Ils fleurissent, ils fructifient, ils sont partout dans la nature, des rivages marins aux montagnes. Les pissenlits… Je les aime, et pas seulement en salade ! Je vous offre aujourd’hui avec plaisir (et, surtout, je leur offre !) le texte de l’article que j’ai écrit pour le premier numéro d’un magazine que je vous recommande, Neosapiens, dont j’ai mis le lien quelque part dans cette page.
Tincave. Mon hameau natal, face aux glaciers de la Vanoise. Le livre de pierres et de fleurs où s’inscrit mon destin négligeable… J’habite la grange de mon arrière-grand-père, aménagée en maison-tanière d’ours qui rêve. Balade sur le chemin de la Duy (« la Source »). Redoux d’hiver ; changement climatique. Le soleil coche un éclat de rire dans l’oeil de la mésange. La neige fond. Génération spontanée de diamants. Sous la glace, je devine une rosette de feuilles dentelées. Le pissenlit nouveau est arrivé. Le végétal avait bourré sa racine de sucres. Glucose, dextrose, fructose : calendrier républicain. Il a dormi tout l’hiver. Il se réveille et mobilise ses réserves pour nourrir ses bourgeons. Il résume la patience du vivant.
La majorité des espèces s’accordent de longues pauses. Non seulement une sieste, un somme, un petit roupillon ou un gros dodo, mais de substantielles tranches de vie au ralenti. Elles cessent parfois toute activité visible. Les bactéries s’enkystent pendant des mois, des années, des siècles. Chez les plantes supérieures, le repos a lieu sous l’apparence de racines pivotantes, de tiges souterraines (bulbes, tubercules, rhizomes), de fruits ou de graines. Certaines semences ont dormi sept mille ans avant de germer… Les animaux connaissent des phases de repos homologues. L’escargot sécrète son opercule et espère la pluie. Les crustacés et les insectes grandissent en subissant des mues, avec de brusques poussées que suivent de longs paliers amorphes. La larve de la cigale prépare trois années sous la terre la brève stridulation de l’adulte. La tique et la puce guettent des mois entiers le passage d’un hôte à sang chaud. Les poissons pulmonés et les crapauds du désert vivent la saison sèche dans la boue : l’orage les ressuscite.
Les vertébrés supérieurs (oiseaux et mammifères) sont plus agités. Ils ont besoin de bouger et de manger beaucoup pour garder constante leur température interne ; de là leur domination sur les espèces à sang froid ; de là, aussi, leur esclavage. Pour eux, s’emplir la panse constitue un boulot à plein temps : à proportion de leur masse, le moineau et la souris avalent dix fois plus que le requin. Mais, même chez les homéothermes, les phases d’excitation – grandes bouffes ou folies amoureuses – sont coupées d’attentes. La marmotte, le loir et l’ours hibernent. L’embryon d’otarie passe deux mois entre parenthèses avant de s’implanter sur la matrice. Le chat dort seize heures et s’étire.
Je suis jaloux. L’Homo sapiens est le seul être qui ne se repose jamais. N’importe quel pissenlit printanier y reconnaîtrait un malade. Un fou. Un cinglé, un fada, un allumé, un givré, un barjot, un timbré, un frapadingue… Nous ne cessons de gigoter, de la maternelle à l’hospice. Métro, boulot et de moins en moins dodo… Nous prenons des vacances pour mieux bouger. Nous sillonnons le globe en tous sens. Nous ne souffrons l’oisiveté ni chez nous, ni chez autrui. Nos religions, nos philosophies, notre morale exaltent la sueur de notre front. Nous tenons pour assuré que le travail constitue notre plus noble conquête. Nous l’aimons tellement que nous refusons de le partager avec ceux qui n’en ont pas. Nous traçons des plans, nous emplissons des agendas. Nous vouons un culte à la croissance, nous en faisons une divinité païenne. Le résultat de cette fébrilité se résume ainsi : nous consommons, mais nous sommes malheureux ; et nous saccageons la planète… Songeons que certains de nos congénères rêvent de mettre au boulot nos fœtus ! L’unique stade où nous sommes tranquilles, le seul congé bonheur de neuf mois que nous sommes assurés de prendre (convention collective passée avec la nature), se trouve menacé par des parents abusifs qui voudraient nous enseigner in utero la musique, les langues étrangères ou les mathématiques.
Le pissenlit se repose sous la glace : c’est moi qui suis fatigué. Non pas comme individu, mais comme espèce. Je ressasse une utopie soixante-huitarde : l’An 01. On arrête tout et on réfléchit. Je voudrais rêver six mois sous la neige, bourgeonner en mars et fleurir en mai comme un petit soleil ; avant de lâcher mes graines au vent, dans la splendeur d’une Terre purifiée de l’obsession de la performance.
En ce monde incompréhensible, j’ai tout de même compris que celui qui se presse et celui qui prend son temps arrivent ensemble à l’étage où le pissenlit se consomme par la racine.

3 commentaires
Bonjour,
L’homme s’ennuie !… l’homme se perd!….
Il s’est éloigné de ces compagnons d’évolution,plantes et animaux.
Inconsciemment sa fuite en avant le contraint à activer le circuit du plasir de son cerveau avec les artifices de la société de consommation.
Il ne ressent plus le besoin d’ètre en osmose avec la biosphère et pourtant ce qu’il est agréable de comprendre et prendre de la nature tout ce qui active nos sens primaires.
Notre espèce évolue comme les sociétés d’insectes.
Nous vivons dans des megapoles et nous entretons dans chaque pays l’équivalent de la reine de la colonie,en l’occurence les quelques centaines d’individus qui détiennent les pouvoirs.
Le bonheur est bien ailleurs.
Il existe d’autres moyens plus gratifiants pour secréter de l’endorphine.
L’évolution nous à dotés de trois niveaux d’encéphalisation,essayons de vivre en harmonie avec chacuns d’eux.
Philosophons,aimons la vie,la terre,la science,la connaissance ….,respectons tous les ètres et organismes vivants car ce sont nos compagnons d’aventure.
Nous sommes tous des ètres uniques;sachons lire le grand livre ACTG que nous sommes afin de bien nous connaitre et nous estimer.
Ecrivons Autre avec un grand A
A méditer:
Long sera le chemin avant que l’homme qui croit savoir ,sache,et que son savoir le conduise à la sagesse.
Cordialement
9 mai 2007 à 15:48. Lien permanent.
La racine des pissenlits :
j’adore quand les écrivains se croisent et que les idées se rencontrent, donc je sème (à tous vents) ces petits mots de Jacques Prévert (je pense qu’il n’y verra aucun inconvénient, et vous non plus, Yves Paccalet, c’est vous qui avez mentionné les raccourcis géniaux du poète (je ne sais malheureusement plus dans quel ouvrage exactement, aie aie aie) :
Mangez sur l’herbe
Dépêchez-vous
Un jour ou l’autre
L’herbe mangera sur vous. (l’herbe – Jacques Prévert)
Je n’ai pas la référence exacte de l’œuvre où l’on peut trouver ce poème, je suis donc en complète infraction avec le code de la propriété intellectuelle, mais en complète harmonie avec » le code à inventer du patrimoine de l’humanité « , j’ai choisi mon champ, camarade, et lui son pré vert….
10 mai 2007 à 17:38. Lien permanent.
Bonjour, yves paccalet, bonjour, les gens du blog d’yves paccalet
Ici, c’est véro le petit mustélidé décalé
Trois petits mots en vitesse, j’ai pas le temps, faut que je dorme : ça dort beaucoup un blaireau
le pissenlit, moi je trouve qu’il est champion pour la reproduction, et en beauté, en plus !
les loriots, et chardonnerets, se délectent de ses graines (là : c’est véro LPO qui parle- j’en ai fait l’observation pour de vrai, dimanche matin du mois de mai d’avant l’élection dans un petit jardin pas loin de chez moi, où il y a des vrais zoizos qui butinent des vraies graines de pissenlit )
J’aime bien votre calendrier … névrose, viscose, saccharose … pectine, cardamine, glycine ?
Sulfite, nitrite, dynamite ? acétate, carbonate, patate ….
Quand vous dites que Homo sapiens est le seul être qui ne se repose jamais ….
PARLEZ POUR VOUS HOMO PACCALENS ! non mais … il existe des êtres comme ça (j’en suis): » Il y a des gens tellement lents qu’ils n’arrivent même pas à aller le plus vite possible.
(Les Euphorismes de Grégoire (421), p.63, Max Milo, 2006) » Gregoire LACROIX
Moi, je bats les records de lenteur, mais derrière moi, ya tout un peloton de lambins, faut pas croire tout ce qui se dit sur les media actuellement … Plus sérieusement, et sans faire de mauvais esprit, LE TEMPS est un des paramètres importants à inclure dans votre/notre utopie, le temps de chacun, le temps de chaque être, et une nouvelle gestion du temps de chaque être …
Allez, prochaine étape, après le DAL, (droit au toi) , le droit ALLO, le droit AUTANT …
hups …. toutes mes excuses pour ces jeux de mots lamentables
Bon, malgré le ton rigolard : je ne plaisante pas,intuitivement, il me semble que certaines civilisations, certaines cultures avaient inclus ,dans leurs codes de fonctionnement, un temps différent….(les indiens d’amérique du nord par ex.) Qui pourrait se soustraire à cette réflexion ? – Ben nous, voyons !notre magnifique culture occidentale, tiens, cons comme on est … – (voir politique des flux tendus – rien que ce nom me révulse rien que ce nom est une ineptie). Slow is beautiful …
Témoin cette anecdote qui m’est parvenue à l’oreille par le biais des ondes radio, le groupe de touristes, pressé, qui bouscule un moine bouddhiste dans l’allée qui mène au temple … L’image parle d’elle-même….
J’ai trouvé la citation + O sur l’excellent(trouvé-je) site de Gilles Jobin, super canadien. Je dis qu’il est super parce qu’au moment où JE cite Edgar Morin sur le site d’Yves Paccalet, lui, IL met en ligne Les dialogues d’Edgar Morin et de Nicolas Hulot… (donc il me ressemble, donc il est super ….c’est comme ça que ça fonctionne, non ? je plaisante ) …En ce qui concerne le livre, je ne l’ai pas lu. Je n’ai donc pas d’avis à donner.
Il est temps de vous dire bonsoir, éteignez vos télés, soyez TRES ATTENTIFS à vos écosystèmes.
Aimez-vous, même quand vous ne vous ressemblez pas …Et à bientôt, sur des logiciels libres.
Véro le bléro qui pèse ses mots
10 mai 2007 à 17:53. Lien permanent.