26 novembre 2009
Autre chose (oh ! oui, oh ! oui…) que l’égoïsme destructeur des Homo sapiens : les inventions de la nature.
Les 7 et 8 décembre, sur Arte, il y aura de quoi s’en mettre plein les yeux (et de quoi s’interroger sur les ahurissants mécanismes de l’évolution), grâce aux images de Quincy Russell, en regardant les deux films que nous avons tournés dans la forêt amazonienne de l’Equateur. Sujet : les insectes membracides. De petits cousins éloignés des cigales. Quelques millimètres de monstruosité pure ! Le livre (auquel fait allusion Anne-Marie dans les commentaires du précédent billet) est paru chez Arte/Jean di Sciullo. Je vous copie-colle ci-dessous un paragraphe du texte que j’y ai commis.
Les bestioles que nous sommes venus étudier dans cette jungle appartiennent à une famille d’insectes qu’on appelle les « membracides ». C’est grâce au docteur Stuart McKamey, du Muséum d’Histoire naturelle de Washington, que j’observe, sur un buisson, près du réfectoire de l’Estacion de Biodiversidad, mes premiers sujets amazoniens de la famille : des colonies de larves. On jurerait de petits fruits bizarres, épineux, attachés aux branches sur lesquelles trottent aussi de grosses fourmis rousses. Stuart McKamey m’explique qu’il s’agit de « nymphes » (les Anglo-Saxons emploient ce mot pour « larves ») d’une espèce du genre Umbonia. Probablement Umbonia crassicornis (« à corne épaisse »). Longues d’un demi-centimètre, et colorées de noir, blanc et rouge… Des adultes les accompagnent, plus vivement barbouillés de vert, d’orange et d’écarlate… Les deux âges exhibent, sur le dos, une forte épine aux nuances de chlorophylle, rehaussée de lignes vermillon. Cet organe étrange, hypertrophié, fait l’originalité des membracides. Sa structure et son rôle interpellent le scientifique comme le philosophe. Quelle est sa fonction ? Son utilité dans l’évolution ? Est-ce une simple décoration ou une pièce vitale ? Le fruit du hasard ou de la nécessité ?

Membracide demi-diable, Centrotus cornutus,
photo Patrice le Tourangeau.
