1er mars 2010
Certains noteront que je la ramène une fois de plus avec des « je vous l’avais bien dit »… Mais la catastrophe de la Charente-Maritime et de la Vendée, avec la conjonction d’une tempête, d’une grande marée et d’une crue fluviale, je l’ai très précisément évoquée dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, en 2006. J’avais pris l’exemple du golfe du Bengale, parce que là, il n’y aurait pas une cinquantaine de morts, mais plusieurs millions ! Quand j’entends certains responsables affirmer qu’une telle situation était « imprévisible », je réponds qu’elle était totalement prévue ; et que le phénomène se reproduira forcément – en Hollande ou en Angleterre, en Louisiane ou dans le delta du Niger, en Cochinchine ou dans le golfe de La Plata… Et d’autant plus souvent que le réchauffement climatique fera monter le niveau moyen des mers !
Voici le passage…
Voulez-vous que je vous décrive l’une des plus grandes catastrophes de ces prochaines années ? Elle se déroulera dans le golfe du Bengale. Elle fera peut-être cinq millions de morts et des dizaines de millions de réfugiés…
Imaginez une marée de vive-eau, causée par l’attraction de la Lune et du Soleil – lesquels ne sont ni bons ni méchants. Imaginez un typhon de magnitude cinq – un phénomène naturel, lui aussi, mais aggravé par le réchauffement climatique. Imaginez une crue majeure du Gange et du Brahmapoutre – un autre accident de la nature, mais rendu plus dévastateur par la déforestation au Népal et en Inde.
Supposez que les trois phénomènes surviennent en même temps. Qu’ils se conjuguent… Le niveau de l’eau monte de trente ou quarante mètres dans le golfe du Bengale. Une vague phénoménale submerge une partie du Bengladesh. Elle provoque les dégâts du tsunami de 2004, multipliés par vingt.
Si j’écris que cette catastrophe a de sérieuses probabilités de se produire au XXIe siècle, je suis proche de la science.
Je deviens irrationnel, moral, humaniste ou religieux à partir du moment où j’ajoute : « J’espère que je me trompe. »

La vague fatale...

Xynthia...
Publié dans la catégorie catastrophe par Yves Paccalet le 1 mars 2010.
22 février 2010
Pour détendre l’atmosphère de ce blog, tout en répondant à ma façon à Elisabeth Badinter (Le Conflit, la femme et la mère), un peu d’innocence chez les mammifères à poils rares !
Les mains de Marie palpitent comme des papillons roses sur un pré en fleurs. Elles volettent, ondulent et tournoient, selon leur fantaisie. Elles explorent le monde sans savoir qu’elles l’explorent. Innocentes. Mignonnes. Tantôt elles se posent sur la bouche de leur propriétaire, qui s’ouvre et suce un pouce trop vite échappé. Tantôt elles touchent une couette qu’elles agrippent et reperdent. Marie voudrait discipliner ses papillons roses, mais le caprice les emporte. Ses mains dirigent un concerto de lumières et de parfums, écrit pour un bébé.
Marie vient d’avoir un jour. Et une nuit. Elle a paru, hier, sur la scène du monde – émerveillée et effrayée à la fois. Elle s’est extirpée, rose et gluante, de la caverne d’eau tiède où elle avait vécu neuf mois. Ses poumons se sont emplis d’air. Elle a senti la brûlure de la vie et poussé un cri de plaisir et d’effroi mêlés. Quelqu’un l’a posée sur la poitrine maternelle. Elle a reconnu les battements du coeur. Elle s’est imprégnée du parfum. Une autre main – mettons : celle du père – a tranché le cordon ombilical.
Marie est âgée de vingt-quatre heures. On l’a séchée, pomponnée, vêtue de coton tendre. Elle est jolie comme un ange – un duvet blond sur la tête. Elle fronce les sourcils, pince les lèvres et sourit, de ce sourire délicieux des nouveau-nés dont les psychologues affirmaient naguère qu’il n’existait pas avant deux semaines, mais qu’on a, depuis lors, filmé in utero.
Marie se sent soulevée. Elle atterrit en douceur sur la poitrine de sa mère. Elle la sent, aux deux acceptions du verbe. La touche et la hume. Corps sur corps. Amour sur amour. Elle tourne la tête et suit la piste d’une odeur irrésistible. Sa bouche escalade une colline de chair que terminent une aréole grumeleuse et un gros mamelon charnu. Les lèvres de l’enfant hésitent, se tendent, gobent le téton, le lâchent, se hâtent de le reprendre. Les narines frémissent, les joues se creusent, le lait sourd du sein gorgé d’énergie comme la lave tiède d’un cratère de Paradis. Le liquide onctueux et sucré gicle sur la langue. Marie tète. Le lait enchante sa gorge. Ses mains papillons roses s’ouvrent et se ferment avec des spasmes. L’enfant n’a rien d’autre à faire de plus urgent, ni de plus important, que de s’emplir le ventre. Elle incarne le destin des mammifères évolués. Un résumé du mystère de la vie. Lorsqu’elle a bien bu, elle se plante le nez en l’air, sourit aux anges et rote comme on rêve – un grand rot sonore et baveux, par lequel elle proclame son entrée négligeable mais essentielle au royaume des humains.
Elle ne fera pas le “Vingt heures”.

Anouar endormi.
Publié dans la catégorie enfance par Yves Paccalet le 22 février 2010.
14 février 2010
Notre esprit doit être de tolérance, jamais de faiblesse : nous devons proclamer la liberté de conscience, pas celle de coercition. Les fanatiques de toutes les croyances (mais aussi fractions, nations, provinces ou ethnies…) se tiennent prêts. Ils n’avancent pas masqués : les talibans brandissent leur burqa, les salafistes leur niqab. Ceux-ci disent sans détour ce qu’ils feront à toutes les femmes lorsque, par notre lâcheté ou notre démission collective, nous les aurons laissés prendre le pouvoir. Les démocrates qui « excusent » ou « comprennent » le voile intégral, « excusent » ou « comprennent » aussi l’excision : dans un cas, on coupe aux filles leur clitoris, dans l’autre, on leur tranche (socialement) la tête. Avant de les lapider pour adultère, ou sous n’importe quel prétexte. Souvenons-nous de l’Inquisition catholique ou des « sorcières de Salem » brûlées par les protestants : obscurantistes de toutes les religions, vous êtes déjà unis !
J’écrivais ceci dans Le Grand Roman de la vie :
Il arrive que des sociétés religieuses tempèrent leur fanatisme et tolèrent les avancées de la raison. Mais toujours par opportunisme ou par faiblesse passagère : jamais par principe. Lorsque le dogme revient au pouvoir, quand la théocratie se rétablit (qu’elle soit juive, chrétienne, islamique ou – dirait le capitaine Haddock – anacoluthe ou bachi-bouzouk), il n’existe aucun exemple que la société échappe à la tyrannie des idées simples ; ou plutôt simplistes : « Dieu est grand ! », « Allah o Akbar ! » On voit vite triompher l’obscurantisme, l’excommunication des pécheurs, la dénonciation des blasphémateurs, la Sainte Inquisition pour les impies, la lapidation pour la femme infidèle, le pal ou la question pour le mécréant, la décapitation ou le bûcher pour l’apostat.
Je ne suis pas injuste ou moi-même intolérant en écrivant ces phrases : au contraire ! Je me sens l’âme légère, papillonne, atomique, moléculaire ou fouriéresque ; rabelaisienne (propagandiste du « Fays ce que vouldras ! » de l’abbaye de Thélème) ; ou encore voltairienne, avec à la bouche le leitmotiv du Traité sur la tolérance : « Écrasons l’infâme ! »
Écrasons l’infâme !
Durant les affaires Calas, Sirven et de La Barre, Voltaire signait ses lettres en abrégeant la formule : « Écr.L’Inf. » Je contresigne.


Niqab, burqa, Inquisition : trois symboles d'humanité en marche.

Photo de famille ! Souvenir, souvenir...
Publié dans la catégorie religion par Yves Paccalet le 14 février 2010.
1er février 2010
Le film de Jacques Perrin, Océans, vient de sortir. Je suis en phase (??) électorale, mais je me souviens que, pendant deux ans, j’avais contribué aux premiers préparatifs de ce long métrage. (Je me demande si je suis au générique, je ne suis pas encore allé voir l’oeuvre finie.) J’avais alors écrit ce petit texte pour donner une idée du projet…
Je me souviens… Dans l’océan Glacial… Un iceberg, comme un fantôme. Le clapot brille sous les étoiles. Dans le ciel, s’allume une draperie de lumière violet, rose et vert. Le rideau phosphorescent ondule et scintille. Une apparition. La déesse du Nord. En vérité, une aurore boréale… Une tête se matérialise dans l’eau noire ; une autre ; et une autre encore. Une douzaine d’animaux font surface, soufflent et regardent vers le haut. Des dauphins. Des dauphins à flancs blancs… Ils contemplent l’aurore polaire avec (j’en jurerais) la même fascination, le même sens du Beau, le même désir de rêve que moi.
Je me souviens… En mer de Cortez, près du désert de Basse-Californie. Soleil brûlant. Les goélands et des sternes zèbrent l’azur. L’eau se met à bouillir. Une torpille, puis dix, puis cent, puis mille brisent la surface, soulèvent l’écume en fumée blanche, soufflent, ondulent et filent. Des dauphins communs, avec sur les flancs le grand signe en X jaune de leur espèce… Il y en a des milliers, peut-être cent mille, impossible de dire combien. Les princes de la mer se sont donné rendez-vous pour ce ballet du large, dont les spectateurs ordinaires sont les oiseaux, mais qu’un hasard m’offre le bonheur de goûter.
L’océan… Les sept dixièmes de la surface de la Terre. Un volume dont nous ne savons à peu près rien. Des millions d’espèces. Des folies de couleurs, de formes, de modes de vie, de styles de reproduction, de danses d’amour, de scènes de chasse cruelles ou subtiles…
Je me souviens… L’océan Antarctique. Dans la pénombre, sous les moirures de la banquise, au flanc d’un iceberg qui ressemble à un temple de verre et d’argent bleu pâle… Une forme naît dans une grotte de glace : un phoque de Weddell. Un son s’élève à travers l’eau, comme un chant de sirène : le phoque vocalise. Des congénères lui répondent dans les ténèbres. On croirait une musique moderne – du Xénakis ou du Boulez. La symphonie de la mer.
Je me souviens… Non ! Je ne me souviens de rien : je rêve cet épisode. Je ne suis plus humain. Une sirène m’a changé en cachalot. Je sonde. Je pique vers les fonds. Tout devient noir. J’ondule. J’actionne mon sonar pour « voir avec mes oreilles ». Mille mètres : aucun humain ne descendra jamais jusqu’ici en scaphandre. Deux mille mètres : la pression aplatit ma poitrine, mais je suis bien. Je distingue, grâce à mon système d’écholocation, une forme qui ondule sous un auvent, dans une pente abrupte. Un fantôme. Un monstre. Dix tentacules de vingt mètres de longueur, une encre lumineuse et la peau rouge comme un diable de l’Enfer : le calmar géant des abysses n’est pas une invention.
La légende de la mer n’est pas une légende.

Baleine à bosse, golfe du Saint-Laurent, septembre 2008.

Megaptera novaeangliae...

Encore des traînées très, très bizarres !
Entre la dent du Villard et Courchevel : plus que suspect !
Publié dans la catégorie mer par Yves Paccalet le 1 février 2010.
14 janvier 2010
Le malheur, dirait-on, frappe toujours les mêmes miséreux… Le séisme de Port-au-Prince fera peut-être plus de 100 000 morts (et 2 ou 3 millions de réfugiés) : à l’heure où j’écris, nul n’en sait rien. Ce qui, en revanche, ne fait aucun doute, est qu’Haïti ressemble à ce que pourrait devenir toute la Terre. Je le disais dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, où (voici 5 ans) j’écrivais ce texte :
Je me rappelle Hispaniola, cette Grande Antille aujourd’hui partagée entre Haïti et Saint-Domingue.
Christophe Colomb la découvre et s’en éprend. Elle est peuplée d’Indiens Caraïbes et ennoblie de forêts d’émeraude où la nature tire des feux d’artifice d’orchidées, de colibris et de perroquets. Il en reste une enfilade de collines pelées où les enfants des esclaves se partagent la misère, la peur et le vaudou. Haïti et Saint-Domingue composent le navrant résultat de cinq siècles de colonisation. Les Indiens Caraïbes ont été exterminés. Les Africains qu’on a déportés ici pour cultiver la canne à sucre ou la banane, ont accédé à une indépendance vite dévoyée par de sanglants dictateurs.
Les sylves originelles ont été rasées et brûlées. Privé de son ancrage de racines, l’humus a dégouliné vers la mer avec les pluies. La terre fertile a laissé la place à une latérite rouge, dure comme le roc, où rien ne pousse. Dans l’océan, les récifs de coraux ont été asphyxiés par la boue : or, ils constituent la base de la pyramide alimentaire dont dépendent mollusques, crustacés et poissons. L’humus manque au-dessus de la surface et tue au-dessous : double effet de la prolifération, de l’imprévoyance et de la rapacité de notre espèce, pour laquelle il n’est de bon espace que celui qui rapporte – et vite ; et beaucoup…
Je crains qu’Haïti et Saint-Domingue ne nous montrent ce que sera, demain, la planète entière. Nue. Moche. Stérile. Hostile.
Je songe à ce misérable pêcheur, dans sa pirogue mal taillée, au large de Cap-Haïtien. Il relève son filet. Il n’a pris qu’un minuscule poisson. Je lui demande : « Ne devrais-tu pas le remettre à l’eau, afin qu’il grandisse, se multiplie et donne de bonnes pêches à tes enfants ? »
L’homme me répond tristement : « Demain, peut-être. Mais c’est aujourd’hui que je dois rapporter à manger à mes enfants… »

Port-au-Prince, le palais présidentiel en ruines.

Autre photo trouvée sur la toile (pas de références d'auteurs).
Publié dans la catégorie catastrophe par Yves Paccalet le 14 janvier 2010.
8 janvier 2010
Pour continuer dans ce que Richard appelle gentiment mes « amalgames », et répondre à la curiosité de Marie et d’Ossian, voici un petit texte écrit voici déjà quelques années dans Terre sauvage, et repris dans Voyage au pays des fleurs (aux éditions de l’Archipel)…
Je discutais avec une amie végétarienne aux yeux bleuet et aux cheveux de blés mûrs. J’imaginais coquinement la joliesse de ses cuisses entretenues aux carottes. Elle soulignait comme il est affreux d’absorber de la viande. L’animal souffre, disait-elle, et sa mort est un crime. Par conséquent, il faut se nourrir de plantes. Je l’approuvais avec d’autant plus d’enthousiasme qu’elle incarnait un aimable sujet botanique. Je mange moi-même peu de viande, parce qu’un régime équilibré n’en nécessite guère ; parce que les graisses animales sont mauvaises pour le coeur et la forme ; enfin, parce que l’élevage intensif du bétail de boucherie constitue une absurdité écologique, un gaspillage d’eau et d’énergie, et une incitation à l’adjonction d’hormones et d’antibiotiques dans nos assiettes. Sans compter notre remords.
Ma végétarienne aux joues roses formula des arguments plus curieux. Il ne faut pas, énonça-t-elle, dévorer l’animal parce qu’il est « vivant ». Bien entendu, objectai-je, la plante ne vit pas moins que la bête : faucher le blé, cueillir la pomme ou déraciner le navet revient à leur infliger la mort, comme de saigner le poulet, d’égorger le cochon ou d’ôter le poisson de l’eau. Quoi qu’il en soit, ajouta mon amie, même s’ils sont vivants, les végétaux ne sentent rien. Ni la douleur, ni l’angoisse, ni cette terreur absolue qui étreint le mouton à l’abattoir ou le poilu à la guerre de Quatorze.
C’est à ce moment que nos analyses divergèrent. Nombre d’études scientifiques nous fournissent la preuve que, loin d’être inerte ou passif, le végétal perçoit son environnement, éprouve des sensations, endure des douleurs, manifeste des souffrances et les annonce parfois à ses congénères. Il semble subir, lorsqu’on l’agresse, un stress comparable à celui du homard plongé dans l’eau bouillante ou du veau offert au couteau du boucher. Les plantes ont un sens du toucher. Le mimosa pudique ou la sensitive replient leurs folioles au plus léger contact. La drosère, la dionée et les autres carnivores réagissent aux pattes des insectes. La plupart détectent le vent et durcissent leurs tissus pour résister aux tempêtes : dans ce mécanisme, interviennent des gènes qui gèrent le taux de calcium cellulaire et provoquent des réactions au dixième de seconde – aussi rapides que celles des nerfs animaux. Les végétaux ont une forme d’ouïe : des expériences l’ont montré. Ils sont sensibles à la lumière : grâce à des organites appelés « phytochromes », ils voient à leur manière ce que nous voyons, et réagissent même à des longueurs d’ondes qui nous sont interdites. S’il y a trop de soleil, ils sécrètent un mucus épidermique qui vaut nos crèmes bronzantes. Les plantes goûtent le sol avec leurs racines et y repèrent les engrais (les nitrates, les phosphates…) dont elles ont besoin. Elles reconnaissent, je parierais avec plaisir, leurs amis les champignons symbiotiques. A l’inverse, des feuilles de maïs, de betterave ou de coton identifient, dans la salive des chenilles qui les grignotent, une molécule nommée « volicitine », qui les induit à sécréter des terpènes et des indoles qui attirent les guêpes parasites des lépidoptères gloutons. Les tomates attaquées par un phytophage envoient des signes chimiques à leurs semblables : et toutes les tomates du jardin se mettent à synthétiser des substances propres à combattre les parasites, ou (ce qui revient au même) à appeler à la rescousse des ennemis de leurs ennemis. En Afrique, les acacias dévorés par les antilopes ou les girafes produisent des tanins qui rendent leurs feuilles immangeables. Ils lancent par le chemin du vent (sous forme de molécules d’éthylène) l’information aux autres acacias, lesquels augmentent aussitôt leur propre teneur en molécules amères. Si ce n’est pas de la souffrance, un cri de douleur parfumé, et de la solidarité devant une agression, qu’on me le dise !
Mon interlocutrice aux yeux bleuet ne voulut pas me le dire. Elle tenait à ses carottes. J’en fus triste et dolent comme une pomme de terre attaquée par les doryphores. Je me pris à songer aux souffrances de frère blé que j’avais mangé le matin même, en tartine, avec les fruits sucrés de soeur myrtille en compote. Je me retirai dans le pré où je me console en mâchonnant un brin d’herbe. Parfum suret de chlorophylle. Le rituel remonte aux pâtres grecs. Il consiste à s’asseoir dans l’herbe tendre, à cueillir une tige de pâturin ou de dactyle, et à la suçoter les yeux fermés. Mais je pose la question : puis-je ainsi déchiqueter une innocente créature ?

Cirse très épineux, mont Jovet, été 2009.

Bleuets, près du Puy-en-Velay, été 2008.
La campagne pour les élections régionales va commencer. Il y a beaucoup à discuter, à proposer, à faire avancer… Je vous joins le lien avec le site Europe Ecologie Rhône-Alpes :
http://rhone-alpes.regions-europe-ecologie.fr/
A vous d’y dire votre mot, réactif, négatif, positif, mais toujours démocratique !
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 8 janvier 2010.
3 janvier 2010
« Que faire ? » demandait Lénine. Il voulait déclencher la Révolution prolétarienne. Nous désirons accomplir la Révolution écologique. La première a mal fini. La deuxième pourrait connaître le même sort – à supposer que nous réussissions à la lancer…
Nous, Homo sapiens, avons un grave problème : non seulement, comme je l’ai analysé dans « L’Humanité disparaîtra… », parce que nous employons la plupart du temps notre intelligence à conforter nos instincts de domination, de territoire et de reproduction (au lieu de lui faire servir nos pulsions positives, notamment altruiste et esthétique) ; mais aussi parce que, même lorsque nous sommes animés des meilleures intentions, même lorsque nous voulons sauver la planète, nous sommes tragiquement incapables de nous comprendre et de nous supporter les uns les autres.
En écologie comme dans les autres domaines (économie, emploi, éducation…), nous instituons notre hiérarchie personnelle des questions à résoudre, et nous la proclamons à la face de la Terre en refusant même d’entendre la hiérarchie d’autrui. En la matière, les récents emportements d’Hifi m’ont beaucoup amusé : il est obsédé par les canons à neige et le trophée Andros. Qui sont objectivement des problèmes mineurs. Mais il n’est pas le seul à tenir le langage du : « et pourquoi ne commençons-nous pas par…? »
A la vérité, nous agissons tous de la même façon. Pourquoi ? Parce que les priorités ne sont pas identiques pour chacun d’entre nous (elles dépendent de notre histoire personnelle, de nos désirs immédiats et de nos fantasmes particuliers) ; et que, de surcroît, elles changent avec le temps. Quand j’ai « commencé l’écologie », pour parler bref, les priorités étaient le DDT et les pesticides (dénoncés par Rachel Carlson dans « Le Printemps silencieux ») ; puis sont venues la pollution de l’air des villes (le smog, etc.) ; les marées noires (Torrey Canyon, Amoco Cadiz et autres) ; les pollutions chimiques industrielles (Minamata, Bhopal, Seveso…) ; les catastrophes nucléaires (Three Mile Island, Tchernobyl…) ; les craintes épidémiques (grippes, SRAS, virus en tous genres) ; les ressources en eau potable; la question des OGM ; la destruction générale de la biodiversité ; la panique climatique ; etc. D’autres pointent le nez, comme les nanotechnologies…
Le problème est double : ces menaces ne sont pas aussi graves les unes que les autres ; mais toutes le sont dans leur genre. Par-dessus tout, ces dangers ne s’additionnent pas. Ils multiplient leurs effets…
Le seul moyen, pour établir la bonne (ou la moins mauvaise) hiérarchie des risques, comme pour étudier leur processus de renforcement mutuel, consiste à recourir à une discipline intellectuelle qui s’appelle la science. Seule, cette dernière a le pouvoir de nous rapprocher du réel. Seule, elle nous aide à tenir le bon discours. Le bon logos… Nous devons proclamer bien haut que l’écologie est d’abord une science. Et qu’elle doit le rester.
Mais nous devons passer aux actes. Et c’est là que nous retombons sur notre incapacité primaire à utiliser notre raison… C’est là que nous recommençons à céder à nos pulsions – en général, au nom même d’une logique en apparence imparable.
Comment bâtir un discours commun, basé sur la science, mais qui slalome entre nos désirs, nos instincts et nos fantasmes, y compris les plus indignes ou les plus criminels ? Comment construire cette société vivable, pacifique et même heureuse que nous appelons de nos voeux ?
La méthode que je qualifie de « José Bové » est intéressante. Elle consiste à déclarer que telle question est tellement importante qu’elle relève de la « conscience », et qu’elle doit être traitée par n’importe quel moyen. Fût-ce par la violence… Puisque les OGM nous menacent, allons faucher les champs Monsanto. Ou démonter les canons à neige (ô Hifi !). Ou faire sauter les chantiers nucléaires. Etc. José Bové a gagné une bataille ; mais il est à présent député européen ; en tant que tel, il fait la loi européenne. Quelle sera sa réaction le jour où, au nom de leur « conscience », un individu ou un groupe d’individus transgresseront la loi qu’il a votée ?
L’autre méthode s’appelle la démocratie. Discuter, négocier, équilibrer les avantages et les inconvénients pour les uns et les autres, tenter de fabriquer de bric et de broc un monde moins agressif et plus partageux.
Difficile, lent. Et risqué : car celui qui discute est, dans la minute qui suit le commencement du dialogue (et même avant la première parole échangée !), accusé par divers matamores sûr d’eux-mêmes et opposés à toute « compromission », de trahir la cause et de vendre son âme.
J’ai toujours milité à la base, j’ai été trois fois élu dans un Conseil municipal, je me présente à ces élections régionales non pas pour faire « triompher » mon point de vue omniscient, non pas pour « vaincre » qui que ce soit, mais pour instiller un peu de sagesse dans un monde de brutes. C’est une ambition modeste, je sais.
Mais qui ne m’empêche pas de proclamer mes utopies dans mes livres.
Tel est mon choix.

Neige à la Saint-Sylvestre 2009-2010, Tincave...
« L’expérience est une lanterne qu’on porte dans le dos, et qui n’éclaire que le chemin déjà parcouru. »
Confucius.

Dauphins communs, Delphinus delphis, Açores.
Ces dauphins des Açores, juste pour être raccord avec les derniers commentaires…
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 3 janvier 2010.
21 décembre 2009
Non seulement le Père Noël est impossible, mais il nuit aux enfants… L’an passé à la même époque, je reprenais la démonstration selon laquelle, compte tenu de la masse totale des cadeaux de sa hotte et de la vitesse à laquelle il doit les distribuer à tous les enfants du monde, il entre dans des équations relativistes qui le tranforment en chaleur et en lumière avant même d’avoir quitté la Laponie. Je comparais alors le Père Noël à l’illusion de cette « croissance » économique indéfinie que les possédants font miroiter à tous les gamins crédules de la planète.
Voilà que ça s’aggrave, pour le barbu à capuchon rouge… Diverses associations de protection de la santé infantile l’accusent d’être un mauvais modèle : non seulement son empreinte carbone est déplorable (le Père Noël de Copenhague a calé là-dessus), mais ce poussah un peu pervers porte des vêtements qui sont des nids à microbes. Il est en surcharge pondérale, nourri moins d’huîtres et de foie gras que de hamburgers-frites-cola- chocolat-bonbons…
Je propose à l’ONU qu’on abolisse l’idée même du Père Noël, et qu’on prohibe ses représentations marchandes jusqu’à ce que tous les Etats de la Terre aient signé un protocole de division par deux de nos émissions de gaz à effet de serre en 2050. Autant dire que, nonobstant mes raisonnements susdits, je crois au Père Noël !
Hormis Papy Rougeaud, il y a la neige en hiver (stupeur de l’usager…). Et ces élections régionales dans lesquelles je me suis engagé par hasard, mais avec plaisir et passion. Elles me prendront du temps et de l’énergie, ce qui ne me fait pas oublier que j’ai quatre ou cinq livres en chantier. Je lis et je goûte toutes les contributions à ce blogue, merci à tous ! Le temps me manque pour répondre aussi souvent que je le désirerais.

Pères Noëls 100 pour 100 écolos, Tincave, hier.
Publié dans la catégorie consommation par Yves Paccalet le 21 décembre 2009.
10 décembre 2009
En attendant la deuxième neige, ces images de la première ; et cet extrait de Quatre saisons en France (aux éditions Glénat).
« C’est l’hiver, les arbres sont en bois », note Jules Renard dans son Journal. Impossible de résumer les temps de froidure avec davantage de poésie, de justesse botanique et d’humour… L’hiver a quelque chose de triste et beau ; avec cet espoir inhérent au solstice de décembre, selon lequel les jours ne pourront que grandir. Les Canadiens prennent la chose en souriant : « Chez nous, affirment-ils, il n’y a que deux saisons : l’hiver et le mois de juillet. » On peut, comme le chanteur québécois Gilles Vignault, faire de la neige une fierté nationale : « Mon jardin, ce n’est pas un jardin : c’est la plaine. Mon chemin, ce n’est pas un chemin : c’est la neige. Mon pays, ce n’est pas un pays : c’est l’hiver… » Quelle que soit l’idée qu’on s’en forme, la « mauvaise » saison est une belle saison. Les arbres le savent : ils ne perdent leurs feuilles que pour mieux préparer de nouveaux bourgeons. Comme dirait le tao, sans le froid, le chaud n’existe pas ; sans l’hiver, le rêve de printemps n’a pas de place.

Première neige, par la fenêtre de mon bureau.

Première neige sur les fruits du sorbier des oiseleurs.
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 10 décembre 2009.
26 novembre 2009
Autre chose (oh ! oui, oh ! oui…) que l’égoïsme destructeur des Homo sapiens : les inventions de la nature.
Les 7 et 8 décembre, sur Arte, il y aura de quoi s’en mettre plein les yeux (et de quoi s’interroger sur les ahurissants mécanismes de l’évolution), grâce aux images de Quincy Russell, en regardant les deux films que nous avons tournés dans la forêt amazonienne de l’Equateur. Sujet : les insectes membracides. De petits cousins éloignés des cigales. Quelques millimètres de monstruosité pure ! Le livre (auquel fait allusion Anne-Marie dans les commentaires du précédent billet) est paru chez Arte/Jean di Sciullo. Je vous copie-colle ci-dessous un paragraphe du texte que j’y ai commis.
Les bestioles que nous sommes venus étudier dans cette jungle appartiennent à une famille d’insectes qu’on appelle les « membracides ». C’est grâce au docteur Stuart McKamey, du Muséum d’Histoire naturelle de Washington, que j’observe, sur un buisson, près du réfectoire de l’Estacion de Biodiversidad, mes premiers sujets amazoniens de la famille : des colonies de larves. On jurerait de petits fruits bizarres, épineux, attachés aux branches sur lesquelles trottent aussi de grosses fourmis rousses. Stuart McKamey m’explique qu’il s’agit de « nymphes » (les Anglo-Saxons emploient ce mot pour « larves ») d’une espèce du genre Umbonia. Probablement Umbonia crassicornis (« à corne épaisse »). Longues d’un demi-centimètre, et colorées de noir, blanc et rouge… Des adultes les accompagnent, plus vivement barbouillés de vert, d’orange et d’écarlate… Les deux âges exhibent, sur le dos, une forte épine aux nuances de chlorophylle, rehaussée de lignes vermillon. Cet organe étrange, hypertrophié, fait l’originalité des membracides. Sa structure et son rôle interpellent le scientifique comme le philosophe. Quelle est sa fonction ? Son utilité dans l’évolution ? Est-ce une simple décoration ou une pièce vitale ? Le fruit du hasard ou de la nécessité ?

Membracide demi-diable, Centrotus cornutus,
photo Patrice le Tourangeau.

Publié dans la catégorie insectes par Yves Paccalet le 26 novembre 2009.
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