Mon livre

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10 août 2006

Oui, voilà, c’est ce livre-là, L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, celui que je portais depuis trente ans, et que j’ai osé commettre au printemps 2006 !

Certains se sont offusqués que je sois aussi sévère envers mon espèce. Mais comment faire autrement? Où trouver le plus petit fragment d’optimisme à se mettre sous la dent?

J’essaie, néanmoins. J’écris la suite, une réponse à moi-même pour laquelle j’ai besoin de vos idées, suggestions, engueulades et encouragements.

Si les petits cochons ne me mangent pas, ça sortira en janvier 2007, et ça s’appellera (sans garantie pour le moment) : Sortie de secours.

Avant extinction…

Bien à vous tous,

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13 réponses à Mon livre

  1. Bonjour Yves,
    Je viens de relire vos humeurs sauvages des années 93/94… Rien n’a beaucoup changé depuis si ce n’est en mal.
    J’ai relu également ces derniers temps « avant que nature meure » de Jean Dorst de… 1974
    Je suis rentré en politique en 1999 avec pour objectif (entre autres) de sensibiliser les citoyens sur le problème crucial de l’écologie.
    Candidat à la Présidence de la République 2007, je lutte avec mes amis également candidats pour faire, enfin, avancer les choses. Pour plus d’efficacité, nous nous sommes rassemblés sous un même nom (Monsieur Governatori).
    Nous espérons être présents au premier tour pour crier haut et fort notre espoir d’un meilleur avenir.
    Il n’est pas utopique de croire en un idéal et oeuvrer pour s’en approcher.
    Ce qui est utopique c’est de croire en un idéal en restant les bras croisés.
    Daniel LACROZE-MARTY

  2. Gildas dit :

    Bonjour,
    C’est sur les onde de France Inter que je vous entends pour la première fois aujourd’hui. Vous avez partagé votre perception du devenir du monde sur la décroissance, faisat référence à Gandhi. Votre pensée, rejoint en quelque sorte la conception d’ « abondance frugale », exprimée par Jean-Baptiste de Foucaud dans le cadre de Solidarités Nouvelles face au chômage.
    A ma façon de pré-retraité confronté au chômage j’ai amorcé ma décroissance. Votre réflexion me stimulera pour continuer ce parcours, un parcours qui me libère de l’absurde. Merci pour votre oeuvre, et promis, je retournerai butiner sur votre bloc.
    Respectueusement votre.

  3. michel dit :

    pas encore lu ce livre….
    Je me retrouve en ce moment en complète contradiction: individuellement j’aime partager, discuter, être avec les autres; mais collectivement, je hais la populasse, pris dans sa globalité

  4. véro le bléro dit :

    Une petite bêtise en réponse à Michel(19-2), mais vous n’êtes pas obligé de le publier sur le blog !
    Les mots en asse
    salissent
    aussi
    ceux qui
    les disent
    Les mots en asse
    sont dégueulasses
    Sauf mélasse
    qui est très bonne … sur les tartines
    Et rascasse,
    qui est très belle, et qui n’y est pour rien

  5. Yves Paccalet dit :

    Bonjour à tous !
    Juste un détail d’orthographe : on écrit « populace » et non « populasse » ; mais il est vrai que le mot est assez méprisant. D’un autre côté, je comprends Michel : lorsque les hommes se rassemblent en foule, c’est rarement pour de nobles motifs. Si vous êtes allé dans un meeting de Le Pen (pour savoir ce que c’est, je l’ai fait, je voulais regarder ça de mes propres yeux et l’entendre de mes pauvres oreilles), vous savez de quoi je parle. Idem si vous avez assisté à une manif d’intégristes quels qu’ils soient, hurlant à la mort contre les « infidèles »…

    Pour répondre à Daniel et à Gildas, je dirais que, oui, le désir d’utopie ne doit pas rester béat, mais s’accompagner d’un combat – y compris lorsque l’espoir est mince de faire pencher la balance de notre destin commun du bon côté…

  6. véro dit :

    Quelque chose me tracasse. J’ai dévoré « l’humanité disparaîtra » en adhérant à chacune des idées développées dans ce livre. Toutes ? Non, pas toutes, comme le village d’Astérix en Gaule occupée, il y a un paragraphe sur lequel j’ai buté et avec lequel je suis en désaccord : c’est le paragraphe où vous traitez de l’empathie. Page 98 (je me suis fait chi-yé à retrouver le passage pour être sure de ce que j’avançais). Je ne trouve pas que l’empathie soit : « la faculté chez l’homme de « chercher à deviner ce que l’autre a dans le crâne, et comprendre ce qu’il mijote ». J’ai envie de dire “C’est un peu court jeune homme…” et non seulement c’est court, mais je trouve ça FAUX. JE SUIS PAS D’ACCORD AVEC LA PAGE 98. A mon idée, l’empathie est la seule chose capable de nous sauver. L’Empathie, il faut lui mettre une majuscule. L’empathie, c’est quand vous trouvez ce mec immonde et que vous vous souvenez que vous aussi, vous avez été immonde. L’empathie, c’est quand vous pleurez parce que l’autre pleure. L’empathie, dans votre combat pour l’eau du Golan, c’est quand l’un et l’autre camp ont eu soif tous les deux … et que la connaissance de la soif fait tomber les barrières. (je suis peut-être trop optimiste sur le coup là) Si je reprends la définition Larousse : Mode de connaissance intuitive d’autrui, qui repose sur la faculté de se mettre à la place de l’autre. Moi, j’ai envie de compléter : pas à la place de l’autre, parce que c’est impossible, mais dans une situation similaire à celles de l’autre au niveau du trouble occasionné. Par exemple avec le deuil, ou un gros traumatisme. En réalité, c’est LE MANQUE D’EMPATHIE , LES TROUBLES DE L’EMPATHIE, qui sont à incriminer dans notre débat sur l’espèce humaine. Ce soir, je parlais avec un couple d’amis, de leur fille, qui apprend le métier d’aide-soignante, comme sa mère. La mère disait que quand elle avait appris ce métier, elle avait appris beaucoup de choses, mais la leçon qu’elle avait gardée, et qu’elle voulait transmettre à sa fille était : songe que cette grand-mère Parkinson, (ou ce grand-père Alzheimer qui te fait chi-yé toute la journée) pourrait être ta mère, ton père, ce sera toi plus tard, et comporte-toi en conséquence . Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Ca n’est pas TOUTE l’empathie, mais c’est le début de la pelote. A ne pas confondre avec la pitié, que je déteste. La différence : l’empathie exige un niveau d’ égalité entre deux personnes. La pitié implique une soi-disant supériorité, en tout cas une distance, verticale, ou horizontale, mais généralement plutôt verticale. Le chrétien pratique beaucoup la pitié ; non, je corrige, le catholique pratique beaucoup la pitié ; le bouddhisme repose sur l’empathie. L’empathie, elle, est laïque, humaine, et …. Arrivée à ce point je manque d’arguments, because la nature intuitive de l’empathie. Ce serait bien d’aller demander à Cyrulnik et Tenzin Gyatso. C’est trop tard pour demander à l’Abbé Pierre, mais sa colère de l’hiver 54 est qualifiée de colère empathique. LA LOI DU TALION ŒIL POUR ŒIL ETC , est EXACTEMENT A L’OPPOSE de l’empathie. S’il vous plait, donnez-moi votre avis, ce que j’écris là, ça ressemble à une affirmation, mais en réalité c’est une QUESTION que je pose. (Ya pas d’urgence)
    Je peux même poursuivre l’analyse en disant que – EN OPPOSITION TOTALE AVEC LA PAGE 98 – la société s’organise pour combattre l’empathie. Mais cette bête-là, elle est comme le Phoenix, elle renaît de ses cendres. S’il y a une chose intéressante en l’homme, c’est la faculté d’empathie. C’est notre seule sortie de secours à mon idée. Empathiquement vôtre. BISES A TOUS – VEREAU LE BLAIREAU –
    Yves PAS CALé, moi aussi, je voudrais vous dire merci, simplement de me faire écrire tout ça. De tout cœur. C’est un peu le bordèle, pour moi, ce blog : j’écris à la maison, où j’ai un ordi, sans connexion, je mets sur ma clé USB, et j’utilise simplement la connexion internet du boulot pour causer sur le blog, faut en avoir envie ! Mais je persiste, et signe ….. J’espère que cette « lettre-blog » n’est pas complètement imbuvable ….Quand bien même : Meeeeeerdeu-eu-eu comme dit Pierre Perret …. Véro le bléro

  7. véronique cynique dit :

    A Yves paccalet :Sur la populace : merci pour la correction. Mais du coup, je suis allée vérifier la définition : bas-peuple (péjor.) nous dit Monsieur Larousse.
    Même le grand Voltaire, nous a écrit une vilainie sur la populace…je n’ai pas la citation exacte. Par contre, Victor Hugo a écrit « A qui la faute ? » Je trouve utile de s’appuyer sur des grands textes classiques de temps en temps.
    France, 2007, voici le mille-feuilles de notre démocratie :
    En dessous , tout en dessous, la racaille. Puis, sampapiers. Juste au dessus- SDF, erre-et mixtes, quart-monde, cassoces. Tout ça n’importe quelle couleur. A peine au dessus, populace. Puis petit peuple, avec accès à la propriété et endettement garanti : attention grand risque de tomber en catégorie 2. Péquenots des campagnes, prolos des villes, classes laborieuses : en voie d’extinction. Puis classes moyennes . Une grande partie du bas de la classe moyenne est occupée à gérer la survie des catégories déjà mentionnées, dites « tranches inférieures ». -Vou zetes dans le social ? Nan je suis clerc d’huissier. Et vous ? Chef de service, dans un magasin d’alimentation discount.- Une autre partie de la classe moyenne du haut s’occupe très fort à quitter la classe moyenne du haut, par le haut. Et puis et puis au-dessus ? Il y a les autres, qui parlent du « peuple ». Allez…sans rancune … aimons-nous les uns les autres ! Un très grand merci pour le droit à l’eau.
    Véronique

  8. véro le bléro dit :

    A Yves Paccalet :Au sujet de la foule :
    Mmouais : c’est vrai que c’est bizarre, une foule d’humains ; ce que je trouve intéressant à analyser, c’est le phénomène-de-foule, les connexions entre les individus dans une foule. Une foule rassemblée dans un même but, bien sur (rien à voir avec la foule urbaine, somme de bulles individuelles – surtout le moins de connexion possible- touche pas à ma coquille- maintenant, avec les trucs dans les zoreilles, c’est encore mieux) Donc je disais qu’il se passe quelque chose au niveau des émanations soit affectives , soit, animales entre les individus. Plutôt émotionnel, je dirais. Ces émanations se connectent, s’ inter-connectent , et résultat : phénomène d’amplification ?Ce que je veux dire, c’est que l’émotion collective n’est pas la somme des émotions individuelles. A mon avis, c’est plus. Je ne sais pas s’il y a eu des études là-dessus ? La foule, en elle-même, n’est pas forcément négative. La foule EST. (non-neutre : si vous êtes venus ici,-fout, manif ou cancer de jaze – c’est dans un intérêt à priori le même que celui du voisin ,(sauf traitres-voyeurs, je ne vise personne…) Cette foule est émettrice (de haine et même d’amour quelquefois) réceptive, sensible, et donc fragile, enfin je vois ça comme ça . A l’inverse de la manif du Front National ou du rassemblement intégriste, n’êtes-vous jamais allé à un grand beau concert, ou à un spectacle de clowns ? A mon idée, ce sont les mêmes phénomènes qui agissent. Les individualités s’estompent et les émotions se regroupent en s’intensifiant. Une foule est manipulable à quiconque se penche sur les ficelles qui touchent UN individu. ET INVERSEMENT COMME DIT PIERRE DAC. Il y a des ficelles plus ou moins grosses. Moi je me dis que les foules intégristes (y compris le rassemblement des jeunesses chrétiennes) , la star’ac, le foute, le téléthon, ou un concert magnifique relèvent du même phénomène (surtout ne pas jeter les pianistes en vidant l’eau de l’ambulance). J’exagère ? pas sur.
    J’ai longtemps marché, je marche encore quelquefois, dans les pas de Brassens : [le pluriel ne vaut rien à l’homme, et sitôt qu’on est plus de quatre, on est une bande de cons – Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens.] C’est pas très honnête, c’est pas très productif, et il faut bien dire que pendant que je fais bande à part, les sbires de tout poils, eux, ont compris depuis longtemps que l’union faisait la force.
    (ça ne vous rappelle rien ? un sujet d’actualité ?) Donc j’ai tort, Brassens a tort, la marche pour la paix c’est une super idée, les unions de consommateurs font du super-boulot, je songe de plus en plus à apprendre l’esperanto, et… j’ai tort de ne pas voir dans les merveilleux alignements de biens à consommer sur les rayonnages des hypermarchés, le summum de l’intelligence humaine appliqué au bien de l’humanité….
    D’où un ensemble de règles :
    Règle n° 1 : ne jamais oublier Pierre DAC (en France – ailleurs, chercher l’équivalent)
    Règle n° 2 : ne jamais oublier Coluche (en France – ailleurs, chercher l’équivalent)
    Règle n° 3 : ne jamais oublier Desproges, Racine, Molière, Charlot, Laurel, Hardy -Cherchez l’intrus-et d’autres je n’ai cité que quelque zicones de vieille parce que je suis vieille, mais yen »a »bien plus
    Règle n° 4 : RIRE , même en deux dents, mais c’est mieux avec la gorge dépliée
    Règle n° 5 : ne pas se laisser abattre, comme les arbres dans la forêt de Gastine-remember Ronsard- ou d’Ama-zonie (pour ceux qui connaissent pas Ronsard/on peut pas tout avoir appris : c’est un poète qui gueulait il y a longtemps contre les zabattages d’arbres allez chercher ce poème :CONTRE LES BUCHERONS DE LA FORET DE GASTINE, la version intégrale)
    Règle n° 6 : Planter des zarbres – Sous-règlementation mondiale : comprendre que les zarbres sont nos zamis (poétes avoir compris ça depuis longtemps ) comprendre mondeterregaia habité pas seulement par vie animale mézossi par végétal et minéral – simplement modes de vie, rythmes de vie différents – comprendez-vous ? alo.alo ? histoire de molécules qui s’interconnectent – pas de hiérarchie dans les cellules – alo.alooo …. ma fille arrête de délirer….
    Règle n° 7 Ne pas se prendre au sérieux, pour ne pas zatrister lézotres, mais FAIRE QUELQUE CHOSE ET AGIR QUAND MEME !
    REGLE N° SUPERIEURE A TOUTES LES AUTRE REGLES : Allez, je vais être super-sérieuse : RESPECT DE LA VIE = Respect de chaque molécule de bio-diversité = RESPECT DE [L’HUMANITE/LA FOULE] EGALE respect de chaque individu. Et inversement, toujours Pierre DAC [Cherchez l’erreur en Bosnie: lisez les monologues du vagin. Cherchez l’erreur partout : lisez les actualités] OUAIP JE CROIS BIEN QU’IL EST PUTAIN DE DIFFICILE MON PROGRAMME JE ME FERAI PAS ELIRE SUR CE COUP LA . Vérole la luciole.

    J’ajoute que quand je parle de respect de la vie, ça ne veut surtout pas dire suppression de la mort, ou déni, évitement de la mort à tout prix. Je pourrais aussi plaider pour le respect de la mort . Pour que chaque molécule de bio-diversité ait une mort respectée …. Un vrai rêve, le paradis même.

    PS : ne vous inquiétez pas, ça n’est qu’un poème.

  9. Didier LUSTIG dit :

    Bonjour M. Paccalet !

    Avec un peu de retard par rapport à tant d’autres, je veins de lire votre livre « L’Humanité disparaîtra », non sans une ceraine délectation, je dois dire, car je partage également votre analyse.
    Mais si je vous écris, c’est pour vous contredire sur un point, certes mineur, de votre ouvrage. Vous y parlez à deux reprises des astrologues et de leur optimisme béat, dans le but d’entretenir la masse des gens dans la torpeur imbécile où ils ont plongés, propre à endormir toute vélléité de conscience. Si vous parlez des astrologues de TF1 ou de RTL, entre autres, je vous suis entièrement.
    Mais il n’y pas qu’à TF1 qu’il y a des astrologues, il n’y pas parmi eux que des marchands d’illusions patentés. Il en existe encore quelques sincères et véritables, non affiliés aux médias, comme moi par exemple.
    Et en voici la preuve. Pendant que votre livre était en gestation ou que vous commenciez à l’écrire, j’ai écrit au printemps 2005 un article qui m’avait été commandé par une revue de « philosophie » et qui a été taxé « d’impubliable » par cette même revue. Pourquoi ? Parce qu’en 3 pages mon propos était de même veine que le vôtre, si ce n’est qu’il se plaçait sous l’angle astrologique.
    Comme sur le web l’espace n’est que virtuel, je vous le livre tel quel, vous en jugerez comme il vous plaira.

    PROPHÉTISER

    Didier Lustig

    Je suis Philippulus le Prophète, et je vous annonce que des jours de terreur vont venir ! La fin du monde est proche ! Tout le monde va périr ! Et les survivants mourront de faim et de froid ! Et ils auront la peste, la rougeole et le choléra !

    L’Étoile mystérieuse, Hergé, Casterman, 1946

    J’ai toujours pensé que la fin du monde était proche, comme en témoigne un dessin que j’ai retrouvé il y a quelques années dans un cahier d’écolier. Je devais avoir six ou sept ans quand, suite à la lecture de L’Étoile mystérieuse, j’ai dessiné un aérolithe se dirigeant tout droit sur le toit de la maison. Plus tard je pris conscience que ce type de pensée avait peut-être plus à voir avec mon état intérieur qu’avec le devenir de la planète, et me rassurai tout à fait en parvenant à la conclusion qu’à l’instar de Philippulus je devais être fou, ce que de toute façon on ne manquait pas de me faire comprendre quand j’abordais le sujet.
    Vingt ans après je résolus de devenir astrologue parce que j’avais observé que, quoi qu’on en dise, l’astrologie offre d’irremplaçables lumières sur la nature des choses, et particulièrement des choses humaines, quand on prend la peine de s’y pencher sérieusement. Cependant je réalisai aussi qu’elle donne quelques arguments à l’appui de la prophétie de Philippulus et de ses précurseurs, pour peu qu’on veuille bien en suivre le raisonnement et le rapporter à ce que tout un chacun est en mesure de constater de nos jours ; ou, plus précisément, de ce qu’elle donne les moyens de comprendre pourquoi et comment nous en sommes parvenus à ce point de notre développement, les déductions qu’on en peut tirer restant l’affaire de chacun. Tout cela m’apparut fascinant quand je m’y plongeai, mais une question que je pensais résolue se posait à nouveau : pouvais-je encore me croire fou alors que je trouvais dans les astres une confirmation de ma pensée première ?

    Nous nous trouvons devant un paradoxe. Le premier terme en est que nous assistons à une accélération du temps subjectif, c’est-à-dire de notre perception du temps qui passe. Au début je pensais que, avançant en âge, ma perception du temps évoluait par rapport à la durée de mon expérience de vie, mais je me ravisai quand d’autres, d’une génération plus jeunes, m’ont dit éprouver la même chose. L’accélération du temps subjectif peut être comparée à l’accélération d’un véhicule : il devient plus difficile d’anticiper la trajectoire, les réflexes sont mis à l’épreuve, et surtout on doit savoir précisément par où il faut passer si l’on veut arriver à bon port. Cette question est préoccupante car il se trouve que les repères sur lesquels notre civilisation s’était fondée sont en train de disparaître — très rapidement maintenant — et qu’en l’absence d’itinéraire il est difficile de savoir où l’on va. Nous ne pouvons non plus oublier qu’au cours des soixante dernières années nous nous sommes donné les moyens, objectifs cette fois, de nous détruire et de détruire toute trace de vie à la surface de notre Terre. Jusqu’à la chute du Mur de Berlin à l’automne 1989, la pérennité du monde reposait sur l’équilibre de la terreur. Depuis, pour paraphraser un haut responsable européen lors d’une récente déclaration, elle est liée au « déséquilibre de la terreur ».
    Le second terme du paradoxe est que, en particulier depuis trois siècles, l’homme a remis en question son statut de créature issue d’un principe créateur et soumise aux lois de ce monde que les anciens astrologues appelaient sublunaire. Il semble même qu’il feigne de les avoir oubliées, et comme il n’aime pas qu’on les lui rappelle, il s’est fermé aux prophéties, aux signes du ciel, aux signes des temps. Il est désormais dans la situation de celui qui ne veut plus voir, ne veut plus entendre et surtout ne veut plus savoir. Il s’est convaincu lui-même qu’il était en route pour un progrès indéfini alors que, tout au contraire, il semble se précipiter dans un présent de plus en plus dénué d’avenir.
    La conséquence de ce paradoxe est que tout se passe comme si, mû par quelque nécessité qui le dominerait entièrement et dont il serait devenu l’agent sourd et aveugle (mais non muet), l’homme mettait consciencieusement en œuvre les moyens de sa propre fin et de celle du monde qui le porte. Plus il avance dans son œuvre de destruction, au moins il veut en voir les signes. Je dirai même que ce sont les pires sourds et les pires aveugles d’aujourd’hui qui demain afficheront les mines les plus effarouchées, pousseront les plus hauts cris et seront les plus prompts à désigner des boucs-émissaires. Dans la situation qui est la nôtre, pour laquelle il n’existe aucune référence dans le passé, aussi éloigné soit-il, il ne s’agit plus à proprement parler de prophétie, car il n’est point besoin d’être inspiré par les dieux ou les astres pour voir que tout, strictement tout, converge vers ce point du temps qu’on appelle la fin du monde. Cela, par le seul fait des hommes qui auront usé jusqu’au bout de leur libre arbitre, de leur intelligence, de leur évolution. Édifiante victoire de la Science sur la Conscience, édifiante victoire de l’Homme sur son Créateur, préférant disparaître de son plein gré plutôt que de se reconnaître comme créature.

    Il semble que les choses soient déjà trop avancées pour en inverser le cours. Les inquiétudes dont on fait part tout bas, les mises en garde qu’on conforme d’abord aux diktats de la pensée unique et du politiquement correct n’y changent rien, les pleurs et les grincements de dents ne sont pas entendus, la pulsion destructrice est devenue plus forte. On la sent aujourd’hui confusément, s’insinuant partout et en toute chose, et on n’ose encore la nommer. Elle nourrit la peur grandissante qui sourd des urnes affolées, rempart dérisoire contre un mal qui nous ronge et que la détresse des peuples amuse.
    Et pourtant… On peut avancer en toute rigueur que tant que la prophétie ne s’est pas accomplie, il est encore possible — techniquement — d’en enrayer le cours fatal. Mais la question n’est pas — encore — d’ordre exclusivement technique, elle est inhérente à la nature de l’homme, du moins tel qu’il nous est donné de l’observer : après six mille ans de civilisation et d’évolution en tout domaine, pourquoi met-il tout en œuvre pour que se réalise de son propre fait la prophétie qu’il ne veut plus entendre ? Pourquoi cherche-t-il obstinément à se détruire, alors qu’après avoir tué son père, le Créateur, il s’acharne maintenant à massacrer sa mère, la Terre. Est-ce un déterminisme issu de l’inconscient collectif qui l’y pousse au profit de l’avènement hypothétique d’un surhomme, ou bien est-ce le fait de sa volonté délibérée, la jouissance de détruire dont on sait la correspondance à l’analité pure ? Six mille ans d’histoire pour en arriver à satisfaire un besoin pressant ! A l’origine de la tragédie on trouve le désir de toute-puissance.
    Il ne sert à rien, on en conviendra, de remettre Philippulus dans son asile, sauf à se boucher encore davantage yeux, nez et oreilles ; il ne sert à rien non plus de le suivre alors qu’il fait résonner son gong et qu’il annonce le châtiment. Que Philippulus soit montré comme fou, rien que de très normal car comment considérer autrement celui qui se charge d’annoncer comment les choses sont, seront ou devraient être ?

    Et les astres dans le ciel, que disent-ils de tout cela ? Dans le grand théâtre cosmique trois acteurs nouveaux sont venus, en deux siècles à peine, modifier radicalement et accélérer le cours de l’histoire du monde : Uranus, Neptune et Pluton, respectivement dieux du ciel, des océans et des enfers dans la mythologie antique. Après avoir conquis le ciel et pris conscience qu’on ne pouvait raisonnablement espérer coloniser une autre planète avant (très) longtemps ; après avoir conquis les océans et réalisé qu’il n’y avait plus de terre nouvelle à explorer ; après avoir pillé les richesses du monde souterrain et s’être rendu compte qu’elles n’étaient pas illimitées, l’homme s’ingénie maintenant à ouvrir les boîtes de Pandore. Après l’atome, le génome : dans son délire égotrophique il ambitionne désormais de produire avec la fusion nucléaire une énergie infinie — comme Dieu — et de se donner avec la manipulation du génome la vie éternelle — comme Dieu. Comme tout cela est exaltant, comme tout cela mérite que l’homme se félicite de ses avancées, qu’il admire ses propres prouesses et se les montre en exemple ! De même que la mère de Napoléon qui, au faîte de l’Empire, disait à ses enfants « pourvou qué ça doure », l’observateur anonyme et silencieux est en droit de se demander : pour combien de temps ?

    Ces considérations posées, j’ai choisi, à titre personnel, de m’en remettre entièrement au Créateur : qu’il envoie un nouveau messie, qu’il vienne lui-même donner naissance à un nouvel âge d’or, qu’il nous envoie un aérolithe pour détourner notre attention de nos funestes projets, à moins que ce ne soit quelque envahisseur extra-terrestre ou tout autre phénomène à sa convenance, ou bien qu’il laisse les hommes libres de mettre un point final à ce qui n’est, après tout, qu’une infime partie de l’univers, mais néanmoins la seule nôtre, je le reconnaîtrai comme Créateur et me reconnaîtrai comme sa créature.

    C’est ainsi que, si l’on veut aller jusqu’à la réalité de l’ordre le plus profond, on peut dire en toute rigueur que la « fin d’un monde » n’est jamais et ne peut jamais être autre chose que la fin d’une illusion.

    René Guénon, Le Règne de la Quantité, Gallimard, 1945

    Paris, le 11 avril 2005

  10. Cher Yves Paccalet,

    Je suis un simple critique bibliomane qui chasse, non pas des baleines =;) mais bien des livres pénétrants et lucides comme le vôtre. Suite à la lecture de « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », j’ai décidé de rédiger un compte-rendu de votre livre que je trouve absolument magistral. Je m’appuie sur votre livre, véritable régal philosophique, pour prolonger en même temps mes propres inquiétudes et réflexions personnelles. Voici donc en guise de gratitude et d’hommage à votre essai fort lucide ma propre critique, que vous pouvez également lire sur le site de http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/13535 (sur lequel apparaissent les italiques), et en voici le couper/coller :

    « Chronique de la disparition de l’homme annoncée »

    Le philosophe et naturaliste Yves Paccalet, ancien compagnon de route de Jacques Cousteau, fait la démonstration dans ce pamphlet cataclysmique de magnitude élevée que les catastrophes planétaires risquent de se multiplier de plus en plus de façon erratique, voire que l’aventure de l’Humanité pourrait bien s’achever et tirer à sa fin si les humains continuent de se conduire comme des créatures irréfléchies et irresponsables. Avant d’entrer dans le vif du sujet, saluons d’abord l’intelligence de ce livre lucide et brillant comme un soleil noir, de lecture très agréable, et écrit dans une prose d’une simplicité désarmante qui fait mouche. Le bilan noir et accablant qu’il établit de notre sale et encombrante « empreinte écologique » a de quoi glacer le sang. Il nous dresse un tableau consternant de la réalité en télescopant en très peu de pages tous les éléments qui composent le paysage inquiétant de notre planète. En d’autres mots, il donne à voir au lecteur tout ce qu’il savait ou ressentait déjà, mais ahuri de se faire rappeler des choses qui ont tendance à se banaliser. Truffé d’innombrables exemples et de chiffres alarmants, cet essai crée un malaise d’autant plus insoutenable que ce qu’il rapporte correspond tout simplement à un état des lieux indiscutable de notre situation mondiale. Son exposé est certes révoltant, mais en même temps n’étonne plus, tant les médias nous ont habitués depuis longtemps au pire, en nous abreuvant périodiquement d’une ration de malheurs advenant à notre monde. Le courage et le talent de ce pamphlet qui dérange est d’oser regarder en face et sans complaisance la malfaisance native de notre espèce, en résumant de façon éloquente nos tares d’« anthropoïdes bornés ». L’auteur nous explique en termes clairs en quoi consisteront les désastres qui nous attendent si on s’entête à tout prix à vouloir préserver notre niveau de vie malsain et à se comporter comme des « cancrelats » avides et vicieux. Comment ne pas désespérer de notre condition animale, trop animale, vouée à une disparition prochaine scientifiquement de plus en plus probable, après la lecture d’un tel réquisitoire féroce et amer contre l’humanité ? Nous savons de plus en plus que nous allons droit vers notre perte, et pourtant nous nous obstinons à faire l’autruche, question de maintenir et de conserver notre qualité de vie. Mais le philosophe nous promet que si rien ne change, nous sommes assurés qu’au bout du parcours « le bolide percutera le mur. Nous fonçons vers le précipice en nous réjouissant de notre vitesse prodigieuse, que nous nommons « croissance » » (12).

    L’ambition de ce livre n’est rien de moins que de remettre l’homme à sa place, de lui dire ses quatre hideuses vérités et de « mettre à nu ce primate insignifiant et vaniteux qui se prend pour le prince de l’univers » (17). Il suffit de dresser un inventaire minimal pour se rendre à l’évidence : l’homme, ce prétendu « roi » de la création, « se prenant pour la plus noble espèce » (80), n’est en réalité que ce « fou » de destruction, ce parasite qui ne cesse de polluer la planète, de saccager les espaces verts, d’éviscérer la Terre de ses richesses naturelles, de déverser ses saletés et ses déchets dans les océans, et d’épuiser à la moelle telle une sangsue les dernières ressources subsistantes. La vérité de ce bipède sans plumes qu’est l’homme est qu’il est « un ravageur imprévoyant, un destructeur invétéré ; un saccageur qui n’a d’autre préoccupation que son intérêt immédiat ; une espèce violente envers les autres comme envers elle-même ; un danger pour tout ce qui respire » (17). Paccalet pulvérise en éclats l’image que l’on associe communément, mais à tort selon lui, à l’Homo sapiens : il serait, dit-on, l’espèce la plus sage, la plus généreuse et la plus raisonnable. En fait, de toutes les espèces vivantes, l’espèce humaine a beau se targuer d’être la plus intelligente, il reste qu’elle est « la seule qui ait beaucoup de matière grise mais qui agisse avec le discernement du concombre de mer ou de l’étourneau » (82). Oui, l’homme a réussi à devenir maître et possesseur de la nature grâce à la science et à la technique, oui, l’homme a su répondre à tous les défis qui ont mis sa capacité de survie à rude épreuve, mais tout se passe comme si les « progrès » et l’arrogance séculaire avaient tellement gonflé le cortex de ce « batracien bouffi d’orgueil (55) » qu’il s’imagine invincible, et ce, à la grande tranquilité d’esprit des optimistes béats de confiance devant ses prouesses technologiques, sa pugnacité et sa résilience. Il se peut bien par contre que cette bouffissure de l’orgueil ne finisse, à terme, par lui coûter sa peau. Là-dessus, le grand naturaliste ne se fait pas d’illusions : « L’humanité n’a aucun avenir. Elle fera encore quelques « progrès » scientifiques et techniques. Mais aucun en morale, en amour ou en désir de paix. Elle est convoquée au néant ; vouée à l’extinction [..] L’homme est un grand pingouin sans lendemain » (45). Pourquoi l’humanité est-elle convoquée au néant ? Eh bien, parce que la mesquinerie, l’intérêt personnel, et l’égoïsme humains étant aussi inflexibles que le sont les lois de l’attration universelle, on se demande par quel miracle on pourra dévier de l’orbite du chacun pour soi la trajectoire qui nous conduira vers un souci plus écologique de l’humanité, enfin décentré des oeillères et des préoccupations ordinaires de tout un chacun. Quand les lois implacables de l’intérêt personnel sont violées « en apparence », par exemple dans l’hypothèse d’une ouverture altruiste au sort de l’humanité et de la planète, en réalité ce détournement des voies normales de la nature humaine n’en est pas un. Car comme nous l’a appris Nietzsche, à la suite de La Rochefoucauld, les comportements prétendûment « désintéressés » et « vertueux » ne sont en réalité que les différents masques revêtus par l’amour-propre, mû uniquement par l’instinct de conservation. C’est aussi ce que rappelle Paccalet : « L’Homo sapiens se compose de soixante mille milliards de cellules et de beaucoup de substance égoïste. Nous allions la rapacité à la cruauté, tout en nous prenant pour la plus noble espèce ; la seule qui ait une conscience et une âme… Je m’amuse en agitant l’idée que Dieu nous aurait conçus à son image [..] L’homme n’agit dans l’intérêt général que par hasard ou par exception » (80).

    Pourquoi la vision de la condition humaine de Paccalet est-elle si pessimiste ? C’est qu’elle est simplement lucide et sans fard. Ainsi, même lorsque nous nous faisons gloire de poser des gestes « bons » et « purs », le ver de l’amour de soi s’infiltre, gâte et corrompt le coeur de nos élans en apparence altruistes, mais qui en fait « participent du même schéma organique que leurs symétriques égoïstes » (98). On prétend agir de façon « humaniste », mais on s’assure au préalable que les témoins de notre bienfaisance seront nombreux avant de le faire ostensiblement. L’homme est ainsi fait qu’il « ne se préoccupe de faire le bien que s’il peut aussi le faire savoir ; s’il est en mesure de prouver à la société combien il est dévoué et rempli d’abnégation [..] Je songe à mon prochain, non pas parce que je l’aime comme moi-même, mais parce que tout le monde me regarde et que je tirerai bénéfice de ce geste » (81). Ces réflexions visant à démystifier et à mettre à nu l’essence foncièrement égoïste d’Homo sapiens ne sont pas nouvelles bien sûr, mais elles s’inscrivent parmi d’autres dans le courant de l’essai pour démontrer que « rien n’échappe à la dictature de notre cerveau limbique » (100). Notre cerveau limbique est en fait la boîte de Pandore qui, lorsqu’elle est bien comprise de l’intérieur, permet à l’éthologie de mettre au jour la volonté de puissance et de domination qui animent l’humanité depuis ses débuts et d’expliquer les pulsions de base qui dictent son devenir, et que Paccalet résume par le territoire, la hiérarchie, et le sexe. Comment, dans cette optique, imaginer qu’advienne jamais le jour où ce « cancer de la Terre » (55) qu’est l’homme, ce « grand pingouin doublé d’un obsédé sexuel » (47), qui prolifère plus rapidement que la plus maligne des tumeurs (au rythme de trois bébés par seconde, nous disent les démographes !), qui fornique et accouche comme un débile (« La Terre n’est qu’une orgie » (56), dit Paccalet..), qui cède bêtement à l’injonction aveugle de ses gonades sans avoir le discernement de s’aviser que la Terre est déjà trop surchargée pour être encombrée de milliards d’autres bambins (« ces nains vicieux, d’une cruauté innée », disait Houellebecq) et qui deviendront, à leur tour, de futurs consommateurs, saccageurs et pollueurs ; comment donc, disions-nous, imaginer le jour où l’Homo sapiens obéira à l’improbable déclic cortical (et non limbique !) qui lui soufflera qu’il est peut-être temps qu’il mette un frein à sa pulsion « lapinesque » ? « L’Homo sapiens, écrit Paccalet, est un copulateur intempérant. Un inlassable producteur de bébés. Il aurait mieux fait de se nommer Homo proliferens. Il adore répliquer son ADN et transmettre ses gènes » (47). Inutile de s’appesantir sur tout ce que cette pulsion lapinesque comporte de profondément égoïste, rationalisée dans tous les sens et déguisée en vocables creux dont le plus risible est l’ »amour » (quant à l’amour du prochain…). Décidément tout et tout le monde succombe à cet instinct tyrannique qui ordonne de se diviser, qu’il s’agisse des cellules ou de ce grand singe qu’est l’Homo sapiens. L’auteur lui-même reconnaît s’être laissé aller à cet appel de l’espèce : « J’ai moi-même expérimenté la force irrésistible de la pulsion reproductrice. J’ai déposé quatre enfants sur une Terre qui ne m’avait rien demandé » (49). Et Dieu dans tout ça ? Eh bien, n’en déplaise à son omniscience, mais Dieu aussi a été pris au piège semble-t-il, puisque la Nature, à l’évidence plus rusée que lui, ayant eu raison de lui, a dû sans doute lui glisser dans le creux de l’oreille divine ce mot fatidique de la Genèse (« Croissez et multipliez ! », lit-on dans ce livre..), prescrivant aux générations à suivre la recette du désastre que sont les guerres futures, la famine, les inégalités entre les hommes, la Folie humaine quoi… Le comble, c’est qu’il se trouve encore des optimistes atteints de cécité mentale pour penser que le problème préoccupant de la surpopulation est dénué de fondement. A les en croire, « grâce à son intelligence, à ses techniques et à ses sciences, il pourra (certes, avec l’aide de Dieu !) continuer de pulluler sans entraves…» (60). Comme quoi l’optimisme béat, souvent d’origine religieuse, est aussi inaliénable que l’incoercible besoin animal de se reproduire auquel il donne sa bénédiction…

    Il faut comprendre que si Paccalet, comme tous les grands pessimistes, joue les Cassandre catastrophistes, c’est parce que, ironiquement, il a longtemps aimé et continue d’aimer l’humanité : « Je ne prédis aucun avenir radieux à l’humanité, mais je ne puis m’empêcher de lutter pour sa survie » (138). En même temps, il ne peut s’empêcher de constater que l’espèce humaine, dotée d’une « incommensurable stupidité » (130), n’apprend jamais de ses erreurs, et que l’éternel retour du même, au principe des passions humaines, lui fera commettre encore et toujours les mêmes bêtises. Même conscients de toutes les catastrophes imminentes qui risquent de s’abattre bientôt sur leurs têtes, les hommes continueront à poursuivre le même train-train et à se distraire des mêmes occupations aussi sûrement que la loi de l’inertie continuera à gouverner les objets physiques. En fait, il faut être assez lucide pour se douter qu’à l’orée du temps de crise et d’instabilité qui s’annonce d’ores et déjà, loin que nous devenions plus altruistes et sages, c’est au contraire les réflexes « limbiques » de peur, la crispation, la panique et le repli individualiste sur les acquis égoïstes de chacun qui auront de plus en plus tendance à prévaloir. Voici ce qu’en dit Paccalet à ce propos : « Que feront les [hommes], une fois conscients du risque ? Je prends le pari qu’ils chercheront, là comme ailleurs, l’accroissement de leur territoire et de leur puissance. Ils ne seront jamais sages, même si les pires ennuis se profilent » (173). Imaginer, après ça, qu’un Dieu un tant soit peu épris de perfection ait pu créer ce risible ectoplasme interstellaire qu’est l’homme, voué à une extinction prochaine, est une douce rigolade : « Si Dieu existe, il se moque de nous derrière son nuage ; [..] Mais si Dieu nous a créés, quel flop ! Quel raté historique et même préhistorique ! … L’humanité est une marchandise défectueuse [..] Je suis désolé de noter que, si nous sommes le plus parfait résultat de l’intelligence divine, le QI du Créateur avoisine celui du pithécanthrope ! » (96-97).

    Nous savons que l’écart entre pauvres et riches ne cesse de croître scandaleusement, que la mondialisation ne profite qu’aux plus nantis, que dans le même temps les conflits et les guerres s’exacerbent, que l’hyperconsommation et le gaspillage achèvent de violer, défigurer, meurtrir ce qui reste d’innocence et de beauté sur Terre, que les saccages sont en train de transformer la biodiversité en bio-uniformité, et nous avons le culot de parler de « progrès » et de « droits de l’homme » ? Voici quelques phrases bien frappées avec lesquelles notre auteur règle le compte et cloue le bec à l’engeance des idéalistes, des optimistes et des triomphalistes de tout acabit qui osent encore « croire en l’homme » : loin d’être un loup pour l’homme, l’homme, à vrai dire, « est bien pire : un homme pour l’homme » (68) ; l’Homo sapiens, « ce grand singe nomade, intelligent mais sans cervelle, détruit davantage que n’importe quelle espèce depuis le Déluge » (161) ; « L’homme est méchant parce que c’est un animal pensant » (70) ; « l’espèce humaine est affreuse, bête et méchante. Nous avons tous en nous quelque chose de nazi » (71) ; « L’homme est une espèce jetable, à l’image de la civilisation qu’il a inventée » (46) ; « Nous nous comportons comme des goinfres. Nous sommes les seuls vrais parasites de la planète » (122) ; « Je ne parviens pas à instiller le moindre optimisme dans mon propos. La situation n’est pas triste : elle est désespérée. Nous nous effacerons de la surface de la Terre » (111)… Des passages semblables dépeignant ce grand et glorieux chef-d’oeuvre de la Création qu’est l’homme pourraient être multipliés dans L’humanité disparaîtra, bon débarras ! Mais à quoi bon, du moment que, comme le disait Paul Valéry, « nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles » ?

    D’aucuns penseront que Paccalet est défaitiste, nihiliste, misanthrope, ou que son négativisme trop cru ne débouche sur aucune voie de solution concrète qui invite à sortir de la crise dans laquelle s’enlise actuellement l’humanité. Qu’ils se détrompent pourtant, car la suite de L’humanité disparaîtra, bon débarras ! a été donnée dans Sortie de secours (2007), dans lequel notre écologiste inquiet se donne la peine, malgré son scepticisme, de formuler quelques propositions salutaires et revigorantes telles que la « philosophie du peu » et la « décroissance enchantée ». Mais y compris lorsqu’il est pessimiste comme dans l’essai qui nous intéresse, Paccalet ne fait qu’user de sa lucidité et préfère ne pas enduire ses mots de vernis sous prétexte qu’il ne faut pas être « catastrophiste ». Rappelons que le catastrophisme n’est gratuit que lorsqu’il n’est pas tendu par des faits concrets et par des événements qui attestent sa légitimité. Or il se trouve qu’à l’heure présente l’entière communauté scientifique converge de façon quasi-unanime pour admettre la réalité des menaces qui pointent à l’horizon. Ce n’est donc pas être catastrophiste que de secouer l’humanité de sa léthargie instantanéiste comme tente de le faire Paccalet dans son pamphlet. Il est vrai qu’il a tendance à grossir le trait dans le sens négatif, mais c’est justement pour nous fouetter les esprits engourdis par le consumérisme maladif et obscène, et pour nous sortir de notre torpeur insouciante et notre odieuse indifférence aux autres. D’autres diront encore que Paccalet passe sous silence le fait que l’homme est coriace et qu’il n’est jamais aussi malin que dans les situations désespérées et critiques où il est sur le point de faire naufrage. A cela on peut répondre qu’il faut savoir de quoi il en retourne d’écrire une charge pareille contre l’humanité en se posant la question suivante : préfère-t-on écouter des paroles sainement alarmistes qui appellent à l’urgence d’agir et à la mobilisation générale des « frères humains », préfère-t-on méditer une réflexion philosophique mûre par quelqu’un qui a parcouru le globe entier, qui a vu de ses propres yeux ce qu’il dénonce, et qui a le mérite d’électrocuter nos naïves illusions, ou bien préfère-t-on le confort crétin et bêta des progressistes pétris de suffisance, prônant hypocritement leur « développement durable » (cet oxymore qui vise à maintenir l’ordre établi, selon Paccalet..) plutôt que de faire valoir une décroissance écologiquement viable ? Ou bien préfère-t-on le discours pernicieux du capitalisme débridé, ce discours régnant qui vante les vertus de la « croissance » et de la « productivité », entonné par « la secte mondiale des goinfres goulus » (selon la juste expression d’Hervé Kempf) ? A faire la sourde oreille au désastre imminent qui frappera tôt ou tard à leur porte et à trop enrober leur foi angéliste en l’homme de catéchisme technoscientiste, les « goinfres goulus » finiront assurément par sombrer, comme le cossu Titanic, dans l’abîme… En tout cas, Yves Paccalet aura fait dans ce livre et surtout dans Sortie de secours son propre wishful thinking, il aura nourri le voeu pieux que les êtres humains se prennent en main et travaillent à changer leur avenir, et il nous aura avertis des malheurs qui nous guettent si on persiste à vivre dans un déni sottement abruti de la réalité lamentable de la planète, un déni humain, trop humain… Que le diable nous emporte après cela d’avoir minimisé les avertissements de Gaïa et de ne pas avoir écouté la voix de la sage raison. De son côté, Cioran devait fort probablement soupirer en écologiste sur le destin de notre espèce malade de progrès et de volonté de puissance lorsqu’il affirmait dans Écartèlement qu’ « il faut être maboul pour se lamenter sur la disparition de l’homme, au lieu d’entonner un : « Bon débarras! »…

    Ego lector ( Christian adam )

  11. Cher Yves Paccalet,
    Il me ferait plaisir de connaître vos réactions à ma critique. Merci en tout cas de cette belle oeuvre que j’ai lue avec bonheur. J’ai déjà dévoré « Sortie de secours » dont je rendrai compte dans une revue québécoise prochainement, et que je vous enverrai éventuellement. En attendant, j’attends, comme tous vos lecteurs, un autre essai palpitant de brio, d’esprit, d’humour, d’humanité et d’intelligence, ces qualités avec lesquelles vous avez réussi merveilleusement à séduire nombre de vos lecteurs.

    Au plaisir de vous lire,
    Christian Adam :) chrisadam@videotron.ca

  12. Yves Paccalet dit :

    Cher Christian Adam,
    Merci pour ces réflexions… que je n’ai encore que parcourues rapidement.
    Si vous voulez que d’autres réagissent sur votre texte et sur mon blog (et qu’ils se rendent sur votre site), peut-être vaut-il mieux faire un copié-collé de ce papier et le poster sur un sujet tout récent…
    Amicalement, YP

  13. Christian Adam dit :

    Cher Yves Paccalet,
    Il est vrai que j’ai lu «L’humanité disparaîtra, bon débarras !» un peu tard, mais c’est parce que je ne l’ai découvert que récemment. Et donc comme je trouvais qu’il disait des choses fondamentales, je tenais à le commenter et à en rendre compte (même deux ans après sa parution..). Aussi ce sont plutôt vos remarques – pas celles des autres – qui m’intéressent bien entendu, puisqu’il s’agit d’une critique portant sur votre livre…
    Il va sans dire que je laisse cela à votre discrétion. Vous avez fort à faire, et je comprends cela…

    Merci en tout cas de ce livre lumineux et des autres que vous écrirez, et dont j’attends la publication avec anticipation… Vous m’avez procuré un vrai bonheur de lecture…

    Bien à vous,
    Christian Adam =:)

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