4 janvier 2009
Pour bien commencer l’année en pleurant comme des Madeleines, je vous propose ce texte très Humanité disparaîtra, bon débarras !, dont j’ai fait ma chronique pour le numéro 14 (décembre2008-janvier 2009) du magazine Ushuaïa Nature. (A lire maintenant ; des photos, des infos…)
Aux Antilles… Je me rappelle Hispaniola, cette grande île aujourd’hui partagée entre Haïti et Saint-Domingue. Christophe Colomb la découvre et s’en éprend. Elle est peuplée d’Indiens Caraïbes et ennoblie de forêts d’émeraude où la nature tire des feux d’artifice d’orchidées, de colibris et de perroquets.
Il en reste aujourd’hui une enfilade de collines pelées où les enfants des esclaves se partagent la misère, la peur et le vaudou. Haïti et Saint-Domingue composent le navrant résultat de cinq siècles de colonisation. Les Indiens Caraïbes ont été exterminés. Les Africains, qu’on a déportés ici pour cultiver la canne à sucre ou la banane, ont accédé à une indépendance vite dévoyée par de sanglants dictateurs.
Les sylves originelles ont été rasées, brûlées, saccagées. Privé de son ancrage de racines, l’humus a dégouliné vers la mer avec les pluies tropicales. La terre fertile a laissé la place à une latérite rouge, dure comme le roc, où rien ne pousse. Dans l’océan, les récifs de coraux et les mangroves ont été asphyxiés par la boue des fleuves : mais ils constituent la base de la pyramide alimentaire dont dépendent les mollusques, les crustacés et les poissons. L’humus manque au-dessus de la surface, et il tue en dessous : double effet de la prolifération humaine, de la rapacité et de l’imprévoyance de notre espèce, pour laquelle il n’est de bon espace que celui qui rapporte – et vite ; et beaucoup…
Double malédiction. Navrant symbole… Je crains qu’Haïti et Saint-Domingue ne nous montrent ce que sera, demain, notre planète entière. Dénudée. Dépiautée. Moche. Stérile. Hostile.
Je songe à ce misérable pêcheur, dans sa pirogue instable et mal taillée, au large de Cap-Haïtien. Il relève son filet. Il n’a pris qu’un minuscule poisson. Je lui demande : « Ne devrais-tu pas le remettre à l’eau, afin qu’il grandisse, se multiplie et donne de bonnes pêches à tes enfants ? »
L’homme me répond tristement : « Demain, peut-être. Mais c’est aujourd’hui que je dois rapporter à manger à ma famille… »