

L’ourse blanche et ses bébés
27 février 2007
Il a neigé toute la nuit dans la montagne savoyarde.
Prodigieux ! Stupéfiant ! Inouï ! Kolossal ! Il neige en hiver, en altitude… Je me souviens de mes Noëls d’enfant. Je me rappelle une rentrée des classes de janvier, dans mon hameau de Tincave. Les adultes avaient tracé des chemins dans la neige : la couche dépassait de beaucoup ma taille. L’institutrice, Gaby Gellon, nous a fait mesurer l’épaisseur blanche. Un mètre quatre-vingts : j’ai gardé le chiffre en mémoire.
A présent, quand il tombe trente centimètres, la télévision en parle… Il y a quelque chose de vertigineux, dans ce processus. En un demi-siècle, le chaos climatique s’est bel et bien installé. Nous n’en subissons, pour l’instant, que des effets mineurs (quelques tornades, tempêtes, sécheresses, canicules ou cyclones ; peu de chose !). Nous aurons, demain, à payer la vraie note.
En Arctique, les ours blancs sont les premiers menacés : la banquise régresse, elle se forme plus tard, elle fond plus tôt, les grands prédateurs immaculés crèvent de faim. En Antarctique (j’y étais il y a trois mois), le manchot empereur et le manchot Adélie (les plus méridionaux des oiseaux) sont en péril pour la même raison : moins de glace, moins de nourriture (de krill) : la famine.
Qui croira que nous serons longtemps plus malins que les ours blancs et les manchots ? Qui osera affirmer que nous sommes mieux adaptés ? La tonne de carbone ne vaut plus rien sur le marché de la dépollution, façon libéralisme effréné. Nous crèverons de notre surconsommation d’énergie. Nous nous comportons comme des drogués. Nous finirons victimes de surdose.
Rien de grave. Juste une grimace d’horreur. Rien qu’un espoir qui s’efface.
Publié dans la catégorie écologie par Yves Paccalet le 27 février 2007.

23 février 2007
Les amis, bonjour !
J’avais craché mon venin dans « L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! »
Aujourd’hui, vendredi, paraissent quelques-unes de mes solutions : »Sortie de secours ». Pour que mon espèce continue sa fascinante aventure… Aucune n’est aisée. Aucune ne se pourra pratiquer sans de grands efforts individuels et collectifs. Tout cela m’amuse et m’inquiète en même temps. Nous n’avons aucune envie de modérer nos pulsions de territoire et de domination. Mais cela nous est désormais indispensable !
Choisirons-nous la vie ou la mort ? L’humanité a presque toujours opté pour le pire. L’Histoire entière le montre. Aujourd’hui, il nous faut l’exception !
Bon courage, Homo sapiens vulgaris !
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 23 février 2007.
22 février 2007
Je n’ai rien écrit depuis quelque temps : la vie m’emporte, et la mort vient d’emporter ma mère. C’était un soulagement pour elle : Alzheimer torture et terrorise jusqu’au dernier instant ceux qu’il a choisis pour victimes. Maman a cessé de souffrir, et nous l’avons incinérée. Puis nous avons répandu ses cendres, avec des pétales de roses, près de son hameau natal de Tincave, au « plan des Danses », là où elle allait jouer quand elle était gamine. L’un des derniers lieux qu’elle ait évoqués en souriant comme la petite fille qu’elle était redevenue… Les montagnes de la Vanoise étaient une splendeur blanc, rose et gris-bleu. Les roses rouges que nous avons fichées dans la neige paraissaient autant de points d’interrogation. Nul ne pleurait. Chacun pensait que tout était en ordre. Maman était revenue où elle devait revenir. Une brise de doux hiver nous caressait la joue.
Durant la nuit, les chevreuils ont mangé toutes les roses. L’empreinte de leurs sabots fourchus dans la neige semblait celle de créatures de rêve. Ils incarnaient le cycle des molécules.
On vit, avec sa mère, le même nombre d’années qu’on a d’années d’âge. C’est une banalité poétique de le dire. Lorsque je suis retourné, deux jours plus tard, au « plan des Danses », la neige avait fondu. J’ai retrouvé un pétale de rose fané dans l’herbe d’hiver. Un crocus printanier pointait. Le vent chantait la chanson que ma mère me fredonnait lorsque j’étais petit, et qui m’est d’un coup remontée en mémoire avec les accents de sa voix même : « Le temps des cerises. »
Cerises d’amour… Lumière écarlate du sang qui fige. Peu de temps me reste. Je déguste le poème de la vie dans la montagne du bonheur fragile.
Publié dans la catégorie poésie par Yves Paccalet le 22 février 2007.

Antarctique, chenal de Lemaire
2 février 2007
« Levez-vous vite, orages désirés ! » disait Chateaubriand…
Chaos climatique et poétique à la fois. Enfin, ça s’agite… Un front nuageux d’opinion se compose. Le climat de la Terre préoccupe enfin le peuple et ceux qui le dirigent. Le ciel va nous tomber sur la tête, comme le croyaient les Gaulois, et cela nous inquiète. Il n’est que temps. Je cherche à me remémorer la date du premier article que j’ai écrit sur la menace atmosphérique. C’était dans un des premiers numéros du Calypso Log, le journal que je dirigeais dans les années 1981-1990, quand j’étais le « bras droit du commandant Cousteau ». Il y a plus d’un quart de siècle…
Je me demande, tandis que paraît le nouveau rapport du GIEC et que le président Jacques Chirac parle de « révolution écologique », combien de temps nous continuerons à dormir sur notre confort automobile et pétrolier. Je m’interroge sur notre capacité individuelle et collective à consentir les efforts indispensables pour échapper au pire. Je crains que nous n’agissions jamais que lorsque la Terre nous donne un solide coup de pied au cul.
Je suis en train d’écrire un texte sur Samivel, écrivain et dessinateur que nous redécouvrons aujourd’hui, et qui nous offrit des aquarelles inspirées (dans l’esprit de Chu Teh) et des textes à la gloire de la belle nature.
Je vous livre deux pensées de cet auteur :
« Il faut beaucoup de brins d’herbe pour tisser un homme. » (Commandements du parc national de la Vanoise)
« Les chemins durent en moyenne beaucoup plus longtemps que les empires. » (Le Fou d’Edenberg)
J’ajouterais que le but importe peu : c’est le chemin qui compte. Je vous embrasse.
Publié dans la catégorie écologie par Yves Paccalet le 2 février 2007.
2 février 2007
Il y a quelque chose d’étrange à dialoguer avec des inconnus par les moyens du blog. Selon la bonne volonté ou la fantaisie des ectoplasmes électroniques…
C’est comme si le système nerveux humain connectait avec six milliards et demi d’autres systèmes nerveux ses quelque cent milliards de neurones (autant qu’il y a d’étoiles dans la Voie lactée, notre Galaxie). Dialogues irréels.
Impression d’infini. Mais en même temps, ajouterait Coluche, si c’est juste pour dire des conneries…
Publié dans la catégorie poésie par Yves Paccalet le 2 février 2007.