16 septembre 2007
J’écoutais hier, samedi 15 septembre, l’émission “Zapping” de France Inter. Le journaliste animateur (j’ai oublié son nom, je suis impardonnable, aidez-moi !) a abordé la question de la corrida avec une véhémence indignée, en citant le CRAC pour référence.
Son invitée était Mazarine Pingeot, pro-corrida militante qui nous a refait le coup de l’art des arènes, de la philosophie de la course et de la grandeur métaphysique de la mise à mort. Un enregistrement de Simon Casals avait été diffusé au préalable, selon lequel la corrida est une façon de mettre nos enfants devant la réalité de la mort, dans une société trop aseptisée (où vont-ils chercher tout ça ?).
Je vous signale cette brillante intervention de Mazarine juste pour vous rappeler (référence à son dernier roman) que le même congélateur sert aux mères infanticides à ranger la viande de boeuf et celle de bébé.
Publié dans la catégorie animaux par Yves Paccalet le 16 septembre 2007.
13 septembre 2007
Bonjour, les amis !
En ces temps de normes à remplir pour les expulseurs d’immigrés, de convocation des préfets qui n’ont pas rempli leurs quotas de charters pour le Mali, de propositions de tests ADN pour savoir si l’enfant du regroupement familial est bien celui des parents, je vous donne à lire ce texte que j’ai écrit il y a presque dix ans, que j’ai proposé au « Nouvel Observateur », au « Figaro Magazine », à « l’Express », au « Monde » et ailleurs, et qui a été refusé partout. Petite vengeance : le voilà sur mon blog !
Gris sur la ville. Gris du ciel, gris du béton, gris des bagnoles, de l’asphalte et des trottoirs. Gris des mornes existences dans cette banlieue d’HLM et de pelouses jonchées de détritus…. Rachid ne voit ni la grisaille, ni les papiers gras, ni la laideur de la ville. Il a le cœur gai. Il court, saute, fonce, feinte et dribble. Il s’écarte à droite, revient à gauche et tire. Un boulet de canon. Un but magnifique, comme aucun footballeur n’en marqua depuis Pelé avec le Brésil ou Platini avec la Juventus de Turin. Rachid lève le poing puis joint les mains, comme Zidane après sa reprise victorieuse au Stade de France. Il attend les congratulations de ses partenaires. Il perçoit les mugissements de la foule. Quatre-vingt mille spectateurs entament une ola…
Rachid a onze ans. Son but, il l’a marqué en rêve. Entre deux poubelles, avec une bouteille de plastique vide. Il est seul. Il joue sur la pelouse, en bas de l’immeuble. Rachid est en sixième. Il ne travaille pas bien à l’école. Ses parents parlent à peine le français. Son père était ouvrier : on l’avait fait venir de son djebel du temps qu’on avait besoin de main d’oeuvre. A présent, il est au chômage. La famille subsiste de rares allocations. Rachid a six frères et sœurs. Comment voulez-vous qu’il fasse ses devoirs, dans une chambre à trois doubles lits superposés ? Le garçon vit dans la rue. Il rêve de gloire. Chaque soir, après la classe, il s’envole au royaume féerique des tacles et des reprises de volée. Il shoote son mal de vivre par-dessus les nuages. Jusqu’à la Lune, ce ballon de football absolu, cet idéal de sphère à jouer, blanche comme un rêve.
Rachid a l’œil noir, la peau mate, le cheveu bouclé, le muscle délié. Il est beau. Regardez-le courir sur l’herbe pelée. Il imagine l’équipe adverse. Il intercepte une passe. Il contrôle du droit, feinte, avance, s’engouffre dans le trou, sollicite le « une-deux », récupère la balle, la lève sur son pied gauche. Une aile de pigeon : l’arrière est lobé. Ne reste que le gardien. Rachid arme son tir. Entre les jambes !
Rachid a marqué. La France lui doit la coupe. Le jeune Beur est un héros. Il savoure son triomphe les bras levés. Il goûte, dans la tribune, les applaudissements d’un voisin qui, hier encore, le traita de « sale Bougnoule ». Rachid rêve qu’il aime la France et que la France le lui rend. Il deviendra footballeur. Peut-être. Ce soir, il a onze ans. Il illumine le gris des HLM.
Il ne fera pas le « Vingt heures ».
Publié dans la catégorie partage par Yves Paccalet le 13 septembre 2007.
5 septembre 2007
Avant hier, lundi, troisième réunion du groupe 4 »Grenelle de l’environnement » auquel j’appartiens ( »Alimentation et terroirs »). Nous nous sommes divisés en deux pendant la matinée et une partie de l’après-midi. Nous avons discuté sur la base de la synthèse des épisodes précédents qu’ont réalisée, avec une plus ou moins grande objectivité (mais c’est difficile), le rapporteur et sa bande. Quinze « fiches » à préciser.
Comment fournir de bons produits, à la fois gourmands et respectueux de la terre, de l’air et des eaux ? En France le « bio » ne concerne que 11 640 exploitations (sur 600 000) et une surface de 552 824 hectares, soit… 2 % de la surface agricole totale ! Mais le « bio » progresse : la consommation des produits qui en sont issus augmente de 10 % par an. Les associations écolos demandent un calendrier de progression ambitieux, à commencer par cet objectif : 6 % de « bio » en 2010…
Nous avons parlé des AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), qui commercialisent directement les produits de la ferme ; des écobilans (jamais simples : quel est le plus écologique, d’un produit « bio » qui nous arrive en avion du bout du monde et d’un produit de l’agriculture traditionnelle ?) ; de la distribution de « tickets bio » comme on propose des tickets restaurant ; d’une certification des productions agricoles en fonction de leur qualité écologique (A pour le meilleur, puis B, C, D et E, comme dans l’électroménager)…
Entre les participants, de la bonne volonté et pas mal de points d’accord. Mais aussi des oppositions aiguës. Vers la fin de la séance plénière (tout le monde réuni), on en est venu aux agrocarburants, et c’est moi qui ai fait péter le thermomètre en disant que si les pays riches amorçaient la pompe et roulaient massivement au diester ou à l’éthanol, c’en était fini des forêts tropicales et de la majorité des cultures vivrières dans les pays les plus pauvres…
L’ambiguïté consubstantielle à l’expression « développement durable » ne sera jamais résolue. Continuons le combat, camarades ours, loups, renards, vipères, cafards, requins, orties et ronces !
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 4 septembre 2007.
2 septembre 2007
(L’envoi de mon essai Sortie de secours, chez Arthaud. Je reviens d’une balade sous la roche de la Grande Cornelle, à Tincave. Melancholia, dirait Baudelaire…)
La roche de la Grande Cornelle, sous le plan de la Duy, où je menais les chèvres de mon grand-père lorsque j’étais gosse… Le grand corbeau tourne dans le ciel d’hiver et passe la cime obscure des épicéas. Je salue en lui l’âme d’Edgar Poe. Ou celle de Van Gogh, à supposer que les fougères fanées de l’éboulis soient les blés mûrs du dernier jour.
Grand corbeau
Roche froide
Ancien nouvel an
L’oiseau étend ses ailes aux doigts de plumes. Il écrit mon destin en lettres noires sur champ d’azur que seuls les oiseaux savent lire…
Je le connais. Nous nous sommes rencontrés quand nous avions cinq ans. Il cherchait un territoire, je conduisais les biques « en champ ». Nous sommes pétris de la même terre. Nés du même soupir de la montagne. Exhalaisons des glaciers bleus de la Vanoise. Résultats éphémères de la combinaison du vent, des sources et des arbres.
Le grand corbeau croasse la brièveté de nos existences dans la fuite du temps. Je me demande comment il a passé toutes ces décennies. Il est moins fringant qu’autrefois. Enroué. Tassé. Noueux. Avec des pertes de mémoire et des rhumatismes… Je compare nos carrières. J’ai ôté mes doigts de mon nez, lu la Critique de la raison pure et écrit quelques livres. J’ai embrassé la mer Caraïbe, la forêt d’Amazonie, la Chine et les Quarantièmes Rugissants. J’ai une femme et quatre enfants, une maison à Tincave et une chatte noire qui ronronne. Bon père de famille par parole et par action. Pervers polymorphe par pensée et par ennui. Ma barbe est blanche. J’aurai bientôt des rhumatismes et des pertes de mémoire.
Le grand corbeau n’a pas changé d’adresse. A-t-il (ou elle : j’ignore jusqu’à son sexe) compté ses nichées ? Connu la disette ? Eu les plumes gelées en hiver ? Voué le chasseur aux gémonies ? J’enfile mon habit de plumes. Je deviens grand corbeau. Je jouis de la vie par becquées. Je bois mon vin comme Li Po sous la Lune, ou Omar Khayyam dans son jardin de roses. Je copule sans référence au docteur Freud et je me lisse la poitrine quand j’ai vidé mes génitoires.
Je me persuade que j’ai acquis de la substance ou de l’épaisseur, mais c’est une illusion.
Je ne suis rien. Je ne sais rien. Je ne vois pas plus loin que la morve de mon nez. Je ne joue aucun rôle. Je n’ai ni âme, ni destin, ni place au paradis, ni supplice à craindre en enfer. Rien à espérer du Bon Dieu barbu, rien à redouter du diable cornu.
Né d’une fantaisie de l’acide désoxyribonucléique et des protéines, je suis apparu sur une planète naine, en orbite autour d’une étoile moyenne, dans une galaxie qui en compte cent milliards, sachant qu’il existe cent milliards de galaxies dans l’univers et peut-être plusieurs univers emboîtés ou chiffonnés depuis l’inflation du Grand Bang.
S’il y a eu un Grand Bang.
Je croasse ces soupirs sur mon carnet dérisoire que le vent effeuille ainsi qu’un arbre sec, sous les glaciers du temps perdu.
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 2 septembre 2007.