11 septembre 2008
Lorsque j’étais enfant, j’étais obsédé par la blancheur du Nord. Je dévorais les récits d’aventures des explorateurs – Barents, Hudson, Davis, Ross, Franklin, Nansen, Nordenskjöld, Peary, Amundsen ou Charcot. J’avais l’impression qu’ils marchaient sur une planète immaculée. Un univers de neiges, de banquises, d’icebergs, de brumes et d’ours polaires. Le Blanc. Le Pur. Le Beau.
Or, voici qu’on salit l’Arctique de mes rêves. J’ai vu la marée noire de l’Exxon Valdez en Alaska. Nombre de bateaux dégazent aux abords de l’océan Glacial. Des tankers couleront dans la tempête, ou parce que leur capitaine cuvera sa cuite à la passerelle. La souillure pétrolière est un désastre écologique et symbolique à la fois. Or, voici que les Administrations américaine, canadienne, russe ou danoise, en plein délire productiviste et après-moi-le-désastre, en accroissent follement le risque. Les grandes compagnies pétrolières vont être autorisées à pratiquer des forages et à faire passer leurs pipe-lines dans les plus beaux paysages du Grand Nord. Danger mortel pour la faune et la flore précieuses de ces contrées jusque-là protégées…
Je crains qu’au nom du profit, on ne salisse la belle innocence du monde polaire. Je m’inquiète pour l’Arctique, que le tourisme de masse pollueur et saccageur s’approprie. Je me fais du souci pour ce milieu fragile, quand on sait que les passages du Nord-Ouest et du Nord-Est vont être ouverts au trafic maritime par la fusion de la banquise. Et quand on apprend que les biologistes trouvent des concentrations ahurissantes de PCB, dioxines, pesticides et métaux lourds dans le corps des phoques, des morses, des bélougas ou des baleines… Je suis tracassé en apprenant que chaque année la glace marine est moins étendue et moins épaisse ; que les calottes gelées du Groenland, de Baffin ou d’Ellesmere se réduisent ; et que les villages des Inuit, des Samoyèdes ou des Tchouktches s’effondrent, parce que le sol normalement froid de la toundra (le permafrost) se met à fondre sous l’effet du réchauffement climatique.
Urgence ! Urgence pour ce qui ressemble à la « matière blanche » de notre planète – comme il y a une matière blanche de notre cerveau… On ne souille pas impunément l’idée que l’enfant se fait du Beau.