29 janvier 2009
Pour oublier la sinistrose déplorée par quelques-uns sur ce blog : le sexe ! D’abord, celui des fleurs, on verra pour la suite, si affinités…
On offre des fleurs à sa mère, à sa fiancée, à la petite fille sage, au vainqueur du Tour de France ou à ceux qui vous accueillent à dîner. C’est un acte social, un geste de paix, un échange, une politesse, une marque de respect, d’affection ou d’amour. Les fleurs, c’est beau et ça sent bon.
Mais il faut avoir conscience de la trivialité des actes qu’on commet… Car on manipule des sexes nus !
Irait-on proposer une brassée de vulves humides et de phallus raides à une collégienne innocente, à sa grand-mère, à un champion de cent mètres ou à la mémoire d’un héros de la patrie ?
Le « langage des fleurs », tel que prétendent le traduire les livres de bonnes manières, n’a aucun sens. Telle espèce, de telle forme ou de telle couleur, annoncerait l’amour tendre, l’amour passion, l’amour toujours ou l’amour vache ; la fidélité ou la trahison ; le désir ou l’indifférence ; le regret ou la haine…
Fariboles ! Si les fleurs pouvaient rire, elles partiraient d’un grand éclat… Le seul langage des corolles, c’est le sexe ; l’amour physique ; la séduction ; le désir de conjugaison ; l’exigence de fécondation ; la nécessité de reproduction. Aussi bien la rose blanche que la rose thé, la rose rouge que la rose bleue, s’ouvrent pour faire des petits – et le disent à leur façon, sans chichis ni sentiments. Aussi bien la « timide » pâquerette que la pivoine « vaniteuse ». Aussi bien le myosotis du souvenir que le lotus de l’oubli ; l’œillet des poètes que le chrysanthème des morts ou le perce-neige de la résurrection…
Les fleurs ne veulent rien annoncer que leur ardeur à faire tomber le pollen sur le pistil humide. Le grain de pollen féconde l’ovule dans un organe qui ressemble à une matrice. De là, naît une semence protégée par un fruit. La graine tombe à terre. Elle germe et produit une plantule, afin que jamais ne s’interrompe le cycle de la vie, dans les siècles des siècles.
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 29 janvier 2009.
16 janvier 2009
Pour nous changer de la morosité ambiante…
Marcher – en montant…
S’engager dans le sentier. Avancer. S’élever dans la pente. Lutter contre la gravité, contre les lois de la physique. Mettre un pied plus haut que l’autre. Longer un torrent. Se glisser dans les fourrés, caresser un arbre, traverser un alpage, se hisser sur la moraine jusqu’au glacier. Chercher la fleur rare ou se laisser fouetter par le vent sur l’arête… Porter son corps jusque là-haut ; vers l’horizon ; vers le ciel… Pas seulement le corps : l’esprit. Certains diraient : l’« âme »…
Nul ne peut marcher dans la montagne sans modifier ses émotions, ses façons d’être, ses pensées, jusqu’à ses rêves. Le sentier d’altitude se mérite. Il est malaisé, caillouteux, inégal, parfois dangereux. Il requiert qu’on fasse taire sa paresse. Il exige de l’énergie et de la persévérance. Il peut devenir odieux. On a le cœur qui bat la chamade, on souffre, on en bave – au physique comme au moral.
Mais on aime cette douleur… On tire du plaisir de cette folie… Le corps s’habitue à l’effort, aux épines, aux cailloux, à l’orage, à la chaleur, à la neige. La respiration devient progressivement plus ample. Le flux de sang nourrit les cellules. Les muscles, les os, les articulations se renforcent. Le tonus s’améliore – et l’esprit se met au diapason. Le cerveau sécrète des endorphines, ces molécules cousines de la morphine, qui sont les hormones naturelles de la récompense.
On rejoint, par la pensée, la cohorte des vagabonds aux semelles de vent, les Rousseau, les Rimbaud, les Bashô, les Samivel, les Kerouac… On suit la trace des naturalistes de terrain, des philosophes ambulants, des romanciers, des peintres, des musiciens, des poètes qui se sont plu à contempler la planète sur les hautes terres, dans les paysages farouches.
Marcher dans la montagne : la meilleure façon d’être Homo sapiens. De s’améliorer. De devenir un homme. Peut-être pas si sage, mais apaisé – et heureux !
Publié dans la catégorie montagne par Yves Paccalet le 16 janvier 2009.
12 janvier 2009
Les humains s’étripent à Gaza. L’occasion pour moi, d’un souvenir de mission Calypso…
L’aube sur la mer de Cortez – le golfe de Californie. De petits nuages roses, accrochés au ciel d’orient, semblent se liquéfier, puis se transmuent en or pur. Sous l’horizon, le soleil donne un coup d’éventail de rayons : on jurerait le bon Dieu (œil en triangle, pinceaux de photons) d’une peinture d’église baroque. C’est une de ces matinées tropicales où l’on ressent, par toutes les fibres de son corps, que la Terre est en harmonie, les éléments en accord, les créatures en paix. L’éternité se cache dans un friselis d’écume blanche, c’est-à-dire dans un poème de Rimbaud : « La mer mêlée au soleil… »
Droit devant, un nuage de vapeur immatériel naît de la vague. Une colonne de rêve. Un panache qui s’irise, reste suspendu une seconde dans l’atmosphère et s’évanouit. Elle souffle !… Une baleine, un monstre de la mer. Le Léviathan de la Bible, le Tourbillon marin du Moyen Age… Le panache monte à douze ou quinze mètres, en forme de V étroit. Le géant qui l’exhale est une baleine bleue. Un rorqual bleu. Balaenoptera musculus. Le colosse des colosses. Le plus considérable organisme que la vie ait façonné sur Gaïa.
Il n’est pas impossible qu’un matin, une baleine bleue vienne souffler l’espoir de la paix à une encablure du rivage de la bande de Gaza…
Publié dans la catégorie baleines par Yves Paccalet le 12 janvier 2009.
5 janvier 2009
(Je retrouve ce texte vieux de plus de vingt ans. Aujourd’hui, à la place de « mes enfants », je mettrais bien sûr « mes petits-enfants » !)
Mes enfants dauphins. Mes petits. Mes gamins…
Ils causent, ils chantent, ils bavardent, ils se moquent, ils crient, que dis-je ? Ils hurlent quand je travaille. Ils ont tété le lait tiède et la tendresse sucrée de celle qui les a portés dans son ventre et mis au monde dans un sanglot de bonheur. Ils dévorent leurs céréales et leurs tartines comme les dauphins le calmar : goulûment ; sans mâcher ; en racontant, la bouche pleine, des histoires de cour de récréation qui feraient rougir leur grand-mère.
Mes enfants sont des dauphins à deux pieds sans bec, qui vont à l’école un T-shirt sur les nageoires et soufflent leurs leçons de mathématiques sur la houle de leurs cahiers ; en zigzaguant dans les couloirs ou en bondissant sur les fauteuils. Ils obéissent aux mêmes lois physiques et chimiques et sont faits des mêmes matériaux que leurs cousins marins. Pétris des mêmes molécules : protéines, sucres, graisses et enzymes, sans oublier les oligo-éléments.
Ni l’ADN des chromosomes. L’acide désoxyribonucléique : l’organisateur du miracle !
J’ai cent fois joui du spectacle des dauphins en liberté dans l’océan ; et mille fois de celui de mes enfants déchaînés dans le salon. Ou hypnotisés devant l’écran de leur jeu vidéo. Ou râlant devant un exercice de grammaire. Ou maudissant un thème d’allemand. Ou bondissant comme des cabris dans la montagne en fleurs. Ou pataugeant dans les flaques à marée basse. Ou câlins comme des bonbons à la framboise, après un délicieux déjeuner de hamburgers-frites arrosé de Coca-Cola et conclu par un film de kung-fu. Ou endormis comme des angelots d’église baroque dans la pénombre de leur chambre…
J’en ai les yeux, les oreilles, les narines et la cervelle (bref, le siège de l’âme) tout imprégnés. Je déchiffre, dans ces effets de l’énergie biochimique (jeu subtil des hormones, catalyse du glucose et cycle de Krebs ; avec l’humour des primates), le résumé des splendeurs de la Terre.
Voilà pourquoi je suis philosophe ; et écolo !
Publié dans la catégorie enfance par Yves Paccalet le 5 janvier 2009.
4 janvier 2009
Pour bien commencer l’année en pleurant comme des Madeleines, je vous propose ce texte très Humanité disparaîtra, bon débarras !, dont j’ai fait ma chronique pour le numéro 14 (décembre2008-janvier 2009) du magazine Ushuaïa Nature. (A lire maintenant ; des photos, des infos…)
Aux Antilles… Je me rappelle Hispaniola, cette grande île aujourd’hui partagée entre Haïti et Saint-Domingue. Christophe Colomb la découvre et s’en éprend. Elle est peuplée d’Indiens Caraïbes et ennoblie de forêts d’émeraude où la nature tire des feux d’artifice d’orchidées, de colibris et de perroquets.
Il en reste aujourd’hui une enfilade de collines pelées où les enfants des esclaves se partagent la misère, la peur et le vaudou. Haïti et Saint-Domingue composent le navrant résultat de cinq siècles de colonisation. Les Indiens Caraïbes ont été exterminés. Les Africains, qu’on a déportés ici pour cultiver la canne à sucre ou la banane, ont accédé à une indépendance vite dévoyée par de sanglants dictateurs.
Les sylves originelles ont été rasées, brûlées, saccagées. Privé de son ancrage de racines, l’humus a dégouliné vers la mer avec les pluies tropicales. La terre fertile a laissé la place à une latérite rouge, dure comme le roc, où rien ne pousse. Dans l’océan, les récifs de coraux et les mangroves ont été asphyxiés par la boue des fleuves : mais ils constituent la base de la pyramide alimentaire dont dépendent les mollusques, les crustacés et les poissons. L’humus manque au-dessus de la surface, et il tue en dessous : double effet de la prolifération humaine, de la rapacité et de l’imprévoyance de notre espèce, pour laquelle il n’est de bon espace que celui qui rapporte – et vite ; et beaucoup…
Double malédiction. Navrant symbole… Je crains qu’Haïti et Saint-Domingue ne nous montrent ce que sera, demain, notre planète entière. Dénudée. Dépiautée. Moche. Stérile. Hostile.
Je songe à ce misérable pêcheur, dans sa pirogue instable et mal taillée, au large de Cap-Haïtien. Il relève son filet. Il n’a pris qu’un minuscule poisson. Je lui demande : « Ne devrais-tu pas le remettre à l’eau, afin qu’il grandisse, se multiplie et donne de bonnes pêches à tes enfants ? »
L’homme me répond tristement : « Demain, peut-être. Mais c’est aujourd’hui que je dois rapporter à manger à ma famille… »
Publié dans la catégorie îles par Yves Paccalet le 4 janvier 2009.