Démocratie, OGM, José Bové

17 avril 2007

La question des OGM pose, en effet, directement, la question essentielle de la démocratie et de l’écologie. Au nom de la « résistance », du « bien supérieur » de l’humanité, de l’intégrité génétique de la nature, etc., José Bové et les « faucheurs volontaires » commettent des actions violentes. Rien de plus violent (hormis les atteintes aux personnes) que d’entrer dans une propriété et de tout y saccager.

Jusqu’à quel point peut-on, au nom de l’intérêt général, commettre de tels actes ? Sont-ils profitables pour notre espèce à moyen et à long terme ? Le droit de se révolter existe, le recours à l’insurrection a ponctué l’Histoire, le mot « résistance » avait un sens quand il s’agissait de combattre le nazisme.

Je ne suis pas sûr que la question des OGM vaille qu’on utilise cette arme suprême. Pour plusieurs raisons :

Primo. Les « faucheurs volontaires » de maïs et autres cultures OGM sont souvent des paysans eux-mêmes, par conséquent soupçonnés d’être à la fois juge et partie. L’universalité de leur combat n’est pas claire pour tout le monde.

Secundo. Le danger des OGM existe, pour la santé publique comme pour l’environnement. Loin de moi la tentation de le sous-estimer. Est-il beaucoup plus terrifiant que celui des déchets nucléaires (on nous prépare des vagues de nouvelles centrales partout dans le monde), de la déforestation, de la dévastation des mers, des gaz à effet de serre, etc. ? Pourquoi ne pas utiliser la violence contre les automobiles (cassons les garages !), les coupeurs de forêts tropicales (minons leurs pistes !), les marins-pêcheurs (coulons les chalutiers !), les bâtisseurs de réacteurs EPR (rasons l’immeuble d’Areva) ?

Tertio. Je suis résolument contre les OGM que les grands groupes de semenciers veulent nous refiler sans expérimentation suffisante, dans le seul but de conquérir de nouvelles parts de marché, c’est-à-dire pour faire du fric. Mais je ne suis pas « contre les OGM » en général. Nous aurons besoin d’OGM demain, notamment dans le domaine médical. On pourra les produire en sécurité, dans des milieux confinés (en laboratoire, sous serre, etc.). Se déclarer « contre les OGM », sans préciser lesquels, me semble une forme d’obscurantisme. Je reste convaincu que la science est non seulement nécessaire, mais belle.

Quarto. Lorsqu’on utilise les armes de la violence, on enclenche un processus qu’on ne maîtrise plus. Si nous voulons que la Terre et les hommes s’en sortent au XXIe siècle, je suis convaincu que nous devons, dans presque tous les cas (une nouvelle menace nazie serait un cas contraire…), user de la non-violence. Du pacifisme. Démontrer les vertus de l’exemple démocratique.

Voilà pourquoi, tout en demandant que la justice cesse de harceler José Bové et ses amis, je n’ai jamais participé à des actions de fauchage volontaire.

Pour conclure sur une note joyeusement pessimiste, je dirai que les OGM agricoles sont, de toute façon, en train de nous bouffer tout crus. En Argentine, au Brésil, aux Etats-Unis, en Inde, en Chine, bref partout, on les sème à tout vent. Maïs, soja, colza, etc.

Le colza est superbe, avec de jolies fleurs jaunes, il enchante la Terre. Il fait partie de la famille des crucifères (ou brassicacées), comme le chou, la moutarde, le radis, le cresson, etc. Mais c’est un envahisseur végétal. Je le vois conquérir la planète : non seulement il pousse sur les îles de l’Atlantique (allez à Houat et Hoedic) et jusqu’à plus de 2 000 mètres en montagne (voyez le col du Mont-Cenis), lieux où on ne l’a jamais semé dans un champ, mais il se transporte au bout du monde. Littéralement… Je l’ai aperçu jusqu’en Terre de Feu, dans les environs d’Ushuaïa. Si des colzas OGM présentent un danger pour la biosphère, notamment pour nos précieuses petites personnes, soyons conscients qu’il est déjà trop tard.

Je vous raconte tout cela un brin de colza à la bouche. Le parfum en est à la fois puissant et sucré. Très agréable. Avec des notes de giroflée jaune et rouge et de cardamine rose tendre. Une symphonie de nectars, pour une douce agonie.

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11 réponses à Démocratie, OGM, José Bové

  1. Erwan Le Soz dit :

    Le développement des OGM reste avant tout une question d’éthique : l’homme doit-il créer ou modifier des êtres vivants ? Que l’on soit d’accord ou non, cela se défend. Par contre ce qui est certain c’est qu’il est trop tard pour les OGM.
    Il n’y a rien de plus noble que de se battre pour une cause que l’on sait juste, mais lorsque celle-ci est perdue d’avance, les volontaires à l’engagement ne sont pas légions. Je ne voudrais pas inspiré un film Hollywoodien intitulé « le dernier faucheur ».

  2. Gilles dit :

    D’accord avec vous sur la forme (saccager des plantations d’OGM n’apporte in fine pas grand chose) peut-etre pas sur le fond (il est des theme ou la revolte « armee ou presque » est justifiable). La democratie, moins pire des regimes, est devenue dans nos contrees une sorte de trompe l’oeil. Meme en trouvant Bayrou sympathique, je ne suis pas sur que son election changera/changerait grand chose au « combat ecologique ». Ou plutot je ne le vois pas (pas plus lui que les 2 autres « candidats majeurs ») en position d’imposer les changements profonds et douloureux qui sont d’ores et deja indispensables si nous voulons laisser une terre vivable a nos enfants. Et peut-etre (peut-etre) que la seule chose qui nous sauvera, ou pourrait les sauver, est une revolution (ou est cache notre Gandhi ?).
    Evitons la violence, oui, mais cela n’empeche pas de lutter violemment contre ce qui nous est impose par une violence plus ou moins deguisee (pesticides, consommation a outrance avec toute les consequences).
    Je ne partage pas votre opposition au nucleaire -qui pourrait bien etre le detail qui empechera de basculer d’une catastrophe climatique a une catastrophe humanitaire par absence d’energie et les conflits qui en decoulent). Jusqu’a present, aucun des arguments anti-nucleaires que j’ai lu (et j’en ai lu des tonnes !) ne m’a vraiment convaincu. Le risque existe, la pollution existe, mais les deux semblent limites par rapport a bien d’autres risques d’origine similaire.
    Au dela de ce type de divergence, une seule chose est sure, il faut continuer a agir !
    Merci de votre action, de votre message, de votre dynamisme.
    Cordialement,
    Gilles Garcia
    PS: J’ai meme retrouve les numeros de Terre Sauvage avec vos chroniques sur vos ballades en France ! :-)

  3. Erwan Le Soz dit :

    Je suis d’accord avec toi en ce qui concerne le nucléaire: c’est peut-être la solution la moins pire.
    Je ne m’aventurerai pas (par incompétence) sur le terrain des déchets, mais il est un autre problème dont on entend que peu parler: la pollution thermique.
    En effet les circuits de refroidissement utlisent l’eau de rivière avant de la rejeter réchauffée, ce qui à bien sur une influence non négligeable sur l’écosystème local. La solution alternative est la cheminée de refroidissement atmosphérique (celle qui dégage de la fumée blanche qui fait peur mais n’est autre que de l’eau) mais celle-ci est désagréable à l’oeil.

    l’oeuil ou la vie?

  4. Véronique dit :

    Pour une poésie transgénique :

    Je me permets de vous rappeler que les semences transgéniques, bien qu’elles volent partout, certes, ne sont pas autorisées dans les champs, en France. Les voitures et les bateaux, eux, sont autorisés, mais pas dans les champs. C’est pourquoi je lance un appel solennel à la guerre d’étrangeté :

    Réveillez-vous frères de Verdun, ô sœurs de Douaumont !

    Sus aux chalutiers qui encombrent nos sentiers de randonnée en toute impunité !

    Sus aux berlines qui circulent dans les allées de nos potagers !

    Hardi ! Boutons hors de nos forêts ces voiliers qui détruisent impunément leur humus!

    Dans la Marne, les taxis ! Assez de catamarans qui polluent nos céréales ! A l’eau, les catamarans !

    Tout ça pour dire…. Gaffe à l’intox ! Attention aux arguments apposés sans nécessité, aux extensions inappropriées qui, sous couvert d’enrichissement du propos, stérilisent nos débats – c’est proprement le mal françois – comme disait je ne sais plus qui à propos de tout autre chose !

    Oui oui, j’ai bien compris ce que vous n’aimiez pas… mais certaines idées n’arrivent pas toutes seules à l’Assemblée, souvenons-nous en….

    nb : je vous laisse juge de la publication de ce billet ou non, c’est votre blog, et c’est vous le chef ; moi je préférerais qu’il ne tombe pas dans le domaine public, mon 225ème degré d’humour peut être douteux et(on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui). Je précise que cet envoi effronté est tout-à-fait respectueux.

    Merci de votre attention. La mienne vous est acquise.

  5. Véronique dit :

    J’aime les livres.

    J’aime lire dans Gandhi(au sujet de la non-violence, l’ahimsa) [… on ne trace pas sa vie comme une ligne droite. Elle est faite de devoirs, très souvent contradictoires, parmi lesquels on est appelé en permanence à faire un choix…[.] Une multitude de forces pèsent sur notre vie. La navigation serait aisée si, à partir d’un seul principe général, on pouvait déduire automatiquement toutes les décisions à prendre. Mais je n’ai pas le souvenir d’une seule fois où j’aurais pu agir avec une telle facilité. […] Pour mieux me faire comprendre , supposons que je sois membre d’une institution qui possède quelques acres de terre. Ses récoltes risquent d’être détruites d’un moment à l’autre par des singes. Estimant que toute vie est sacrée, je désobéis par là même aux principes de l’ahimsa si je fais le moindre mal à ces animaux. Pourtant, je n’hésite pas à susciter la lutte et à lutter moi-même contre eux afin de sauver les récoltes. Pour ne pas recourir à cette extrémité, il faudrait quitter ou détruire l’institution. Mais je m’en garde bien car je sais pertinemment qu’il n’existe pas de société où il n’y aurait aucune agriculture et où par conséquent il serait possible de respecter toutes les formes de vie. Donc, avec crainte et tremblement, humilité et componction, je participe à l’attaque lancée contre les singes, espérant toutefois, un jour, découvrir une autre solution…[…] La non-violence procède d’une manière extrêmement mystérieuse. Souvent, les actes d’un homme défient toute analyse en termes de non-violence. Non moins souvent, ses actes peuvent avoir l’apparence de la violence, alors même qu’il est absolument non-violent au sens le plus élevé du terme ; et tôt ou tard, on peut en avoir la confirmation…] cf Gandhi – la voie de la non-violence – collection folio 2 € n° 4148

  6. arzi dit :

    Etes vous sur que les faucheurs d’OGM (qui mettent en jeu leur liberte’, pour lutter contre une dissemination irreversible…) soient opposes a leur culture en milieu confine’?

    Soyons attentifs au risque de dissemination, et attentifs aussi… au risque d’amalgame !

  7. Véronique dit :

    merci arzi j’allais envoyer un petit mot la dessus, mais j’ai pas-le-temps. c’est déjà ça !
    plein de courage à tout le monde !

  8. Sancho dit :

    A la fin du 19ème siècle début du 20ème, il n’y a pas eu beaucoup de monde, que je sache à se révolter contre la pollution du CO2 sortant des pots d’échappements des automobiles . On se méfiait moins des méfaits de la révolution industrielle que maintenant.Et les sondages n’étaient pas tendances. Ensuite, pour ce qui concerne les méfaits de l’amiante, du veau aux hormones etc…,les écarts de réactions sont encore longs mais se révèlent quand même plus tôts pour en réclamer arrêts et réparations. En ce qui concerne les OGM nous sommes maintenant rendu à avoir la méfiance plus aiguisée et la conscience plus éveillée pour analyser ce qui se passe aux différents niveaux de décisions qui règlent nos vies et deviner qui tirent effectivement les ficelles. Alors il est normal de ne plus attendre les mauvais coups des causes pour les combattre. De quelles manières ? Ceux qui sont « pour » les OGM en plein champ ont raison d’essayer de nous convaincre du bien fondé de ces « chimères » et sont susceptibles de gagner le combat puisqu’ils ont, en terme de groupe de pression, tous les décideurs et gros médias de la planète derrière eux. Mais en France, démocratiquement parlant,ils ne sont que 14% (abstentionnistes confondus) à en vouloir dans les champs et les assiètes. Je sais qu’il y a les recommandations de l’OMC,l’AGCS, les dirrectives des commissions européennes pour appuyer encore plus leurs revendications. Mais nous, nous qui sommes contre les OGM en plein champ, nous sommes 86 % alors, la démocratie est-elle à jeter aux horties ? On a beau écrire à tous nos élus, préfets, ministres,rien n’y fait …puisqu’ils n’en tiennent pas compte …je fauche et faucherais encore ce week-end . Qu’est-ce que nous pouvons faire de mieux ? Donnez d’autres idées bon-sang ! si vous en avez .

  9. granet dit :

    libertaire 54 ans malgres quelques desillutions voudrez lutter contre le genocide terrestre .vive le colza. envoyer vos propositions

  10. aussi peu de commentaires à ton bilet me surprend beucoup ! ;)

  11. Un autre journalisme est possible, les Faucheurs Fauchés, un reportage en micro embarqué avec les faucheurs volontaires. Auto-dérision et plaisir de partager un petit moment d’impro

    http://www.myspace.com/lebidouilleart

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