25 décembre 2008
Je ne résiste pas, en ce jour où nous rotons collectivement nos excès de foie gras, de bûche et de champagne, au plaisir de retranscrire ici ce texte que j’avais donné dans Sortie de secours, et où je démontre que, pas plus que le Père Noël, la croissance ne saurait physiquement exister…
La croissance dont on nous rebat les oreilles à longueur de journal télévisé ou de discours électoral est à la fois sadique et coprophile (du grec kopros, « excrément », et philos, « ami »). Elle est génératrice d’autant de milliards de tonnes de déchets que de milliards de tragédies pour l’homme et les espèces qui le côtoient sur la planète.
La perspective en est aussi fallacieuse que l’existence du Père Noël. On démontre, par les méthodes de la science, que ce barbu en habit rouge et probablement un peu pédophile, n’est qu’une imposture. Supposons qu’on dénombre, dans les familles chrétiennes, quatre cent millions d’enfants sages qui l’attendent dans la nuit du 24 au 25 décembre. Mettons qu’il accomplisse sa tournée en vingt-quatre heures (en suivant les fuseaux horaires). Il doit effectuer cinq mille visites par seconde. Il dispose d’un cinq millième de seconde pour parquer le traîneau, dévaler la cheminée, distribuer les jouets sans se tromper, remonter, fouetter ses rennes et passer à la maison suivante. La longueur de sa tournée avoisine cent cinquante millions de kilomètres (la distance Terre-Soleil). Le traîneau doit filer à plus de mille kilomètres par seconde. Si chaque enfant reçoit un jouet d’un kilogramme, le véhicule est rempli de quatre cent mille tonnes de cadeaux. Une masse aussi colossale, propulsée à la vitesse indiquée, engendre une résistance de l’air qui élève la température de plusieurs milliers de degrés.
À peine parti de sa Laponie natale, le Père Noël est déjà carbonisé. C’est la raison pour laquelle, s’il a existé un jour, maintenant il est mort.
Il en va de même pour la croissance. Si elle a existé un jour, à présent elle est défunte.
Publié dans la catégorie enfance par Yves Paccalet le 25 décembre 2008.
9 décembre 2008
Un matin comme un autre. J’ouvre un œil. Je me retourne dans mes draps cinquante pour cent polyester (plastique). J’éteins mon radio-réveil en styrène (plastique). Je gagne à tâtons les dalles en vinyle (plastique) de ma salle de bains. Pommeau de douche en plastique. Shampooing dans un flacon de plastique. Porte-serviette en plastique et serviette en tissu synthétique : plastiques.
Je m’habille, cinquante pour cent polyester (plastique). Je me chausse, mes semelles sont en polyéthylène (plastique). Petit déjeuner : cafetière électrique en plastique et gâteau emballé dans du plastique. Par bonheur, le café est véritable… Je bois un jus de fruit que contenait une bouteille en polychlorure de vinyle (plastique). Je me passe une cassette de musique, support en mylar (plastique). Je sors ma poubelle en plastique.
Je commence à me sentir plastifié jusqu’à l’os. Notre civilisation entière se drogue aux plastiques. Elle est emballée dedans comme la mouche dans la toile d’araignée. Elle en use et en abuse de toutes les couleurs. Elle ne peut plus s’en passer. Non seulement elle emballe et elle s’emballe, mais elle suremballe !
Or, les plastiques sont préparés, synthétisés, polymérisés à partir du pétrole. Ils recèlent du chlore et cent composés polluants qui provoquent des allergies, des stérilités masculines et féminines, des cancers, des mutations, des naissances monstrueuses. Nous en fabriquons des dizaines de millions de tonnes par an, que nous jetons à peine employées ; qui encombrent nos décharges ; ou que nous brûlons en commettant des crimes écologiques à la dioxine ou aux PCB…
Je suis anéanti. Je songe à me recoucher. J’entends pleurer dans la chambre voisine. Mon petit-fils se réveille. Je crois que je vais aller lui voler sa tétine (en plastique), me la planter entre les lèvres et la sucer une heure ou deux pour me rassurer.
Publié dans la catégorie consommation par Yves Paccalet le 9 décembre 2008.
2 décembre 2008
Noël approche, les jouets sont presque dans la cheminée, les enfants vont devoir subir les escroqueries de fournisseurs pour qui rien n’importe excepté leur profit. Ceux-ci livrent au marché des nounours dont les yeux se détachent, des poupées imbibées de produits toxiques ou des camions de pompier à la peinture au plomb… De leur côté, les parents réveillonneront avec un « pur foie gras » à la graisse de porc, en buvant une piquette de mousseux baptisée « champagne », et en dansant sur la musique de CD volés sur l’Internet et fourgués sous le manteau.
On n’a pas oublié ces produits laitiers trafiqués, vendus par des margoulins chinois, et dans lesquels les protéines manquantes étaient remplacées par de la mélamine, un formaldéhyde qui a tué des nourrissons et conduit à l’hôpital des dizaines de milliers d’enfants, les reins massacrés par le poison…
On a l’impression que ces escroqueries sont de plus en plus nombreuses. On se remémore les désastres du sang contaminé, de l’hormone de croissance, de la vache folle élevée aux farines animales, des huiles de vidange dans l’huile d’olive ou du mortel alcool méthylique dans la vodka…
Hélas ! Ces comportements criminels ne sont pas nouveaux. Ils font même partie de notre humanité la plus intime. J’en ai retrouvé des traces dans l’Histoire. Par exemple, ce texte de l’utopiste français Charles Fourier, publié en 1834, dans le Traité de l’Association domestique et agricole.
« Dépravation indirecte des sciences. Par le progrès de la chimie, qui ne travaille qu’à vexer le pauvre, en fournissant au commerce des moyens de dénaturer toutes les denrées : pain de pommes de terre, vin de bois d’Inde, faux vinaigre, fausse huile, faux café, faux sucre, faux indigo ; tout n’est que travestissement dans les comestibles et les fabrications, et c’est sur le pauvre que s’exerce cette gargote chimique. »
Comment mieux peindre les indignités de notre XXIe siècle ?
Publié dans la catégorie nourriture par Yves Paccalet le 2 décembre 2008.
1er décembre 2008
(Curiosité : je voulais savoir dans quel état d’esprit j’étais voici juste trente ans, le 1er décembre 1978. J’ai un avantage : je l’ai écrit dans « L’Odeur du soleil dans l’herbe », chez Robert Laffont, 1992. Eh ! bien, moi non plous yé né pas changé, voici le passage !)
Nuages noirs du grand pin ; pâle fumée des oliviers ; et ce sentier inutile qui naît et meurt dans la broussaille…
Derrière moi, la trace immatérielle de mes jours, que les végétaux absorbent en même temps que les photons de Frère le Soleil. Ne resteront de mon passage que quelques molécules de sucres à trois carbones. Plus utiles qu’une inscription sur une plaque de marbre.
Publié dans la catégorie paccalet par Yves Paccalet le 1 décembre 2008.