12 janvier 2009
Les humains s’étripent à Gaza. L’occasion pour moi, d’un souvenir de mission Calypso…
L’aube sur la mer de Cortez – le golfe de Californie. De petits nuages roses, accrochés au ciel d’orient, semblent se liquéfier, puis se transmuent en or pur. Sous l’horizon, le soleil donne un coup d’éventail de rayons : on jurerait le bon Dieu (œil en triangle, pinceaux de photons) d’une peinture d’église baroque. C’est une de ces matinées tropicales où l’on ressent, par toutes les fibres de son corps, que la Terre est en harmonie, les éléments en accord, les créatures en paix. L’éternité se cache dans un friselis d’écume blanche, c’est-à-dire dans un poème de Rimbaud : « La mer mêlée au soleil… »
Droit devant, un nuage de vapeur immatériel naît de la vague. Une colonne de rêve. Un panache qui s’irise, reste suspendu une seconde dans l’atmosphère et s’évanouit. Elle souffle !… Une baleine, un monstre de la mer. Le Léviathan de la Bible, le Tourbillon marin du Moyen Age… Le panache monte à douze ou quinze mètres, en forme de V étroit. Le géant qui l’exhale est une baleine bleue. Un rorqual bleu. Balaenoptera musculus. Le colosse des colosses. Le plus considérable organisme que la vie ait façonné sur Gaïa.
Il n’est pas impossible qu’un matin, une baleine bleue vienne souffler l’espoir de la paix à une encablure du rivage de la bande de Gaza…
Publié dans la catégorie baleines par Yves Paccalet le 12 janvier 2009.
3 octobre 2007
J’étais parti, me revoilà, crevé mais heureux. Masochiste invétéré…
Ce voyage m’a mené au Canada, ces « quelques arpents de neige » que méprisait Voltaire (les plus beaux esprits profèrent les plus moches idioties, CQFD). Nous avions mené une mission « Saint-Laurent et Grands Lacs » avec la Calypso de Cousteau en 1980. J’ai voulu observer les différences. Il y a du moins bon (sans cesse davantage de bagnoles et de béton, mais c’est partout pareil sur la Terre). Et du meilleur : la pollution du fleuve est moins grave que si c’était pire.
Les populations de bélougas (les « fantômes blancs ») du Saguenay sont toujours dramatiquement basses, mais pas moins qu’il y a un quart de siècle. Il en reste toujours environ 500. J’ai aperçu deux fois ces grands dauphins immaculés et même (dans un groupe d’une dizaine de sujets) un bébé gris-brun, que sa couleur distinguait de celle – neigeuse – des adultes. Un jeune (au moins !) : l’espoir. Car ce qui menace cette population, c’est encore et toujours un cocktail de produits chimiques déversés dans le fleuve par les hommes : des pesticides, des dioxines, des métaux lourds, qui rendent les cétacés malades et les stérilisent.
Du côté des grandes baleines, ce fut un pur enchantement au large de Tadoussac : de nombreux petits rorquals (ou baleines de Minke, ou rorquals museau-pointu) ; et des rorquals communs dont le souffle prodigieux monte à 10 mètres… Les baleines à bosse étaient déjà parties. J’ai raté les cachalots. Et je n’ai pas observé de rorqual bleu (ou baleine bleue), ce monstre des monstres dont la population mondiale n’a hélas ! jamais remonté depuis la fin de la chasse à l’espèce, voici près d’un demi-siècle. Mes amis de la station de recherche des îles Mingan, Richard Sears et Alain Charpentier, ne sont guère optimistes. Même s’il est déjà arrivé qu’on voie une « bleue » dans le Saint-Laurent, qu’on ne l’y aperçoive plus pendant dix ans, qu’on la croie morte et que… coucou ! elle réapparaisse un clair matin, en envoyant dans l’atmosphère son souffle au bruit puissant et doux, irréel, magique, indescriptible.
Jusqu’à quand souffleront les baleines ? J’aurais tendance à penser que lorsqu’elles auront disparu, nous serons bien proches de notre propre extinction.
Publié dans la catégorie baleines par Yves Paccalet le 3 octobre 2007.
29 août 2007
Enfin une bonne nouvelle : l’Islande annonce qu’elle cesse la chasse la baleine parce qu’il n’existe aucun débouché pour la viande de cétacé. Le consommateur n’en veut plus, le marché est nul, les quartiers débités encombrent les frigos. La Norvège (autre pays baleinier d’Europe) pourrait suivre. Peut-être même, un jour, le Japon, où le sushi de léviathan devient de moins en moins « tendance ». Je rappelle que, dans le même temps, l’industrie touristique de l’observation des cétacés (le « whale watching ») rapporte chaque année 20 millions de dollars.
Plus d’infos sur le site de l’IFAW (Fonds mondial pour la protection des animaux), chez Bernard Derty pour l’IFAW France. Je joins le lien.
Et je partage avec vous ce haïku de Gyôdai (1732-1792) :
Aube
Souffle des baleines
Mer glacée
Publié dans la catégorie baleines par Yves Paccalet le 29 août 2007.

La saut de la baleine à bosse.
Photo Vibert/actionreporter.com
1er juin 2007
Situation globalement désespérante. Sisyphe doit à nouveau rouler son rocher jusqu’au sommet de la montagne…
Il y a trente ans, avec le commandant Cousteau, Greenpeace et d’autres, nous nous battions pour que cesse la chasse à la baleine. A cette époque, des milliers de cétacés étaient traqués, harponnés au canon, saignés, débités, vendus chaque année. Nous avons gagné une bataille : en 1986, le moratoire est entré en vigueur. « Ouf ! » avons-nous soupiré.
Cette année-là, j’ai écrit, Cousteau et moi avons cosigné, « la Planète des baleines », chez Robert Laffont, 350 pages de science, mais surtout de beauté et de déclarations d’amour aux géantes de la mer. Donc, de la Terre.
A l’heure où je poste ce texte, la nouvelle réunion de la Commission Baleinière Internationale (CBI), à Anchorage (Alaska), ne laisse pas d’inquiéter les amis des cétacés. La Japon, tête de file des pays chasseurs, paie un cortège de petits pays pour obtenir la reprise des hostilités. Dans le collimateur : des centaines de petits rorquals. Et même des baleines à bosse – les baleines qui chantent et qui nous prennent dans leurs grands bras blancs. Sans oublier les « erreurs » – les animaux braconnés, baleines franches, baleines grises, rorquals communs, cachalots, voire baleines bleues…
Tout cela pour quelques tonnes de sushis ; quelques dizaines de millions de yens ; et surtout pour garder le droit de piller sans le moindre contrôle toutes les ressources vivantes de la mer…
On n’en finira jamais. Les rares victoires que nous autres, « écolos », avons obtenues, sont systématiquement remises en cause. Et le saccage continue. Comment voulez-vous que je croie, du fond du coeur, aux utopies que je formule moi-même dans « Sortie de secours » ? Il me faudrait au moins un petit encouragement, de temps à autre… J’attends. Je souffle moins fort que la baleine à bosse, et je chante moins bien.
Mais nous sommes soeurs et nous avons mal à notre humanité.
(La prochaine fois, je vous parlerai des femmes et des enfants du Darfour. C’est exactement le même problème : l’homme est territorial, dominateur et sans pitié. S’il y a du pouvoir ou du profit à prendre, il les prend. S’il faut voler, il vole. S’il faut tuer, il tue. Il appelle ses infamies « progrès » ou « croissance ».)
Publié dans la catégorie baleines par Yves Paccalet le 1 juin 2007.