8 juillet 2009
J’ai maints amis au WWF, à commencer par Serge Orru. On s’est battu ensemble sur à peu près tous les dossiers chauds de l’écologie… Raison de plus pour réagir à ce que je considère comme une mauvaise initiative. V’là t-y pas qu’avec David Servan-Schreiber (lequel a eu un cancer, en a guéri et en a tiré un best-seller), le WWF lance une campagne bizarre, bizarre. Le texte (voir le site du WWF : http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/l-eau-potable-et-le-cancer ) recommande à tous ceux qui ont eu un cancer (sous-entendu : et qui craignent d’en avoir un, ce qui fait 100 pour 100 de la population !) d’éviter de boire l’eau du robinet, sauf à être parfaitement sûr de sa qualité (ce qui est évidemment impossible). Dans le cas contraire, ajoute le communiqué, buvez de l’eau en bouteille… Bien entendu, certaines eaux du robinet posent problème, les nappes phréatiques sont menacées ou déjà touchées par les engrais (nitrates…), les pesticides (atrazine…) et mille rejets industriels et domestiques. Il y a trente ans qu’on le dit et, sur ce terrain-là, le combat continue. Mais l’eau en bouteille ne sera jamais une solution. Outre les pollutions qu’elle induit elle-même (que la bouteille soit en verre ou en plastique), vu son prix (au litre, mille fois celui de l’eau du robinet), elle est réservée à une minorité de la population dans les pays riches, et à une infime minorité dans les pays pauvres. Le seul vrai bon mot d’ordre, c’est : Bagarrons-nous pour garantir l’accès de tous à une eau du robinet de qualité ! Allez, la bise à Serge Orru !
Publié dans la catégorie eau par Yves Paccalet le 8 juillet 2009.
18 avril 2008
Le mont Jovet perd sa peau d’hiver blanche. La neige fond sur la montagne. Le torrent du Bon Rieu dévale sa ravine : l’eau en est plus brune que transparente. L’élément liquide manifeste sa puissance innocente. Je contemple l’écume qui s’affole. J’écoute, abasourdi, le bruit tonitruants des cascades.
Des centaines de millions d’humains dans le monde crèvent de faim et de soif. Il y a des décennies que nous autres, écolos, répétons que dans ce domaine, tout va de pire en pire. Il y a des décennies que les gentils baratineurs du « politiquement correct » nous répondent que les progrès techniques (informatique, biologie, engrais, pesticides, OGM, etc.) nous tireront du désastre. Mais le désastre s’aggave !
Comment en sortir ? J’espère simplement que mon espèce comprendra, à la façon des taoïstes, que l’apparente faiblesse de l’eau fait sa force. Six siècles avant Jésus-Christ, Lao-tseu (Laozi) enseignait dans le Tao Te King :
« La plus grande perfection est semblable à l’eau, laquelle est la meilleure bienfaitrice des dix mille êtres, mais ne lutte jamais, car elle se cantonne dans les bas-fonds que fuient les hommes. Voici pourquoi l’eau est si proche du Tao : c’est parce qu’elle ne lutte jamais qu’elle ne se trompe jamais.
« Rien, ici-bas, n’est plus souple, ni moins résistant que l’eau ; pourtant, il n’est rien qui ne vienne mieux à bout du dur et du fort. »
Publié dans la catégorie eau par Yves Paccalet le 18 avril 2008.

29 avril 2007
Marrakech, la mosquée Koutoubia (« des Livres »)
Je ne vous ai pas laissé tomber après les élections. Je reviendrai vite sur ce thème.
La semaine dernière, j’étais à Marrakech. Non pas pour le tourisme, mais parce que c’était la récompense du premier prix du Pamphlet, attribué par la maison d’édition Anabet, et que j’ai reçu l’automne dernier pour avoir commis « L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! »
Je suis allé là-bas avec plaisir et curiosité, mais j’ai surtout voulu y joindre l’utile à l’agréable. J’ai regardé cette ville et ses habitants avec l’oeil de l’écologiste et du président de Green Cross France – cette ONG dont le principal thème d’action s’intitule « l’eau et la paix ».
Pour moi, Marrakech incarne, en effet, le criant symbole des problèmes d’approvisionnement en eau douce qui se posent dans la majeure partie des pays du monde ; et qui se poseront avec une acuité de plus en plus terrifiante à mesure que (pour l’agriculture, l’industrie, les transports, les habitations) nos besoins en H2O s’accroîtront et que notre population mondiale continuera d’exploser…
Dans le sud du Maroc, Marrakech est une sorte d’immense oasis, avec une fameuse palmeraie. La ville a été fondée au XIe siècle (si je ne m’abuse). Elle est admirable et riche de mille oeuvres – la place Djamaa El-Fna, les tombeaux des Saadiens, la mosquée Koutoubia (« des Livres »), etc. On s’y sent bien. C’est un vaste et magnifique capharnaüm, où bat le coeur généreux des Marocains.
Le drame est qu’aujourd’hui, la cité compte près de 2 millions d’habitants ; et que, chaque année, 2 millions de touristes la visitent… On y voit bâtir de toutes parts. Les grues et les immeubles poussent comme des champignons. On y voit aménager des routes, des grands magasins, un terrain de golf (qui consomme en eau l’équivalent d’une ville de 8 000 habitants !), etc.
Mais d’où vient l’eau locale, à la latitude du Sahara ? De la montagne de l’Atlas. L’eau des pluies ou de la fonte des neiges coule dans des oueds et s’inflitre dans le sol. On la pompe dans la nappe phréatique. De plus en plus. Avec une obstination qui confine à l’obsession. Sans limite. Sans réfléchir…
L’eau manque déjà à Marrakech. Comme d’habitude, les plus forts, les plus riches s’approprieront les ressources restantes. Mais celles-ci diminueront de façon tendancielle pour une raison qu’on commence à connaître : le chaos climatique. Il pleuvra et il neigera de moins en moins sur les sommets de l’Atlas. Au rythme de la construction et du gaspillage actuels, Marrakech et sa région risquent une seule chose : retourner à ce désert dont les avaient extraits le miracle de l’eau et le travail obstiné de générations d’hommes.
PS. Coïncidence, ineffable beauté du cruel hasard ! Au moment où je lance ce petit texte sur les fils invisibles de la Toile, j’entends dans une autre pièce, à la télévision, une publicité pour investir dans la pierre à Marrakech, « perle de l’Atlas, aux portes du désert » ! Rendement garanti. Tu parles !
Publié dans la catégorie eau par Yves Paccalet le 29 avril 2007.

Photo faite (me semble-t-il) à la ferme aux Crocodiles, Pierrelatte ; un bébé dans une feuille de Victoria regia.
10 mars 2007
On a connu les eaux de la discorde. Les eaux de la violence et de la mort… J’ai écrit, dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, qu’au XXIe siècle, les deux fluides déclencheurs de guerres, peut-être de la guerre mondiale (la nucléaire, la totale, la finale), seraient l’eau et le pétrole. Je ne suis pas sûr, hélas ! d’avoir eu tort. Mais voilà qu’il me vient l’espoir d’avoir proféré une bêtise.
Je rédige cet article aujourd’hui. Je pars la semaine prochaine, avec ma casquette de président de la branche française de l’ONG Green Cross, cosigner à Jérusalem et à Jéricho un premier protocole d’accord sur la gestion des eaux locales, sur leur dépollution et sur leur plus juste répartition. Qui signera à terme, je l’espère de tout coeur ? Des Palestiniens, des Israéliens, des Jordaniens. Je voudrais que nous entérinions trois réalités. Primo, les eaux du Jourdain et de sa nappe phréatique sont insuffisantes en quantité pour alimenter la consommation des villes et des campagnes qu’elles sont censées fournir : la population locale ne cesse de croître. Secundo, elles sont polluées par mille résidus domestiques, agricoles et industriels. Tertio, rien ne pourra se faire (sauf la guerre) sans l’accord de tous.
C’est un exploit de réunir des gens qui s’étripent, se mitraillent ou se font joyeusement exploser les uns les autres depuis plus d’un demi-siècle. C’est un plaisir de tenter d’instituer, ici comme pour tous les sujets de notre espèce, un « droit à l’eau » qui fasse partie des droits de l’homme. C’est une douce nouvelle que, dans une zone de désert et de semi-désert, des êtres humains puissent enfin (je veux croire qu’aucun attentat sanglant ne viendra couper cet élan) partager ce qui constitue le bien le plus précieux : le fluide de la vie. Les eaux de l’innocence enfantine et de la tolérance entre les peuples.
Les eaux de la paix.
Publié dans la catégorie eau par Yves Paccalet le 11 mars 2007.