27 juillet 2007
Il y a un parallèle à faire entre le Tour de France et la marche triomphale de notre économie : les coureurs et nous-mêmes sommes dopés. Aux amphétamines, à la cortisone, à l’hormone de croissance, à la testostérone, à l’EPO, aux énergies fossiles, à l’énergie nucléaire… Les coureurs savent que les produits interdits sont mortels, mais ils y recourent : sans « pot belge », pas de performance, donc pas d’existence.
C’est la même chose entre les groupes industriels ou commerciaux, ou entre les pays du monde. Areva vend des centrales nucléaires aux Chinois et aux Libyens, les Russes font la même chose en Iran – au risque d’une mortelle prolifération atomique. Tout le monde sait qu’il ne faudrait pas, mais on le fait, parce que sans performance économique, on n’existe pas. De la même façon, les industriels délocalisent en sachant qu’ils se suicident. Les paysans de la FNSEA ont compris que les premières victimes de l’utilisation massive des engrais chimiques et des pesticides (les premiers empoisonnés, cancérisés, stérilisés), c’est eux ; mais ils aspergent nos campagnes…
Nous avons une mentalité de coureurs cyclistes derrière le maillot jaune. Les urines de notre société ressemblent au trop-plein des toilettes d’un hôpital. La course continuera jusqu’à la chute finale du peloton, dans un virage de la descente du Galibier ou du Tourmalet, sous l’oeil goguenard des loups ou des ours enfin tranquilles dans la montagne.
Publié dans la catégorie humour par Yves Paccalet le 27 juillet 2007.
20 juillet 2007
Cher Marc ! Je ne vais pas résumer en trois phrases le problème du nucléaire… On y aura probablement droit, et à grande échelle, parce que tout le monde préférera ce risque au désagrément de devoir réduire sa consommation en énergie. De même qu’on exploitera massivement les schistes bitumineux et les sables asphaltiques, substituts du pétrole encore plus polluants que lui. Et le charbon, qu’on liquéfiera pour faire tourner nos moteurs de bagnoles. L’humanité cherchera toujours son confort immédiat, plutôt que la sagesse du futur. Elle finira par en crever.
Cela dit, au cours du prochain siècle, le nucléaire sera tout, sauf une solution.
Primo, il n’y a pas assez d’uranium pour satisfaire les éventuels besoins de substitution, ne serait-ce que d’une partie des énergies fossiles. Dès à présent, les prix montent. N’oublions pas que les réserves de minerai uranifère ne sont ni en France, ni même en Europe, mais au Niger ou au Canada. Question indépendance énergétique, ça laisse à désirer… Je rappelle que si, en France, 80 % de l’énergie électrique proviennent du nucléaire, celui-ci ne représente que 2 % de l’énergie totale consommée dans le monde.
Secundo, les risques ne sont jamais nuls, même en mode de fonctionnement normal : pollutions radioactives des “stériles” de mines, incidents variés de réacteurs, accidents lors du transport ou du stockage de déchets, etc. Loin d’être “propres”, les centrales nucléaires polluent chimiquement les eaux qui les refroidissent ; et les polluent encore davantage thermiquement. (De toute façon, comme nous manquons de substance liquide dans nos rivières, nos réacteurs seront condamnés à ralentir ou à s’arrêter de plus en plus souvent.)
Les accidents majeurs, du type Tchernobyl, nous pendent toujours au nez. En général, ils sont dus à des erreurs humaines. Marc pense qu’on peut les éviter en réservant le nucléaire aux pays riches et responsables ; mais c’est omettre la tentation permanente des industriels, qui consiste à vendre leur technologie partout où c’est possible. Y compris dans les contrées incapables financièrement, politiquement ou culturellement de surveiller des installations aussi “sensibles”… Pour faire baisser le prix du kilowatt-heure, il faut “rentabiliser” en vendant les usines à qui les désire, en “tirant” sur les coûts de surveillance et de maintenance, et en faisant supporter à la collectivité les frais (colossaux) du démontage des réacteurs en fin de vie.
Tertio, il y a l’imprévisible. Une polémique actuelle montre que les risques sismiques ont été systématiquement sous-estimés, en France comme ailleurs. (Voir les documents confidentiels EDF publiés hier par le réseau “Sortir du nucléaire”, www.sortirdunucleaire.fr) Le récent tremblement de terre du Japon, qui a provoqué de graves dégâts dans la plus grosse centrale du pays, ne peut qu’inquiéter. Je n’évoque que pour mémoire le péril terroriste, genre 11 septembre à Nogent-sur-Seine, Fessenheim ou Flamanville…
Quarto, il y a les déchets… Personne ne sait qu’en faire. On n’a encore aucune solution scientifique ou technique pour leur traitement, sinon la vitrification des plus dangereux et leur mise en silo sécurisé ad vitam aeternam (pour des siècles ou des millénaires, selon les cas). Si tout le monde réclame du courant électrique, personne n’accepte une décharge nucléaire dans sa commune : le syndrome “pas dans mon jardin” joue à plein. Il rend socialement ingérable la généralisation de ce type d’énergie.
Pour conclure, je dirai (quoi qu’on insinue à propos des nouveaux mélanges combustibles du type MOX), que celui qui possède un réacteur nucléaire peut toujours, s’il en a la volonté, le détourner et lui faire fabriquer les ingrédients (uranium 235 ou plutonium) nécessaires à la bombe atomique. Fût-elle artisanale ou même “foireuse” comme celle de la Corée du Nord… Il n’y a jamais eu, il n’y aura jamais de nucléaire “pacifique”. La prolifération des armes atomiques nous rapproche d’un Hiroshima mondial. Elle constitue, à mes yeux, le plus terrifiant des périls écologiques.
Plus radical encore que le chaos climatique… Vous me direz que, partis comme nous sommes, nous aurons probablement les deux !
Publié dans la catégorie énergie par Yves Paccalet le 20 juillet 2007.
19 juillet 2007
On me dit que mon blog sur les débuts du Grenelle de l’environnement a circulé. « Certains » (qui, au juste ?) écologistes de l’Alliance pour la planète (dont Green Cross fait partie) n’ont pas aimé mon bout de phrase sur le discours « écolo catastrophiste » des représentants des ONG (y compris moi, précisais-je).
Bon. L’adjectif « catastrophiste » gêne. Je le remplace par « grave », « inquiet » ou « pessimiste ». Ceux de nos amis qui ont parlé des pesticides, des OGM, des agrocarburants, du saccage des forêts tropicales ou de la pollution des nappes phréatiques ne nageaient pas dans l’optimisme. Quant à moi, en tant que philosophe, je rappelle que j’essaie toujours de dire ce que je pense, y compris lorsque je parle de mon « camp ». Je tâche de garder une certaine distance par rapport à mes actes et à mes propos…
Au fond, je reste persuadé que, même s’il ne faut pas « désespérer Billancourt » (puisque voici Grenelle, reprenons l’expression !), nous courons bel et bien vers la catastrophe. Il nous reste à démontrer le contraire. Mais si nous – les écolos – n’avons pas, vis-à-vis de nous-mêmes, un minimum d’humour et de capacité d’autocritique, c’est encore plus mal barré que je ne le pensais.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 19 juillet 2007.
18 juillet 2007
J’étais donc, avant hier lundi 16 juillet, à la première réunion du groupe « Grenelle de l’environnement » auquel j’appartiens. Je vous explique. Il y a six groupes, qui vont se réunir chacun quatre fois avant la fin septembre :
1. Lutter contre les changements climatiques et les maîtriser.
2. Préserver la biodiversité et les ressources naturelles.
3. Instaurer un environnement respectueux de la santé.
4. Adopter des modes de production durables : agriculture, pêche, agroalimentaire, distribution, forêts et usages durables des territoires.
5. Construire une démocratie écologique : institutions et gouvernances.
6. Promouvoir des modes de développement écologiques favorables à la compétitivité et à l’emploi.
Je vous laisse réfléchir aux intitulés, particulièrement au dernier : la compétitivité est-elle soluble dans le vert ? Je participe au groupe 4. Il faut savoir que chacun de ces groupes est composé, outre ses deux présidents (pour le nôtre, Jean-Robert Pitte, géographe, et Denis Tillinac, écrivain), d’une série de collèges incarnés par une dizaine de membres : collège ONG, collège Etat, collège Salariés, collège Employeurs, collège Collectivités territoriales, à quoi s’ajoute un collège des Personnes morales associées, dans lequel je figure en tant que président de Green Cross France.
Vous subodorez la complexité. Une soixantaine de personnes réunies dans une salle du Muséum d’Histoire naturelle, à Paris… En trois heures, nous avons juste eu le temps de faire un tour de table. Chacun a parlé trois minutes.
Très vite, j’ai été saisi d’un doute existentiel. Certes, en trois minutes, on est contraint au plaidoyer pro domo. Là, ce fut caricatural. Les représentants des ONG (y compris moi) ont tenu un discours écolo catastrophiste. Les représentants de l’Etat ont raisonné en trois points, modèle ENA standard. Les représentants des salariés ont demandé davantage de moyens et de meilleures conditions de travail. Les représentants des employeurs ont exigé moins de charges, moins d’Etat, moins d’Europe et la valorisation de l’initiative individuelle. Les représentants des collectivités territoriales ont déploré les ratés de la décentralisation et cité des exemples régionaux auxquels personne n’a rien compris.
Lorsqu’un agriculteur parlait de pollutions agricoles et de problèmes de manque d’eau, c’était pour dire que l’agriculture polluait moins qu’on ne pensait, et qu’un champ de maïs consomme moins d’eau qu’une forêt de pins. Lorsqu’un pêcheur parlait de la disparition des poissons, c’était pour en attribuer la cause à l’Europe ou aux pollutions de la mer. Et ainsi de suite.
Bref, j’ai observé dans toute sa splendeur le phénomène du « c’est pas ma faute, c’est lui », et du « je veux bien faire quelque chose, mais que mon voisin commence ». Cette irresponsabilité, que j’analyse et que je déplore dans Sortie de secours, n’a pas fini de faire des dégâts… On a pris conscience des périls écologiques, mais on ne veut rien changer d’essentiel à son petit univers : l’autre n’a qu’à s’y mettre. Pour mon effort à moi, on verra plus tard…
Cela dit, pas de panique ! Ce n’était que la première réunion et (comme d’habitude) tout le monde a voulu marquer son territoire et dominer son voisin. Humain, trop humain… La prochaine fois, je croise les doigts, on verra des rapprochements, on assistera à des concessions, on formulera des promesses, on conseillera peut-être même quelques mesures concrètes.
Le pire n’est jamais sûr, il n’est que probable.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 18 juillet 2007.
14 juillet 2007
Oui, Véronique ! (Voir commentaires « Concerts pourris »)…
Je sais qu’il ne faut pas tirer contre son propre camp. Mais ai-je un « camp » ? Je n’en suis pas sûr. Ce camp est-il de gauche, teinté du vert des « Verts » ? Pas plus que de droite : si Ségolène Royal avait été élue, Dominique Voynet serait notre ministre de l’Ecologie. Y aurait-il une différence avec Jean-Louis Borloo ? Certains le croient, moi pas. En tout cas, pas sur le fond.
Ce que je vois advenir, en France comme ailleurs, c’est exactement ce que je dénonçais dans mon gentil petit essai »L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! » Chaque bonne idée, chaque utopie positive, chaque invention généreuse, se trouve vite détounée, dévoyée, mise au service de quelques-uns. Des plus malins. Des plus avides. Des plus démagogues…
Le tour est venu de l’écologie. Non pas de son triomphe : de son utilisation comme moyen de prendre le pouvoir (notre pulsion de domination) et d’accroître son domaine (notre pulsion de territoire). Qu’on soit Vert, hollandiste ou sarkoziste. Qu’on s’appelle Al Gore ou Schwarzenegger, Noël Mamère ou Cohn-Bendit. Ou Yves Paccalet. Je ne me fais aucune illusion sur moi-même.
Je n’arrête pas de donner des conférences (à des adultes, à des enfants…) où je détaille ce qui me semble essentiel : l’impasse catastrophique de la croissance et la nécessité concomitante de la décroissance (dans les pays riches). La division par deux de notre consommation d’énergie. Le partage équitable des richesses de la planète. Le gouvernement du monde. La démocratie. Bref, toutes ces idées que j’ai réunies dans « Sortie de secours »… Mais je vois bien que tout le monde s’en fout et fait semblant de s’en préoccuper. Je me rends compte que chacun consentirait à faire un effort, à la condition qu’autrui en fasse un plus grand encore. Personne ne veut commencer, personne ne désire sacrifier son petit confort, personne ne se met réellement, concrètement, sur-le-champ, à oeuvrer au bénéfice de la Terre et des hommes.
Tout le monde donne des leçons à tout le monde. Je m’inclus dans le « tout le monde ». Je vais participer aux discussions du Grenelle de l’environnement, j’y dirai ce que je pense, mais je vois bien à quel point le terrain est miné, difficile, tout entier offert aux manipulations des plus rusés, des plus hypocrites, des plus égoïstes.
Je me suis énervé contre les Verts (ce panier de petits crabes enragés) et les stars du rock (ces kilowatts-heure braillards et bien-pensants). Bien sûr que je n’aurais pas dû. Mais, pour être sincères, ces hérauts de l’écologie sont-ils fondamentalement différents des grands patrons inquiets de l’avenir du monde, et qui cherchent des solutions dans ce qu’ils appellent le « développement durable » ? Après tout, j’en ai rencontré de tout aussi sincères…
Je suis désespéré. Je vais finir par aller vivre dans une cabane de ma montagne. Tel le poète japonais Issa, je m’y soucierai du sort de mes parasites familiers en récitant ce haïku :
« Puces de ma hutte
Vous faites pitié
Vous maigrissez ! »
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 14 juillet 2007.
12 juillet 2007

Le texte promis…
Les brumes de l’automne s’effilochent sur les branches. Je pénètre dans la clairière comme en un temple ; non pas un lieu de culte, mais un poème de Baudelaire (“La nature est un temple où de vivants piliers…”). Mon métabolisme de base s’accorde à celui de la saison : novembre a peint mon coeur en roux. Sur le sol, la limite des arbres est occupée par un incroyable rond de sorcière d’amanites tue-mouches. Des centaines de chapeaux rouge clair à points blancs… Les champignons par excellence. Les maisons des Schtroumpfs. La chair hallucinogène des chamanes sibériens que la muscarine emportait au royaume des Esprits… Je n’en ai jamais vu tant, ni en un cercle aussi grand : 30 mètres de diamètre ! Je cherche le sorcier du conte. C’est un casse-noix. Je m’incline sur les tue-mouches. Je caresse du doigt leur peau douce au subtil arôme de pomme de terre.
J’ignore pour quelle raison je m’en sens si proche. Je songe que tout homme comporte une part végétale, même s’il la renie ou la moque. Les locutions qui nous identifient aux plantes ne sont pas nobles : tel est une vraie poire, une bonne pomme, un cornichon, une banane. Tel autre fait le poireau ou se creuse la citrouille. On peut être chou, avoir un coeur d’artichaut ou (à Dieu ne plaise !) se peler l’oignon en pelant le haricot de son prochain. D’aucuns en ont gros sur la patate. Voire (pauvre de moi…) se comportent comme des glands. N’empêche. Je suis plus champignon que je ne n’en ai l’air, non seulement parce que les créatures de la Terre s’organisent à partir d’un unique code génétique (adénine, cytosine, guanine, thymine), mais parce que nous sommes peut-être vraiment de la lignée de la truffe…
On pensait autrefois les règnes zoologique et botanique bien séparés. On disait les animaux capables de mouvement, mangeurs d’autres organismes et dotés de membranes cellulaires sans cellulose ; tandis que les végétaux, immobiles, riches en cellulose, vivaient de molécules minérales grâce à la chlorophylle. La distinction se dilue. Des plantes bougent, d’autres n’ont pas de chlorophylle, d’autres digèrent des insectes.
Les champignons vont plus loin. Ils comptent des espèces bizarres, comme les myxomycètes, qui se déplacent à la façon des amibes et se repaissent de petits organismes. Qui chassent… Dans leur ensemble, les girolles et leurs cousins (de la moisissure à la morille) sont peut-être plus proches de l’animal que du végétal. Le biologiste Carl Woese a dressé un tableau original de l’évolution de la vie à partir des premières cellules, nées voici près de 4 milliards d’années. Selon lui, ces cellules initiales ont engendré trois lignées : les archéobactéries (“anciennes bactéries”), les eubactéries (“bactéries vraies”) et les urcaryotes. Ces derniers auraient ensuite divergé en trois branches : les végétaux ; les animaux unicellulaires ; et un groupe composé des champignons et des animaux multicellulaires.
L’hypothèse de Carl Woese est étayée. N’ayant pas de chlorophylle, les champignons se nourrissent, comme les animaux, de substances organiques ; certains (saprophytes) de cadavres ; d’autres (parasites) en volant la substance d’un hôte ; d’autres (symbiotiques) en travaillant à bénéfice réciproque avec un partenaire ; d’autres encore comme des prédateurs, à l’image des myxomycètes chasseurs de bactéries… La parenté est-elle réelle ? Je l’ignore. Mais elle expliquerait ma passion pour ces créatures bizarres, livides ou colorées, gluantes ou veloutées, poudrées de spores, souvent psychotropes, parfois mortelles, qu’on nomme “champignons”. Non seulement je ne renie pas mon côté champignon, mais je le revendique. J’en jouis. Et j’interdis qu’on se répande en plaisanteries stupides sur le fait que, dans ces conditions, il me faut assumer ma double nature amanite : phalloïde et vaginée ; ma fraction paxille excentrique ; ma composante bolet satan ; mon moi profond agaric meurtrier, hygrophore pleureur, lépiote déguenillée, russule à odeur de hareng, cortinaire à odeur de bouc, panéole du fumier, vesse de loup perlée, russule camembert et – comment l’oublier ? – phallus impudique ou satyre puant.
(Terre sauvage, n° 89, novembre 1994)
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 12 juillet 2007.
12 juillet 2007
Pour changer d’ambiance et revenir sur le rivage des petits bonheurs…
J’ai reparcouru, hier, l’un des vieux sentiers de mon enfance, au-dessus de Tincave (je suis probablement le seul à pouvoir encore le trouver). Il pleuvait. La forêt sentait délicieusement bon – un mélange de terre humide, de mousse et de sexe de femme. Tout était trempé, magique et doux.
Des champignons de trente-six espèces sortaient de terre : amanites golmotes, clavaires pilons, bolets jaunes, clavaires choux-fleurs, russules charbonnières, russules émétiques, cèpes comestibles, bolets orangés, clitocybes, lactaires sanguins, lactaires jaunes, amanites phalloïdes, cortinaires, inocybes de Patouillard, etc. Des chanterelles ouvraient çà et là leur entonnoir d’or pâle. J’en ai cueilli quelques-unes – et je me suis rétracté dans mon cocon.
Je suis redevenu le petit garçon que je n’ai jamais cessé d’être, dans l’enchantement de la montagne.
(Je vous fais suivre un texte sur les champignons, que j’avais écrit pour le magazine « Terre sauvage », du temps que j’y donnais mes « Humeurs sauvages ».)
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 12 juillet 2007.
8 juillet 2007
Ah ! Ce concentré de « bonnes intentions » et de foutage de gueule global ! Je parle des concerts de rock »pour la planète », donnés à travers le monde pour l’unique gloire des musiciens qui les proposent (publicité gratuite) et du citoyen Al Gore, lequel ne songe qu’à redevenir candidat à la présidence américaine.
Sirop dégoulinant d’hypocrisie, mauvaise foi, petits actes d’absolution que nous nous accordons à nous-mêmes… Tout ce que nous savons offrir à la planète, donc à nos enfants, c’est une parcelle de nos loisirs (écouter de la musique). Pour (râbachons-nous) « faire prendre conscience »… Mais, en 2007, qui a encore besoin de « prendre conscience » ? Nous savons très bien de quoi il retourne. Nous avons compris de quelle intensité doit être l’effort… Plus besoin d’alertes : des actes !
Les musiciens qui jouent ici ou là y sont allés en avion. Logés dans des hôtels de luxe, ils ont carbonisé des kilowatts électriques pour faire brailler leurs amplis. J’en ai même vu, à la télé, qui ont atterri en Antarctique ; là où le chaos climatique provoque le plus de dégâts… J’ai regardé ces images consternantes de manchots affolés sur un rivage, en train de fuir les décibels ; avec, en guise de commentaire journalistique, cette phrase confite d’imbécillité : « Les pingouins ont l’air d’apprécier ! »
Devant de tels spectacles, me remonte à la cervelle cette vieille obsession contre laquelle je lutte de toutes mes forces, mais dont je ne parviens pas à me défaire : vivement la disparition de l’humanité ! Que les pingouins (et les autres) puissent enfin »apprécier » pour de bon la planète…
Publié dans la catégorie écologie par Yves Paccalet le 8 juillet 2007.
Vue du cirque de Salazie, la Réunion
3 juillet 2007
Mes amis, je viens (une fois encore) d’écrabouiller mon quota personnel d’émissions de gaz à effet de serre.
J’ai pollué notre pauvre atmosphère en prenant l’avion pour l’île de la Réunion. J’y étais invité, la semaine dernière, par le Cercle philosophique réunionnais (merci à ses animateurs, Lucien Biedlinger et Laurent Medea). J’y ai donné des conférences à la Région et devant les étudiants de l’université du Sud. J’y ai développé mes thèmes obsessionnels ( »L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! » et « Sortie de secours ») en soulignant à quel point il est, par exemple, absurde et criminel de brûler du pétrole pour d’inutiles voyages en avion.
Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais… Mais c’était passionnant.
Outre que l’île reste une des plus belles, elle résume avec acuité les problèmes de la planète : un espace sauvage en peau de chagrin que tout le monde se dispute, des ressources insuffisantes dans maints secteurs, des transports anarchiques (embouteillages terrifiants !), une population en explosion, de la pauvreté à deux pas du tintamarre des 4 x 4 de luxe, etc.
La Réunion accomplit pourtant de notables efforts. Les fragiles récifs de coraux sont un peu moins saccagés. Le parc national des Hauts, qu’on attendait depuis trente ans, a été institué : paix aux merles pays et aux zoizeaux verts. Certains bâtiments publics (collèges, etc.) sont bâtis aux normes « haute qualité environnementale ». L’équipement en énergie solaire se développe mieux qu’en métropole (ce qui, vous le savez, n’est pas difficile, tant la France a accumulé de retard en la matière).
J’ai profité de l’aubaine pour remercier la planète Terre d’être, là-bas, si belle et si généreuse. J’ai marché sur les sentiers du cirque de Salazie (magie des cascades) et de Mafate, sous le Piton des Neiges (tamarins des Hauts, fougères arborescentes et somptueux fuchsias). Je me suis perdu dans les brouillards de l’enclos Fouqué, au Piton de la Fournaise, dont la récente colère fut monstrueuse. Et j’ai, avec les amis des cétacés du groupe Globice (animé par Virginie Boucaud, je vous joins le lien) salué les dauphins tursiops et les baleines à bosse, lesquelles, durant l’hiver austral, viennent s’aimer et donner le premier souffle à leurs bébés de quatre mètres de longueur à quelques encablures des ports de Saint-Pierre ou de Saint-Leu…
Publié dans la catégorie voyage par Yves Paccalet le 3 juillet 2007.