29 avril 2008
La faim revient, oui. La faim dans le monde… Les prix du riz, du blé, du lait s’envolent. Les greniers et les ventres se vident. Des émeutes éclatent. On lit à nouveau la peur dans les yeux des enfants à l’abdomen ballonné, qui n’ont même plus la force de pleurer, et dans les yeux desquels des mouches remplacent les larmes…
On pouvait croire au progrès des sciences et des techniques, du machinisme agricole, des engrais, des pesticides, de la sélection des semences ou même des OGM. On pouvait imaginer qu’ils allaient effacer ces images d’agonie. Certains l’ont espéré. Les profiteurs du marché ont empoché les bénéfices.
Les écologistes sont moins naïfs. Ils s’échinent à répéter que, nonobstant les apparences, Malthus avait raison. Oui ! Le Thomas Malthus du malthusianisme, ce pasteur anglican qui, voici deux siècles, énonça dans son Essai sur le principe de population, une loi économique et écologique simple : dans un système fermé comme la Terre, les ressources sont limitées et, tôt ou tard, ça coince! On peut masquer les problèmes un moment en recourant massivement aux énergies fossiles. Puis le réel se venge.
Désolé de décevoir les optimistes : mais nous ne pourrons pas, à la fois, avoir une population humaine en rapide croissance (8 milliards d’individus en 2025) et lui donner à manger, si dans le même temps nous continuons à couvrir le sol de béton, à augmenter les superficies vouées aux cultures industrielles et aux agrocarburants, et à réduire l’étendue des terres émergées à cause du réchauffement climatique qui élève le niveau des mers. Croire au Progrès perpétuel, c’est croire au Père Noël.
C’est se préparer des cortèges de mourants et des monceaux de morts.
Publié dans la catégorie nourriture par Yves Paccalet le 29 avril 2008.
18 avril 2008
Le mont Jovet perd sa peau d’hiver blanche. La neige fond sur la montagne. Le torrent du Bon Rieu dévale sa ravine : l’eau en est plus brune que transparente. L’élément liquide manifeste sa puissance innocente. Je contemple l’écume qui s’affole. J’écoute, abasourdi, le bruit tonitruants des cascades.
Des centaines de millions d’humains dans le monde crèvent de faim et de soif. Il y a des décennies que nous autres, écolos, répétons que dans ce domaine, tout va de pire en pire. Il y a des décennies que les gentils baratineurs du « politiquement correct » nous répondent que les progrès techniques (informatique, biologie, engrais, pesticides, OGM, etc.) nous tireront du désastre. Mais le désastre s’aggave !
Comment en sortir ? J’espère simplement que mon espèce comprendra, à la façon des taoïstes, que l’apparente faiblesse de l’eau fait sa force. Six siècles avant Jésus-Christ, Lao-tseu (Laozi) enseignait dans le Tao Te King :
« La plus grande perfection est semblable à l’eau, laquelle est la meilleure bienfaitrice des dix mille êtres, mais ne lutte jamais, car elle se cantonne dans les bas-fonds que fuient les hommes. Voici pourquoi l’eau est si proche du Tao : c’est parce qu’elle ne lutte jamais qu’elle ne se trompe jamais.
« Rien, ici-bas, n’est plus souple, ni moins résistant que l’eau ; pourtant, il n’est rien qui ne vienne mieux à bout du dur et du fort. »
Publié dans la catégorie eau par Yves Paccalet le 18 avril 2008.
10 avril 2008
« Margoulin, n.m. (mot dial.). Fam. : commerçant, homme d’affaires peu scrupuleux. » (Petit Larousse Illustré.)
Il y a les gros industriels, les gros commerçants, les gros paysans liés au pouvoir politique, qui torpillent l’idée que nous nous faisons de l’écologie. Qui anéantissent notre conception de ce qu’on peut appeler (allons-y !) le développement durable, la solution par les petits gestes ou la responsabilité quotidienne personnelle. En témoigne, en ce moment, le sort réservé aux conclusions du Grenelle de l’Environnement.
Il y a les moins gros, et même les petits, qui se jettent sur le marché « porteur » de l’écologie, qui s’emplissent les poches, qui profitent des aides de l’Etat pour vendre leurs installations à des prix insensés, et qui se fichent du consommateur comme de leur première arnaque, au risque de dégoûter le citoyen ordinaire de l’idée même d’écologie.
J’ai commandé récemment une pompe à chaleur, solution de chauffage domestique assez adaptée à la montagne. J’étais content de mettre un peu d’argent dans Kyoto et la réduction des gaz à effet de serre. Mais la société qui me l’a vendue m’a fourni un matériel qui ne correspondait pas à la demande, et l’a fait installer par un sous-traitant qui n’a lui-même pas respecté un nombre important de points pourtant écrits en gras sur la notice officielle. Résultat : une panne en deuxième semaine, et la nécessité de reprendre une partie des travaux. Des emmerdements multiples (coups de téléphone et mails auxquels personne ne répond, lettres idem, interventions auprès de mon assureur, demain peut-être procès pour malfaçon…).
C’est désespérant. Non pas tellement pour moi : j’assume et je sais me défendre (enfin, là je me vante : c’est ma compagne qui se tape le boulot !). Mais pour le principe : qui peut accepter gaiement de payer trop cher une installation défectueuse ? Les margoulins sont dans la maison verte. Ils profitent de la vague écolo. Ils polluent le peu d’avenir qui nous reste. Les ménages les plus modestes, comme toujours, sont les premières victimes.
Il va falloir sévir. Resserrer les règlements. Contrôler l’exécution des tâches. Punir les escrocs… Je suis triste, moi le soixante-huitard qui rêve encore d’interdire d’interdire, de constater que seules la loi et la répression pourront venir à bout de ces parasites. Je sais bien qu’en écologie générale, le parasitisme est un mode de vie répandu et probablement nécessaire. Mais je ne me sens pas consolé.
Publié dans la catégorie écologie par Yves Paccalet le 10 avril 2008.
7 avril 2007
Rions un peu, puisque le gouvernement chinois rit jaune : « ses » Jeux olympiques, ceux sur lesquels il compte pour exhiber aux yeux du monde sa puissance érectile, tournent en pipi de panda. Il faut dire que le pouvoir pékinois n’a pas fait de grands efforts pour amadouer les démocrates : il vient de condamner le dissident Hu Jia à trois ans et demi de bonheur libéral-communiste dans un cul-de-basse-fosse. En quelques semaines, il a probablement envoyé au nirvana bouddhiste plus de cent cinquante bonzes du Tibet…
Chez nous, la question porte sur le boycottage de la cérémonie d’ouverture. Bien sûr qu’il ne faut pas y aller ! Au-delà, je crois indispensable de faire tomber la totalité des Jeux. De toute façon, ils sont morts. Ratatinés. Anéantis par la conjonction des hystéries nationalistes, du terrorisme religieux, du dopage des athlètes et du doux parfum de pourriture répandu par l’argent des parrains…
Chacun a remarqué que le badge imaginé par les sportifs français, avec l’inscription « Pour un monde meilleur », pourrait sans problème orner le poitrail des officiels chinois. J’ai entendu, ce matin, l’un de nos athlètes les plus engagés, le perchiste Romain Mesnil, déclarer : « On aurait bien aimé porter un insigne « droits de l’homme », mais c’est interdit par la Charte olympique. »
Tout est résumé là : les droits de l’homme sont contraires à la Charte olympique. C’est ce qu’on appelle « l’esprit de l’olympisme » ! Amis du sport sans podiums ni médailles, boycottons joyeusement les J.O. de Pékin, et d’ores et déjà les suivants ! Remplaçons-les par des Jeux floraux, où ne s’affronteront que des poètes et des amoureux de la nature représentés chacun, non pas par un drapeau, mais par une fleur…
Publié dans la catégorie sport par Yves Paccalet le 7 avril 2008.