Je viens d’écouter à la télévision le discours de Nicolas Sarkozy, ce dimanche au stade de Bercy. Ben mon vieux ! Il s’est acharné comme un pitbull sur Mai 68, que dans mon récent « Sortie de secours », je réhabilite et j’encense. Je vous transcris juste un passage de mon bouquin :
« Sous les pavés, la plage ! »
« Jouissons sans entraves ! »
« Soyons réalistes, demandons l’impossible ! »
En Mai 68, nous ne chantions ni trop faux ni trop mal les espoirs de la vie…
En ce temps-là, j’étais jeune, le sida n’existait pas, je fumais des Gauloises bleues, j’avais les cheveux longs et un peu d’éréthisme cardiaque. Je croyais en l’avenir de l’homme et nous avions raison de vouloir bâtir un autre monde.
Rien n’excuse les complicités de crimes dont nous nous sommes rendus coupables par naïveté juvénile – l’irresponsable célébration d’un castrisme et d’un maoïsme dont le romantisme révolutionnaire était dans nos têtes et les prisons à Cuba et en Chine.
Mais il y avait de la noblesse et de l’altruisme dans notre rêve. Continuons le combat sous d’autres formes ! Au temps de l’Internet et des blogs…
On a dit ou écrit que les soixante-huitards avaient trahi leur idéal et pris à la fois le pouvoir et l’oseille. Rien n’est plus faux. Les dépaveurs de Boul’Mich que nous étions (tous cantonniers : quelle ambition !) n’ont pas gagné, mais perdu la bataille. Nous avons été battus, pulvérisés, anéantis. Moins par les CRS, en vérité pas si méchants (ah ! le frisson des matraques…), que par ceux qui s’intitulent « libéraux », qui étaient nos adversaires à l’époque et qui tiennent les commandes aujourd’hui. En Mai 68, ils étaient militants de droite ou d’extrême droite. Nous avions le même âge, mais c’est tout que nous partagions.
Aucune de nos idées n’a gagné. Nous voulions la démocratie, l’amour libre, l’écologie, la tolérance et le partage. Nos adversaires étaient militaristes, puritains, productivistes et possessifs. C’est bien parce que nos utopies généreuses ont été ratatinées que l’humanité en est arrivée au point de malheur où elle s’afflige. Si l’esprit soixante-huitard avait vaincu, nous aurions depuis belle lurette engagé la croissance zéro sur la Terre et la décroissance chez les riches ; organisé le partage ; opté pour les énergies renouvelables et l’agriculture biologique ; protégé les loups, les ours, les coléoptères et les hyménoptères…
Nous serions entrés dans l’An 01 cher au dessinateur Gébé : « On arrête tout, on fait un pas de côté et on réfléchit. » Nous en serions autour de l’an quarante après Gébé. Nous aurions instauré les prémices d’une civilisation de l’humour et de l’amour. Je ne vais pas prétendre que nous aurions escaladé l’échelle du paradis. Mais nous nous sentirions plus légers. Plus fluides.
À l’image des dauphins dans la mer ou des oiseaux dans le ciel.
Voilà ce que j’écrivais il y a trois ou quatre mois. Et l’autre me vomit dessus ! Vous comprenez que, dans ces conditions, voter pour lui, ça va pas être possible.

Un commentaire
Cher Yves, voici un blog vraiment trés sympa, je vais cesser de lire Ferry
pour m’atteler à votre « humanité disparaitra ». @ trés bientôt. Ici ou là.
15 avril 2008 à 15:06. Lien permanent.