23 juin 2007
Yves Cochet déclare qu’il convient de dissoudre les « Verts ».
Il fait avancer l’idée que j’ai développée depuis trente ans, et résumée dans ce blog même : le parti « Vert » n’aurait jamais dû exister. Il eût fallu que l’écologie allât (je le répète, c’est ma formule) « polluer tous les partis ». L’écologie politique n’a pas fait avancer l’écologie : elle en a donné une misérable image politicienne, arriviste et préoccupée de tout autre chose que d’environnement. Aujourd’hui, à 1 pour 100 des voix, l’affaire est entendue.
Le seul problème est qu’Yves Cochet voudrait « refonder » le parti écologiste. Par pitié : non !
Dissolvons une bonne fois pour toutes les « Verts » dans la chlorophylle. Et recyclons-les dans le reste de la société.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 23 juin 2007.
20 juin 2007
Entendu ces derniers jours dans un documentaire télévisé sur le débarquement de Normandie. Un soldat allemand parle. Il est le seul survivant de son bunker, au-dessus d’Omaha Beach, le 6 juin 1944 :
« Je tirais sur les Américains qui débarquaient, et je priais Dieu. Plus tard, un Américain qui débarquait, et qui a survécu comme moi, m’a raconté qu’il priait en montant à l’assaut. On était tous les deux en train de prier, et on se tirait dessus… »
Si Dieu existe, il se tord de rire derrière son nuage.
Publié dans la catégorie religion par Yves Paccalet le 20 juin 2007.
20 juin 2007
Je me suis rarement laissé embrouiller par un homme politique, fût-il de mon bord. A fortiori, par un type de droite… Je n’ai pas ménagé Sarkozy pendant la campagne électorale (y compris sur ce blog), tant au sujet de sa récupération de certaines idées lepénistes sur l’immigration, qu’à propos de sa superbe ignorance des questions écologiques. Sans parler de ses sorties provocatrices et ridicules sur Mai 68.
Mais voici que Sarkozy réussit (pour le moment, je sais) ce que la gauche aurait dû faire et qu’elle n’a jamais même essayé, par sectarisme et pur esprit de caste : il ouvre. Il choisit des ministres du centre ou de gauche, des femmes, des Beures, des Noires. Il pourrait réussir à relancer l’Europe avec son « traité simplifié ». Il parle des pauvres, du cancer, d’Alzheimer et du développement durable. Il s’efforce de prouver qu’il aime les êtres humains. Bref, il devient soixante-huitard !
Il va falloir qu’il le prouve sur la durée du quinquennat. Mais le début me plaît. Je suis, par nature, trop pessimiste pour espérer quoi que ce soit de qui que ce soit. Mais je veux bien, de temps à autre, me laisser convaincre que j’ai tort de revêtir la défroque de Cassandre.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 20 juin 2007.
19 juin 2007
Balade botanique, hier, au-dessus de Bozel, entre les hameaux de Lachenal et de Tincave. Un enchantement. Des dizaines d’espèces végétales couvrent les prés, les bois, la montagne.
Rien que dans la famille des orchidées, j’ai repéré, salué et révéré, dans l’ordre dont témoigne mon carnet de notes : l’orchis pourpre (Orchis purpurea), l’orchis mâle (Orchis mascula), l’orchis militaire (Orchis militaris), l’orchis à larges feuilles (Dactylorhiza majalis), l’orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii), la listère ovale (Listera ovata), l’orchis globuleux (Traunsteinera globosa), l’orchis brûlé (Orchis ustulata), l’orchis vanillé (Nigritella nigra), l’orchis blanc (Pseudorchis albida), l’orchis moustique (Gymnadenia conopsea), l’helléborine rouge-noir (Epipactis atrorubens), la plathanthère verdâtre (Plantanthera chlorantha), la néottie nid-d’oiseau (Neottia nidus-avis), la céphalanthère rouge (Cephalanthera rubra), l’ophrys mouche (Ophrys muscifera) et – pour glorifier l’ensemble – le sabot-de-vénus (Cypripedium calceolus), dont certains pieds sont encore en fleur.
Dix-sept espèces en deux heures. J’espère que vous êtes jaloux. Je vous adore avec une orchidée sur le coeur.
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 19 juin 2007.
17 juin 2007
L’eau de la mer Caraïbe est douce comme un bain de bébé, et le bébé, c’est moi. Je ne vais pas me priver d’une régression au stade amniotique : j’en fais un art de vivre.
Je palme sur le récif de Cozumel, dans un arc-en-ciel de poissons-papillons et de poissons-demoiselles. Je me perds dans des ramures de coraux cornes-de-cerf : chandeliers gris-rose où des milliers de “fleurs” animales, de la taille d’un “o” sur cette page, tordent leurs tentacules. Je suis un bébé : en voici d’autres. Chaque polype de corail est issu par bourgeonnement d’un polype-père (ou mère). Il dispose (à l’erreur près) du même matériel génétique que le polype fondateur. C’est un clone. Du grec klôn, “jeune pousse”. Le mot fait florès. Il intrigue et inquiète. Les médias en causent. Le public croit que ça vient de sortir : or, c’est la première méthode de reproduction que la nature a mis au point en inventant les bactéries et les algues bleu-vert, voici 4 milliards d’années. Le sexe ne date que de 1,5 milliard d’années. Même si certains d’entre nous remplissent courageusement leur devoir conjugal, la reproduction par clonage demeure, pour quantité d’organismes, la plus simple et la plus usitée. Le jardinier qui bouture ou marcotte fait des clones.
De nos jours, les scientifiques clonent à tour d’éprouvette. Je n’ose écrire qu’ils déclonent à pleins tubes. Veaux, vaches, cochons, couvées y passent. Tant qu’il s’agit de blé ou de poules, peu nous chaut. C’est à peine si les écologistes se désolent de la baisse de la diversité génétique. Nous nous inquiétons davantage quand les clonés sont des hommes ; car la méthode vaut pour notre espèce autant que pour le cochon. On extrait d’un ovaire des ovocytes (les cellules qui précèdent les ovules). On leur ôte le noyau. On y substitue le matériel génétique de cellules tirées de l’homme ou de la femme qu’on veut reproduire. On obtient des oeufs chimériques qu’on implante dans des utérus… C’est loin de marcher à tous les coups, mais certaines équipes osent. Scandales médiatiques. Déclarations outrées des autorités morales et religieuses. Interventions des comités d’éthique, une main sur le coeur, l’autre sur la Déclaration des Droits de l’homme. Propos politiciens dans le sens des sondages. J’aime ces flambées vertueuses. Elles me font remembrer que l’humanité se compose de beaucoup d’ignorants, d’hypocrites et de manipulateurs. Je la préférerais pétrie de clones honnêtes.
Y a-t-il une seule chance pour que le clonage humain nous conduise au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ? Je n’y crois guère. Les clones humains resteront rares. Marginaux. Ils prendront ipso facto la même valeur affective que n’importe quel Homo sapiens… Je loue les poètes, mais j’aimerais que mes contemporains quittent plus souvent le territoire du fantasme pour celui du froid calcul. Le clonage est un petit problème philosophique à l’usage des riches. Aucun dictateur n’exigera jamais d’un savant fou qu’il lui fabrique une armée de clones dociles, juste assez évolués pour se servir d’un fusil, pour la raison que ces armées existent déjà par les moyens réunis de la surpopulation, de la misère, de l’analphabétisme, du fanatisme et du quart de gnôle avant l’assaut. Si nous étions responsables, au lieu de nous inquiéter du clonage de quelques embryons par des biologistes, nous userions nos forces à résoudre le problème, autrement scandaleux, des deux milliards de personnes non clonées qui vivent sous le seuil de pauvreté.
Trois nouveaux bébés par seconde – cent millions par an ! – viennent grossir les rangs du malheur dans un Meilleur des mondes issu non pas de la folie des savants, mais du bon vieil égoïsme des hommes. Le vrai problème est là.
Publié dans la catégorie clonage par Yves Paccalet le 17 juin 2007.
17 juin 2007
“Odeur du temps brin de bruyère”… Ce vers d’Apollinaire me trotte dans la tête. Normal : je suis couché sur un lit de bruyère, à La Rottaz, au-dessus de Tincave. Je regarde les vaches. Savoyardes. De race tarine, comme moi. Elles paissent avec componction, lasses peut-être de devoir donner tant de lait pour du fromage de beaufort. Elles sont belles. On m’a reproché, naguère, d’avoir chanté leurs yeux d’or. L’iris de ces ruminantes est brun, en effet ; sauf au soleil couchant de la Vanoise, sur un lit de bruyère et dans l’odeur du temps.
J’ai l’âme bovine. Je me satisfais de produire, humble artisan, mon fromage de beaufort intellectuel, parfumé de pensée sauvage et de fraise des bois ; heureux si quelqu’un le déguste sans faire la grimace. Je me sens solidaire des mammifères à gros pis qui ballotte. Voilà pourquoi je déteste que les scientifiques accusent les vaches. Car ils les accusent ! Ils les rendent en partie responsables de l’effet de serre qui menace les climats de la Terre. Ils ont fait leurs calculs. Les scientifiques font leurs calculs même quand ils délirent : en quoi ils diffèrent des autres hommes, qui n’ont pas besoin de chiffres pour dire des sottises. Ils ont mesuré en laboratoire (sous tente spéciale, avec débitomètre) le volume quotidien des rots et pets du bovidé ordinaire, qu’ils ont multiplié par le nombre de ces animaux sur le plancher des vaches. Ils y ont ajouté les éructations et vesses des chèvres, et les largages des brebis, lamas, yacks et chameaux. La production de gaz de bétail est considérable. Plus abondante le soir que le matin. Variable en fonction de la qualité et de l’état de l’herbe (fraîche ou sèche). Elle est en grande partie faite de méthane, un gaz à effet de serre. Elle représente 15 pour 100 du volume de ce composé que les activités humaines rejettent dans l’atmosphère. 15 pour 100, donc, du risque de réchauffement qui pèse sur la planète. Avec dilatation des mers, fusion des glaces polaires, montée du niveau des océans et catastrophes concomitantes.
La vache menace l’humanité. Non pas la vache mâle, dans l’arène, qui encorne à l’occasion les génitoires avantageuses d’un hystérique cambré derrière un chiffon rouge. Non : la vache de tous les jours. Celle qui fait “meuh”, le cantal, la mimolette, le tube de lait concentré et même le beurre du Dernier tango à Paris. Celle qui rit sur des boîtes. Celle qui offre chaque année son veau au boucher, et finit en steak.
Qui veut haïr sa vache l’accuse de roter. L’effet de serre, les désastres climatiques ? La faute aux vaches ! La disparition du poisson de mer ? Voyez les phoques. La mort des forêts ? Un champignon ou un insecte. L’accumulation du gaz carbonique ? Les volcans. Et ainsi de suite. L’homme refuse d’avouer ses fautes. Irresponsable par pensée, par parole et par action… Le vrai boulot des politiques et des décideurs consiste à trouver des boucs émissaires. Il y a quelques années, un savant calculait que les premiers agents de la libération de méthane dans l’air étaient… les termites. D’autres ont dit que c’est la fermentation du riz, ou celle du maïs.
Termites, riz, vaches… Demain, quoi ? Les termites existent depuis 300 millions d’années et n’ont jamais menacé la biosphère. L’homme est l’unique cause de l’extension des rizières, des champs de maïs et des troupeaux. Parce qu’il est de plus en plus nombreux et avide…
Je respire l’odeur du temps, allongé dans la bruyère. Les vaches ruminent. L’une rote, l’autre lève la queue et pète. Parfums organiques : nécessités de la vie. On ne me fera pas croire que le danger procède de la digestion du pâturin par des herbivores. La panse, le bonnet, la caillette et le feuillet de la tarine aux yeux d’or ne noieront ni le port de Marseille, ni la Hollande. La stupidité dévastatrice des hommes, peut-être !
Louis XVI demandait qu’on laissât pisser le mérinos. Je réclame qu’on laisse péter la vache !
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 17 juin 2007.
10 juin 2007
Voyons les choses de façon positive.
On ne peut pas m’accuser d’avoir été tendre avec Nicolas Sarkozy…
Mais, ce soir, je lui dis merci. Comme François Mitterrand avait anéanti le Parti communiste, il a déglingué le Front national, lequel se retrouve, avec 5 pour 100 des voix aux législatives, plus bas qu’il ait jamais été depuis qu’il existe. On me souffle à l’oreille que Sarko a repris nombre d’idées du FN. C’est vrai ; mais en les délayant dans une ouverture au centre gauche, il a (pour l’instant, bien sûr : la bête immonde renaît toujours de ses cendres) calciné les fascistes. L’une des bonnes nouvelles de l’année : voir Le Pen baver de rage, j’en rêvais, la gauche ne l’a pas fait, Sarkozy l’a pu.
Il lui reste à devenir résolument et sincèrement écolo, mais je ne suis pas sûr que ce soit pour tout de suite.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 10 juin 2007.
8 juin 2007
Qui écrit un livre s’en voit dépossédé avec un rare bonheur.
J’ai ouvert, aujourd’hui, le site « réseau des bahuts », qui avait affiché l’an passé la critique assassine (bête et méchante, sans humour et confite de rancoeur, qu’ici vous pourrez lire ou relire) de Vincent Cheynet sur mon livre « L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! » Rien de plus jouissif (n’en abusons pas !) que de lire la prose de ceux qui s’indignent de la mauvaise foi d’un donneur de leçons surtout soucieux de sa zone d’influence, autrement dit de son territoire… Dans un contexte globalement déprimant, un baume…
http://reseaudesbahuts.lautre.net/article.php3?id_article=413
Publié dans la catégorie paccalet par Yves Paccalet le 8 juin 2007.
7 juin 2007
Pas terrible. Les membres du G8, réunis à Heiligendamm, en Allemagne, ont parlé de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais aucun engagement chiffré n’a été pris par personne. George Bush n’en veut pas. Nicolas Sarkozy se dit ravi par cet accord « inespéré ». Angela Merkel est, elle aussi, satisfaite : on a (quand même) évoqué une diminution de 50 pour 100 des susdites émissions avant 2050, afin d’éviter un réchauffement moyen de la Terre de plus de 2 degrés.
En même temps, les informations qui remontent du « terrain » prouvent que tout va beaucoup plus vite - dans le mauvais sens – qu’on ne pouvait l’imaginer. Lorsque j’écrivais mes premiers articles sur le risque climatique, il y a 25 ans, on disait qu’il n’y aurait plus aucun glacier dans les Alpes en 2100. On en est à prévoir qu’il n’y en aura plus dans l’Himalaya en 2050. La banquise de l’Arctique régresse trois fois plus vite qu’on ne le pensait voici deux décennies. Idem pour celle de l’Antarctique. On voit d’ores et déjà les glaces de terre du Groenland se mettre à fondre.
Le décalage entre, d’une part, les réactions des pollueurs humains et de leurs représentants politiques, et, d’autre part, la consternante réalité de l’évolution des choses, devient ahurissant.
Dans ce contexte de réchauffement climatique accéléré, notre seule satisfaction de ces derniers jours sera-t-elle le retour de la guerre froide ?
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 7 juin 2007.

La saut de la baleine à bosse.
Photo Vibert/actionreporter.com
1er juin 2007
Situation globalement désespérante. Sisyphe doit à nouveau rouler son rocher jusqu’au sommet de la montagne…
Il y a trente ans, avec le commandant Cousteau, Greenpeace et d’autres, nous nous battions pour que cesse la chasse à la baleine. A cette époque, des milliers de cétacés étaient traqués, harponnés au canon, saignés, débités, vendus chaque année. Nous avons gagné une bataille : en 1986, le moratoire est entré en vigueur. « Ouf ! » avons-nous soupiré.
Cette année-là, j’ai écrit, Cousteau et moi avons cosigné, « la Planète des baleines », chez Robert Laffont, 350 pages de science, mais surtout de beauté et de déclarations d’amour aux géantes de la mer. Donc, de la Terre.
A l’heure où je poste ce texte, la nouvelle réunion de la Commission Baleinière Internationale (CBI), à Anchorage (Alaska), ne laisse pas d’inquiéter les amis des cétacés. La Japon, tête de file des pays chasseurs, paie un cortège de petits pays pour obtenir la reprise des hostilités. Dans le collimateur : des centaines de petits rorquals. Et même des baleines à bosse – les baleines qui chantent et qui nous prennent dans leurs grands bras blancs. Sans oublier les « erreurs » – les animaux braconnés, baleines franches, baleines grises, rorquals communs, cachalots, voire baleines bleues…
Tout cela pour quelques tonnes de sushis ; quelques dizaines de millions de yens ; et surtout pour garder le droit de piller sans le moindre contrôle toutes les ressources vivantes de la mer…
On n’en finira jamais. Les rares victoires que nous autres, « écolos », avons obtenues, sont systématiquement remises en cause. Et le saccage continue. Comment voulez-vous que je croie, du fond du coeur, aux utopies que je formule moi-même dans « Sortie de secours » ? Il me faudrait au moins un petit encouragement, de temps à autre… J’attends. Je souffle moins fort que la baleine à bosse, et je chante moins bien.
Mais nous sommes soeurs et nous avons mal à notre humanité.
(La prochaine fois, je vous parlerai des femmes et des enfants du Darfour. C’est exactement le même problème : l’homme est territorial, dominateur et sans pitié. S’il y a du pouvoir ou du profit à prendre, il les prend. S’il faut voler, il vole. S’il faut tuer, il tue. Il appelle ses infamies « progrès » ou « croissance ».)
Publié dans la catégorie baleines par Yves Paccalet le 1 juin 2007.