27 juin 2009
1972-1975…
Avant de rejoindre à temps complet le commandant Cousteau et la Calypso, j’inaugure mon parcours professionnel dans l’édition, d’abord comme rédacteur d’une encyclopédie (philosophie, zoologie, botanique). Puis comme directeur littéraire de Claude Tchou, aux éditions du même nom… Au 6, rue du Mail, à Paris, près de la place des Victoires, avec mon ami Jean-Pierre Sicre (qui devait créer, plus tard, les éditions Phébus), nous dirigeons le petit atelier d’écriture d’un ambitieux Dictionnaire mondial des littératures. Nuits blanches de boulot, fréquentation des romanciers et des poètes de tous les pays, dégustations concomitantes et sans grande modération de beaujolais ou de saumur ! La littérature, les fleurs, le vin : une trilogie digne de Li Po, Omar Khayyam ou Apollinaire…
Claude Tchou connaît mon goût pour la botanique. Nous discutons, cherchons et trouvons ce qui nous semble « la » bonne idée : que je rédige une série d’Herbiers des provinces de France (Bretagne, Champagne-Lorraine, Alsace, Auvergne, Bourgogne et Lyonnais, Alpes, Provence, Languedoc et Roussillon, Pyrénées), que nous réunirons ensuite en un unique Herbier de France.
La plupart des illustrations nous sont fournies par les somptueuses lithographies d’un gros livre du début du XIXe siècle : la Flora monachensis (la « Flore de Munich »). Nous complétons notre iconographie par des dessins empruntés à d’autres ouvrages de la même époque, parfois en noir et blanc et que nous faisons colorier. Antoine de Caunes inaugure, lui aussi, sa carrière professionnelle : encore loin de Canal+ et du cinéma, il est photographe. Il réalise les clichés de nos images et les remet au photograveur. Alain Meylan assure la mise en page.
L’objet vient au monde. En grand format cartonné, rehaussé de lettres d’or, avec une vignette en quadrichromie collée sur le plat de couverture… Nous sommes en 1974. Il y a trente-cinq ans de cela ! C’est le premier livre que je signe : j’en suis à environ soixante-quinze ! J’ai l’impression que le temps n’a aucune épaisseur. Que j’ai sauté dans ces trois décennies en faisant « Ploc ! », comme la grenouille dans l’étang d’un fameux haïku de Bashô.
C’est ce livre (je n’y ai rien touché : j’ai juste ajouté une préface) que les éditions Place des Victoires viennent de rééditer. Merci pour la nostalgie !

Réédition 2009.
Publié dans la catégorie botanique par Yves Paccalet le 27 juin 2009.
22 juin 2009
Depuis Tokyo. Bonheur d’être avec Yuuto et Kaon. Mais je fais le papy poule, et je n’irai pas cette fois au sommet du mont Fuji…
Il y a, dans les montagnes, une magie que ressentent les dahus, mes frères. Peut-être ce sortilège procède-t-il de la raréfaction de l’oxygène. Insuffisamment alimenté en gaz vital, le cerveau dérape sur la pente du délire. Impressions fallacieuses, perceptions bizarres, sensations étranges… Les forêts, les rochers, les glaciers se peuplent de créatures démoniaques, de silhouettes sarcastiques, de génies malfaisants. Les séracs deviennent fantômes ou palais de conte. C’est dans ces circonstances qu’on entrevoit la croix de feu plantée sur la cime ; la vouivre dans le lac ; le loup-garou dans la clairière ; ou le diable en train de lancer un pont sur des gorges de vertige, dans l’espoir d’emmener quelques âmes en enfer.
L’autre face de la montagne est lumineuse ; pas moins énigmatique, mais resplendissante. Les premiers rayons de l’aurore en révèlent les crêtes. Midi la repeint d’à-plats noirs, ocre ou roux, mêlés de velours ou d’argent gris. Le crépuscule en enflamme les cimes, et les rehausse de cobalt ou d’améthyste. Lorsque l’orage éclate, les zébrures de la foudre parlent un langage d’étincelles que ponctuent les rugissements rageurs du tonnerre.
Lorsque je contemple une montagne, j’aspire à la gravir. Je me vois debout là-haut… Sur le plan physique, je n’en suis pas souvent capable. Ma chair est faible, hélas !… En voyant défiler les années, je suis même certain de ne jamais réaliser mon rêve d’Everest. Je n’escaladerai pas la déesse blanche des neiges, le Sagarmatha des Népalais, le Chomolungma des Tibétains. Mais j’y monte par l’imagination. Comme à l’Annapurna ; au Chimborazo ; au Kilimandjaro ; ou à l’Erebus, en Antarctique… Peut-être, un jour, escaladerai-je les pentes du cratère Copernic, sur la Lune. Ou le mont Olympus, le plus haut sommet de la planète Mars et du système solaire : 25 000 mètres d’altitude !

Depuis Tincave, les glaciers de la Vanoise.
Publié dans la catégorie montagne par Yves Paccalet le 22 juin 2009.
14 juin 2009
Petit passage de l’introduction de mon Grand roman de la vie, dont je relis les épreuves. Parution début septembre…
J’ignore qui l’emportera, de notre génie créateur ou de notre aptitude à détruire. Je reste époustouflé par la capacité de mon espèce à poser les bonnes questions, à étudier le monde, à imaginer et à créer. En même temps, je demeure interloqué par sa propension à saccager la maison (la matrice) qui la nourrit, à ruiner sa planète, à anéantir la nature, à se détruire elle-même. À s’infliger des tortures, à se réduire en esclavage, à se massacrer jusqu’au génocide ; à la solution finale ; à la guerre nucléaire !
Je tiens Homo sapiens pour ce qu’il est : un paradoxe génial et consternant. Beau et laid. Séduisant et sinistre. Sublime et désastreux… Je le vois comme il va, c’est-à-dire de travers, dans la manière de l’ivrogne qui slalome sur le trottoir et renverse les poubelles en clamant qu’il avance résolument vers son avenir radieux.

Laos, forêt de Bokéo, mars 2007.
Publié dans la catégorie humanité par Yves Paccalet le 14 juin 2009.
9 juin 2009
Elle est née à Tokyo, le 28 mai dernier à 0 heure 40 (le 27 mai à 17 heures 40 pour l’Europe). La fille de mon fils Alexandre et de sa femme Kazumi. La petite soeur de Yuuto (« Murmure du soir ») Adrien…
Elle s’appelle Kaon Laure. En japonais, « Kaon » veut dire « la Fleur qui murmure ».
Avec Anouar (le « Lumineux ») à Québec, je suis trois fois grand-père : je vais relire le classique de Victor Hugo ; et le mondialiser !

Kaon.
Publié dans la catégorie paccalet par Yves Paccalet le 9 juin 2009.