22 juin 2009
Depuis Tokyo. Bonheur d’être avec Yuuto et Kaon. Mais je fais le papy poule, et je n’irai pas cette fois au sommet du mont Fuji…
Il y a, dans les montagnes, une magie que ressentent les dahus, mes frères. Peut-être ce sortilège procède-t-il de la raréfaction de l’oxygène. Insuffisamment alimenté en gaz vital, le cerveau dérape sur la pente du délire. Impressions fallacieuses, perceptions bizarres, sensations étranges… Les forêts, les rochers, les glaciers se peuplent de créatures démoniaques, de silhouettes sarcastiques, de génies malfaisants. Les séracs deviennent fantômes ou palais de conte. C’est dans ces circonstances qu’on entrevoit la croix de feu plantée sur la cime ; la vouivre dans le lac ; le loup-garou dans la clairière ; ou le diable en train de lancer un pont sur des gorges de vertige, dans l’espoir d’emmener quelques âmes en enfer.
L’autre face de la montagne est lumineuse ; pas moins énigmatique, mais resplendissante. Les premiers rayons de l’aurore en révèlent les crêtes. Midi la repeint d’à-plats noirs, ocre ou roux, mêlés de velours ou d’argent gris. Le crépuscule en enflamme les cimes, et les rehausse de cobalt ou d’améthyste. Lorsque l’orage éclate, les zébrures de la foudre parlent un langage d’étincelles que ponctuent les rugissements rageurs du tonnerre.
Lorsque je contemple une montagne, j’aspire à la gravir. Je me vois debout là-haut… Sur le plan physique, je n’en suis pas souvent capable. Ma chair est faible, hélas !… En voyant défiler les années, je suis même certain de ne jamais réaliser mon rêve d’Everest. Je n’escaladerai pas la déesse blanche des neiges, le Sagarmatha des Népalais, le Chomolungma des Tibétains. Mais j’y monte par l’imagination. Comme à l’Annapurna ; au Chimborazo ; au Kilimandjaro ; ou à l’Erebus, en Antarctique… Peut-être, un jour, escaladerai-je les pentes du cratère Copernic, sur la Lune. Ou le mont Olympus, le plus haut sommet de la planète Mars et du système solaire : 25 000 mètres d’altitude !

Depuis Tincave, les glaciers de la Vanoise.
Ma chair est aussi faible …
Et, je me contenterai donc du Mont de Venus.
http://gallery.photo.net/photo/4332633-md.jpg
Emouvant votre texte Yves,nous avons tous des montagnes que nous ne franchiront pas.Je vous propose une citation de Paul Claudel:
Deux manières de vieillir : l’esprit qui l’emporte sur la chair, ou la chair qui l’emporte sur l’esprit.
Encore un « s » dans le clavier.
Saison des pluies sur le Japon. Je ne verrai pas le mont Fuji se dégager des brumes et des nuées ! Je n’y monterai pas cette fois. Peut-être quand je ressemblerai à Hokusai…
Yves, faites un gros bisou à vos petits enfants de ma part.
Et puis comme vous êtes au Japon, faites passer mes pensées à la mémoire de Morihei Ueshiba dont je tente maladroitement de pratiquer l’art. C’est aussi une montagne dont je ne verrai jamais le sommet, mais que je continuerai de gravir.
Encore merci pour votre beau texte
Yves,
Très belle photo pleine de sérénité. Mais pourquoi vouloir toujours les gravir, ces montagnes? Je ne doute pas un instant que vous ne les approchiez avec grand respect, mais malheureusement, ce n´est pas toujours le cas. Les déchets laissés par les fanatiques de la grimpette souillent l´Himalaya et ce sont moins les drapeaux de prière qui flottent au vent que les kilomètres de papier de toilette (usagé!). Pourquoi ne pas se contenter d une « circumdéambulation » comme les pélerins tibétains autour du Mont Kailash, le « Joyau des Neiges »?
Pourquoi vouloir se mesurer aux montagnes, les défier? Elles qui, d´un éternuement, se débarassent des petits humains qui leur chatouillent les glaciers!
Escaladez les sentiers de l´imagination Yves, et merci de nous faire partager vos pérégrinations à travers les rêves. La chair faiblit au fur et à mesure que les années passent mais l´esprit doit s´aiguiser pour devenir comme la lame d´une épée de samourai (i tréma)!
Beaucoup de bonheur avec les petits et les grands, même la pluie ne peut gâcher de tels instants.
Patrice,
vous éveillez ma curiosité: qui est Morihei Ueshiba et cet art dont vous parlez?
Bonjour Martine, Morihei Ueshiba est le fondateur de l’Aïkido, tout simplement; il est décédé en 1969. Et je dis art, car il est à part dans ce qu’on nomme les arts matiaux… d’ailleurs, la lame de samouraï ( j’ai un tréma, a !!! nananère !) peut y être employée, bien que ce soit le sabre de bois (Boken) qui nous sert lors de nos entraînements. Art martial de nom, il est plus un une voie d’unité du corps et de l’esprit, dans le contrôle de soi, et la résolution de conflits de manière non destructrice … bon, c’est complexe autant à expliquer qu’à pratiquer, je ne vais pas me lancer dans de longues théories. En tout cas, cela fait un bien fou ! Et lire l’histoire de Morihei Ueshiba est assez intéressante. Je voulais juste faire un coucou hommage à cet homme qui a tourné son âme vers le bien.
Amitiés à tous
Merci Patrice. Vous avez raison d´honorer la mémoire de Morihei Ueshiba. Le respect porté aux maîtres des arts martiaux est un aspect très intéressant qui n´existe pas dans la pratique occidentale du sport, puisqu´il n´y a que des entraîneurs obnubilés par le perfectionnement des capacités physiques, par le gain d´un millième de seconde et où l´acuité de l´esprit ne joue qu´un rôle très secondaire, ou n´en joue aucun. Cette dimension essentielle de l´harmonie, de l´ »unité du corps et de l´esprit », comme vous l´écrivez, manque cruellement. Le sport occidental est un sport de résultats qui atteint souvent au paroxysme du grotesque. On peut s´en convaincre quand on entend parler des sportifs de haut niveau! Oh! là là là!!!
Exact Martine, l’occident privilégie une hiérarchisation dans un sens parfois trop dominateur. L’aïkido exclut totalement la compétition et tout ce qui s’y attache. Ceci facilite les rapports entres les pratiquants. De plus la force physique est assez secondaire et pratiquement inutile. il faut juste être fort en soi. Par conséquent, tous les gabarits peuvent pratiquer de façon égale; le progression est une affaire de travail assidu, et de beaucoup de patience.
en France, deux fédérations (évidemment, on ne fait pas comme tout le monde !)
http://www.aikido.com.fr/
et
http://www.ffab-aikido.fr/fr/index.asp
pour ceux qui aimeraient avoir des explications plus claires que ls miennes.
En tout cas, grâce à ça, je me sens parfaitement bien !
Amitiés à tous, et au Japon aussi !
Oui, Martine !
Contourner la montagne est plus proche du tao que de vouloir la « conquérir ». Mais, arrivé en haut, on devient tellement plus humble… Peut-être faut-il parfois lutter contre l’esprit « liquide » de Lao Tseu pour mieux trouver sa « voie ». La simplicité suprême exige une complexité plus grande encore ; et cette dialectique est infinie…
qui peut me rappeler l’histoire de ce film allemand ou il est question de voir le fuji sans nuage: un excellent film allemand assez récent. 1 à 2 ans..Les cerisiers blancs? ah je ne sais plus mais pile dans ce texte.
@ Marthe,
Je pense qu ‘il s’agit de « cherry blossoms ».
Bonjour,
Je cherche à vous contacter au sujet de ce que je considère comme une catastrophe relative à la démoustication en languedoc-Roussilon (et PACA).
Merci .
Dans l’ordre (mon prénom).
Pour tous ceux qui militent pour la cause animale je vous conseille vivement le livre que je viens de finir.
« l’animal est il une personne? »de Yves Christen.
Ce livre est très riche en références scientifiques et remet à mon sens l’espèce humaine à sa place.
On est loin des positions de Descartes , de Kant et de beaucoup d’autres. !!!
@ Chantal,
Petit article sur le BTI:
http://en.tourduvalat.org/actualites/archives/seminaire_sur_les_impacts_potentiels_des_traitements_au_bti_sur_les_invertebres_paludicoles_et_les_hirondelles_des_fenetres_en_camargue
Pour Chantal Viala : en effet, la question des pesticides est capitale ; et il s’en emploie beaucoup en Camargue, Languedoc et Roussillon… Pour me contacter, et pour ceux qui voudraient m’envoyer des photos à mettre sur ce blogue, voici une adresse mail : ypaccalet@gmail.com