3 octobre 2007
La Vanoise. Le Mont-Blanc. L’Himalaya. La montagne. Là-haut… Pourquoi y aller ?
A question naïve, réponse d’enfant : « Parce que ! » Parce qu’elle est là. Parce qu’elle donne envie… Elle charme. Elle excite. Elle vampe. Elle met des fourmis dans les jambes. Elle suggère qu’on la grimpe (y compris, peut-être, au sens érotique ; mais, en amour comme en sport, mieux vaut éviter la vantardise !).
Je pense à Lionel Terray. Dans Les Conquérants de l’inutile, le héros de l’Annapurna explique qu’on escalade sans raison ; parce qu’il y a quelque chose à gravir, un point, c’est tout. Rien n’oblige l’homme à grimper, sauf la curiosité. Rien ne l’y contraint, sauf le plaisir du roc et de la glace. Rares sont les animaux qui montent pour monter. Peut-être le condor ou l’aigle… Le besoin de voir ailleurs caractérise notre espèce. Homo sapiens veut regarder, écouter, toucher, goûter, renifler ce qu’il y a sur la cime ; à la frontière de la terre et du ciel. Monter ne sert à rien : par conséquent, c’est l’activité la plus humaine ; comme de traverser l’océan à la voile ou le Sahara en méharée ; comme de descendre dans un gouffre de la terre ou de s’enfermer dans une cabine spatiale.
Même érodée, même à vaches, la montagne se mérite. Elle est âpre. Exigeante. Fatigante, voire crevante. Pour l’atteindre, il faut d’abord lever les yeux, aiguiser son ambition et accepter de souffrir. Puis il n’est plus question que de mettre un pied devant l’autre, la sueur au front, le souffle court et le cœur emballé – jusqu’aux ultimes étages du bonheur.
Les mots « ascension » et « ascèse » sont cousins : l’un traduit l’investissement physique, l’autre la quête spirituelle. Ils se combinent lorsqu’on monte. On ne s’élève que si l’on ambitionne de devenir un peu plus grand que l’animal résumé à ses gènes égoïstes. On grimpe pour donner de l’expansion à son âme. Durant l’effort, le muscle et le poème se mélangent. Ils se nourrissent l’un l’autre. Ils s’exaltent et profitent de leur union pour croître.
De temps à autre, une folie en résulte. Douce ou furieuse.
6 commentaires
« conquerants », « heros » … ça me fait toujours sourire ce vocabulaire un peu va-t-en-guerre! quand on compte le nombre de cadavres qui sont restés sur les pentes des sommets himalayens, un peu plus de modestie serait necessaire. Mais ce n’est pas dans la nature humaine… Le fameux combat de l’homme « contre » la nature…
4 octobre 2007 à 9:43. Lien permanent.
Justement, à part dans le titre de Lionel Terray, je n’emploie jamais le mot « conquérant ». Je vois l’ascension comme une invitation, une séduction, un acte d’amour – fût-il décidément sado-masochiste…
4 octobre 2007 à 13:28. Lien permanent.
vous dites « heros » quand meme ;o)
Bon, d’accord, je cherhce la petite bete.
C’est une savoyarde comme vous, Chantal Mauduit, qui disait que les « occidentaux » ont toujours besoin de héros. Le culte du héros est d’ailleurs très marquée dans la nation « leader » des occidentaux, les USA. En France aussi, la notion de sauveur, qui va ramener la nation dans le droit chemin, est pratiquement inscrite dans les gènes. Cela se retrouve dans l’election du president de la republique, basée sur le culte de la personalité (et qui donne lieu au pathétique cirque politico-mediatique de la campagne présidentielle…): De Gaulle/Mitterand/Sarko (rayez les mentions inutiles), notre sauveur!
Sado-masochiste, l’ascension d’une montagne??? Que nenni. L’effort, c’est ce qui fait que l’on se sent vivre!
5 octobre 2007 à 9:04. Lien permanent.
Se sentir vivre, bien sûr, c’est essentiel. Voilà pourquoi je tente, nonobstant mon statut d’intello, de garder la machine en marche, et même de la confronter à ce qu’elle n’est peut-être plus capable d’accomplir… Tant pis si ça casse un jour. Mais rien n’égale le plaisir, à soixante ans passés, de se dresser debout sur la cime ; ou de traverser le récif à la nage ; ou de sortir de la mangrove éreinté, boueux, mais hilare… Rien d’héroïque, là-dedans : juste la jouissance de participer (encore un instant, monsieur le bourreau !) au grand ballet des molécules et des organismes…
5 octobre 2007 à 21:18. Lien permanent.
« je vois l’ascension comme une invitation, une séduction, un acte d’amour »
quelle est alors LA montagne qui vous a fait atteindre le 7ème ciel? ;o)
8 octobre 2007 à 20:25. Lien permanent.
Dur, dur de répondre !
Pas la plus haute, en tout cas. Peut-être le mont Bego, dans le Mercantour, autour duquel des hommes de l’âge du Bronze ont gravé sur des dalles de roche des dizaines de milliers de figures – le « Chef de Tribu », le « Sorcier », le « Christ », l’ »Arbre de vie », etc. ; et quantités d’ »enclos », d’ »attelages », de « cornus »…
Une symbolique difficile à comprendre, mais superbe, peut-être un culte voué aux forces de l’orage, qui s’abattent si souvent et avec tellement de violence sur la contrée…
Le mont Bego… En quelque sorte, l’homologue du mont Jovet, le Mons Jovis, la « montagne de Jupiter » de mon enfance, au-dessus de Tincave. Mais celui-ci est hors concours !
13 octobre 2007 à 22:08. Lien permanent.