Journal de campagne, suite…
Élections législatives 2012
Mardi 15 mai
Journée d’investiture à l’Élysée.
Nicolas s’en va, François arrive.
François s’engage, Nicolas dégage. L’Histoire de France s’écrit avec des rimes en « gage »…
Le président Hollande rallume la flamme de l’arc de Triomphe sous une pluie battante. Je ne regarde pas ce spectacle en direct à la télé. Je rate les trois costumes dégoulinants de l’impétrant. A posteriori, je songe que notre chef s’est mouillé pour la bonne cause : les nappes phréatiques sont basses dans le pays, la terre exige des arrosages !
À l’heure de la passation des pouvoirs, je suis chez mon dentiste, lequel a tout pouvoir sur moi puisqu’il me pose deux implants. Ainsi vont les rapports de la petite et de la grande politique : ils passent par la piqûre, l’anesthésie, l’entaille de la gencive, le forage du maxillaire, l’insertion des bouts de métal, la couture, les anti-inflammatoires si le débat dégénère, et les antidouleurs recommandés en cas de carie ou de gamelle électorale.
Aujourd’hui, non seulement François Hollande se fait bénir trois fois par le ciel, mais son avion reçoit la foudre (tout le monde plaisante sur le fait que Jupiter vote à droite). Le président atterrit à Berlin, où l’attend la chancelière Angela Merkel. On parle à présent de « Merkoland ». « Homer » auraient plus de gueule. En utilisant ce néologisme, on titillerait la mythologie. Les peuples n’aiment rien tant que les héros et les légendes. Hollande et Merkel occupés à sauver l’euro contre le reste du monde : on imagine la sculpture en marbre ou en bronze.
Problèmes un jour, problèmes toujours
1. Sachant que la chenille du splendide papillon apollon se nourrit de plantes grasses des montagnes (orpins, joubarbes, saxifrages), et que le réchauffement climatique affecte déjà ces végétaux, dans combien de temps le dernier apollon fera-t-il admirer aux enfants de sept à soixante dix-sept ans ses ailes de verre ornées d’ocelles rouges et de soleils noirs comme un poème de Nerval ?
Il serait logique que l’humanité disparaisse de la planète quand les papillons n’y voleront plus.
2. Le torrent du Bon Rieu collecte les eaux de l’adret du mont Jovet. Il est en crue : bouillons gris-jaune, fracas des cascades ! J’y vois filer un sac de plastique : oui ! Loin des villes et des ordures… Je subodore la négligence d’un randonneur, l’été passé, sur un sentier.
Je sais où ira ce résidu de notre civilisation : à la mer, par le doron de Bozel, l’Isère et le Rhône. Ce détritus grossira l’un des hallucinants tourbillons de plastique qui enlaidissent les océans, et qu’on appelle des « gyres ». Il n’existe qu’une seule eau sur le globe. On ne trouve, ici-bas, qu’une seule espèce assez folle pour imaginer qu’elle ne reverra pas un jour, dans son assiette, les molécules toxiques des déchets dont elle avait cru se débarrasser dans la nature.

Le sac de plastique dévale les rapides et les chutes. Il ira peut-être étouffer une tortue marine qui l’aura confondu avec une méduse. Ou bien il tuera d’occlusion intestinale un dauphin dont un enfant serait devenu l’ami aux yeux émerveillés… Réduits en fines particules, le polyvinyle ou le polystyrène pollueront durant des décennies la chaîne alimentaire, du plancton aux crevettes et aux petits poissons, puis aux poissons plus grands que des humains mangeront en papillotes ou en bouillabaisse. Bon appétit, bande de gourmands !
Je me présente à ces élections législatives contre tout espoir de victoire. Mais supposons que nous, les écologistes, soyons nombreux à être élus : dans les semaines qui suivraient, nous ferions voter une loi pour interdire définitivement la fabrication et l’utilisation des sacs de plastique et de tous ces suremballages utiles au marketing, mais désastreux pour la biosphère.
Mercredi 16 mai
À Lyon, dans ma fonction de conseiller régional Rhône-Alpes.
Parmi les dossiers que nous votons en commission permanente, et que j’ai portés comme vice-président de la commission Tourisme, figurent des subventions affectées à la rénovation de plusieurs refuges de montagne : en Savoie, ceux de l’Arpont (dans le parc de la Vanoise), de Terre Rouge (à Valmeinier) et du Saut (à Méribel-les-Allues). Sans oublier la création de ceux la Grande Léchère (à Mongalaffrey) et du Plan de Lombardie (à Saint-Jean-de-Belleville)…
À la façon de mon rusé concurrent UMP Hervé Gaymard (ou de son suppléant Vincent Rolland), je pourrais me « vanter » d’avoir obtenu ces aides. En tant que président du Conseil général de la Savoie, Gaymard ne se prive jamais de dire, d’écrire, de faire savoir aux élus locaux et aux électeurs qu’il leur « apporte » telle subvention. Le verbe a un sens. Il laisse entendre que le financement sort de la poche du conseiller général, député et ancien ministre.
Bien entendu, il s’agit uniquement de l’argent du contribuable. Cette manière ostentatoire de suggérer au peuple qu’on le régale alors qu’on redistribue ses impôts, me hérisse. J’y vois une variante à peine améliorée du clientélisme bananier.
Je n’oserais jamais raconter à quiconque que, grâce à moi, un maire a pu obtenir l’enveloppe qu’il réclamait pour un projet. Je m’en sentirais plus que gêné : honteux. Et voilà pourquoi je ne serai jamais élu député.
Problèmes un jour, problèmes toujours
1. J’écrivais, le 12 mai, mon indignation contre le festival du quatre-quatre de Val-d’Isère. Un Avallin me corrige sur mon blog : cette manifestation bruyante n’existe plus depuis 2008. Je ne m’en étais pas rendu compte, tant je croyais la station et la grosse cylindrée unies pour la vie. Val-d’Isère cherche, désormais, à « promouvoir son atout nature ». À la bonne heure ! Même en écologie, on a parfois de bonnes surprises !
2. Autre nouvelle positive (deux satisfactions dans la journée, ça cache du grave…) : les gros agriculteurs et la multinationale Monsanto ont saisi le Conseil d’État à propos de la légalité de l’interdiction, en France, des semis de maïs OGM « Mon 810 ». Le Conseil d’État a donné raison au gouvernement Fillon (et donc à son successeur). La mise en terre des semences génétiquement modifiées reste illégale. Au moins jusqu’à l’an prochain.
Ne pêchons quand même pas par une flambée d’optimisme. Statistiquement, à la fin de cette journée, les forêts tropicales auront encore perdu 50 000 hectares.









