10 décembre 2009
En attendant la deuxième neige, ces images de la première ; et cet extrait de Quatre saisons en France (aux éditions Glénat).
« C’est l’hiver, les arbres sont en bois », note Jules Renard dans son Journal. Impossible de résumer les temps de froidure avec davantage de poésie, de justesse botanique et d’humour… L’hiver a quelque chose de triste et beau ; avec cet espoir inhérent au solstice de décembre, selon lequel les jours ne pourront que grandir. Les Canadiens prennent la chose en souriant : « Chez nous, affirment-ils, il n’y a que deux saisons : l’hiver et le mois de juillet. » On peut, comme le chanteur québécois Gilles Vignault, faire de la neige une fierté nationale : « Mon jardin, ce n’est pas un jardin : c’est la plaine. Mon chemin, ce n’est pas un chemin : c’est la neige. Mon pays, ce n’est pas un pays : c’est l’hiver… » Quelle que soit l’idée qu’on s’en forme, la « mauvaise » saison est une belle saison. Les arbres le savent : ils ne perdent leurs feuilles que pour mieux préparer de nouveaux bourgeons. Comme dirait le tao, sans le froid, le chaud n’existe pas ; sans l’hiver, le rêve de printemps n’a pas de place.

Première neige, par la fenêtre de mon bureau.

Première neige sur les fruits du sorbier des oiseleurs.
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 10 décembre 2009.
4 août 2008
Tornade la nuit dernière sur le Nord de la France. Trois morts, treize blessés à Hautmont (à l’instant où j’écris). Maisons rasées, ruines pathétiques, corps écrabouillés, survivants anéantis de chagrin… Il y a des années que je le dis, avec quelques autres : la première manifestation grave du changement climatique sera le chaos climatique. Bien avant la montée des eaux ou la disparition des glaces dans les montagnes et les zones polaires… Or, le chaos climatique, c’est exactement ça : la fureur des tempêtes, les vents ravageurs, les tornades, les orages gros d’inondations affroyables, les cyclones et les typhons de plus en plus puissants et lourds de pluie…
Les journalistes parlent par clichés. Ils se répètent les uns les autres. Tous y vont de leur « mini-tornade ». Ils m’énervent. Cette tornade-là n’a rien de « mini » : il s’agit d’une tornade, un point, c’est tout. Dans le Middle-West américain (dans le « Corridor des tornades »), on la qualifierait comme telle.
Une autre observation me hérisse. Dans la succession des dépêches AFP que j’ai consultées, la première raconte cette tornade meurtrière ; la suivante se réjouit du fait qu’en France, au mois de juillet 2008, les immatriculaions de voitures neuves ont progressé de 1,2 pour 100. Qui ne voit pas le lien direct – climatique, à base de gaz carbonique et d’effet de serre – qui existe entre les deux événements, ne comprendra jamais rien à l’écologie. C’est-à-dire à l’avenir des hommes…
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 4 août 2008.
13 juillet 2008
L’homme, ce grand singe, est né en Afrique. Il a conquis la planète en se débrouillant pour garder autour de lui une bulle de climat tropical – grâce à ses vêtements et à la domestication du feu. Aujourd’hui, nous revendiquons le sable chaud et nous pestons contre les étés « pourris ». Le string et le bronze-cul semblent devenus notre idéal !
Quant à moi, je ne supporte pas qu’on qualifie le temps de « beau » ou de « mauvais ». Les lieux de la planète où le ciel reste toujours radieux s’appellent les déserts… Les averses ou la neige sont aussi sublimes que le soleil : voyez les estampes d’Hokusaï ou d’Utamaro… La vérité est qu’il nous faut l’alternance. Tantôt la canicule, tantôt les hallebardes. L’uniformité, c’est la mort !
Avec le chaos climatique en cours, la Sibérie se réchauffe : mais ne croyez pas qu’on plantera du maïs et de la vigne à Irkoutsk ! Ce sera un désastre global, avec des tornades, des cyclones, la stérilisation des terres, l’extension des déserts ici, de terribles inondations là, une inexorable montée des eaux marines et l’apparition de centaines de millions de réfugiés écologiques.
J’ai appris, à l’école de ma jeunesse, que le pôle du froid se situait en Sibérie, à Verkhoïansk, avec un record (en 1892) à moins 67,8 degrés Celsius. On a enregistré des températures encore inférieures en Antarctique : moins 89,2 degrés à la base russe Vostok, en 1983. Mais c’est du passé. Les dix années que nous venons de vivre sont les plus chaudes que la planète ait connues depuis qu’il existe des données météo.
Si la Sibérie cesse d’être sibérienne, je ne donne pas cher de notre peau de grands singes peu poilus. Notre avenir s’inscrit en lettres de glace à la surface d’un sol (un permafrost) qui ne dégèle jamais, et sur lequel trottinent le lièvre variable, le renard polaire et le loup gris. Nous avons besoin que l’Ob et l’Irtych, le Ienissei et l’Angara, la Lena et la Kolyma, gèlent en hiver, et que les Nenets migrent en traîneau derrière leurs rennes.
Nous sommes tous des Nenets sur l’infini des neiges, et le bonheur est dans le froid.
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 13 juillet 2008.
17 juin 2007
“Odeur du temps brin de bruyère”… Ce vers d’Apollinaire me trotte dans la tête. Normal : je suis couché sur un lit de bruyère, à La Rottaz, au-dessus de Tincave. Je regarde les vaches. Savoyardes. De race tarine, comme moi. Elles paissent avec componction, lasses peut-être de devoir donner tant de lait pour du fromage de beaufort. Elles sont belles. On m’a reproché, naguère, d’avoir chanté leurs yeux d’or. L’iris de ces ruminantes est brun, en effet ; sauf au soleil couchant de la Vanoise, sur un lit de bruyère et dans l’odeur du temps.
J’ai l’âme bovine. Je me satisfais de produire, humble artisan, mon fromage de beaufort intellectuel, parfumé de pensée sauvage et de fraise des bois ; heureux si quelqu’un le déguste sans faire la grimace. Je me sens solidaire des mammifères à gros pis qui ballotte. Voilà pourquoi je déteste que les scientifiques accusent les vaches. Car ils les accusent ! Ils les rendent en partie responsables de l’effet de serre qui menace les climats de la Terre. Ils ont fait leurs calculs. Les scientifiques font leurs calculs même quand ils délirent : en quoi ils diffèrent des autres hommes, qui n’ont pas besoin de chiffres pour dire des sottises. Ils ont mesuré en laboratoire (sous tente spéciale, avec débitomètre) le volume quotidien des rots et pets du bovidé ordinaire, qu’ils ont multiplié par le nombre de ces animaux sur le plancher des vaches. Ils y ont ajouté les éructations et vesses des chèvres, et les largages des brebis, lamas, yacks et chameaux. La production de gaz de bétail est considérable. Plus abondante le soir que le matin. Variable en fonction de la qualité et de l’état de l’herbe (fraîche ou sèche). Elle est en grande partie faite de méthane, un gaz à effet de serre. Elle représente 15 pour 100 du volume de ce composé que les activités humaines rejettent dans l’atmosphère. 15 pour 100, donc, du risque de réchauffement qui pèse sur la planète. Avec dilatation des mers, fusion des glaces polaires, montée du niveau des océans et catastrophes concomitantes.
La vache menace l’humanité. Non pas la vache mâle, dans l’arène, qui encorne à l’occasion les génitoires avantageuses d’un hystérique cambré derrière un chiffon rouge. Non : la vache de tous les jours. Celle qui fait “meuh”, le cantal, la mimolette, le tube de lait concentré et même le beurre du Dernier tango à Paris. Celle qui rit sur des boîtes. Celle qui offre chaque année son veau au boucher, et finit en steak.
Qui veut haïr sa vache l’accuse de roter. L’effet de serre, les désastres climatiques ? La faute aux vaches ! La disparition du poisson de mer ? Voyez les phoques. La mort des forêts ? Un champignon ou un insecte. L’accumulation du gaz carbonique ? Les volcans. Et ainsi de suite. L’homme refuse d’avouer ses fautes. Irresponsable par pensée, par parole et par action… Le vrai boulot des politiques et des décideurs consiste à trouver des boucs émissaires. Il y a quelques années, un savant calculait que les premiers agents de la libération de méthane dans l’air étaient… les termites. D’autres ont dit que c’est la fermentation du riz, ou celle du maïs.
Termites, riz, vaches… Demain, quoi ? Les termites existent depuis 300 millions d’années et n’ont jamais menacé la biosphère. L’homme est l’unique cause de l’extension des rizières, des champs de maïs et des troupeaux. Parce qu’il est de plus en plus nombreux et avide…
Je respire l’odeur du temps, allongé dans la bruyère. Les vaches ruminent. L’une rote, l’autre lève la queue et pète. Parfums organiques : nécessités de la vie. On ne me fera pas croire que le danger procède de la digestion du pâturin par des herbivores. La panse, le bonnet, la caillette et le feuillet de la tarine aux yeux d’or ne noieront ni le port de Marseille, ni la Hollande. La stupidité dévastatrice des hommes, peut-être !
Louis XVI demandait qu’on laissât pisser le mérinos. Je réclame qu’on laisse péter la vache !
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 17 juin 2007.
7 juin 2007
Pas terrible. Les membres du G8, réunis à Heiligendamm, en Allemagne, ont parlé de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais aucun engagement chiffré n’a été pris par personne. George Bush n’en veut pas. Nicolas Sarkozy se dit ravi par cet accord « inespéré ». Angela Merkel est, elle aussi, satisfaite : on a (quand même) évoqué une diminution de 50 pour 100 des susdites émissions avant 2050, afin d’éviter un réchauffement moyen de la Terre de plus de 2 degrés.
En même temps, les informations qui remontent du « terrain » prouvent que tout va beaucoup plus vite - dans le mauvais sens – qu’on ne pouvait l’imaginer. Lorsque j’écrivais mes premiers articles sur le risque climatique, il y a 25 ans, on disait qu’il n’y aurait plus aucun glacier dans les Alpes en 2100. On en est à prévoir qu’il n’y en aura plus dans l’Himalaya en 2050. La banquise de l’Arctique régresse trois fois plus vite qu’on ne le pensait voici deux décennies. Idem pour celle de l’Antarctique. On voit d’ores et déjà les glaces de terre du Groenland se mettre à fondre.
Le décalage entre, d’une part, les réactions des pollueurs humains et de leurs représentants politiques, et, d’autre part, la consternante réalité de l’évolution des choses, devient ahurissant.
Dans ce contexte de réchauffement climatique accéléré, notre seule satisfaction de ces derniers jours sera-t-elle le retour de la guerre froide ?
Publié dans la catégorie climat par Yves Paccalet le 7 juin 2007.