1er mars 2010
Certains noteront que je la ramène une fois de plus avec des « je vous l’avais bien dit »… Mais la catastrophe de la Charente-Maritime et de la Vendée, avec la conjonction d’une tempête, d’une grande marée et d’une crue fluviale, je l’ai très précisément évoquée dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, en 2006. J’avais pris l’exemple du golfe du Bengale, parce que là, il n’y aurait pas une cinquantaine de morts, mais plusieurs millions ! Quand j’entends certains responsables affirmer qu’une telle situation était « imprévisible », je réponds qu’elle était totalement prévue ; et que le phénomène se reproduira forcément – en Hollande ou en Angleterre, en Louisiane ou dans le delta du Niger, en Cochinchine ou dans le golfe de La Plata… Et d’autant plus souvent que le réchauffement climatique fera monter le niveau moyen des mers !
Voici le passage…
Voulez-vous que je vous décrive l’une des plus grandes catastrophes de ces prochaines années ? Elle se déroulera dans le golfe du Bengale. Elle fera peut-être cinq millions de morts et des dizaines de millions de réfugiés…
Imaginez une marée de vive-eau, causée par l’attraction de la Lune et du Soleil – lesquels ne sont ni bons ni méchants. Imaginez un typhon de magnitude cinq – un phénomène naturel, lui aussi, mais aggravé par le réchauffement climatique. Imaginez une crue majeure du Gange et du Brahmapoutre – un autre accident de la nature, mais rendu plus dévastateur par la déforestation au Népal et en Inde.
Supposez que les trois phénomènes surviennent en même temps. Qu’ils se conjuguent… Le niveau de l’eau monte de trente ou quarante mètres dans le golfe du Bengale. Une vague phénoménale submerge une partie du Bengladesh. Elle provoque les dégâts du tsunami de 2004, multipliés par vingt.
Si j’écris que cette catastrophe a de sérieuses probabilités de se produire au XXIe siècle, je suis proche de la science.
Je deviens irrationnel, moral, humaniste ou religieux à partir du moment où j’ajoute : « J’espère que je me trompe. »

La vague fatale...

Xynthia...
14 janvier 2010
Le malheur, dirait-on, frappe toujours les mêmes miséreux… Le séisme de Port-au-Prince fera peut-être plus de 100 000 morts (et 2 ou 3 millions de réfugiés) : à l’heure où j’écris, nul n’en sait rien. Ce qui, en revanche, ne fait aucun doute, est qu’Haïti ressemble à ce que pourrait devenir toute la Terre. Je le disais dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, où (voici 5 ans) j’écrivais ce texte :
Je me rappelle Hispaniola, cette Grande Antille aujourd’hui partagée entre Haïti et Saint-Domingue.
Christophe Colomb la découvre et s’en éprend. Elle est peuplée d’Indiens Caraïbes et ennoblie de forêts d’émeraude où la nature tire des feux d’artifice d’orchidées, de colibris et de perroquets. Il en reste une enfilade de collines pelées où les enfants des esclaves se partagent la misère, la peur et le vaudou. Haïti et Saint-Domingue composent le navrant résultat de cinq siècles de colonisation. Les Indiens Caraïbes ont été exterminés. Les Africains qu’on a déportés ici pour cultiver la canne à sucre ou la banane, ont accédé à une indépendance vite dévoyée par de sanglants dictateurs.
Les sylves originelles ont été rasées et brûlées. Privé de son ancrage de racines, l’humus a dégouliné vers la mer avec les pluies. La terre fertile a laissé la place à une latérite rouge, dure comme le roc, où rien ne pousse. Dans l’océan, les récifs de coraux ont été asphyxiés par la boue : or, ils constituent la base de la pyramide alimentaire dont dépendent mollusques, crustacés et poissons. L’humus manque au-dessus de la surface et tue au-dessous : double effet de la prolifération, de l’imprévoyance et de la rapacité de notre espèce, pour laquelle il n’est de bon espace que celui qui rapporte – et vite ; et beaucoup…
Je crains qu’Haïti et Saint-Domingue ne nous montrent ce que sera, demain, la planète entière. Nue. Moche. Stérile. Hostile.
Je songe à ce misérable pêcheur, dans sa pirogue mal taillée, au large de Cap-Haïtien. Il relève son filet. Il n’a pris qu’un minuscule poisson. Je lui demande : « Ne devrais-tu pas le remettre à l’eau, afin qu’il grandisse, se multiplie et donne de bonnes pêches à tes enfants ? »
L’homme me répond tristement : « Demain, peut-être. Mais c’est aujourd’hui que je dois rapporter à manger à mes enfants… »

Port-au-Prince, le palais présidentiel en ruines.

Autre photo trouvée sur la toile (pas de références d'auteurs).