Le mythe de la caverne…

11 janvier 2017

On se souvient du mythe (ou de l’allégorie) de la caverne, que Platon expose au Livre VII de son dialogue La République. Selon ce texte, les humains ressemblent à des prisonniers enchaînés au fond d’une grotte. Ils ont le dos tourné vers l’entrée lointaine, et ne voient rien du monde, à l’exception de leur ombre portée sur le rocher. Ils croient que ces simulacres constituent la réalité. Le même rapport nous sépare de la connaissance vraie : nous n’apercevons des choses qu’une ombre vague, irréelle, vacillante et définitivement différente de la vérité…
Je contemple une caverne de glace que l’eau du torrent et le froid de l’hiver ont sculptée. L’édifice me semble un opportun rappel de la leçon platonicienne. Notre petit univers intellectuel est centré sur notre existence à la surface d’une planète minuscule, qui tourne autour d’une étoile Soleil de taille moyenne, sachant qu’il existe quelque deux cent milliards d’étoiles dans notre galaxie (la Voie lactée), et qu’on dénombre deux cent milliards de galaxies dans l’univers connu (avec peut-être des univers parallèles)…
Ce rien-du-tout que nous sommes incarne un rien-du-tout (ou un roseau…) qui pense, certes ; mais qui pense bien peu, bien mal, obscurément, jamais plus loin que le bout de son nez, et sans la moindre idée de l’infinie poésie du cosmos.
Nous restons enfermés dans la caverne de notre médiocrité. Nous ne connaîtrons jamais l’immensité du monde. Nous mourrons esclaves de nos illusions et englués dans notre ignorance. Nous finirons oubliés de notre planète elle-même, à laquelle nous ne sommes nullement nécessaires, et qui continuera de voler sans nous autour du Soleil, jusqu’à ce que celui-ci enfle et la brûle, mettons dans un petit milliard d’années.

This entry was posted in philosophie. Bookmark the permalink.

16 Responses to Le mythe de la caverne…

  1. martine says:

    “Un peu de douceur dans la blancheur” comme vous l´écrivez. Et dans la noirceur du monde des humains. Merci infiniment, Yves, pour ce partage :
    http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article33454

  2. martine says:

    La médiocrité est en effet un mot-clé. Elle caractérise tout particulièrement le système de nos sociétés industrielles et de consommation outrancière. Quand la quantité prend le dessus sur la qualité, le niveau baisse immanquablement. Les deux ne sont pas compatibles. C´est le grand nivellement par le bas qui peut se résumer par la formule “plus c´est c.., plus c´est bon” ! Dictature de la majorité !

  3. Julien says:

    “Il y a toujours une forte demande pour une médiocrité renouvelée. Dans chaque génération, c’est l’esprit le moins raffiné qui a le plus grand appétit.” (Paul Gauguin)

    Pourquoi vouloir toujours comparer, mesurer ? Même possédant quelques talents, nous ne les avons pas tous et sommes donc médiocres pour ceux qui n’ont pas les mêmes. Etre conscient de sa propre médiocrité, n’est-ce pas essayer de sortir “de la caverne” ? Le premier pas vers la sortie ne consiste-t-il pas à prendre conscience de son ignorance, apprendre à distinguer ce qui est réel ou illusoire ?

    • laure says:

      j’apprécie votre référence à Gauguin, si critiqué à notre époque. dans Noa-Noa, il explique comment il a découvert justement quelque chose qui montrait qu’il n’était pas juste un médiocre quand le tahitien qui l’aidait à chercher certains bois dans la forêt lui a dit en le regardant sculpter et peindre “vous êtes utile”.
      Pour ce qui est de notre médiocrité et du mythe de la caverne qui ne nous montre que des illusions, je crois que l’appareil que tout le monde utilise (genre I-phone) incarne bien le mythe de la caverne et notre médiocrité à laquelle nous croyons échapper en montrant sur nos appareils des images idéales de notre personne. Combien sommes-nous à ne pas jouer avec cet instrument dans cet objectif d’illusion ? Sûrement plus qu’on pense mais les humains qui croient en cette illusion sont très nombreux et je crois que c’est pour ça que Trump, qui incarne le stupide “rêve américain” est maintenant au pouvoir. Les face-boook du monde entier ont participé à cette élection je crois .

  4. martine says:

    Contrairement aux humains, les animaux ne sont jamais médiocres. Malheureusement pour eux, notre médiocrité et notre bêtise les anéantissent :
    http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article33510

    Une photo superbe qui provoque à la fois joie et tristesse.

  5. martine says:

    Pour ceux et celles qui gémissent à longueur de temps sur la nullité de leurs dirigeants politiques :
    “Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traitres n´est pas victime ! Il est complice.” (George Orwell)

  6. laure says:

    Je viens de re-découvrir votre blog, cher Yves. Vous étiez silencieux pendant quelque temps et je ne venais plus y jeter un oeil. J’étais également prise par bien des sujets personnels : au travail, problèmes avec ma hiérarchie ; en famille, problèmes aussi à cause de ma mère qui a la maladie d’Alzheimer et aussi à cause de mes enfants qui ont choisi un mode de vie “anti-consommation” surtout le plus grand qui est devenu une sorte de Saint-François d’Assise vivant dans les bois avec son troupeau de chèvres…et ma soeur m’accuse de ne rien faire pour arrêter ce que fait mon fils….
    Le plus jeune, employé comme ouvrier agricole dans un grand château de Pauillac, taille sa vigne dans le froid en écoutant des livres audio. Il y a deux ans, il a été gravement malade (pneumonie) à cause du froid dans les vignes, du brazero qui sert à brûler les sarments et peut-être aussi des produits phyto-sanitaires qu’on continue d’employer dans les châteaux.
    Mais quand je lis les articles récents d’Yves, j’y vois un bon résumé de la situation mondiale de l’année 2016. un peu le même bordel que ma propre vie. il y a une certaine cohérence entre nos vies personnelles et la vie du monde qui nous entoure. c’est le bordel !
    Et la plupart des gens qui m’entourent continuent de croire aux illusions de la société de consommationt et ma mère n’est pas la plus folle : elle sait qu’elle est folle.

  7. laure says:

    consommation

  8. mdt says:

    toujours contente de vous lire Laure.
    Ce que vous racontez de votre vie, compliquée par la maladie, les relations familiales, n’est pas “un bordel” mais la difficulté d’être différent dans ce monde (votre façon d’être surement au travail et votre hiérarchie, vos enfants, votre acceptation du choix de vos enfants…)
    Restez ce que vous êtes: authentique
    bises

    • laure says:

      j’apprécie votre référence à Gauguin, si critiqué à notre époque. dans Noa-Noa, il explique comment il a découvert justement quelque chose qui montrait qu’il n’était pas juste un médiocre quand le tahitien qui l’aidait à chercher certains bois dans la forêt lui a dit en le regardant sculpter et peindre “vous êtes utile”.
      Pour ce qui est de notre médiocrité et du mythe de la caverne qui ne nous montre que des illusions, je crois que l’appareil que tout le monde utilise (genre I-phone) incarne bien le mythe de la caverne et notre médiocrité à laquelle nous croyons échapper en montrant sur nos appareils des images idéales de notre personne. Combien sommes-nous à ne pas jouer avec cet instrument dans cet objectif d’illusion ? Sûrement plus qu’on pense mais les humains qui croient en cette illusion sont très nombreux et je crois que c’est pour ça que Trump, qui incarne le stupide “rêve américain” est maintenant au pouvoir. Les face-boook du monde entier ont participé à cette élection je crois .

    • laure says:

      merci pour votre gentil commentaire. Je n’étais pas tout à fait dans le sujet du jour qui, pourtant, est tout à fait intéressant

    • laure says:

      je vous ai envoyé par erreur un commentaire destiné à Julien, vous l’avez sûrement compris

  9. martine says:

    Le terrorisme des chasseurs, encouragé et protégé, comme on le sait, par les élites politiques :

    https://www.change.org/p/soci%C3%A9t%C3%A9-de-chasse-de-la-chapelle-villars-soutien-%C3%A0-antoine-pugnet

  10. sergio69 says:

    Ce billet est un constat terriblement lucide mais qui, jetant aux orties toutes les illusions, permet d’approcher l’essentiel de ce qui fait notre rapport au monde. Quelques bribes de poésie, musique, beaux textes, créations artistiques et au delà, la chaleur de moments d’amitié ou d’amour. Nous sommes infinitésimaux dans l’immensité d’un univers qui nous dépasse et que nous ne comprenons pas. Nul besoin d’inventer un être suprême qui nous consolerait. Il faut profiter ici et maintenant d’une belle nature, d’une montagne, d’un lac, de la lumière de l’été, d’un sourire bienveillant et furtif. Tout cela on peut le prendre sans l’ôter à personne.

  11. Pingback: Nous ne sommes rien ? Et alors … | Humeurs Numeriques

  12. Berlherm says:

    Il existe des systèmes de pensées ouverts, servant à la fois, la méthode, la logique, le rationnel, et l’imaginaire. Celui que j’utilise est l’arborescence de questionnement basée sur le terme “perception”, ensuite tout s’enchaine avec des possibilités infinies.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *