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	<title>Le blog d'Yves Paccalet &#187; amours</title>
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	<description>L'humanité disparaîtra, bon débarras !</description>
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		<title>Parades spéciales</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Mar 2009 09:49:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yves Paccalet</dc:creator>
				<category><![CDATA[amours]]></category>

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		<description><![CDATA[3 mars 2009
(Une de mes “Humeurs sauvages”, de ma période Terre Sauvage, reprise dans Voyage au pays des montagnes, aux Editions de l’Archipel. Il arrive de plus en plus souvent que je m’amuse de mes anciennes bêtises ; c’est la définition de la sénilité.)
L’hiver dans la montagne. Mercantour ou Vanoise, Valais suisse ou Grand Paradis…
Les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>3 mars 2009</p>
<p>(Une de mes “Humeurs sauvages”, de ma période Terre Sauvage, reprise dans Voyage au pays des montagnes, aux Editions de l’Archipel. Il arrive de plus en plus souvent que je m’amuse de mes anciennes bêtises ; c’est la définition de la sénilité.)</p>
<p>L’hiver dans la montagne. Mercantour ou Vanoise, Valais suisse ou Grand Paradis…<br />
Les bouquetins glissent dans les couloirs de neige. Ils se laissent filer à toute vitesse dans la pente, virevoltent ainsi que des ballerines, remontent et recommencent. Ils dansent. Oui : ils dansent… Quel autre verbe conviendrait ? Les grands mâles se dressent sur leurs pattes arrière, au bord des vires de vertige, puis se percutent cornes contre cornes. L’écho des chocs se propage. Les femelles font mine de regarder ailleurs.<br />
Est-ce par mimétisme ? Il me vient l’envie de danser sur la neige et d’éprouver l’amour à la façon d’un bouquetin. Je reprends le contrôle de moi-même. Je songe à ce que nous savons des parades nuptiales. On imaginait, jadis, que le Mâle, avec un grand « M », était aux commandes. Vainqueur du tournoi des prétendants, il attrapait la belle à la hussarde, selon la logique du plus fort ; par les cheveux dans la version Cro-Magnon du conte. En vérité, ce n’est jamais le cas. Les mythes du chef, du pacha, du seigneur, du droit de cuissage se disloquent. Chez toutes les espèces, au moins de vertébrés, les femelles ont le privilège du choix. Elles élisent leur partenaire. Elles le sélectionnent avec soin. Il existe à cela une bonne raison mathématique. Le nombre d’ovules est inférieur à celui des spermatozoïdes. La nature a horreur du gaspillage et privilégie des mécanismes qui protègent le matériau le plus précieux : la moitié femelle de l’œuf, ou zygote. Dont procède l’embryon.<br />
La belle décide, y compris chez les lions et les éléphants de mer, dont on croit qu’ils vivent en harems. Les critères de sélection varient. Il en existe autant que d’espèces, je veux dire : des milliers et des milliers. Le mâle le plus désiré est parfois le plus grand, le plus expansif, le plus coloré, le plus porté à la gesticulation, à la démonstration et à l’esbroufe. Du type gorille qui se bat la poitrine ou cerf qui brame plus fort que la concurrence.<br />
Le plus souvent, les critères de sélection sont tout autres. Ils peuvent paraître bizarres. La femelle du poisson guppy élit le prétendant paré de la plus lumineuse tache orange. Celle de la rainette aime le cri long, celle du crapaud le coassement répété, celle de la grenouille la vocalise compliquée. Le pinson gagnant siffle les plus beaux harmoniques. Le colvert est prié de se dandiner avec autant d’énergie que de grâce ; le tétras de dresser une crête écarlate ; l’hirondelle de posséder la plus longue caudale et le plus petit nombre de poux. L’élu poisson porte-épée brandit l’arme la plus affûtée, même rajoutée par un expérimentateur facétieux. Le meilleur paon est celui qui déploie le plus d’ocelles. Le plus séduisant oiseau à berceau orne son arceau de bibelots plus nombreux et plus colorés que son voisin. Dans la famille mésange charbonnière, la victoire est attribuée à celui qui fait voir, sur son poitrail jaune, la bande noire la plus large.<br />
Mâles, mes frères, que hante le projet d’une descendance et l’exécution des galipettes généralement associées à ce bonheur, sachez que nous ne sommes pas grand chose. On nous aime pour notre apparence. Notre « beauté intérieure » ne compte pas. Nous sommes des objets. Nos attitudes, nos couleurs, nos habits, nos émissions sonores, nos parfums importent davantage que la qualité de notre âme. Que nous soyons aristocrate ou loubard de banlieue, citadin ou paysan, adolescent timide ou grison travaillé par le démon de midi, perdons toute illusion. Nous ne choisissons pas : nous sommes sélectionnés.<br />
Je me permets, par bonté d’âme, en m’appuyant sur les précieuses découvertes de la science éthologique, de vous donner quelques conseils pour rallier le corps électoral féminin à votre candidature. Coiffez votre crâne d’un bonnet rouge comme une crête de coq. Passez un habit de gala queue-de-pie, de façon à imiter l’hirondelle, et n’oubliez pas de vous épouiller avec soin. Ayez, sur le poitrail, le plastron jaune à large jabot noir de la mésange. Décorez votre garçonnière de bibelots de couleurs vives, comme l’oiseau à berceau. Faites la roue avec le paon. Dandinez-vous avec la grâce du colvert, tout en poussant la chansonnette (fréquente, longue et variée) qui assure le triomphe du crooner, du pinson et du batracien. Portez, bien sûr, l’épée d’académicien du poisson xiphophore.<br />
Si vous appliquez ces infaillibles recettes, vous remporterez de nombreux suffrages. Disons : peut-être un. Je vous présente mes vœux de bonheur. Si, par hasard, mes trucs copiés de Mère Nature échouaient, il vous resterait la poésie lyrique, l’algèbre de Boole, la peinture abstraite, la musique polyphonique et la méditation transcendantale, où se nichent d’autres satisfactions. Vous y gagneriez assez peu de regards énamourés.<br />
Mais, au moins, auriez-vous dissipé vos espérances de Roméo, et en seriez-vous parvenu à l’état de vieux sage amusé par la scène du monde, la danse des bouquetins et l’abracadabrant cortège des parades spéciales inventées par la vie – pour la vie.</p>
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