Donald Trump : la catastrophe écologique annoncée !

 16 novembre 2016

Je retourne le couteau dans la plaie : Hillary Clinton a failli devenir présidente, elle a rassemblé plus de voix que son concurrent. Le système électoral américain est ainsi conçu : Donald Trump investira la Maison blanche. La première puissance mondiale a investi un démagogue sexiste, raciste et nationaliste. Rétrograde sur les questions de mœurs. Globalement vulgaire. Et dangereux ! Ce copain de Poutine (mais qui fera peut-être la guerre à la Russie) devient l’exemple à suivre pour toutes les « droites dures » et les « fachos » de la planète. En France, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen le louent, le cajolent, l’embrassent et prétendent l’imiter.

Les États-Unis ont choisi. Ils devront faire face à un désastre politique, social et sociétal. Le droit à l’avortement sera révoqué (Donald Trump parle de laisser chaque État décider). L’Obama Care sera réduit en charpie, les réfugiés refoulés à la frontière, et deux ou trois millions de sans-papiers expulsés. Le nouveau Superman de Washington promet de pulvériser Daesch et Al Qaïda ; de tuer les familles des terroristes pour leur apprendre à vivre ; de rétablir la torture dans les prisons ; d’édifier un mur de 1 600 kilomètres de longueur à la frontière mexicaine ; et d’interdire l’accès du pays aux musulmans (Trump est récemment revenu sur cette promesse électorale – mais du bout des lèvres)… Une chose est sûre : grâce au nouveau Hulk ou Spiderman à moumoute orange, les fabricants de révolvers et fusils verront leurs juteuses activités bénies, puisque le port d’arme constitue un « droit donné par Dieu aux hommes » ; seul petit problème : les tueries de masse continueront d’alimenter en sang tiède la rubrique des faits divers.

Je relis le résumé que je viens de dresser des douceurs promises par Donald le Bonimenteur à l’Amérique et au monde (puisque telle est la réalité géopolitique). Mes joues ruissellent de larmes. Et je n’ai pas encore tout dit… Donald Trump incarne, à lui seul, une catastrophe environnementale majeure, un cataclysme qui frappera la totalité des écosystèmes planétaires. Le président élu des États-Unis s’apprête à faire adopter par le Congrès un programme de gouvernement qui, au chapitre de l’écologie, nous conduit gentiment vers le pire. Ou bien le bonhomme n’a pas conscience de l’effet des mots qu’il prononce, ou bien il s’en moque comme de son premier gratte-ciel. Je penche pour la seconde hypothèse

Prenons la variété de la vie sur la Terre – cette biodiversité si précieuse et dont on déplore partout qu’elle s’effondre. Avec Trump, il ne régnera plus qu’une seule loi : celle du fusil (ou, selon l’endroit et la cible, du harpon, du chalut, de la pelleteuse, de la bétonneuse ou de la tronçonneuse). Fiers de poser pour la photo avec le cadavre du léopard ou du lion qu’ils viennent de massacrer (ces clichés circulent sur les réseaux sociaux), les fils du président à venir donnent une idée de la manière dont seront traitées les espèces sauvages : avec des balles et des engins de destruction massive. Saigner les bêtes, raser les forêts, assécher les marais, vider les mers de leurs créatures : aucune objection ! Dieu a donné ce droit imprescriptible aux hommes, en tout cas aux Américains, à tout le moins aux Anglo-Saxons blancs protestants.

Donald Trump le serine, le clame, le proclame : il désire rendre à nouveau compétitive l’économie américaine. Il s’engage à lui restituer sa puissance ; à la replacer au premier rang mondial ; et peu importent les dégâts collatéraux… Nulle pleurnicherie ne saurait ralentir cette entreprise. Où il y a du gibier, on chasse. Où il y a du poison, on pêche. Si l’on découvre un minerai, l’urgence est de l’exploiter. Dans les forêts où les arbres ont mis des siècles à pousser, le devoir de l’entreprise de bûcheronnage consiste à les couper. Le PIB est le seul dieu après Dieu. La « croissance » tient lieu de critère moral essentiel, pour ne pas dire unique. Si le charbon affleure, on envoie le marteau-piqueur ou le bulldozer. Lorsqu’on renifle l’odeur du pétrole, on creuse un puits et on compte les dollars…

« Rendre sa grandeur à l’Amérique ! » Ce mot d’ordre trumpiste traduit une philosophie : celle du pionnier de la conquête de l’Ouest – le front bas sous son chapeau de cow-boy ; le colt à la ceinture ; massacreur de bisons ou de pigeons migrateurs ; la dégaine du destructeur des sols, du ravageur des sylves, du pollueur des mers, de l’Attila des montagnes…

La plus irremplaçable richesse qui se puisse concevoir sur notre planète est aujourd’hui l’équilibre de la biosphère, dont un élément décisif s’appelle le climat. Sans surprise, c’est dans ce domaine que Donald Trump se montre le plus agressif, le plus primaire, le plus ignare et le plus décidé à instituer le Far West du pire. Le président élu des États-Unis d’Amérique juge inepte le scénario du réchauffement climatique global. Il le tient pour « un canular ». Dès 2012, ce climatosceptique invétéré et fier de l’être a pu proférer cette lumineuse et définitive explication : « Le concept du réchauffement climatique a été créé par la Chine pour rendre non compétitive l’industrie américaine. »

Donald Trump fera ce qu’il croit le meilleur pour l’Amérique et ses buildings. Il est bien décidé à lever toutes restriction à la production d’énergies fossiles. Il entend réactiver l’exploitation charbonnière, et par exemple relancer l’énorme projet de mine de charbon de Gillette, dans le Wyoming. Il désire des forages pétroliers partout – y compris dans les zones les plus fragiles, en Arctique, parmi les récifs de coraux ou aux grandes profondeurs océaniques. Il promet de remettre sur pied le projet de méga-oléoduc Keystone XL, entre les schistes bitumineux de l’Alberta (au Canada) et les raffineries du Texas ou de l’Illinois (en 2015, Barack Obama avait opposé son véto à la naissance de ce monstre).

Bien entendu, Donald Trump désire toujours plus de gaz et de pétrole de schiste – la fracturation hydraulique et le traitement chimique des puits dussent-ils provoquer des séismes et polluer les nappes phréatiques. Le nouveau « leader du monde libre » appuie sans réserves les industries les plus salissantes pour l’air et l’eau, les fermes de dix mille vaches ou cent mille poulets, l’agriculture la plus intensive et la plus nocive. Il ne s’est pas prononcé en détail sur toutes ces filières, mais on peut croire qu’il soutient la viande aux hormones, l’utilisation des antibiotiques dans les élevages, le recours aux pesticides les plus toxiques et l’utilisation sans contrainte des OGM. Il aime, dirait-on, tout ce qui ressemble à un Moloch productiviste et mortifère…

Logique dans son raisonnement économique et opposé aux administrations d’État, Donald Trump a promis, durant sa campagne électorale, de supprimer l’Agence américaine de protection de l’environnement (l’EPA). Pour faire bonne mesure, il s’apprête à annuler les milliards de dollars de paiements que les États-Unis doivent encore aux Nations unies pour financer la lutte contre le chaos climatique.

Pour couronner l’œuvre, Donald Trump a juré urbi et orbi qu’il dénoncerait l’Accord de Paris sur le climat (le texte final de la Cop 21). Il jouera le coup dans une manière fine ou finaude. Il ne reniera pas d’emblée la parole des négociateurs américains : il présentera le document au Sénat, lequel est à majorité républicaine et ne réunira jamais les deux tiers de ses voix pour une ratification réglementaire. Le nouveau président négationniste sera désolé de devoir informer l’ONU que les États-Unis se retirent de l’Accord.

La Chine s’en ira dans la foulée. Et les autres grands pollueurs peu après. L’effet de serre (ce « canular » !) aura l’occasion de démontrer que sa puissance excède largement celle d’une humanité bêlante et égoïste, qui préfère voter pour des irresponsables démagogues et ignares, plutôt que de se préoccuper de la santé de ses enfants et petits enfants. Personne n’oblige les citoyens à élire Trump, Poutine ou Marine Le Pen. Mais force est de constater qu’ils le font massivement… Ces électeurs à courte vue devront assumer leur choix simpliste, leur crédulité, leur abstention massive ou (trop souvent !) leur lâcheté. Les peuples du XXIe siècle paraissent, les uns après les autres, vouloir porter au pouvoir des bonimenteurs méprisants et sans scrupules. Il s’ensuivra des drames écologiques irréversibles et des guerres locales, régionales ou mondiales. C’est alors, comme dit l’un de mes bons amis à qui je reproche un humour noir déplacé, que « l’humanité disparaîtra, bon débarras ! »

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9 Responses to Donald Trump : la catastrophe écologique annoncée !

  1. Anar says:

    D’accord avec vous sur une grande partie de votre texte. C’est toujours un grand plaisir de vous lire.
    En revanche, point de vue écologie, vous écrivez “catastrophe écologique annoncée”, concernant Trump, pourquoi, car cela n’aurait pas été le cas avec Hillary Clinton ? La forme change mais le fond reste le même : Obama, Clinton, Trump… rien ne change. Comme en France. Malheureusement, presque tout le monde se fout de l’écologie – aussi bien les politiciens que le peuple – il n’y a qu’à voir le résultat du référendum sur l’aéroport de NDDL (qui soit dit en passant n’était pas faussé).
    Quand à écrire que Donald Trump est dangereux… Hillary Clinton l’est tout autant, je dirai même beaucoup plus dangereuse encore que Trump et sournoise.

  2. sergio69 says:

    Salutaire billet ! Les digues viennent de céder pour la parole populiste, sexiste et raciste aux USA, là ou on l’attendait le moins. C’est un encouragement inattendu et considérable pour la fachosphère en France et en Europe et personne ne sait comment faire rentrer le mauvais génie dans sa boite. Il faut dès maintenant faire entendre la contre-parole ouverte à l’autre, réellement démocratique et respectueuse de la nature. “L’humanité disparaitra …” chez Yves mais autant le faire en restant debout et mobilisé pour ne pas mourir de rage, de honte ou de tristesse .

  3. Anar says:

    D’accord avec vous sur une grande partie de votre texte. C’est toujours un grand plaisir de vous lire.
    En revanche, point de vue écologie, vous écrivez “catastrophe écologique annoncée”, concernant Trump, pourquoi, car cela n’aurait pas été le cas avec Hillary Clinton ? La forme change mais le fond reste le même : Obama, Clinton, Trump… rien ne change. Comme en France. Malheureusement, presque tout le monde se fout de l’écologie – aussi bien les politiciens que le peuple – il n’y a qu’à voir le résultat du référendum sur l’aéroport de NDDL (qui soit dit en passant n’était pas faussé).
    Quand à écrire que Donald Trump est dangereux… Hillary Clinton l’est tout autant, je dirai même beaucoup plus dangereuse encore que Trump mais également sournoise.

  4. martine says:

    Certes, il y a Trump, la pointe de l´iceberg, le spectaculaire et le Terminator en chef. Il y a les fachos qui votent pour lui ou pour la mère Le Pen. Mais il y aussi les autres. Les centaines de millions d´autres. Le troupeau anonyme des indifférents, des je-m´en-foutistes, des “après moi le déluge”, des porteurs d´oeillères ! De ceux qui vous disent d´un ton bêtement enjoué quand vous leur parlez des ravages infligés à la planète :”Ah ! Vous faites pas de soucis ma bonne dame ! Nous on passera encore !”
    Sont-ils des monstres ? Que nenni ! Bien au contraire. Tous des braves gens qui ne feraient pas de mal à une mouche. De bons citoyens bien dressés à marcher droit, qui bossent dur et consomment encore plus dur, sans rechigner à la besogne. Des gens pas méchants pour deux sous, qui bichonnent leur caniche obèse et asthmatique tout en s´empiffrant de la chair des animaux goinfrés aux hormones et massacrés dans les abattoirs. Pensez donc, c´est si bon un barbecue en été, avec les amis ! Faut bien se distraire !!! Rien que de bonnes personnes inoffensives, je vous dis, qui traversent l´espace le regard rivé sur l´écran de leur i-phone, droguées aux apps, des gentils qui ne peuvent plus se déplacer quelques mètres sans leurs poubelles polluantes, qui prennent l´avion à tire-larigot pour aller se faire dorer le cuir à bon marché dans un pays d´esclavagistes, qui remplissent par milliers des bateaux de croisière monstrueux, sans se poser la moindre question quant aux conséquences de leur plaisir imbécile sur l´environnement marin.
    Alors, certes il y a Trump, et on ne peut nier que le bonhomme soit dangereux. Mais l´arme de destruction massive la plus redoutable, ce sont les indifférents, ceux qui, par leur mode de vie participent et contribuent au saccage de la planète.

    Un grand bonjour à votre ami, Yves. Sa prédiction se réalisera ! 😃

  5. mdt says:

    l’homme est un animal, il vit en troupeau, rien de neuf, Trump est le nouveau chef de ce troupeau !
    martine et les autres, vous êtes des brebis égarées
    I have a dream !
    notre cerveau plus évolué ne sert à rien !

  6. martine says:

    Une définition parfaite de notre calamiteuse espèce :
    “L´homme, cet animal raté”, par Pierre Jouventin.
    https://www.youtube.com/watch?v=O5KzU7cODd4
    Je me permets de recommander la lecture de cet ouvrage.

    • sergio69 says:

      Je viens de voir plusieurs vidéos sur ce très intéressant chercheur en éthologie. Elles donnent envie de le lire pour en apprendre plus sur nous même mais aussi sur nos compagnons chats et chiens.

  7. Julien says:

    Ouf Yves, rassurant de vous lire ! Vous avez raison toutes et tous pour le danger que Trump représente et la servilité (suis poli) et le je m’en foutisme de l’être humain dont le fond a si peu évolué. Ai peur, hélas, de faire partie du “troupeau” comme l’écrit mdt ne serait-ce que parce que, comme mes très lointains ancêtres, il m’arrive de manger un poulet (au propre comme au figuré d’ailleurs…). Un certain Anaxagore de Clazomène, copain avec Périclès paraît-il, exprimant la continuité de toutes choses, le disait déjà il y a quelques 500 ans : “Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau.” Bien des siècles après Lavoisier l’a repris sans dire, le petit coquin, de qui ça venait !

  8. Laurent says:

    Mais oui Yves, Trump promet un scénario catastrophe … qui était déjà écrit. Sommes toutes, il ne fera qu’accélérer un processus qui est déjà en route.

    On avait dans cette élection deux choix :
    – continuer un business as usual en promettant de faire un peu mieux chaque mois, chaque année, en sachant qu’il faut agir de manière radicalement différente tout de suite pour éviter d’encastrer la tête de l’humanité dans le mur de ses empreintes – vu que la nature frise la banqueroute
    – ou bien accélérer le mouvement, quitte à précipiter la déchéance, qui de toutes façons arrivera, et de toutes façons trop tôt, nous n’y serons pas préparés.

    Trump vise à maintenir du confort à court terme pour certains américains et propose l’autarcie pour réduire les dépendances, donc les risques à court terme. Il jette le bébé avec l’eau du bain, mais l’un et l’autre commençaient à pourrir : à moyen voire à long temps, rien n’est encore écrit, mais de grosses suspicions de catastrophe incontournable invitent au pessimisme : https://reporterre.net/Tout-va-s-effondrer-Alors-preparons-la-suite

    Si ça se trouve, c’est ce qu’il propose : profitez tant qu’il en est encore temps. C’est un peu fataliste, égoïste, bête quand même aussi, et néanmoins si tout est perdu d’avance, ça peut se comprendre.

    Entre humour noir déplacé et lucidité, on se demande, hein ?

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