
Orchis mâle Orchis militaire Orchis sureau
(Orchis mascula) (Orchis militaris) (Dactylorhiza sambucina)
17 mai 2007
Tandis que nous discutons politique, ministères, taux de croissance et disparition concomitante de l’espèce humaine, les orchidées sauvages nous enchantent… Dans les prés, autour de mon hameau de Tincave, elles poussent en ce moment, comme chaque année, comme elles le font depuis des milliers de siècles, comme elles le feront encore lorsque nous aurons quitté la scène.
L’orchidée, comme la rose d’Angelus Silesius (le « Pèlerin Chérubinique »), « est sans pourquoi » :
« Elle fleurit pour fleurir,
Sans savoir qu’elle fleurit,
Sans vouloir qu’on la voie. »
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 17 mai 2007.
17 mai 2007
Je rappelle ce calcul, qu’on trouve notamment dans « Le plein, s’il vous plaît », de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean :
Un esclave qui travaille une journée pour son maître déploie une quantité d’énergie de l’ordre de 1 kilowatt-heure.
Un moteur à explosion qui brûle un litre d’essence dégage dix fois plus : 10 kilowatts-heure.
Chaque fois que nous faisons 10 kilomètres en bagnole, nous faisons travailler dix esclaves durant une journée.
Où prendrons-nous nos esclaves, quand nous n’aurons plus de pétrole ?
Publié dans la catégorie énergie par Yves Paccalet le 17 mai 2007.
16 mai 2007
Passation des pouvoirs à l’Elysée. Nicolas Sarkozy prépare son gouvernement. Comme d’hab, j’éprouve le douloureux besoin de dire des conneries. Il m’en vient deux, que je vous livre :
1. Nicolas Sarkozy ne présidera plus un Conseil des ministres, mais un Conseil d’administration, puisque la République sera devenue société anonyme.
2. Si Bernard Kouchner accepte le ministère des Affaires étrangères (ou un autre), il passera directement des boat people aux yacht people.
Ca ne sert à rien, ça n’atténue pas l’effet de serre, mais ça chatouille agréablement les zygomatiques.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 16 mai 2007.
14 mai 2007
Conformément à la Constitution, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous, Nicolas Sarkozy, président de la République Française, nommons au ministère d’Etat de l’Ecologie, de l’Energie, des Transports, de l’Agriculture, de l’Urbanisme et de la Chandelle verte, monsieur Yves Paccalet, voleur de parfums et amateur de haïkus, pour la durée ordinaire de ce que vivent les roses, l’espace d’un matin.
Pour valoir ce que de droit, fait au palais de l’Elysée,
Nicolas Sarkozy, président de la République
(Je déconne, mais c’est pour souligner à quel point nous aimons le pouvoir : qui n’a secrètement rêvé d’être appelé aux plus hautes fonctions ? Qui ne s’est imaginé un jour en dictateur, en tyran, en César, en Napoléon, en Hitler, en Staline, en Mao Tsé-toung, en Pol Pot, bref en monstre capable des pires ignominies, sexuelles ou non ? Ne faites pas les chochottes, je sais la boue qui stagne en moi, par conséquent je connais la vôtre. L’homme est un tyran pour l’homme : Homo homini dictatorius.)
Publié dans la catégorie humour par Yves Paccalet le 14 mai 2007.
9 mai 2007
Chaque printemps, elle nous visite – la petite comète végétale, l’érythrone dent-de-chien. Pour le botaniste, Erythronium dens-canis. Du grec eruthros, « rouge »…
Je rencontre les corolles de l’espèce (famille des liliacées) au début du mois de mai, dans les montagnes, tantôt en Auvergne, tantôt dans les Alpes, les Pyrénées ou les Vosges. J’ai rendez-vous avec elle. Elle me fait signe. Elle a des airs de cyclamen, avec son retroussis de pétales en forme de queue de comète étincelante. J’y vois un ange rose, un messager du ciel, tombé dans l’herbe nouvelle, parmi les narcisses jonquilles, les primevères jaunes et les gentianes bleues.
Rien ne m’ôtera de l’idée que cette fleur n’est pas d’origine terrestre. Si E.T. ressemble à quelque chose, ce n’est pas à une grenouille au long cou qui téléphone maison : c’est à l’érythrone. Bien entendu, le végétal n’a conscience ni des élections présidentielles en France, ni de la guerre en Irak, ni des massacres en Somalie ou au Darfour. C’est bien le problème, avec les fleurs : leur innocence enchante nos yeux et nos narines, mais ne remonte jamais jusqu’à notre cerveau.
Raison pour laquelle nous resterons toujours pervers… Il me revient en mémoire ce haïku d’Issa :
En ce monde, nous marchons
Sur le toit de l’Enfer et regardons
Les fleurs
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 9 mai 2007.
8 mai 2007
Le citoyen dépend de son supérieur.
Qui dépend du sien. Qui dépend du sien. Qui dépend du ministre. Qui dépend du Premier ministre. Qui dépend du Président. Qui dépend du sondage.
Qui dépend du citoyen.
C’est notre faute. Nostra culpa, nostra culpa, nostra maxima culpa. Quoiqu’il n’existe pas, le Bon Dieu barbu (ou Allah, ou Yahvé, ou Vishnou, ou Manitou…) se tord de rire derrière son nuage.
Publié dans la catégorie humour par Yves Paccalet le 8 mai 2007.
7 mai 2007
Ils fleurissent, ils fructifient, ils sont partout dans la nature, des rivages marins aux montagnes. Les pissenlits… Je les aime, et pas seulement en salade ! Je vous offre aujourd’hui avec plaisir (et, surtout, je leur offre !) le texte de l’article que j’ai écrit pour le premier numéro d’un magazine que je vous recommande, Neosapiens, dont j’ai mis le lien quelque part dans cette page.
Tincave. Mon hameau natal, face aux glaciers de la Vanoise. Le livre de pierres et de fleurs où s’inscrit mon destin négligeable… J’habite la grange de mon arrière-grand-père, aménagée en maison-tanière d’ours qui rêve. Balade sur le chemin de la Duy (« la Source »). Redoux d’hiver ; changement climatique. Le soleil coche un éclat de rire dans l’oeil de la mésange. La neige fond. Génération spontanée de diamants. Sous la glace, je devine une rosette de feuilles dentelées. Le pissenlit nouveau est arrivé. Le végétal avait bourré sa racine de sucres. Glucose, dextrose, fructose : calendrier républicain. Il a dormi tout l’hiver. Il se réveille et mobilise ses réserves pour nourrir ses bourgeons. Il résume la patience du vivant.
La majorité des espèces s’accordent de longues pauses. Non seulement une sieste, un somme, un petit roupillon ou un gros dodo, mais de substantielles tranches de vie au ralenti. Elles cessent parfois toute activité visible. Les bactéries s’enkystent pendant des mois, des années, des siècles. Chez les plantes supérieures, le repos a lieu sous l’apparence de racines pivotantes, de tiges souterraines (bulbes, tubercules, rhizomes), de fruits ou de graines. Certaines semences ont dormi sept mille ans avant de germer… Les animaux connaissent des phases de repos homologues. L’escargot sécrète son opercule et espère la pluie. Les crustacés et les insectes grandissent en subissant des mues, avec de brusques poussées que suivent de longs paliers amorphes. La larve de la cigale prépare trois années sous la terre la brève stridulation de l’adulte. La tique et la puce guettent des mois entiers le passage d’un hôte à sang chaud. Les poissons pulmonés et les crapauds du désert vivent la saison sèche dans la boue : l’orage les ressuscite.
Les vertébrés supérieurs (oiseaux et mammifères) sont plus agités. Ils ont besoin de bouger et de manger beaucoup pour garder constante leur température interne ; de là leur domination sur les espèces à sang froid ; de là, aussi, leur esclavage. Pour eux, s’emplir la panse constitue un boulot à plein temps : à proportion de leur masse, le moineau et la souris avalent dix fois plus que le requin. Mais, même chez les homéothermes, les phases d’excitation – grandes bouffes ou folies amoureuses – sont coupées d’attentes. La marmotte, le loir et l’ours hibernent. L’embryon d’otarie passe deux mois entre parenthèses avant de s’implanter sur la matrice. Le chat dort seize heures et s’étire.
Je suis jaloux. L’Homo sapiens est le seul être qui ne se repose jamais. N’importe quel pissenlit printanier y reconnaîtrait un malade. Un fou. Un cinglé, un fada, un allumé, un givré, un barjot, un timbré, un frapadingue… Nous ne cessons de gigoter, de la maternelle à l’hospice. Métro, boulot et de moins en moins dodo… Nous prenons des vacances pour mieux bouger. Nous sillonnons le globe en tous sens. Nous ne souffrons l’oisiveté ni chez nous, ni chez autrui. Nos religions, nos philosophies, notre morale exaltent la sueur de notre front. Nous tenons pour assuré que le travail constitue notre plus noble conquête. Nous l’aimons tellement que nous refusons de le partager avec ceux qui n’en ont pas. Nous traçons des plans, nous emplissons des agendas. Nous vouons un culte à la croissance, nous en faisons une divinité païenne. Le résultat de cette fébrilité se résume ainsi : nous consommons, mais nous sommes malheureux ; et nous saccageons la planète… Songeons que certains de nos congénères rêvent de mettre au boulot nos fœtus ! L’unique stade où nous sommes tranquilles, le seul congé bonheur de neuf mois que nous sommes assurés de prendre (convention collective passée avec la nature), se trouve menacé par des parents abusifs qui voudraient nous enseigner in utero la musique, les langues étrangères ou les mathématiques.
Le pissenlit se repose sous la glace : c’est moi qui suis fatigué. Non pas comme individu, mais comme espèce. Je ressasse une utopie soixante-huitarde : l’An 01. On arrête tout et on réfléchit. Je voudrais rêver six mois sous la neige, bourgeonner en mars et fleurir en mai comme un petit soleil ; avant de lâcher mes graines au vent, dans la splendeur d’une Terre purifiée de l’obsession de la performance.
En ce monde incompréhensible, j’ai tout de même compris que celui qui se presse et celui qui prend son temps arrivent ensemble à l’étage où le pissenlit se consomme par la racine.
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 7 mai 2007.

Tornade en formation (photo DR)
7 mai 2007
Bon, voilà, ça y est, c’est fini, ni et ni… Sarkozy est élu, c’était couru, prévu, connu, nu et nu… Au long de son Histoire, la France a presque toujours voté à droite. Le seul qui pouvait battre Nicolas était François, d’où l’idée (on a été nombreux à la partager) de mettre un bulletin Bayrou dans l’urne au premier tour.
Maintenant, je vais vous dire un secret : je ne suis même pas convaincu qu’en matière d’écologie, Sarkozy fera moins bien qu’eussent fait Bayrou ou Royal. Il faudra qu’il s’y colle. Volens, nolens. Partant du principe que personne n’est tout à fait bon, et que par conséquent personne n’est tout à fait mauvais, je rêve d’un quinquennat où la France, conduite par un président sinon vert, du moins verdissant, deviendrait exemplaire dans la biosphère.
Je vais surtout vous rabâcher une autre vérité : la France compte soixante-cinq millions d’habitants, soit un pour cent des six milliards et demi de Terriens. Les problèmes que nous avons à résoudre sont minuscules par rapport à ceux des cinq milliards et demi d’humains qui n’ont pas (et n’atteindront jamais) le niveau de vie des Occidentaux (Etats-Unis, Europe, Japon et quelques autres).
Je m’intéresserai vraiment à la politique le jour où il sera question de bâtir, de façon démocratique, enthousiaste et fraternelle, les Etats-Unis du Monde que j’appelle de mes voeux dans Sortie de secours.
On en revient toujours à l’injonction prémonitoire que lançait René Dumont il y a plus de trente ans : « L’Utopie ou la mort ! » Il nous reste peut-être trente ans pour agir. Bâtissons notre utopie !
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 7 mai 2007.