25 novembre 2008
Les montagnes chinoises du Yunnan, en montant vers le Tibet… J’ai quitté la vallée supérieure du Yangzi (le fleuve Bleu), où j’ai admiré la folie des gorges du Saut du Tigre. Je contemple, vers l’est, la montagne du Dragon de Jade et le Yangzi qui s’en va vers Chongqing et Shanghai, jusqu’à la mer de Chine orientale. Je me tourne vers l’ouest. Un autre fleuve : le Lancang Jiang des Chinois, c’est-à-dire le Mékong, descend vers l’Indochine… Je me sens quantité négligeable.
Négligeable ? L’Homo sapiens pioche et pelle depuis des siècles. Notre espèce a l’obsession de gratter. De nos jours, les ouvriers pilotent des engins colossaux dont certains enlèvent, à chaque coup de godet, un volume de roche équivalent à une maison.
Nonobstant cette puissance, je gardais l’idée que, sur la masse prodigieuse de la planète, l’activité des hommes ne se remarquait pas plus qu’une griffure de fourmi sur une citrouille. J’entonnais ce précepte de la Bible et de la sagesse des nations : nul ne déplace les montagnes.
J’avais tort… Des géologues ont étudié la question. Quel est le premier agent de la mutation des paysages ? Le plus formidable facteur d’érosion, le principal remanieur du globe, c’est l’Homo sapiens. Chacun des plus de 6 milliards d’humains remue en moyenne 6 tonnes de matériaux par an. 30 tonnes pour le Nord-Américain… Durant les 5 000 ans qui viennent de s’écouler, notre espèce a déplacé assez de terre, de cailloux et de sable pour bâtir une montagne de 100 kilomètres de longueur, 40 de largeur et 4 de hauteur. Le volume des Alpes françaises ! La dérive des continents – la tectonique des plaques – va moins vite. Pour accomplir la même besogne, il ne lui faut pas 5 000, mais 5 millions d’années.
L’homme est à présent plus fort que les volcans, les séismes et les tempêtes. Il en tire gloire : le devrait-il ? Le risque est qu’un jour, cette montagne d’orgueil ne lui retombe sur la figure.
Publié dans la catégorie montagne par Yves Paccalet le 25 novembre 2008.
6 novembre 2008
Vous allez encore me manquer : je vous quitte demain, pour deux semaines (si je peux me brancher, mais ça ne sera pas facile, je vous lirai avec profit et plaisir, comme toujours).
Je pars en Equateur, dans la forêt amazonienne, dans un camp perdu de la jungle, pour un film « Arte » sur des insectes improbables, magnifiques, burlesques, irréels, grandguignolesques, bachibouzoukesques, sciencefictionnesques, etcétéresque, qu’on appelle en français (et en science) les membracides, et en anglais « the tree hoppers » (les sauteurs d’arbres). Jetez un oeil sur ce que vous trouverez à leur propos sur Internet… J’y parlerai à la fois de biodiversité (combat écolo urgentissime) et d’évolution (contre le créationnisme, mais avec humilité : pour l’instant, personne ne comprend à quoi servent les expansions abracadabrantesques et colorées de ces bestioles).
Je vous raconterai… Si nous ne sommes pas kidnappés par des guerilleros. Mordus par des serpents, piqués par des araignées ou shootés au Plasmodium falciparum, version incurable !
Publié dans la catégorie insectes par Yves Paccalet le 6 novembre 2008.
1er novembre 2008
J’apprends la mort de Jacques Piccard. L’un des hommes que j’ai le plus admirés…
Le 23 janvier 1960, à bord du bathyscaphe « Trieste » inventé par son père Auguste (oui : le modèle du professeur Tournesol), et en compagnie de l’Américain Don Walsh, il est descendu au fond de la fosse du Challenger, à Guam (l’une des Mariannes), à 10 916 mètres de profondeur… L’Everest à l’envers ; sauf que, depuis Hillary et Tensing, des centaines d’alpinistes ont escaladé le point culminant du globe, tandis que personne, je dis bien personne, n’est jamais retourné au creux du creux des océans…
J’ai connu Jacques Piccard quand j’écrivais le livre de son aventure et de celle de son père (« Auguste Piccard, professeur de rêve », chez Glénat, 1997). Je lui demandais de me raconter sa vie. Nous travaillions près de Lausanne, au bord du Léman, où il avait installé son centre de recherches. C’est l’homme le plus courageux et le plus humble que j’aie jamais côtoyé. Au plus profond de la fosse des Mariannes, il avait vu un poisson plat et une crevette rouge… A l’époque, on se demandait si la vie était possible dans des conditions aussi dures d’obscurité, de pression et de froid. Jacques Piccard a donné la réponse – et du coup, sa mission est devenue tout autant philosophique que scientifique. Ecologique, aussi : on envisageait alors de déverser dans les fosses marines nos pires déchets chimiques et nucléaires. Le fait qu’on ait trouvé de la vie aussi loin de la surface avait contraint les pollueurs à renoncer à ce projet délirant.
Salut, Jacques ! Le plancton luminescent des abysses scintille comme le font les étoiles.
Publié dans la catégorie mer par Yves Paccalet le 1 novembre 2008.
1er novembre 2008
(J’ai entendu récemment un élu vert - j’ai oublié son nom – qui s’insurgeait contre le gaspillage des illuminations de Noël. Car ça recommence, évidemment : bientôt, nous y aurons droit de la Toussaint à Pâques. L’an passé, j’avais fondé le GROIN. Je vous remets le billet : unissons-nous contre la laideur qui pollue !)
Les illuminations de Noël : l’une des plus sinistres inventions de l’humanité après la bombe atomique et le moteur à explosion ! Une maladie de saison que nous nous inoculons à nous-mêmes avec un masochisme communicatif, en bêlant des chants si sucrés qu’ils nous donnent le diabète…
Ce chancre malin apparaît de plus en plus tôt en décembre. Sa laideur contagieuse gagne les villes et les villages, dont la peau se met à luire de couleurs si laides que ceux qui les ont choisies ne pourront jamais être pardonnés. Certains habitants aident à la propagation du virus en l’important directement dans leur maison, sur un malheureux sapin auquel on a tranché le corps, et sous lequel on entasse des cadeaux promis à une rapide revente sur Internet…
Plus les illuminations de Noël se répandent, plus la société devient méchante. Il y a une relation de cause à effet. Le jeune de banlieue à qui l’on a infligé dès l’enfance le spectacle de ces éclairages kitchissimes, a forcément été traumatisé : je comprends qu’il se venge en mettant le feu à la voiture de ses parents. Je sais aussi pourquoi, à Noël, tout le monde est si triste, en faisant semblant d’être heureux dans le parfum du vomi de champagne et de foie gras…
Je n’oublie pas, bien sûr, que ces illuminations consomment une énergie folle et participent du chaos climatique. Voilà pourquoi je me révolte ! Amis de l’humanité et de la beauté, certains d’entre nous ont fauché les champs d’OGM : la lutte continue ! Jetons bas les guirlandes d’ampoules ! Révoltons-nous contre la dictature de la laideur électrique !
Rejoignons le combat, faisons-le connaître : je fonde dès aujourd’hui le GROIN, le Groupe Résolument Opposé aux Illuminations de Noël.
Publié dans la catégorie société par Yves Paccalet le 1 novembre 2008.