Gaz de schiste : l’énergie bête et puante…

9 juin 2013

Les anti-gaz de schiste font la trogne : il y a, à nouveau, du gaz dans l’eau… Certes, la France a interdit, en 2011, l’exploitation de cette ressource par la méthode de la fracturation hydraulique. Certes, l’automne dernier, François Hollande en personne s’est opposé à ce type d’extraction. Mais voilà que ça tangue. Il suffit d’écouter le discours dominant dans les médias. Et de lire le récent « Rapport d’étape » concocté par l’Office parlementaire d’Évaluation des Choix scientifiques et techniques (OPECST).

Les gaz de schiste refont surface. Au sens propre (si l’on ose l’adjectif) aux États-Unis : ils fusent dans des milliers de tuyaux et de têtes de puits, entre Pennsylvanie, Texas et Dakota. Ils refont surface également, au sens (pour l’instant) figuré, en Europe et singulièrement en France… Les industriels en veulent, et vite ! Question de compétitivité… Les financiers les réclament et, derrière eux, des escadrons d’économistes et de journalistes obnubilés par la « relance » et le « magnifique impact » potentiel de ces produits sur notre « croissance », dont chacun sait qu’« elle n’est pas au rendez-vous ». Les descriptions de ces thuriféraires nous offrent la perspective d’un « Eldorado français ». Les gaz de schiste feraient de nous un autre Qatar, au point que nous pourrions racheter le Paris Saint-Germain !

Laissons le PSG et tâchons de réfléchir : les deux à la fois sont contradictoires. Il est avéré que l’humanité aura de moins en moins de combustibles fossiles à brûler. Charbons et hydrocarbures existent en quantité limitée dans la croûte terrestre, puisqu’ils y ont été formés par la décomposition bactérienne de cadavres d’animaux ou de plantes, durant des centaines de millions d’années. Quand y en aura plus, y en aura plus, dit la sagesse populaire ; laquelle ajoute que moins y en a, plus ça coûte ! L’autre problème, plus préoccupant encore, est que la combustion de ces matériaux engendre du gaz carbonique, c’est-à-dire un puissant effet de serre. Si nous continuons sur notre lancée, un chaos climatique effroyable se profile en l’an 2100, c’est-à-dire dans pas longtemps.

Le pétrole s’épuise : on n’en a découvert aucun gisement majeur depuis plus d’un demi-siècle. On peut, certes, en extraire davantage des poches connues, en améliorant les techniques d’extraction ; mais ça n’ira pas loin. Le gaz naturel est à peine plus abondant. Le charbon existe en masse, mais c’est le plus polluant de la lignée : au gaz carbonique, il ajoute le soufre, les poussières et les particules fines.

Certains prévisionnistes fondent leurs espoirs sur la récupération massive d’hydrocarbures appelés « non conventionnels ». Très lourds, très visqueux, très impurs, et encore plus polluants ! On a commencé de « mettre en valeur » les naphtes du Venezuela ; les sables asphaltiques du Canada, notamment de l’Alberta ; les schistes bitumineux du Colorado, du Wyoming ou de l’Utah… Mais qui contemple, en Alberta, le désastre que constituent ces exploitations pour la forêt, les rivières et les populations locales, comprend que l’avenir est ailleurs…

Les plus récents espoirs reposent sur les gaz et huiles de schiste. Il existe, sous forme de bulles ou de gouttelettes, de gros tonnages de ces composés fossiles, emprisonnés dans des couches de roches sédimentaires, à 2 000 ou 3 000 mètres sous la surface du sol. Principalement dans des strates de schiste, d’où le nom… Pour récupérer ces « trésors », on utilise la méthode dite de « fracturation hydraulique », qui consiste à forer  à la verticale, puis à l’horizontale jusque dans la couche fertile. On ne récupère les bulles ou les gouttelettes précieuses qu’en fissurant la roche-mère. En la fracturant, puis en y injectant d’énormes quantités d’eau chaude, à laquelle il est indispensable d’incorporer du sable (pour éviter les bouchons), des antibiotiques (contre les proliférations de bactéries), des lubrifiants (pour accélérer le transit), sans oublier des détergents aussi agressifs que le Destop ou le Karsher…

Cette façon de procéder est lourde de nuisances. Elle menace de polluer pour des siècles nos nappes phréatiques, c’est-à-dire nos puits et nos sources d’eau potable… Nul n’a oublié la séquence du film Gasland, où l’eau d’un robinet de cuisine s’enflamme, tant elle est gorgée d’hydrocarbures…

En France, nul ne sait encore s’il existe vraiment des gaz de schiste dans le sous-sol. On en soupçonne en Île-de-France, en Lorraine, en Normandie, en Franche-Comté, en Rhône-Alpes, en Aquitaine, en Languedoc… On entend dire et répéter qu’avec la Pologne, notre pays pourrait en devenir un producteur majeur. Le rêve du jackpot annihile la capacité de raisonnement des responsables comme du citoyen de base. Suivez mon regard : le pognon, les pépettes, le fric, la thune…

Nous sommes à deux doigts de puiser dans cette ressource. Pourquoi les Américains le feraient-ils, et pas nous ? Pourquoi nous priver de cette cagnotte ? Les industriels et les économistes mettent la pression sur une opinion publique déjà largement prête à sacrifier la pureté de son eau douce sur l’autel de son pouvoir d’achat.

La machine à mensonges est en route, et peu d’esprits cherchent à dénoncer son discours. Afin de contourner l’interdiction de la fracturation hydraulique, les « spécialistes » nous font croire que nous disposerons demain de méthodes d’exploitation « moins agressives » et « plus écologiques ». Ils ont déjà habillé ces techniques de noms aussi ronflants que rassurants : « stimulation hydraulique », « exploration géologique avancée », « orage sismique contrôlé », etc. Ce sont là les oripeaux publicitaires d’un crime contre la Terre et l’eau ! Car le réel est têtu : la seule technique efficace pour récupérer des gaz ou des gouttelettes à grande profondeur consistera toujours à briser menu la roche mère, afin en aspirer le « souffle » ou le « jus ». Il n’existe pas de plan B.

Lorsqu’il était Premier ministre, François Fillon avait fourché de la glotte et parlé du « gaz de shit ». Ce n’était pas un lapsus en franglais, mais l’énonciation d’une vérité : les gaz de schiste sont des gaz de merde dont tout le monde pourra demain renifler le parfum.

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Climats en folie : 400, le nombre porte-malheur

http://elus-rhonealpes.eelv.fr/2013/05/31/yves-paccalet-les-energies-fossiles-sont-une-forme-de-suicide-collectif/

25 mai 2013

(Un texte que j’ai donné au Plus Nouvel Observateur. Il n’a été lu, sur ce site, que par un peu plus de 700 personnes, et recommandé par 20. Le précédent – sur les requins de la Réunion – a eu plus de 45 500 lecteurs et a été recommandé 8 000 fois. Preuve que les questions globales sur l’avenir de l’humanité intéressent moins que les histoires de squales. Ou qu’elles sont plus effrayantes…) 

400… Quatre cents… L’humanité n’aurait jamais dû dépasser ce nombre. Elle l’a fait. Elle vient de franchir l’obstacle symbolique derrière lequel il y a un précipice. Elle n’a pas voulu écouter les sages. Elle a refusé de prendre les bonnes décisions au bon moment. Elle s’en mordra les doigts. Ou, plutôt, la nature, la Terre, la biosphère lui feront payer son audace au prix fort… Peut-être à celui de sa disparition !

400, oui… Mais 400 quoi ? 400 ppm, c’est-à-dire 400 parties par million de gaz carbonique dans l’atmosphère. 400 molécules de CO2 par million de molécules dans l’air… Les capteurs de l’observatoire américain du Mauna Loa, à Hawaii, viennent (la semaine dernière) d’indiquer que la barre est dépassée.

On mesure la concentration de l’air en CO2 de façon ininterrompue depuis 1957 et le lancement de l’Année Géophysique Internationale. En 1960, le chiffre était de 360 ppm. Les spécialistes estiment qu’avant la Révolution industrielle, au XVIIIe siècle, on culminait à 280. En 2013, on a battu les 400. Loin de se ralentir, le rythme s’accélère. La croissance de la concentration de CO2 dans l’air s’élevait à 0,7 ppm par an au début des années 1960. Elle a été de 2,1 ppm tous les douze mois lors de la dernière décennie. Selon les chercheurs du Global Carbon Project, nos émissions de CO2 ont atteint 34,7 milliards de tonnes en 2011, en hausse de 3 % par rapport à 2010… et de 54 % par rapport à 1990 !

Le dioxyde de carbone est un puissant gaz à effet de serre : en piégeant les rayons infrarouges, donc les calories, il réchauffe l’atmosphère, comme le font aussi le méthane, l’ammoniac, la vapeur d’eau et d’autres composés. La température moyenne de la planète a déjà monté d’environ 0,8 degré Celsius depuis le début de la Révolution industrielle. Les recommandations des spécialistes, dites, répétées, serinées lors de la Conférence des Nations unies de Copenhague, en 2009, étaient que nous ne devons à aucun prix dépasser une hausse de 2 degrés en 2050. Et que, pour obtenir ce résultat, nous nous trouvons dans l’obligation de diviser par deux nos émissions par rapport à ce qu’elles étaient au début des années 1990.

Le fait est qu’en ce moment, nous ne divisons pas par deux nos pollutions : nous les multiplions par le même chiffre. Nous allons quatre fois trop vite pour que notre vieille Terre nous supporte longtemps. La Conférence de Copenhague a fait un flop, tout le monde n’y a défendu que ses intérêts égoïstes, puis les médias sont passés à autre chose. Non seulement nous (l’ensemble des humains) brûlons de plus en plus de charbon ; non seulement nous continuons d’incendier les forêts tropicales et de griller le pétrole et le gaz naturel disponibles, mais nous tenons pour une bonne nouvelle le fait que nous augmentons nos réserves mobilisables grâce aux pétroles lourds et aux bitumes de l’Alberta ou du Venezuela, et grâce aux gaz et huiles de schistes, dans l’exploitation desquels les États-Unis se sont lancés à corps perdu.

Que se passera-t-il si nous continuons d’émettre toujours plus de gaz à effet de serre ? Nous dépasserons les 2 degrés de réchauffement en 2050, et nous atteindrons les 4 à 6 en 2100. Dès lors, nul ne maîtrisera plus rien. Le phénomène s’est déjà produit, de façon cataclysmique, à la fin de l’ère Primaire, il y a 250 millions d’années. L’homme n’était pour rien dans ce coup-là : il n’était même pas en projet. De gigantesques volcans se sont éveillés en Sibérie, en vomissant des nappes de lave (des « trapps ») plus vastes que la France. Ces cratères ont craché dans l’air des quantités phénoménales de gaz carbonique. La température de la planète a augmenté d’environ 4 degrés. C’est alors que s’est produit un rebond terrifiant : les glaces polaires ayant fondu, les océans ont absorbé davantage de chaleur. Les organismes du plancton sont morts à cause de l’acidification des mers : or, ce sont les principaux « puits de carbone » de la Terre. Par ailleurs, de gigantesques quantités de méthane, jusque-là fixées au fond des mers et dans le sol gelé des contrées arctiques, ont été rendues à l’atmosphère : or, le méthane est 23 fois plus « efficace » que le CO2 comme gaz à effet de serre…

Résultat numéro 1 : la température de la planète s’est élevée de plus de 10 degrés. Résultat numéro 2 : plus de 90 % des espèces végétales et animales ont été anéanties… La plus grande extinction de masse de l’histoire du globe a été provoquée par un réchauffement climatique initial de 4 degrés, suivi d’un rebond implacable à plus de 10.

Nous commençons à entrevoir que la fin de l’ère Primaire ressemble à l’avenir que nous réservons à la Terre et à nos enfants. Marcherons-nous résolument vers de tels désastres ? Chercherons-nous à les éviter ? Lorsque les États et les citoyens doivent décider, on aimerait qu’ils écoutent les scientifiques, surtout ceux du GIEC (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les plus posés, les seuls vrais spécialistes… Ce n’est pas du tout le cas.

Les débats publics sur le climat sont biaisés. Ceux qui ont un intérêt quelconque à ne rien faire, voire à brûler davantage encore de carburants fossiles, se mobilisent pour déprécier le travail des scientifiques. Ils ont l’argent, ils paient, ils font du lobbying auprès des gouvernements ou de l’ONU. Ils sèment le doute dans les esprits. Ils entretiennent l’idée qu’il n’y a nulle urgence ; que les prémices des savants sont douteuses et leurs conclusions plus incertaines encore. Ils font donner des hérauts du « dormez, braves gens ! », qui s’intitulent « climatologues » ou « météorologues ». Les consommateurs que nous sommes adorent entendre dire qu’ils pourront perpétuellement se gaver sans en payer le prix. Dès lors, pour les grands groupes financiers, industriels ou politiques, la partie est gagnée.

Je voudrais insister sur deux points d’expérience, afin d’aider les climatologues dans leur combat. Amis scientifiques, ne vous laissez pas piéger !

1. La communauté scientifique s’est rapidement retrouvée en état de consensus sur le réchauffement climatique et sur la responsabilité humaine dans ce processus. Mais le public ignore cette quasi-unanimité. Les médias détestent l’accord entre les points de vue. Seule la confrontation fait grimper l’audimat. Un « pour », un « contre »… On trouve sans peine le « contre ». Il s’agit parfois d’un scientifique, comme Claude Allègre, mais dans un domaine autre que la climatologie (Allègre est géochimiste). Le plus souvent, on entend pérorer un personnage consternant d’ignorance ou de lieux communs ; par exemple le journaliste météo Laurent Cabrol ou l’ancien président de l’Automobile Club de France, Christian Gérondeau (la « grande référence » de Bruno Gollnisch et du Front national en matière de négationnisme climatique). Ces individus sans connaissances, mais non sans arrogance, adoptent la position socratique, ici bien pratique, de celui qui doute. Face à eux, le scientifique se retrouve dans la position du pauvre type qui ne représente qu’une « opinion » égale à une autre. Il y a le « pour », il y a le « contre » : pour le public, les deux se valent, c’est du 50-50. La logique du spectacle a vaincu celle de la raison.

2. Même lorsque le scientifique est interrogé seul dans les médias, il a un réflexe dévastateur : il commence par décrire en détail les conditions de l’expérience qu’il a menée et les limites de celle-ci ; de sorte qu’il a ipso facto l’air d’hésiter. Quand il tente de conclure, il est en général trop tard, l’émission ou l’interview sont finies : il n’a énoncé que des précautions oratoires. Au contraire, les « anti » y vont franco, en empilant les assertions dénuées de fondement, mais expédiées sur le ton de la certitude.   Amis savants, affirmez votre unanimité et allez droit au but ! Rappelez-vous qu’au Journal télévisé (si l’on vous y invite), vous avez, au mieux, une minute trente pour résumer votre dernière conférence d’une heure et demie… Laissez tomber les précautions oratoires et filez immédiatement à la conclusion !

Par bonheur, si j’ose dire, les faits sont têtus et les catastrophes climatiques (ouragans furieux, folles tempêtes, tornades, sécheresses, inondations, fonte des glaciers, rétrécissement de la banquise, remontées de sel, élévation du niveau des mers, avancée des déserts, etc.) s’enchaînent assez vite pour que la réalité donne raison à la science. Devons-nous toujours attendre les coups de pied au cul de mère nature pour réagir en Homo sapiens ?

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Requin tueur, surfeur tué : le requin n’y est pour rien !

10 mai 2013

Encore un « accident de requin » à la Réunion. Un surfeur est attaqué. Le squale le mord à la cuisse et au bras. Hémorragies fatales… Je m’associe au deuil de la famille. J’aimerais que ce drame ne se soit jamais produit. Mais quand des « responsables » de clubs de surf ou des « responsables » politiques tiennent des discours irresponsables, je m’insurge. Lorsque j’entends des appels du style : « Il faut réguler les populations de squales », je comprends trop bien qu’ils signifient : « Massacrons ces sales bêtes ! » Je me remémore mes plongées avec l’équipe du commandant Couteau, et nos émerveillements quand nous côtoyions les requins. Nous tenions ces poissons pour certaines des plus belles créatures de la mer. Pour des modèles de perfection animale dans l’élément liquide…

À la Réunion, d’après ce qu’en ont rapporté les médias, le surfeur a fait preuve d’une inconscience fatale. L’eau était trouble : dans de telles conditions, qu’on désire surfer ou nager, la plus élémentaire prudence commande de s’abstenir. On doit, de même, redoubler de précautions à l’aube ou au crépuscule, quand la lumière est faible. Au reste, selon ce que j’en ai lu, les drapeaux d’avertissement « Requins ! » étaient hissés sur la plage. Le surfeur les a négligés. Il a agi en touriste, en vacancier préoccupé de consommer le service qu’il avait acheté. Il avait loué une planche de surf, il surferait donc…

Nous avons plongé des centaines de fois avec des requins de toutes tailles, lorsque nous naviguions autour du monde, sur la Calypso. Nous nous sommes fait une idée assez précise des raisons pour lesquelles il arrive que les squales s’en prennent aux humains.

Primo, les requins attaquent rarement notre espèce : en moyenne, chaque année au long du XXe siècle, ils ont mordu environ cent humains et causé cinq morts. Dans la même période de douze mois, les humains pêchent, c’est-à-dire tuent, quelque cent millions de requins de toutes dimensions (je rappelle qu’il en existe plus de quatre cents espèces, dont la moitié mesurent moins d’un mètre de longueur). Si quelqu’un est dangereux pour l’autre, c’est l’homme pour le requin, et non pas le requin pour l’homme.

Secundo, la plupart des grands squales, les inoffensifs requin-baleine et requin-pèlerin, comme les grands carnassiers surarmés (requin blanc, requin-tigre, requin-bouledogue, longimane, peau-bleue, requin citron, grand requin-marteau, etc.), sont en voie de disparition. Leurs effectifs s’effondrent. Ces animaux superbes sont massacrés pour leurs ailerons (qui finissent dans le triste et insipide « potage » oriental). Ils souffrent de la surpêche humaine (qui les réduit à la famine), de nos pollutions et du réchauffement superficiel de l’océan. La survie de toutes les grandes espèces de squales est aussi problématique que celle du tigre, des éléphants, des rhinocéros, du jaguar ou de l’ours polaire.

Les requins n’attaquent pas l’homme pour le manger : ils n’aiment pas notre chair, ils préfèrent le poisson. Ils ne confondent pas non plus le surfeur et sa planche avec une tortue marine : la précision prodigieuse de leurs organes des sens annule cette hypothèse. Les morsures que peuvent nous infliger le requin-bouledogue (impliqué dans le drame de la Réunion) ou ses cousins, relèvent de la défense du territoire. Le squale mord pour protéger son espace vital, qu’il estime violé et reviolé par le nageur ou le surfeur. Le poisson avertit plusieurs fois l’étranger. En plongée, son comportement de menace est clair. En surface, le surfeur ou le nageur ne voient rien : et le prédateur finit par donner le coup de dents fatal…

C’est ici que se pose la question essentielle : au nom de leur « liberté » de surfer – de leur « droit » aux plaisirs de la nature et aux vacances « émotion » –, les touristes oublient que la mer ne leur appartient pas ; que les squales y barbotaient quatre cent millions d’années avant les congés payés ; et qu’en allant chevaucher les vagues dans toutes les conditions, ces intrépides ou ces inconscients se conduisent comme s’ils sautaient à pieds joints dans la cage d’un pitbull et s’étonnaient d’être mordus…

Notre addiction à la consommation effrénée de loisirs est stupide. Elle nous accable de blessures et de deuils. Imagine-t-on, dans un parc naturel africain, un homme ou une femme qui s’en iraient faire leur jogging en pleine savane, à la tombée de la nuit ou par temps de brouillard, au royaume des lions et des léopards ? Ce qu’a osé le pauvre surfeur à la Réunion, l’autre jour, et dont sa vie a constitué le prix, c’est exactement cela. Il aurait pu, tout aussi bien, aller piquer une tête dans une mare à crocodiles, s’aventurer en apnée dans un troupeau d’hippopotames, ou sortir prendre l’air sur la banquise en compagnie ours blancs. Qu’auraient exigé les autorités « responsables » dans de tels cas ? Qu’on élimine tous les lions, toutes les panthères, tous les crocodiles, tous les hippopotames et tous les ours ? Et les serpents, et les araignées, et les moustiques ?

Je m’associe au chagrin de la famille du surfeur tué par un requin à la Réunion, mais j’en conjure mes semblables : si nous voulons jouir de la grande nature, respectons-là ! Ne la considérons pas comme un terrain de jeu ! Apprenons à la connaître et écoutons ceux qui savent ! Cette année, dans les Alpes françaises, près d’une trentaine de skieurs hors piste sont morts, emportés par des avalanches. Dans la plupart des cas, le risque était connu, annoncé, seriné par les médias ; et les drapeaux d’alerte déployés. Les malheureux y sont allés quand même, pour le « fun », parce qu’ils avaient payé leur moniteur, parce qu’ils imaginaient être assez forts ou assez veinards pour s’en sortir.

Le requin et l’avalanche se ressemblent : ils sont l’image sublime et terrifiante de la puissance de cette nature dont nous avons besoin, mais qui peut aussi nous anéantir. La différence entre les deux tient dans le fait que, lorsque quelqu’un meurt sous la neige et les rochers, personne n’ose demander la « régulation » du nombre de coulées dans la montagne.

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Je n’aime pas Mélenchon !

25 avril 2013, 22 heures 58

Je viens d’envoyer ce mot à mes amis d’Europe-Ecologie-les-Verts. Comme je le promets, je recopie ce texte sur mon blog.

Bonsoir à tous !
Je regarde Jean-Luc Mélenchon sur France 2, dans l’émission « Des paroles et des actes » de David Pujadas. Mélenchon n’écoute personne, parle tout le temps, engueule tout le monde, injurie les journalistes et ne cesse de couper la parole à ses interlocuteurs en se plaignant qu’on « ne le laisse pas s’exprimer ». Jacques Attali a raison de lui renvoyer que, s’il appliquait son programme politique et budgétaire, il ferait de la France une autre Corée du Nord.
Mélenchon pue la haine et n’a pas le moindre humour – il ne sait rire que des autres, jamais de lui-même. S’il gouvernait, il deviendrait un Staline, plutôt que le Robespierre dont il se réclame à tout bout de champ. Il me fout la trouille, et Dieu sait que je me laisse rarement impressionner. Je pense, d’ailleurs, que je figurerais vite parmi les « ordures » de son « coup de balai ». J’espère que mes amis d’EELV ne se laisseront pas subjuguer par ce démagogue irrespirable et dangereux. Jean-Luc Mélenchon est fondamentalement intolérant, brutal, injuste et injurieux. Je me refuse à toute forme d’alliance avec un si méchant homme.
Il faut bien que quelqu’un, parmi les écolos, tienne ce langage, à un moment ou à un autre. Si personne d’autre que moi ne le tenait dans nos rangs, je suis au regret de conclure que c’est moi qui prendrais la tangente.
Je mets cette réaction sur mon blog, et ceux qui en sont d’accord me feront beaucoup d’honneur en la propageant sur leurs réseaux.
Amitiés écologistes,
Yves Paccalet

26 avril 2013

Hélène, une amie d’EELV, m’interpelle sur ce billet, avec plusieurs arguments, dont celui-ci :

5) Yves, c’est pas Mélenchon qui me fout la trouille, c’est Marine. L’ennemi est là, ne l’oublions jamais.

Je lui réponds ça :

Bonsoir, Hélène,
Tu poses le vrai problème dans ton dernier point (5). Car le langage et le programme de Mélenchon et de Le Pen se ressemblent à un point qui devient hallucinant. Et inquiétant… Je ne suis pas le seul à le relever : on a souvent l’impression d’un copié-collé !
Sur le ton : agressivité, incapacité d’écouter l’autre, absence totale d’humour, méchanceté élevée au rang de figure rhétorique, mépris pour les plus faibles (nonobstant la posture de celui ou de celle qui dit les défendre).
Sur les cibles : les journalistes (« presse aux ordres »), les élites (Le Pen dit « l’établissement »), les élus (sauf eux deux !), la finance internationale, l’euro, l’Europe, les écologistes (oui, Mélenchon aussi : un productiviste de son acabit verdit son discours, mais ne convainc personne)…
Sur les « solutions » : sortir de l’euro ou de l’Europe, rétablir le protectionnisme, redevenir nationaliste, « tout prendre » à telle ou telle catégorie socio-économique (en partie, ce ne sont pas les mêmes ; mais en partie seulement), etc.
Sur les excès de langage : le « coup de balai », « qu’ils s’en aillent tous », « tous pourris »…
Voilà ce qui me fait le plus peur, avec Mélenchon : son populisme, sa démagogie, alliés à un égo ultra-dilaté, à une arrogance insupportable, et avec pour programme aux trois quarts le même que celui de Marine.
Libre aux écolos de s’allier avec ce type, de le soutenir, de l’encenser, de le chérir comme le nouveau Robespierre (il me fait davantage penser à Fouquier-Tinville), mais alors sans moi.
Amitiés, Yves

 

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La « manif pour tous », ou la charia façon catholique…

22 avril 2013

Au Caire ou à Tunis, des manifs organisées par les Frères musulmans conspuent l’abomination du « matérialisme athée » cher aux révolutionnaires du Printemps arabe. La foule fanatisée réclame la mort de ces « renégats » soumis aux « croisés ». Amenés en autocar et « chauffés » par des prédicateurs, les embrigadés se répandent en cris de haine contre les « ennemis d’Allah », lesquels méritent qu’on leur applique la charia sous son apparence la plus pure : le voile intégral pour les femmes, l’analphabétisme pour les fillettes, la main coupée pour les voleurs, la lapidation pour les adultères, le fouet pour les pécheurs et la tête tranchée pour les apostats.

À Paris et dans d’autres villes de France, on voit passer des manifs dites « pour tous », c’est-à-dire opposées au « mariage pour tous ». Lors de ces défilés, se rassemblent x personnes selon la police et 2x selon les organisateurs. (Hier dimanche, avec un écart de 45 000 à 270 000, on a atteint le facteur six ; où sont les menteurs ?) De bons catholiques (peu de protestants et quelques musulmanes voilées pour la décoration) brandissent des drapeaux roses et braillent des slogans par lesquels ils fustigent cette gauche irresponsable qui brise le sacrement du mariage, en permettant que s’unissent devant la loi des gouines ou des sodomites. Horreur suprême : des gougnottes ou des pédés qu’on autorise à adopter des enfants !

Tandis que montent, d’une part, des appels sentimentalo-familiaux plus sucrés que des tartines de diabète au petit déjeuner (« Un papa, une maman et gnangnangnan ! »), on entend, d’autre part, au coin de ces réunions, des mots d’ordre sensiblement plus définitifs et haineux, où les lesbiennes et les gays sont tenus pour des « porcs », des « pervers » ou des « malades », et où l’homosexualité se trouve délibérément assimilée à la pédophilie.

J’ai beau me creuser la cervelle, je n’arrive pas à distinguer, sur le fond, la charia que les Frères musulmans veulent instituer en Égypte ou en Tunisie (et qui règlemente d’ailleurs déjà ces pays, dans une version light), et la vulgate catholique intégriste qui sous-tend les propos des anti-mariage pour tous en France. Les mêmes références au passé religieux, les mêmes appels à la rigueur morale tirée du « Livre saint », la même intolérance pour tout ce qui se veut « ouvert » et « moderne » dans le domaine des mœurs : tout participe de ce fanatisme religieux que Voltaire dénonçait et attaquait de la façon la plus claire et la plus fière en proférant ce slogan sans concession : « Écrasons l’infâme ! »

Écrasons l’infâme, à nouveau ! Toujours et partout, soyons voltairiens ! D’autant que, dans les manifs du Caire ou de Tunis, comme dans celles de Paris ou d’ailleurs, les figures de la dictature ou du fascisme montrent leur nez. Les casseurs sont là – et ils frappent ! Dans les pays arabes, il s’agit des salafistes – les plus cruels parmi les islamistes. En France, on voit cogner les factieux d’extrême-droite, nationalistes, xénophobes, intolérants et bornés ; jusqu’aux nazillons de groupuscules comme le Gud ou le Bloc identitaire. Entre autres, le tristement fameux Alexandre Gabriac, que je croise dans les travées de l’Assemblée régionale Rhône-Alpes, qui a même réussi à se faire exclure du Front national, et dont le geste le plus spontané n’est autre que le salut nazi !

On a vu, ces dernières semaines, se côtoyer dans les « manifs pour tous » les pétainistes nostalgiques de la France chrétienne des clochers et des familles nombreuses ; les anti-avortement et les anti-Pacs réveillés de leurs cendres d’encens ; les nationalistes et les petits nazis qui rêvent de devenir grands… On a entendu Christine Boutin (cette comédienne de téléréalité « gazée » par la police !) s’en prendre aux idéaux « pervers » de Mai 68. On a reconnu des parlementaires UMP (Mariton, Balkany, Ollier et d’autres) en train de défiler avec Gilbert Collard, et constituer ainsi une UMP-FN conviviale et bien de chez nous.

On a regardé et écouté la pathétique Frigide Barjot raconter tout et son contraire ; appeler les anti-mariage à renverser le gouvernement dans la rue, puis se revendiquer de la démocratie élective ; proférer « Hollande veut du sang, il en aura ! », puis se répandre dans les médias en jurant qu’elle abhorre la violence ; voisiner avec les fachos du Bloc identitaire ou du Gud, puis affirmer qu’elle n’a vu défiler avec elle que de bons papas et de bonnes mamans… On a vu et entendu tout cela. On s’est dit que Frigide Barjot a bien mérité sa carte de membre d’honneur du Front national.

Mais que faire, désormais ? Se réjouir haut et fort de l’adoption de la loi par le Parlement. S’obstiner. Ne rien lâcher. Clamer qu’on s’oppose à la charia catho tout autant qu’à la charia islamo. Peut-être, et avant tout, se réclamer d’un manifestant mort et enterré (au Panthéon) depuis longtemps, mais toujours bien vivant ; qui rédigea le Traité sur la tolérance et qui (durant l’affaire Calas) signait chacune de ses lettres de son slogan favori : « Écrasons l’infâme ! »

Oui ! Pour continuer le combat avec la fermeté nécessaire, en faveur du mariage pour tous, de l’école laïque, de l’égalité des droits, de la pensée libre, de la tolérance et de l’avenir de la démocratie, rallions-nous à un panache (ou à une plume !) ironique : défilons derrière Voltaire !

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Bon appétit, m’sieurs dames !

17 avril 2013

Je viens de lire un bouquin très triste et par conséquent très drôle : Vive la malbouffe, à bas le bio !, aux éditions Hoëbeke. Ses auteurs sont trois journalistes, Christophe Labbé et Olivia Recasens, du Point, et Jean-Luc Porquet, du Canard enchaîné ; le livre est agrémenté de dessins de Wozniak, du même Canard enchaîné. On comprend, bien sûr, que le titre est une antiphrase. On saisit l’ironie du propos, qui se résume en une phrase : « Amis de la malbouffe, réjouissons-nous : notre cause avance à pas de géant ! »

L’argumentaire déglingue, sur le mode du rire jaune ou de l’humour marron foncé, voire noir-noir, l’industrie de l’agroalimentaire, laquelle (au nom du « progrès » et de la grasse rémunération de ses actionnaires) nous gave de bœuf au cheval et de vache folle, de fromage sans lait, de frite pré-aromatisée, de carotte chimiquement colorée, de yaourts aux ferments délirants, de bonbons astiqués au dioxyde de titane, de nouilles à l’aluminium, d’épinards aux nitrates, de laitues à la dioxine, de légumes aux PCB, de ketchup aux nanoparticules et de pesticides à toutes les sauces, en attendant les OGM partout, la cuisine moléculaire en direct du laboratoire, le hachis Parmentier à base d’insectes ou le steak garanti d’origine in vitro veritas

Comme si cela n’était pas assez de dénoncer ces juteuses arnaques qui nous détruisent l’intestin et la tête (alouette !) ; comme si cela ne suffisait pas de démonter ces combines financières ou de peindre les interventions des lobbies de Bruxelles, les auteurs nous entraînent sur le terrain du « bio ». Et ce n’est pas triste non plus ! « Mieux encore, écrivent-ils (démonstration à l’appui) : le bio, dans lequel certains hurluberlus voyaient leur salut, est en train de rejoindre nos rangs. Fraudes massives, contrôles aléatoires, et surtout très laxiste réglementation européenne, autorisent tous les espoirs : désormais, même les poulets élevés dans des hangars concentrationnaires, ébecqués et traités aux antibiotiques, ont le droit d’obtenir l’estampille « Agriculture biologique »… »

On lit cet essai comme on tourne les pages d’un livre de recettes ; mais à l’envers. Au lieu de s’en lécher les doigts par avance, on se sent frustré, trompé, dégoûté, écœuré à chaque page. Si l’on est un tantinet masochiste, on en retire du plaisir. Si l’on se sent sincèrement écolo, on a envie de se révolter et d’aller gentiment fracasser divers rayons de supermarché. Si l’on a des actions chez Aspartame SA, General Fongicides, Huile de Palme Frères, Bœuf aux Hormones Inc. ou Truandage Chimiquement Pur, on a bon espoir de finir l’année en positif sur son compte en banque.

Mais si, comme le Candide de Voltaire, on ne désire rien d’autre que « cultiver son jardin », alors je rappelle que c’est le moment de retourner la terre avec du fumier « bio », de semer des carottes et des radis, de repiquer des salades et des betteraves, bref de confier à l’humus fécond du courtil maints végétaux non seulement délicieux et sains, mais indispensables à l’ouverture d’esprit de l’honnête homme du XXIe siècle. Lorsque nous aurons rallié à cette cause suffisamment de bonnes volontés, nous pourrons jeter à la poubelle ce Vive la malbouffe, à bas le bio !, cet essai d’ironie bienfaisante dont nous espérons qu’il sera rongé par de vrais rats garantis 100 % « bio ». Puis recyclé par des lombrics roses et vigoureux comme on en trouve encore dans nos vertes campagnes !

En attendant ce jour (hélas) improbable, permettez-moi de vous souhaiter à tous un sincère et chaleureux : « Bon appétit, m’sieurs dames ! »

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Nouvelle édition revue et aggravée

14 mars 2013

En librairie le 20 mars 2013…

J’avais écrit la première version de ce livre en 2005, pour une parution en 2006. Sept ans plus tard, cette nouvelle édition « aggravée » actualise les chiffres et comporte de nombreux développements inédits, plus pessimistes et plus drôles les uns que les autres…

J’avais écrit Sortie de secours, puis Partageons !, afin de « rester positif » après la parution initiale de ce bouquin ; comme on me le demandait… Je tire aujourd’hui le bilan rigolo de quarante années de luttes opiniâtres autant que décevantes. L’Homo sapiens est bien loin du partage et de l’espoir nécessaires. Nous ne sommes que saccage, pollution, guerre et mensonge ; en écologie, peinture verte…

Aggravée !

Aggravée !

 

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Pour les énergies aussi, le changement, c’est maintenant !

13 mars 2013

Remplacer les centrales nucléaires et thermiques par des éoliennes, c’est possible. En Europe, l’éolien tourne bien… Déjà 100 gigawatts de puissance installée : l’équivalent de 100 réacteurs atomiques ou de 100 centrales à charbon ou à pétrole ! La France, hélas, est à la traîne…

Fukushima, deux ans après. Tu n’as rien vu à Fukushima… Des centaines de milliers de Japonais chassés de leurs maisons et de leurs champs. Un empoisonnement radioactif dont de vastes territoires (sans parler de la mer) ne seront jamais expurgés, en tout cas pas à l’échelle de l’existence humaine…

Comment sortir du nucléaire tout en diminuant nos émissions de gaz à effet de serre ? Comment échapper à la fois à l’uranium et au plutonium, au charbon, au pétrole, au gaz naturel et aux gaz de schiste ? Les énergies douces, ou renouvelables, qu’on appelle aussi « nouvelles » (quoique le mot date des années 1970), nous permettent de le faire… Pas dans un siècle ou deux : aujourd’hui même.

Le changement d’énergies, c’est maintenant.

Est-ce que les énergies nouvelles sont au point ? Réponse : oui. Est-ce que l’humanité peut en attendre un grand nombre de watts, kilowatts, mégawatts et gigawatts ? Réponse : oui. Bien entendu, cela ne nous ôtera nullement le devoir impérieux de réduire nos consommations !

Le problème principal n’est pas technique : il est dans nos têtes. Nos cerveaux refusent de changer de logiciel. Nous ne faisons pas confiance au vent, au soleil, à l’eau courante, à la biomasse, à la géothermie, aux vagues, aux courants marins, aux gradients de température ou de salinité dans l’océan…

Discutez « énergies nouvelles » avec un responsable politique ou un journaliste « vedette » : vous serez sidéré de l’entendre répéter comme un perroquet les éléments de langage imaginés par les « communicants » d’EDF et des « majors » du pétrole. J’exagère à peine. Nous avons encore eu un exemple de cette incompétence pontifiante samedi dernier, dans l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier. La péremptoire Natacha Polony y interrogeait la ministre de l’Écologie, Delphine Batho. Lorsqu’il a été question d’énergies, la chroniqueuse s’est mise à égrener ses poncifs comme les grains d’un chapelet béni par Areva ou BP. À ses yeux, l’énergie éolienne est, au mieux, utile, mais négligeable ; au pire, nuisible. Je vous livre en vrac son enfilade de demi-mensonges et de contre-vérités sincères.

L’éolien, dit-elle en substance, c’est vilain : vous n’allez pas couvrir de turbines notre belle France qui a tant besoin de l’argent des touristes ! Cette technique, poursuit-elle, ne fonctionne qu’à la marge ; le vent recèle peu d’énergie récupérable ; et avez-vous remarqué qu’il ne souffle pas tout le temps ? La journaliste n’a pas eu l’occasion d’ajouter que les éoliennes font du bruit et tuent les oiseaux. Ou encore que, installées en mer (offshore), elles font peur aux poissons et constituent un danger pour les marins.

Réponses de l’écolo rationnel.

1. Les éoliennes n’ont, en effet, rien à faire dans nos merveilleux sites naturels. Mais en quoi enlaidissent-elles une Beauce ou une Picardie défigurées par l’agriculture industrielle ? En quoi sont-elles néfastes à la vue dans une vallée du Rhône déjà bétonnée, ou dans la Manche à 20 milles au large du Mont-Saint-Michel ? Nombre d’observateurs trouvent d’ailleurs ces engins très beaux – comme un rappel des moulins à vent de notre enfance…

2. Les éoliennes ne font quasiment pas de bruit. J’invite les curieux à le vérifier par eux-mêmes : à 200 mètres, une grosse machine à vent engendre bien moins de décibels que la bagnole qui passe sur la route d’à côté. Je ne parle pas de la moto dite « verte » !

3. Les éoliennes ne hachent pas les oiseaux : les ornithologistes l’ont depuis longtemps démontré.

4. Les éoliennes en mer sont une excellente chose. Nous les réclamions déjà avec le commandant Cousteau il y a 30 ans. Non seulement elles ne perturbent pas l’existence des poissons, mais les plates-formes sur lesquelles elles trônent constituent des îles artificielles qui attirent la flore et la faune marines. Quant au danger pour la navigation, c’est une plaisanterie : aucun marin n’a jamais conduit bourré !

5. Le plus important, c’est maintenant… Oui, les éoliennes sont efficaces et peuvent nous fournir de grosses quantités d’énergie. Si nous domestiquions seulement 10 % de la puissance du vent sur la planète, l’humanité comblerait d’un coup, et bien au-delà, la totalité de ses besoins énergétiques…

Ce lundi 4 mars, un organisme indépendant, l’Observatoire européen des Énergies renouvelables (l’EurObserv’ER), a publié son baromètre. On y lit qu’en Europe, en 2012, la puissance éolienne installée et connectée au réseau a atteint 11,8 gigawatts (GW), contre 9,5 en 2011. Croissance : 12,3 %. L’Union européenne vient, du même coup, de franchir le cap des 100 gigawatts éoliens installés et cumulés.

L’Allemagne fait la course en tête (31,3 GW). Elle est suivie par l’Espagne (22,5 GW), le Royaume-Uni (8,3 GW) et l’Italie (8,1 GW). La France ne pédale qu’au cinquième rang, avec 7,4 gigawatts en métropole et 44 mégawatts pour l’Outre-mer. Or, il faut savoir que le potentiel éolien de la France est le meilleur d’Europe…

Je ne vais pas aligner les chiffres. Je souligne simplement que, si l’Europe possède désormais plus de 100 gigawatts de puissance installée dans l’éolien, c’est l’équivalent de 100 centrales thermiques ou de 100 réacteurs nucléaires, puisque l’unité de compte de ces installations est le gigawatt. Les 1 000 mégawatts…

La France fait ronfler 58 réacteurs nucléaires. Les statistiques d’EurObserv’ER démontrent qu’il existe déjà, en Europe, assez d’éoliennes pour produire le double de notre électricité atomique, laquelle, je le rappelle, couvre 75 % de nos besoins en électricité.

Lorsque j’entends Natacha Polony et ses pairs répéter obsessionnellement, et sans jamais tapoter sur leur calculette, que les énergies renouvelables ne remplaceront jamais les combustibles fossiles et le nucléaire, je me dis que je dois peut-être utiliser d’autres arguments pour convaincre. Par exemple, les images (vues à la télé) de cette petite fille de Fukushima qui fête ses deux ans, et dont les parents viennent d’apprendre qu’elle a aussi reçu en cadeau un cancer de la thyroïde.

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La bagnole, ça tue, ça pollue et ça rend fou !

6 mars 2013

Ce que je vais dire ici ne fera pas plaisir à grand monde ; et même me créera de nouveaux ennemis, une denrée dont je ne manque pas. Je vais parler de la voiture automobile ; de la bagnole, du char, de la tire, de la guimbarde, de la caisse, du tas de rouille ou du tas de boue. Et de ce qui fait cracher son moteur : l’essence, le super, le gazole, le diesel, la benzine, le carburant, en un mot : le pétrole…
Je tiendrai le discours de l’écologiste borné, dans la version scientifique du personnage ; autrement dit, sous son aspect le plus emmerdant. Je me glisse dans le rôle de la Cassandre que nul n’écoute – ni le prince arabe, ni Total, ni BP, ni le ministre des finances, ni le banquier, ni l’industriel, ni le gros paysan, ni le camionneur, ni le chauffard bourré, ni l’économiste, ni le journaliste, ni même l’écolo gentillet qui voudrait tout concilier et se retrouve plus près du pot de peinture verte que de la thermodynamique.
Je mènerai mon argumentation en treize points (pour être sûr de porter malheur à tout le monde).

1. Le diesel est-il plus polluant que l’essence ? Oui pour les particules fines, non pour les émissions de gaz carbonique à effet de serre. De toute façon, chaque fois qu’un moteur à explosion pétarade, c’est un danger pour l’homme et la planète. Faire croire qu’on réduirait le risque global en troquant le gazole contre l’essence est une carabistouille.
2.  Le gazole est-il plus dangereux pour la santé que le super ? Moins évident que certains ne le croient… Les particules fines sont inquiétantes, mais les deux types de carburants émettent des dérivés cancérogènes du benzène (xylène, toluène, etc.). On n’ajoute heureusement plus de plomb dans le super, et on ne trouve presque plus de soufre dans le gazole. Du moins à la pompe des pays riches : dans le Tiers Monde, c’est autre chose…
3. Le diesel cause-t-il 45 000 morts par an en France à cause des particules fines ? Non : les 45 000 morts sont imputables à toutes les émissions de ces cochonneries, y compris celles de l’industrie, des feux de bois et des chauffages domestiques. Le diesel des camions et des voitures ne compte que pour le tiers de ces crimes. Vous me direz : 15 000 décès constituent quand même un bon score pour un tueur en série.
4. Les pots d’échappement des voitures actuelles ont-ils de bons filtres ? Oui. Les vieilles guimbardes (notamment âgées de plus de dix ans) ne possèdent que des filtres à gros trous, par lesquels les particules fines (et nombre de moins fines) passent aussi aisément que des mouches à travers un grillage de jardin.
5. Supposons que le moteur diesel disparaisse de nos bagnoles et de nos camions : notre atmosphère en deviendrait-elle plus propre ? Poser la question, c’est en poser une autre : que ferons-nous du gazole que ces véhicules ne consommeront pas ? Le gazole est un mélange d’hydrocarbures lourds, c’est-à-dire de composés dont la molécule compte beaucoup d’atomes de carbone (21 pour le cétane). L’essence ordinaire et le super sont des mélanges d’hydrocarbures plus légers, notamment à 7 atomes de carbone (l’heptane). Les hydrocarbures lourds existent dans tous les pétroles bruts, même les meilleurs et les plus chers (les plus light). Si les moteurs de nos véhicules ne les brûlent pas, il ne viendra à l’idée de personne de les jeter (et où ? pour provoquer quelles marées noires ?). Ces substances iront dans nos chauffages domestiques et nos centrales thermiques sous leurs autres noms de « fioul » ou de « mazout ». Sachant que les filtres de ces installations sont moins efficaces que ceux des bagnoles diesel modernes, on peut parier que la pollution par les particules fines ne fera qu’empirer.
6. Faut-il augmenter le prix du gazole en France, en relevant la taxe qui y est attachée ? Bien sûr. Mais ce n’est qu’un petit bout de la solution. On est encore très loin de l’indispensable taxe carbone ! Nous devons consommer moins d’hydrocarbures en général, donc augmenter le prix de tous les carburants fossiles. Ne songeons pas une seconde à « sauver » notre industrie automobile en réemployant ces cautères pour jambe de bois qu’ont été les balladurettes, juppettes et autres primes à la casse ! Investissons notre argent ailleurs que dans le moteur à explosion…
7. Le pétrole et le gaz naturel disparaissent, et nous ne découvrirons aucun carburant fossile de substitution, sauf à en utiliser de bien plus sales encore : le charbon et les hydrocarbures dits « non conventionnels » (sables et schistes asphaltiques, huiles et gaz de schiste, méthane de houille) ; lesquels ne sont, de toute façon, ni plus durables, ni plus renouvelables que leurs prédécesseurs.
8. Ne comptons pas davantage remplacer les hydrocarbures fossiles par des biocarburants fabriqués à l’échelle industrielle : ceux-ci méritent plutôt le nom de « nécrocarburants » (ou « carburants de la mort »). Les champs immenses où ils doivent être produits nécessitent des quantités terrifiantes d’eau, d’engrais et de pesticides, et privent les pauvres de leurs meilleures terres arables : ce sont les pires agents de la famine qu’on puisse imaginer.
9. La voiture électrique ne sera jamais, non plus, une solution globale. Non seulement la faire rouler nécessite (dirait monsieur de La Palice) de l’électricité, laquelle ne peut provenir que du nucléaire ou des hydrocarbures (les énergies propres ne sauraient y suffire, et l’énergie de fusion n’est pas pour demain) ; mais, de surcroît, nous n’avons même pas les matières premières indispensables à la fabrication de millions et de millions de ces véhicules. En particulier, nous manquons de lithium, le seul métal assez léger pour les batteries idoines…
10. On l’a compris : je ne défends pas plus le diesel que l’essence. Les deux me désolent à peu près également. La civilisation de la bagnole tout entière me consterne.
11. En France, les ventes de voitures s’effondrent : moins 12 % le mois dernier. Tout le monde hurle au désastre. Mais il s’agit d’une excellente nouvelle ! Pour l’humanité, voici le début d’un printemps sans pots d’échappement… Le collapsus de cette industrie surviendra de toute façon très vite, partout dans le monde, y compris dans les pays émergents, et de façon bien plus terrible pour les firmes et leurs ouvriers que ne le pensent nos économistes, nos politiques, nos industriels et nos syndicalistes.
12. Une précision : il existe, aujourd’hui, environ 1 milliard de voitures dans le monde. Si le niveau de vie moyen des Chinois rattrape, en 2030, celui des Américains, alors on comptera, rien qu’en Chine, 1,5 milliard de bagnoles. Sachant que les Indiens, les Indonésiens, les Brésiliens et tous les autres humains voudront, eux aussi, leur tas de rouille ou leur tas de boue, où prendrons-nous le carburant nécessaire ? Et que deviendra notre atmosphère – connaissant le niveau de pollution auquel sont d’ores et déjà confrontés les habitants de Pékin ou de Chongqing, asphyxiés par des nuages permanents de gaz toxiques, de poussières et de particules fines ?
13. La civilisation de la bagnole a porté l’Occident et son économie depuis le début du XXe siècle, et surtout depuis la Deuxième Guerre mondiale. Mais elle n’est pas généralisable. Elle agonise. Elle convulse. Elle tente de produire toujours plus de véhicules, mais c’est une fièvre ; un vomissement ; une diarrhée fatale… Promouvoir l’avenir de l’automobile en 2013, c’est croire à l’énergie illimitée ou au mouvement perpétuel, bref au miracle. Les transports du futur seront limités et collectifs. Préparons-nous à cette réalité. L’autre branche de l’alternative serait de crever la bouche ouverte, dans une atmosphère irrespirable, sur une Terre stérilisée par des climats en folie.
Je préfère prendre le train, naviguer à la voile, pédaler sur mon vélo ou marcher à pied !

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Salon de l’Agriculture : une question de blé

        24 février 2013

Champ orge

Champ d’orge.

Le salon de l’Agriculture est ouvert, le Français redevient paysan, le citadin rêve d’une cour de ferme où chante le coq et où caquette la poule fière d’avoir pondu un œuf 100 % bio. Mais la ferme a changé depuis un siècle. Elle ressemble davantage, de nos jours, à une usine à bouffe, à une gondole de grand magasin ou à une donnée d’ordinateur dans une salle de trading à Chicago.

Je ne reviendrai pas, dans cet article, sur les farines de vache folle dont l’Europe permet désormais de gaver les poissons d’élevage, demain les cochons ou les oies. Je n’évoquerai pas les carcasses de cheval estampillées « pur bœuf », et assaisonnées à la phénylbutazone, cet anti-inflammatoire dont nous avons bien besoin, tant notre propension à nous prosterner devant la logique du fric nous provoque de courbatures dorsales.

Je me bornerai à la question du blé. Aux deux sens du mot : la céréale et le billet de banque.

Je picore l’info suivante parmi les graines d’actualité dont les médias nous remplissent la mangeoire : l’hostie coûte de plus en plus cher. Le sacrement de l’eucharistie est en crise. Le Figaro raconte l’histoire : à Lourdes, la tradition veut que les sœurs du monastère de la Visitation fabriquent les mini-galettes de pain azyme indispensables aux pèlerins en quête de miracle ; or, les religieuses subissent de plein fouet la crise des céréales. En cinq ans, le prix de la farine a bondi de 30%. Entre 2007 et 2013, il a fallu faire passer de 11 à 20 euros le prix du sachet de 1000 hosties. Le marché flanche. Communier dans la Sainte Église devient un luxe. S’ajoute au malheur des nonnes la concurrence d’usines italiennes, espagnoles ou américaines qui produisent de l’hostie à prix cassé – low cost ou « locoste », comme jargonnent les gens de marketing et les journalistes paresseux…

Dans l’univers des paysans même, l’envolée des cours du blé, du maïs et des autres graines ne profite pas à tout le monde. C’est le pactole pour les céréaliers : non seulement ceux-ci vendent leurs récoltes de plus en plus cher, mais ils exploitent des étendues de plus en plus vastes. En France, les subsides de la Politique agricole commune (la PAC) sont distribués à proportion des hectares labourés. C’est ainsi, selon Libération (du 7 février), qu’en 2012, nos dix mille plus gros agriculteurs se sont partagé 6 milliards d’euros de subventions européennes, soit une moyenne de 600 000 euros par exploitation.

Les éleveurs d’animaux à lait ou à viande ne participent pas de la même fête. Disons qu’ils crèvent gueule ouverte, coincés entre la nécessité d’acheter pour leurs bêtes des aliments de plus en plus dispendieux (parce qu’à base de céréales), et l’obligation de vendre leurs produits de moins en moins cher à des centrales d’achat de grands magasins dont le totem ressemble davantage au rapace qu’à la blanche colombe.

Les hosties sont utiles à la vie éternelle des chrétiens. Mais le pain est indispensable à l’existence terrestre de bien plus de monde… La flambée du prix des céréales constitue, au XXIe siècle, un désastre planétaire. Des dizaines, des centaines de millions de personnes en sont ou en seront les victimes.

Ce phénomène porte un nom : la famine. Oui : cette disette qu’on croyait moyenâgeuse progresse à grands pas sur la planète… Lorsque j’étais enfant, mes parents me faisaient économiser quelques sous pour les « petits Chinois » au ventre vide. Nonobstant leur statut international d’« émergents », des millions de Chinois continuent d’être sous-alimentés ; mais ils partagent ce malheur avec une multitude de nos contemporains. Quand je publiais la première version de mon essai L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, en 2006, l’espèce Homo sapiens comptait six milliards et demi d’individus, dont huit cent cinquante millions souffraient de la faim, tandis que neuf millions mouraient chaque année de cette carence. Je ferai paraître, dans trois semaines, la Nouvelle édition revue et aggravée de cet essai d’humour noir. J’y constate que nous sommes aujourd’hui plus de sept milliards, dont un milliard d’affamés et dix millions de victimes annuelles du fléau. Quel progrès !

L’augmentation du prix du blé et des autres céréales, c’est la faim. La spéculation « libérale » sur les récoltes, c’est le malheur. La régression rapide des surfaces cultivées dans le monde, c’est la mort, et d’abord celle des enfants. Nous serons huit milliards en 2025, mais nous continuons de réchauffer la planète : les déserts avancent, les eaux marines submergent, salent et stérilisent les contrées côtières. Nous serons neuf à dix milliards en 2050, mais nous continuons de transformer nos meilleures terres vivrières en tristes étendues de matières premières industrielles (coton, thé, café, betterave…) ; quand nous ne basculons pas dans ce qu’il faut appeler le crime : je veux parler de la production massive, à base de palmier à huile ou de canne à sucre, de ces carburants dits « biologiques », que les écologistes ont bien raison de renommer « nécrocarburants »…

Le salon de l’Agriculture a ouvert ses portes. Les grands céréaliers s’en mettent plein les poches. Le prix des hosties grimpe comme celui de la maigre gamelle des va-nu-pieds. Nul besoin de consommer de la vache délirante ou du poisson dément : nous sommes devenus fous. Possédés par le démon de l’argent – du « blé », au sens argotique du terme. À supposer que nous soyons croyants, nous ne disposerons bientôt même plus des saintes hosties qui nous exorciseraient des pompes et des œuvres de ce diable-là.

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