transforment en étendues sans vie ; et des espèces qu’on croyait inépuisables, comme les harengs, les sardines, les maquereaux ou les anchois, sont dans un état démographique préoccupant.”

La suite dans le bouquin, si vous le retrouvez quelque part. Pas un mot à changer. Un quart de siècle d’illusion de la pêche miraculeuse s’est écoulé, le désastre de la mer est consommé. Requiem pour l’océan mondial.

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21 Responses to Le syndrome de la pêche miraculeuse

  1. Michel says:

    en 1981, on était 4.5 milliards. 27 ans après, on est 6.7 milliards.
    http://www.worldometers.info/

    Evidemment ça fait plus de bouches à nourrir avec du poisson…

    Le temps d’écrire ce court message, la pression sur l’agriculture et la pisciculture mondiale à augmenter d’environ 500 êtres humains qui ne connaitront pas l’insouscience devastatrice de la génération de l’auteur de ce blog… Vite, vite, produire plus et plus vite pour pouvoir les nourrir. Ouf, l’UE a saisi l’urgence de la sempiternelle croissance et l’a inscrit dans sa (presque) constitution! Tout va bien donc. Un moment, j’ai douté…

  2. Marie-Eve says:

    L’augmentation du gasoil = faux problème. Difficile de comprendre pourquoi les pêcheurs ne voient pas les choses sous cet angle. Sarko, au lieu de leur faire des promesses devraient les aider à les reconvertir vers une autre profession….mais il a d’autres chats à fouetter!

  3. Gilles says:

    Question intéressante, oui : est-ce que le catholicisme, avec son gout pour les miracles, qui a été une religion dominante dans le monde occidental, porte une responsabilité dans cette culture de la gabegie que nous commençons à payer (et à cause de laquelle nos descendants vont peut-être se retrouver dans les conditions de vie du Moyen-âge ?

    La pèche est un bon exemple, le pétrole en est un autre. Ai encore vu récemment un « économiste distingué » ricanant en face de J.M. Jancovici qui tentait de lui expliquer que le pétrole est forcement une ressource finie « ah ah ! La fin du pétrole on nous fait le coup depuis 20 ans ».

    Quand on voit des gens « à priori » intelligents, ou du moins qui sont supposés avoir poursuivi quelques études, refuser d’admettre des notions élémentaires – ancrées depuis des millénaires dans le savoir de tous les paysans – telles que le fait que la Terre n’est pas la Corne d’Abondance, que ses cadeaux sont limités, fragiles, donc précieux, on désespère. Quand en plus de tels « analystes » confisquent quasiment les medias, et se bousculent pour expliquer, encore aujourd’hui, que la croissance est notre atout le plus précieux… ben on se réfugie sur vot ‘ blog, Yves ! :-D

    En lisant (ouh là, il y a longtemps maintenant) « l’humanité disparaitra » je me disais que les pages sur une guerre mondiale faisaient un peu « passéistes ». Plus le temps passe, plus je me dis que la probabilité d’un tel conflit (ou d’une série de conflits « mineurs » si une telle chose existe) semble la solution que l’inconscient collectif adoptera pour s’attaquer ( !) au problème de la surpopulation et du manque –corolaire- de ressources. Et on aura l’air bien malins….

  4. Lio says:

    La pêche, les rivières françaises gorgées de PCB, les vaches que l’on abat dans le plus grand silence, la détresse des agriculteurs à qui les copératives demandent de se taire, les cancers qui fleurissent un peu partout, les ondes des télephones portables, la mal bouffe, le baril qui flambe, n’en jetez plus!! la terre et ses habitants est promise à un bel avenir, un soleil radieux finira par faire brûler nos peaux blanches, à se goinfrer ainsi, en protéstant chacun dans sa barbe nous oublions de nous révolter, parce qu’aucune unité nous rassemble, bien trop individualistes que nous sommes, et merveilleusement formatés par les média qui nous ont bien appris la leçon: râler entre la poire et le fromage puis écouter sagement que PPDA nous raconte les horeurs du monde chaque soir à 20 heures.
    Lionel D

  5. Patrice says:

    “Requiem pour l’océan mondial” … Requiem pour tout et pour tous !
    Croissez et multipliez vous … j’ai bien lu ça quelque part dans ma jeunesse, eh bien !
    continuons, la puniton viendra d’elle même à croître et à nous multiplier aussi stupidement. En tout cas, l’avenir de la chaussure et peut être même du cheval ne semble pas remis en cause, il nous restera toujours ça si on n’abbat pas tous les chevaux avant.
    Je suis triste pour ma petite fille de deux ans, et je n’oublie pas le petit Adrien du Japon, Yves, et tous ces petits auxquels on va laisser une catastrophe.

  6. NANTET ELIANE says:

    Avez-vous recu mon mail ? Car il y a eu plusieurs anomalies. D abord celà apparaissait le texte error servor et quand j ai renvoyé la seconde fois il apparaissait un texte avec fautes dues sans doute á l utilisation du T9 disant que mon message était un doublon car déjà envoyé. J espere donc que vous l avez bien recu. EN

  7. jean-chistophe says:

    Une fois de plus les politicards ne voulant pas aider, comme pour eux memes, les personnes (les pécheurs)à se reconvertir, ceux-ci s’accrochent à un métier désuet, destructeur, aliénant et dangereux mais qui est leur seul moyen de vie.

  8. Alexis Patzelt says:

    Mr Paccalet
    Je vous ai vu mardi dernier dans l’émission « Les guerres du climat » sur Arte, même si je suis arrivé en cours d’émission il m’a semblé que vous ne souleviez que le problème sans donner de solutions (c’est possible que vous l’ayez fait).
    C’est le cas dans toutes les émissions que j’ai pu voir à la télévision, qui traitaient des sujets comme le réchauffement climatique, la déforestation, la surexploitation des ressources etc. Personne ne parlait de décroissance (quand je parle de décroissance ce n’est pas seulement au niveau de notre consommation, mais au niveau de la natalité). Alors que la seule solution à long terme et à court terme qui pourrait nous sauver c’est bien la Décroissance !
    Donc je me demandais si c’était une question de censure, car ça va à l’encontre de la politique actuelle du gouvernement et de l’éthique ? J’aimerai comprendre pouvez vous me répondre ?

    Pour parler du Loup, j’en ai entendu un il y a deux semaines, dans la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors, la nuit pendant que je cherchais une position confortable dans ma tente. Je dois l’avouer j’ai eu un peu peur. Mais c’est vrai on est changé après cette expérience.

    Merci d’avance pour votre réponse.

  9. hifi says:

    Je ne voudrais surtout pas jouer au plus finaud, mais il me semble que la mésaventure des poissons est surtout liée au capitalisme sauvage qui mise, avec ses bateaux-usines, à vendre et à engranger des profits au détriment du petit artisan pêcheur.

    Concernant le pétrole, c’est comme pour la drogue, tant qu’il y aura du “consommateur” ,il y aura des vendeurs…

    Alors, Messieurs les utilisateurs de rasoirs (en plastique) jetables, ou Mesdames, porteuses de soutien-gorge mode, en plastique transparent, ou jeunes gens changeurs de portables toutes les semaines, asseyez-vous sur un barril de pétrole et contemplez-vous dans une glace le temps de la réflexion.

    Sans rancune.

  10. Le cyclo écolo says:

    et la pêche à la rame, à la voile ?
    euh, est ce que j’ai dit une bêtise…?

  11. TAOMUGAIA says:

    Au delà de l’épuisement tragique des ressources halieutiques, il y a le fait que consommer du poisson c’est aussi consommer du poison !
    Il y a 10 fois plus de dioxine dans les poissons que dans les produits de « référence », le lait et les œufs et … trente fois plus de PCB (Polychlorobiphényle)que les normes admises !
    Ces chiffres concernent tant les poissons sauvages que les poissons d’élevage d’eau douce…

  12. yvonne says:

    mais faudra-t-il imposer la décroissance ? et arriver à la dictature écologique !! quel cauchemar… et pourtant, on nous prend tellement pour des illuminés et de doux rêveurs que cela en devient vraiment désespérant : comment convaincre, comment expliquer au plus grand nombre ?…

  13. Lio says:

    Imposer la décroissance?
    Je me suis posé des millions de fois cette question, à savoir comment imposer au reste du monde ce qui tombe sous le sens en matière de vérités écologiques et de respect de l’environnement, sauf que je suis d’une génération ou enfant dans les années 70, on nous a imposé ces modèles d’alimentation bio, des programmes végétariens, végétalien, au final il en réste des bonnes choses mais surtout un évidence:on comprend bien mieux ce que l’on s’impose par soi même, (CF Discours sur la servitude volontaire de la Boétie), je ne crois plus aux vertus du discours des intégristes, “le faites ce que je dit, mais pas ce que je fais” a ses limites,… je l’ai compris, donc faire les choses et se transformer soi même.. mais tout cela est tellement évident, trop sans doute.
    Lionel D

  14. Patrice André says:

    Selon le rapport de la FAO, il est possible de nourrir 12 milliards d’individus.
    Un démographe entendu récemment sur France Inter déclarait que les prévisions étaient revues à la baisse, compte tenu du développement plus rapide que prévu des pays émergents, et donc de la baisse plus rapide de leur natalité.
    Ils prévoient maintenant une stabilisation de la population à 8 milliards, (sans tenir compte de la baisse significative générale de la fertilité humaine).
    Cependant, il est impératif de changer notre mode d’alimentation, moins de poisson, moins de viande, mais pourquoi pas, plus d’insectes, et bien entendu plus de fruits et légumes.
    La décroissance des pays riches demeure une nécessité absolue, tant que nous ne serons pas redescendus à la consommation de une planète. La piste à privilégier reste donc la relocalisation de l’économie : développement des circuits courts, des AMAP, etc…
    Substituons enfin la richesse intellectuelle à la richesse matérielle.
    « On nous fait croire, que le bonheur c’est d’avoir, d’en avoir plein nos armoires, dérision de nous, dérisoire… ». Alain SOUCHON, « Foule sentimentale ».

  15. Patrice André says:

    Yves, si vous voulez récupérer mon s en trop de « plus rapide qui prévus », je vous l’offre pour le rajouter dans votre billet à « Jéus ».

  16. Yves Paccalet says:

    Si quelqu’un a bien besoin d’un “s”, c’est Jésus ; il lui en faut même deux ; rendons-lui vite son dû !

  17. jean-chistophe says:

    Jé qui?

  18. e-lectrice says:

    Tant qu’à rendre à César… voici un M à rendre au pauvre comandant … :-)

  19. Yves Paccalet says:

    Ah la la ! On assiste à une révolte des lettres. Certaines d’entre elles s’échappent des mots où elles devraient jouer leur rôle, d’autres viennent s’attacher là où personne ne les attend ni ne les souhaite. Rien d’étonnant : avec le développement de l’écriture SMS, la déesse de l’orthographe a décidé de semer la zizanie. Bon, merci pour lui, le “comandant” récupérera son “m” égaré comme un bonnet rouge dans un vent de tempête.

  20. Véronique says:

    Comme un beau nez rouge ! Complètement au hasard , à propos de commandant : auriez-vous lu “oui mon commandant !” de Hampâté Bâ ? Suite de amkoullel l’enfant peul , et très beau vieux livre ….

  21. Pingback: Nouvelle Gauche : Le matelot, la morue et le ministre

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