La petite comète végétale

9 mai 2007

Chaque printemps, elle nous visite – la petite comète végétale, l’érythrone dent-de-chien. Pour le botaniste, Erythronium dens-canis. Du grec eruthros, « rouge »…

Je rencontre les corolles de l’espèce (famille des liliacées) au début du mois de mai, dans les montagnes, tantôt en Auvergne, tantôt dans les Alpes, les Pyrénées ou les Vosges. J’ai rendez-vous avec elle. Elle me fait signe. Elle a des airs de cyclamen, avec son retroussis de pétales en forme de queue de comète étincelante. J’y vois un ange rose, un messager du ciel, tombé dans l’herbe nouvelle, parmi les narcisses jonquilles, les primevères jaunes et les gentianes bleues.

Rien ne m’ôtera de l’idée que cette fleur n’est pas d’origine terrestre. Si E.T. ressemble à quelque chose, ce n’est pas à une grenouille au long cou qui téléphone maison : c’est à l’érythrone. Bien entendu, le végétal n’a conscience ni des élections présidentielles en France, ni de la guerre en Irak, ni des massacres en Somalie ou au Darfour. C’est bien le problème, avec les fleurs : leur innocence enchante nos yeux et nos narines, mais ne remonte jamais jusqu’à notre cerveau.

Raison pour laquelle nous resterons toujours pervers… Il me revient en mémoire ce haïku d’Issa :

En ce monde, nous marchons

Sur le toit de l’Enfer et regardons

Les fleurs

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2 réponses à La petite comète végétale

  1. nadine dit :

    Si, si nous avons l’innocence dangeureuse de la jolie fleur,nous sachant éphémères nous voilà donc essentiellement occupés à capter un maximum de lumière pour être les plus beaux , plaire et nous reproduire, sans soucis du sol que nous laissons à nos graines… nous ne sommes pas pervers , juste irresponsables à égalité avec les fleurs, stratèges mais sans conscience ,pistil offert …

  2. véro bléro dit :

    Moi, je verrais plutôt ça comme Théodore Monod : La nature n’est ni morale ni immorale, elle est radieusement, glorieusement, amorale.
    [Théodore Monod] Extrait des Carnets
    Je crois me souvenir que nous en faisons encore un peu partie, de la nature …non? en tous cas pour l’air qui gonfle nos poumons, envoie des gaz dans les petits vaisseaux, lesquels véhiculent à nos cervelles quelques molécules utiles, et beaucoup d’autres inutiles, naturelles , artificielles, inoffensives, dangereuses …(en quoi sont-elles déjà, nos cervelles, en silicone ? non ça c’est les mamelles), et puis… mourir de soif et souffrir de stress hydrique, ce serait pas un peu la même chose ? et à propos de boire un coup et de mamelles, ça me fait penser à Topor, qui dit « Les femmes sont plus franchement mammifères que les hommes. ». Ce sera tout comme bétise pour aujourd’hui!

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