29 juillet 2010
Deux articles de mon Petit Dictionnaire énervé de l’écologie ; et les deux des raisons de cet énervement : d’une part, la beauté, le joli lis martagon d’Anne-Marie ; d’autre part, l’humain tel qu’on le rencontre, avec cette photo de tombe qu’on m’a envoyée…
Dialogue (1)
Échange de paroles entre deux ou plusieurs êtres humains, qui permet en principe d’apaiser des conflits ou de résoudre des problèmes. Ce n’est pas gagné : l’information suivante a été relevée par Delfeil de Ton, dans Le Nouvel Observateur :
Au Mexique, dans l’État de Tabasco, seules deux personnes savent encore parler une très ancienne langue indigène, le zoque. Un homme et une femme, tous deux septuagénaires… Hélas ! Ils se sont disputés. Ils ne se parlent plus.
Chasse (2)
Les chasseurs affirment qu’ils incarnent les seuls vrais gardiens de la nature, qu’ils entretiennent les espaces sauvages et gèrent la ressource avec raison. Quelques chiffres soulignent la profondeur de cette « sagesse » cynégétique.
Lors de la marée* noire de l’Erika, en 1999, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) recueille 54 000 oiseaux victimes du mazout. Elle en sauve 10 000. Il y a des raisons de penser qu’au total, 300 000 volatiles périssent dans le désastre.
À la même époque, l’Office national de la Chasse publie (dans Le Chasseur français de décembre 1999) des éléments officiels du tableau de la saison écoulée. 6,3 millions de faisans. 1 663 800 bécasses. 7 362 000 grives. 1 293 000 merles. Ne figurent, dans ces données, ni le gibier d’eau, ni les perdrix, ni les cailles, ni les ortolans et autres « délices traditionnels » illégalement abattus, ni les passereaux piégés par les obsédés de la glu. Ni les cigognes, ni les rapaces, ni les grues, ni les flamants roses victimes de coups de fusil « malencontreux » ou « involontaires »…
La vérité est désormais chiffrée. Chaque saison, en France, les chasseurs exterminent au minimum 30 millions d’oiseaux. L’équivalent de cent marées noires de l’Erika !

Le lis martagon d'Anne-Marie.

J'ai deux amours...
Publié dans la catégorie dialogue par Yves Paccalet le 29 juillet 2010.
19 juillet 2008
Pour changer de sujet (en change-t-on vraiment sur le fond ?), et parce que tout le monde (enfin, ceux qui peuvent) part en vacances, ce petit texte écrit pour « Terre Sauvage », voici plus d’une dizaine d’années…
Chemin vert… Je précise : métro Chemin vert… J’ai rendez-vous Porte des Lilas, où flotte encore un parfum de Georges Brassens. Aujourd’hui, ma balade sauvage sera parisienne, souterraine et brinquebalante ; ferroviaire et sociologique. Entassement d’Homo sapiens des deux sexes. A vue de nez, il est 17 heures, comme dit une publicité méprisante (elles le sont toutes).
Une femelle et un mâle subadultes se hument le museau en murmurant des mots d’amour. Deux immatures ricanent. Une femelle âgée pince les narines et déplore la scène. Un grand mâle renifle sa voisine ; elle descend. Les senteurs s’ajoutent aux émanations. Remugles sui generis et bouffées de déodorants que Coluche nommait « rillettes sous les bras ».
Coincés dans un métro ou un train de banlieue, les humains sont contraints d’établir des contacts qu’ils refuseraient ailleurs. Ils évitent de se regarder dans les yeux pour ne pas se provoquer. Beaucoup s’aspergent de parfums artificiels, qui n’ont pas pour fonction de répandre un effluve « agréable », mais de masquer leurs vraies odeurs. Celles-ci sont trop fortes. Non pas « dégoûtantes », mais révélatrices de l’état physiologique de ceux qui les produisent. Trop lisibles. Trop claires… Nos senteurs sont les manifestations les plus immédiates de nos désirs et de nos pulsions. Sans en avoir conscience, nous nous humons les uns les autres. Nous voudrions oublier que nous sommes des bêtes, mais notre nature animale nous rattrape. Mon chien le sait, parce qu’il raisonne avec sa truffe. Des savants de notre espèce confirment son intuition. Nous émettons et recevons sans cesse dans la gamme des ondes pifométriques.
Outre le fumet de nos glandes sudoripares, qui émane notamment de régions du corps que la délicatesse de ce texte m’interdit de détailler, nous fabriquons, répandons dans l’air et détectons des hormones externes. Des phéromones (du grec phoros, « qui porte », et hormaô, « j’excite »)… Ces molécules volatiles titillent des récepteurs spécialisés, inclus dans la cloison de nos fosses nasales, et qu’on appelle « organes VNO » Ces centres sensoriels envoient l’information à une structure « reptilienne » de la base de notre cerveau, l’hypothalamus. Là naissent nos émotions, surtout celles qui marquent les prémices romantiques roses et la honteuse agitation rouge de nos ruts. Des biochimistes comme George Dodd ont d’ores et déjà identifié une douzaine de phéromones humaines, auxquelles ils ont attribué des noms d’additifs alimentaires.
O héroïnes amoureuses ! O Hélène, Iseut, Héloïse, Juliette, Virginie et compagnie ! La phéromone sexuelle féminine s’appelle « ER 670 ». O héros de chaque couple, Pâris, Tristan, Roméo, Paul et les autres ! La phéromone masculine a été baptisée « ER 830 »…
Nous produisons ces messages grâce à des glandes du visage, des aisselles et de notre région génitale. Ces signaux biochimiques notifient aux autres humains ce que nous leur proposons : notre amour si c’est un(e) partenaire en phase ; nos salutations distinguées s’il s’agit d’un sujet neutre ; notre poing sur la figure si c’est un(e) concurrent(e). Le Code civil et la peur du gendarme tempèrent l’échange… L’une des fonctions de nos poils consiste à concentrer, amplifier et bonifier nos phéromones. Sans ces parures velues, notre potentiel de séduction s’effondre. Les femmes modernes, dont la mode exige qu’elles s’épilent comme la poupée Barbie ou comme des fillettes de cinq ans, inspirent peut-être moins de désir au mâle.
Je change à République. Je ris de mes divagations sur la puissance des molécules : notre culture modifie la hiérarchie des facteurs. Pour me distraire, je me remémore la manière dont les phéromones règlent les amours des vers marins palolos (Eunice viridis) du Pacifique Sud. Trois jours après le dernier quartier de la lune d’octobre ou de novembre, des millions de mâles et de femelles de ces annélides se rassemblent en profondeur. Surexcités par les émanations du sexe opposé, ils se tortillent si frénétiquement que leurs appendices sexuels se détachent, montent en surface et copulent sans le secours ni la satisfaction de leurs légitimes propriétaires.
Pure chimie des passions.
Publié dans la catégorie dialogue par Yves Paccalet le 19 juillet 2008.
6 février 2008
Salut les amis !
Lundi dernier, j’ai donné une conférence à Lille sur le thème « Développement durable ou disparition de l’humanité », devant les élèves de l’Ecole centrale de Lille, de Marseille, de Paris…
Bien sûr, j’ai repris mes thèmes et mes craintes – ceux-là même qui constituent le fonds de L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! La plupart de mes auditeurs étaient intéressés par mes propos, plus radicaux que ceux des tenants du « développement durable », version « peinture verte ».
Mais l’un de ces jeunes m’a interpellé de façon très vive en me reprochant d’évoquer des dangers non démontrés. Il a eu ces mots qui m’ont touché : « En quelque sorte, vous tenez des discours qui ressemblent à ceux du président George Bush avant la guerre d’Irak ! »
J’ai répondu que je me tenais du côté de la science, ce qui est prétentieux ; que je n’engageais que moi, ce qui est faux ; que je n’avais rien à vendre, ce qui est abusif, puisque mes livres sont en librairie ; et que je n’avais aucune ambition personnelle, ce qui est encore plus mensonger, puisque je tire avantage d’être celui qui parle et qu’on écoute.
Je vous livre ce morceau de vie. Je vais de ce pas enfiler mes bottes et coiffer mon chapeau de cow boy.
Publié dans la catégorie dialogue par Yves Paccalet le 6 février 2008.
28 janvier 2008
Je suis revenu du Japon, où j’ai pu câliner Adrien Yuuto Paccalet. J’aurais préféré aller là-bas en bateau plutôt qu’en avion. Y avait pas de bateau.
Le Japon ? Le merveilleux Japon de Bashô, Issa, Hiroshige et Hokusaï ? Comme le monde entier, c’est devenu un univers du gratte-ciel et de la bagnole. Les lieux de nature sont à l’image des bonsaïs : des fragments de beauté perdus dans le béton et le bitume. Avec des gaspillages d’énergie insensés…
J’étais ému, attendri, heureux de prendre mon petit-fils dans mes bras, de humer son odeur et de caresser ses cheveux (il en a beaucoup !), et consterné par l’état du monde que nous transmettons à sa génération.
Ce n’est pas très original.
Ce qui n’est pas original non plus, c’est la bagarre née sur ce blog à propos de l’Europe, du traité de Lisbonne, de la question de sa ratification par le référendum ou par le parlement, des avantages et des inconvénients de la démocratie suisse ou française.
Nous discutons, en vérité, pour affirmer notre domination sur autrui : cela transparaît à un moment ou à un autre. Même entre personnes qui partagent la plupart des idées, même entre gens qui s’aiment, même entre amis, même dans les couples. Ecce homo. Espace vital et volonté de puissance.
L’une des rares méthodes qui nous permettraient d’avancer était déjà pratiquée dans l’Antiquité par les sophistes grecs, que Platon haïssait parce qu’il croyait aux idées pures. Je l’ai testée en ayant avec moi des Israéliens et des Palestiniens : c’est dire ! Elle consiste à obliger chaque acteur d’un débat à défendre la thèse du camp opposé. Chacun développe les arguments d’en face…
Je vous propose, pour la prochaine fois, que les partisans de l’Europe la déglinguent, et inversement ; que les défenseurs du parlement préconisent le référendum, et vice versa ; et ainsi de suite. On verra ce qui adviendra. De toute façon, ça ne peut pas être pire !
Publié dans la catégorie dialogue par Yves Paccalet le 28 janvier 2008.