Adieu, bagnole ennemie !

19 novembre 2016

Mai 68 dans l’Histoire, les rues repavées, les CRS rentrés dans leurs casernes : les années 1970 voient notre mutation générationnelle. De gauchistes, nous devenons écologistes. (On observe aujourd’hui le mouvement inverse.) En ce temps-là, non seulement nous sommes jeunes (ce dont nous n’avons guère à nous vanter), mais  nous propageons un slogan inventé (je crois) au journal Hara Kiri par François Cavanna (à moins que ce ne soient le Professeur Choron, Gébé, Reiser, Wolinski ou Cabu ; ou encore par René Dumont) : « La bagnole, ça tue, ça pollue et ça rend con ! »

Je veux remettre au goût du jour cette énergique assertion. Une polémique est en cours : Anne Hidalgo et la municipalité de Paris ferment au trafic automobile et rendent aux piétons ou aux cyclistes une portion (3,3 kilomètres) de la voie Georges Pompidou, sur la rive droite de la Seine. Les utilisateurs de bagnoles pestent, râlent, éructent, hurlent qu’on les soumet deux fois par jour à une séance de torture en les empêchant de pétarader à leur gré sur cette saignée citadine, conçue et ouverte en un temps où le président Pompidou (celui dont elle porte le nom) désirait éventrer la capitale à grands coups d’autoroutes.

Les automobilistes honnissent la maire de Paris et plus généralement le pouvoir socialiste « vendu aux écolos ». Les piétons, les cyclistes, les patineurs à roulettes, les badauds en balade, les coureurs à pied, les amoureux main dans la main, les papillons, les abeilles et les oiseaux se réjouissent. À l’intérieur de ces organismes coule un sang plus vif, pénètre un air plus oxygéné et s’insinuent des parfums plus suaves, y compris plusieurs molécules de bonheur…

L’automobile. La voiture. La tire. La guinde. La caisse. Le tas de ferraille (ou de boue)… Les noms et surnoms ne manquent pas. La réalité de cet engin brutal et bruyant devient obsédante. Je désire ici simplement rappeler quelques faits. Oui, la bagnole tue ! Chaque année, en France, on déplore 60 000 accidents de la circulation, qui font 75 000 blessés et plus de 3 500 morts (18 000 cadavres en 1972 : on célébra par ce chiffre record la naissance de la voie Pompidou). En Europe, le trafic automobile provoque 85 000 décès par an. Dans le monde, 1 300 000 ! Ne cherchez pas ailleurs la cause de décès numéro un chez les 15-30 ans.

L’automobile tue, mais pas seulement en raison des excès de vitesse, des conduites en état d’ivresse, des dépassements interdits, du mépris des lignes blanches, des refus de priorité ou des « stops » allègrement grillés. La bagnole assassine parce qu’elle pollue. Elle  incarne une pourvoyeuse majeure de cette chape de miasmes chimiques dont les hommes sont en train d’envelopper la planète. Pollution des sols, des eaux, des forêts, de la mer et, au premier chef, de l’atmosphère… Les oxydes et dioxydes de carbone, d’azote ou de soufre, le plomb et les autres métaux lourds, l’amiante (toujours là), les plastiques et des nuées invisibles, mais hautement pathogènes, de particules fines, sortent des pots d’échappement, des pneus qui freinent ou des lieux de casse des vieilles caisses…

Bronchites, pneumonies, cancers, infarctus, accidents vasculaires cérébraux, anomalies génétiques dues aux perturbateurs endocriniens, etc. : la liste des méfaits sanitaires de la bagnole toute puissante ne cesse de s’allonger. La pollution atmosphérique est devenue l’un des fléaux majeurs de notre temps. Elle est imputable pour au moins un tiers au trafic automobile. Dans le monde, elle provoque 7,5 millions de morts par an (certains disent 10 millions). En France, elle cause 48 000 morts chaque année (16 000 pour les seuls transports). On calcule qu’elle vole 2 ans d’espérance de vie à chaque adulte de 30 ans.

La bagnole, ça tue, ça pollue… Et ça rend con… Impossible de lutter contre l’addiction du volant, contre la drogue du « vroum-vroum » et la surconsommation de combustibles carbonés, fossiles ou non : pétrole, gaz, supercarburant, gazole ou « biocarburants ». La production mondiale de véhicules à moteur grimpe en flèche. Les êtres humains sont aujourd’hui 7,5 milliards : et ils possèdent 1,7 milliard d’autos (le cap du milliard a été franchi en 2007). Le moteur à explosion est en phase d’explosion démographique inquiétante, notamment dans les grands pays émergents : Chine, Inde, Indonésie, Brésil, etc. Chaque année, sur la planète, on construit et on vend 80 millions de voitures. 150 par minute. 2,5 par seconde !

L’Homo sapiens petaradensis exige sa bagnole, son véhicule, sa « liberté de bouger » (une faculté dont on sait qu’elle porte un autre nom : « embouteillage »). Chez les riches, chaque ménage possède deux bagnoles, plus une par enfant. Chez les pauvres, on récupère les caisses usagées des nantis, et elles ronflent à nouveau. Les gaz à effet de serre s’accumulent sur nos têtes, nous crevons les poumons ou le cerveau mités par les polluants, nous appuyons sur le champignon sur les dix mètres qui nous séparent de l’automobiliste précédent au milieu du bouchon : mais nous râlons parce qu’une municipalité et sa maire nous privent de tels délices, sur un mini-parcours de 3,3 kilomètres, au bord d’un fleuve qui pourrait redevenir magnifique si nous le laissions respirer, lui aussi…

« La bagnole, ça tue, ça pollue et ça rend con ! » Souvenons-nous de ce slogan soixante-huitard ! Réhabilitons-le… Enfilons nos chaussures de marche, ouvrons nos narines et nos âmes, oublions le tintamarre et les injures, laissons à leur addiction les drogués de la vitesse sur autoroute et du sur-place dans les rues de la ville : redevenons, dans un premier temps, des utilisateurs intelligents et parcimonieux de véhicules à moteur. La bagnole, c’est dépassé. L’automobile n’a pas d’avenir. Je veux bien admettre que nous en avons besoin quand elle s’appelle « ambulance » ou « taxi » ; mais bien moins souvent que nous ne le croyons. Et sûrement pas au prix de notre santé et de celle de nos enfants ; ni aux dépens de la splendeur de cette Terre où nous sommes arrivés par hasard, et dont nous partirons sans même un corbillard !

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13 Responses to Adieu, bagnole ennemie !

  1. mdt says:

    Version web
    découvrez l’agroécologie, la sociocratie, l’économie collaborative, les supermarchés coopératifs, les écoles démocratiques…

    Chers colibris,

    2017 est une année importante pour notre mouvement, qui fêtera ses 10 ans d’existence. Grâce à l’engagement de chacun d’entre vous, la force de vos rêves et vos projets audacieux, nous sommes devenus en une décennie une force citoyenne qui compte !

    2017, c’est aussi l’année des élections, présidentielle et législatives. Pendant plus d’un an, nous avons travaillé à définir l’action la plus pertinente, la plus utile à mener. Au fil de nos rencontres et de nos échanges avec de nombreux acteurs de la société civile et du monde politique, nous avons compris que nous devions rester concentrés sur notre raison d’être : inspirer, relier et soutenir une communauté de valeurs de plus en plus importante.

    Nous sommes conscients que nous ne changerons pas le cours des élections en scandant des slogans écologiques et humanistes. Nous sommes convaincus en revanche que si chacun de nous monte en compétence sur les enjeux et les solutions, qu’elles soient locales, nationales ou européennes, si nous nous rassemblons et que nous commençons à agir chez nous, si nous sommes des millions à élever nos voix et à nous mettre en mouvement, alors nous donnerons le courage nécessaire à nos futurs élus pour faire face à leurs responsabilités !

    En 2012, nous lancions “Tous candidats” auprÚs d’un mouvement qui rassemblait seulement 10.000 personnes. Aujourd’hui, nous sommes plus de 250.000, sans compter le million de spectateurs du film Demain. Imaginez l’impact d’une nouvelle mobilisation de notre mouvement en 2017 !

    Nous vous donnons rendez-vous en janvier 2017 pour découvrir en intégralité le dispositif de la nouvelle mobilisation : “le Chant des Colibris, l’appel du monde de Demain” !

    Céline, Mathieu, Énora, Julien, Gregory, Ayanna, Clémence, et toute l’équipe de Colibris

  2. bernard says:

    L’humanité disparaîtra.
    Merci à Stephen Hawking de prendre cette position courageuse: http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211504257287-lhumanite-ne-survivra-pas-1000-ans-de-plus-sur-terre-selon-stephen-hawking-2044075.php
    Combien d’hommes vont enfin se libérer des menottes qu’ils ont aux lèvres ?

  3. mdt says:

    je ne crois pas que ce soit le genre d’info que les conseillers font remonter aux politiques ! et nos hommes politiques mènent comme vous et moi une vie avec travail, enfants, petits enfants, amis, réunions…et pas le temps d’aller voir ailleurs, ils se contentent de ce qu’on leur distille

  4. stan says:

    Ben oui, pour se bugey rien de tel que la voiture électrique. Propre à tous points de vue, surtout si l’on est à la bure et que l’on roule le pied dedans. D’ailleurs les coccinelles ne jurent que par elle !
    😀

  5. martine says:

    D´abord, je doute que la classe politique ait déjà entendu parler de Stephen Hawking. Le niveau intellectuel parmi les décideurs se cantonnant au ras des paquerettes, les écrits, les paroles de ce scientifique de génie les dépasseraient complètement.
    En plus, les dirigeants politiques, surtout ceux des nations industrialisés ou émergentes, n´ont pas besoin de conseillers pour s´informer. Même les esprits les plus primaires parmi eux savent très bien, pour la plupart, que la catastrophe écologique est bien là. Mais comme le quidam anonyme, ils s´en foutent. Ils préfèrent satisfaire leur ambition personnelle, travailler dans l´intérêt de la grande industrie, et à l´image de ceux qu´ils prétendent gouverner, ils se donnent l´illusion bon marché d´avoir encore du temps. Certes, ils se reproduisent comme tout un chacun, mettent des gosses au monde, un monde pollué, fini, une gigantesque décharge, mais le sort de leurs descendants ne les préoccupent pas plus que cela. Si le niveau des mers monte, il n´a pas encore atteint le perron de l´Elysée, ni d´ailleurs celui du pavillon de Monsieur Toulemonde, alors pourquoi se faire du mourron ? La classe politique s´en donne à coeur joie, c´est le paradis des magouilles, des entourloupes, des tripatouillages, des promesses non tenues, et le troupeau des citoyens, lui, il consomme, docilement, toujours plus. Il occupe sa léthargie en achetant des biens aussi inutiles qu´énergivores mais les conséquences de ses comportements ne l´intéressent pas le moins du monde. Il doit impérieusement satisfaire des besoins artificiellement suggérés qui n´ont plus rien à voir avec les besoins essentiels à la vie.
    mdt,
    Permettez-moi de protester poliment, mais je ne vis pas comme les hommes politiques. Contrairement à eux, et à bien des citoyens, je ne me contente pas de ce que l´on me distille. Je cherche, je m´informe, pour avoir une vue d´ensemble. Autant que cela m´est possible.
    Ce qui ne veut pas dire que je dédaigne systématiquement tout produit distillé. Je goûte voluptueusement à un bon vieil armagnac 😀!

    Désolée,

  6. martine says:

    préoccupe, singulier.
    Pardon pour l´orthographe !

  7. Julien says:

    @Martine : pourquoi un vieil Armagnac et pas un Cognac dans l’autre main ? Je ne suis pas un politique mais je m’intéresse à la politique, avec un découragement grandissant d’ailleurs et, pour moult raisons, m’intéressant aux maladies dégénératives (Parkinson, Charcot), je connais Stephen Hawking et ses “trous noirs”, oh certes ! mal, très mal, mon cerveau n’atteignant pas le centième du sien.

    Content de vous retrouver Yves ! La bagnole ! la bagnole ! Depuis des décennies, elle est considérée comme une calamité. Et pourtant plus ça va, plus on voit partout des grosses bagnoles qui vous écrasent de leur condescendance. Toujours surprenant d’être dans une cité et de constater que c’est là qu’il y a presque le plus de ces grosses bagnoles. SUV disent-ils nos publicitaires, que j’écraserais volontiers avec… mon vélo. Vous le dites parfaitement, tout le monde a sa bagnole, maris, femmes, enfants, grands-parents et même arrière grands-parents. En vous lisant m’est revenue en mémoire une vieille chanson que me chantait ma grand-mère, que je cite… de mémoire justement :

    “C’est elle qui pilote/ C’est elle qui capote/C’est moi qui vais sur le gazon !”

  8. martine says:

    Pardon pour ce commentaire hors du sujet.
    Le Huffington Post est un journal plutôt minable, mais je tiens à mettre le lien de cet article. Un film documentaire sur les animaux d´abattoirs. Peut-être faudrait-il le montrer aux lycéens et collégiens. En espérant qu´il y en a encore quelques uns dont la capacité à l´empathie n´a pas été complètement bousillée par la violence et la brutalité qu´ils cotoient sur le net.
    http://www.huffingtonpost.fr/victoria-luta/attention-les-animaux-de-ce-film-meurent-vraiment/?utm_hp

  9. martine says:

    Julien,
    non, tout le monde n´a pas sa bagnole. Nous n´en avons pas, et à part le bus ou le train de temps en temps, pieds et roues de bicyclettes sont nos seuls modes de transport !😄

  10. Julien says:

    @Martine : ?? Et “moi mon Papa il a un vélo”…

    Et l’humour chère Martine ? Ce petit quelque chose souvent nécessaire au constat des abus et de la souffrance, non celui qui vise intentionnellement l’autre mais ce “principe de coopération conversationnelle” (Paul Grice) qui permet à la vie d’être moins pesante :

    http://www.psychologies.com/Mo/Se-connaitre/Personnalité/Articles-et-Dossiers/L‘humour-en-avoir-ou-pas

    Désolé de m’être si mal expliqué.

  11. Que c’est beau surtout quand c’est impossible. Il y a 50 ans je clamais à tout mon entourage que nous allions couler le bateau avec nos “bagnoles” spécifiant que nous avions chacun à notre disposition notre micro-usine à polluer !
    Je sentais la loi de Lynch frémir dans mon auditoire et le cas de divorce quand je reprochais à mon épouse les kilomètres nécessaires pour se rendre chez son artiste capillaire.
    Alors maintenant, vous voulez supprimer la “Bagnole” Bravo, mais avant il faudrait des chirurgiens du cerveau pratiquant à la chaîne pour nous en enlever le petit morceau en haut à droite.

  12. mdt says:

    notre difficulté à voir un le monde autrement que celui que nous connaissons, la peur de l’inconnu, notre peur de ne pouvoir nous adapter et pourtant !
    il suffirait de presque rien !

  13. Berlherm says:

    Du moment que tout lecteur comprend le syllogisme suivant alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes:

    “La création (procréation, fabrication) d’une existence ne sert que ceux qui existent déjà, personne ne maitrise la création (procréation, fabrication) ni le chemin que suivra cette existence, conclusion, tout créateur (procréateur, fabricant) d’existence est soit un animal, soit un idiot, soit un négrier ou encore un sadique (il y en a).”

    Il me semble que même Stephen Hawkings et Einstein on fait des enfants, et pourtant ils ont une cervelle et savent s’en servir dans d’autres domaines que celui pourtant primordial de la procréation. (Transmettez le syllogisme svp.)

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