Branche de figuier étrangleur, forêt de Bokéo, Laos.
15 avril 2007
Pour répondre à propos des élections.
J’aime bien Dominique Voynet, comme les autres “Verts”. Je me sens proche de tout ce qu’ils ou elles disent. Nous avons mené maints combats communs depuis trente ans : j’étais dans tous les coups foireux, avec lacrymogènes et matraques, du Larzac à Creys-Malville et de Plogoff à Fessenheim… Mais je ne vote pas “vert”. Je ne l’ai jamais fait. J’ai toujours pensé qu’un parti “vert” était une hérésie ; comme le serait un parti “anti-chômage”. L’écologie, je l’ai en effet souvent soutenu, devrait “polluer tous les partis”, et non pas apparaître comme le fonds de commerce d’un seul. Encore moins quand ledit parti parle davantage d’autre chose que d’écologie… (De ce point de vue, Dominique Voynet a rectifié avec bonheur la tendance.) Un parti politique est un lieu de pouvoir : sitôt qu’il y a des voix à prendre, on voit affluer des individus qui s’en réclament. Inévitablement (cela s’est passé pour le communisme, le trotskisme, le maoïsme, le castrisme, le mouvement féministe, et tous les autres ; voir ma démonstration dans L’Humanité disparaîtra…), surgissent d’un côté des opportunistes, prêts à toutes les compromissions pour devenir les chefs ; et des ayatollahs, pour qui il n’existe qu’une seule vérité, quasiment sacrée. Les opportunistes dénaturent la science écologique en en faisant n’importe quoi (du style “développement durable” je t’embrouille) ; tandis que les ayatollahs transforment ce qui devrait rester une discipline scientifique en un dogme religieux : on n’a même plus le droit d’avouer qu’on s’est parfois trompé. Je récuse les deux tendances.
La première fois que s’est vraiment posée à moi cette question du parti “vert” remonte au début de 1981. Je travaillais à temps plein avec le commandant Cousteau. L’élection présidentielle arrivait, les “Verts” étaient crédités de 15 % des voix, et les sondages donnaient Cousteau à plus de 20 ou 25 % (pas 10 % comme Hulot). Cousteau m’a demandé mon avis. Je lui ai tenu le raisonnement ci-dessus, et j’ai ajouté que, si les “Verts” commençaient à 15 % en 1981, ils finiraient à 1 % vingt-cinq ans plus tard. Nous y sommes. Ils ont commis cette erreur historique.
Mais je crois en la démocratie. Je continue à dire à mes frères “verts” : “Allez-y ! Présentez-vous en écologistes convaincus aux élections locales ou régionales, mais pas dans un parti “vert”. Inscrivez-vous sur la liste qui se rapproche le plus de vos autres idées. (Pas le Front national, quand même : j’ai parlé d’”idées” ; le FN n’est que rancoeur et haine !) Faites-vous élire et travaillez à promouvoir notre conception du monde, de façon concrète, tous les jours, avec la légitimité que vous donne le vote populaire. »
C’est ce que, pour ma part, j’ai tenté de faire. J’en suis à mon troisième mandat municipal : deux fois en Normandie (à Autheuil-Authouillet, 800 habitants, puis à Vernon, 25 000) ; et une fois en Savoie, actuellement, dans mon village natal de Bozel, 2 000 âmes, où je suis adjoint au maire à l’environnement. J’adore, après avoir écrit un texte de portée générale, me coltiner avec les questions de station d’épuration, de gestion des ordures ménagères et d’entretien des sentiers. (En plus, je l’avoue, je me fais gentiment engueuler par mes collègues conseillers parce que je suis toujours en vadrouille ici ou là dans le monde.)
Voilà pourquoi, aux élections présidentielles de 2007 comme à celles de 2002, je voterai au premier tour pour celui que je considère (je me trompe peut-être : j’ai les mêmes informations que vous) comme le moins idéologue, le plus pacifiste, le plus européen (donc le plus mondialiste) et le plus ouvert des candidats : François Bayrou.
Je vous envoie à tous un peu de vert.

Bonjour Monsieur Paccalet, bonjour à tous vos lecteurs
un ptit mot pour dire que pendant que nous bloguons gentiment, démocratiquement, que nous définissons l’OGM et la tyrannie, les autorisations d’essais en pleins champs sont délivrées… sans effet d’annonces en prime time, en lousdé si vous préférez, pas démocratiquement du tout, en clair. (Ne serait-ce qu’au vu du moratoire annoncé par les candidats…)
Alors … heureusement que Greenpeace est là, que la Confédération paysanne est là, que la LCR est là, plus quelques illuminés parci parlà (comme mapomme et quelques autres gentilles pommes), pour veiller au grain , avant qu’on ne le sème.
Pour exemple : 2 essais de maïs transgénique de plus ont été autorisés sur des parcelles en Lorraine en mars dernier – Je peux vous assurer que ça n’était pas médiatique, et pas médiatisé du tout ! La mobilisation s’est faite IN-EXTREMIS, tout le monde a failli être mis DEVANT LE FAIT ACCOMPLI . Après quelques réunions d’information dans les villages, conférences filmées et débats d’information dans des salles polyvalentes , organisés par de dangereux paysans armés … de rage et de désespoir uniquement, soutenus par de dangereux collectifs extremistes et antilibero , infos au quotidiens régionaux, marche de contestation (Nous étions 70…), la décision d’ensemencement sur une des parcelles a été (provisoirement) retirée par l’agriculteur concerné.
Sans les voyous dégénérés que nous sommes, c’était deux champs de maïs bt de plus, pendant que tout le monde est occupé à se demander si le deuxième tour des élections françaises va opposer la droite cool à la droite dure … Excusez, Monsieur Paccalet, mais sur ce coup là, ya de quoi avoir les boules. Réveillez-vous, les gentils, le monde ne l’est pas ! Dites-moi : qui est au coeur de la démocratie dans le cas de figure que j’invoque ?
Ben moi mon cher Yves, je trouve miraculeux que le radicalisme de vos idées réformatrices s’accomode d’une telle fibre démocratique. Ca me plait beaucoup. Je vous aime comme ça.
Véronique, s’interposer physiquement sur le terrain des OGM n’est pas utile. Si c’est un acte citoyen, il n’en s’agit pas moins d’un acte antidémocratique. Ca fait passer l’écologie pour une secte. Vous provoquez le rejet au lieu de provoquer l’adhésion. Pourtant, des millions de personnes vont devoir se l’approprier cette cause écologique.
Regardez ma petite histoire personnelle : médecin, 44 ans, marié, 3 enfants. Il y a 2 mois je n’avais aucune conscience écologique. Zéro. Même pas envie de me taper le recyclage de mes poubelles. Un vrai scandale.
Pour passer le temps sur un vol transatlantique et jeter un oeil sur ce qui faisait tant de bruit, j’ai acheté à Roissy « Pour un pacte écologique ». Comme Nicolas HULOT a pris soin de ne taper sur personne, je me suis laissé porter puis complètement convaincre. J’ai compris. Ma vie change. Je mets en pratique. J’en parle à tous les gens que j’aime.
J’ai poursuivi par les 2 derniers livres de Yves dont les excès sont ceux du coeur, pas de la raison.
Je comprends maintenant qu’il a peut-être même inspiré la méthode HULOT. Bravo et merci.
Si un humain lambda comme moi a eu le déclic, c’est que nous ne sommes plus très loin d’une prise de conscience générale.
Démocratisons la cause écologique et dans nos actions, rendons-nous au moins sympatiques !