24 août 2009
Extrait d’un livre en cours, Légumes oubliés d’hier et d’aujourd’hui, avec 125 recettes, coécrit avec Kathleen Paccalet, chez Hoëbeke, à paraître le 8 octobre prochain :
Le légume est un être vivant.
Il naît, vit et meurt pour nous. Il nous offre son énergie, ses saveurs, ses parfums, ses molécules, ses vertus médicinales… Il existe dans le temps. C’est un produit de saison : la tradition rurale nous le rappelle. Les leçons de l’écologie nous le confirment.
Le légume dépend de la terre, de l’air, de l’eau, de la glèbe qui l’accueille. Mais aussi de la mécanique céleste… Il résulte de cette magie astronomique qui fait tourner notre globe avec une inclinaison de 23 degrés 27 minutes par rapport à la verticale au plan de l’écliptique : ce « détail » est à l’origine de la ronde des saisons. Nous dépendons de ces lois. Nous tentons de nous en détacher en exaltant notre civilisation énergivore, polluante et ravageuse. Nous feignons de croire que ce gâchis durera. Mais si nous persévérons dans notre vanité, la nature nous ramènera à notre nature – avec pertes et fracas.
La terre jardinière a ses rythmes – son temps biologique, ses biorythmes. Ses périodes de naissance (ou de renaissance), de jeunesse, de maturité, de vieillesse, de mort… Notre planète danse sur la musique des quatre saisons. Elle nous emporte avec elle en tournant.

Carottes de collection.
Publié dans la catégorie nourriture par Yves Paccalet le 24 août 2009.
2 décembre 2008
Noël approche, les jouets sont presque dans la cheminée, les enfants vont devoir subir les escroqueries de fournisseurs pour qui rien n’importe excepté leur profit. Ceux-ci livrent au marché des nounours dont les yeux se détachent, des poupées imbibées de produits toxiques ou des camions de pompier à la peinture au plomb… De leur côté, les parents réveillonneront avec un « pur foie gras » à la graisse de porc, en buvant une piquette de mousseux baptisée « champagne », et en dansant sur la musique de CD volés sur l’Internet et fourgués sous le manteau.
On n’a pas oublié ces produits laitiers trafiqués, vendus par des margoulins chinois, et dans lesquels les protéines manquantes étaient remplacées par de la mélamine, un formaldéhyde qui a tué des nourrissons et conduit à l’hôpital des dizaines de milliers d’enfants, les reins massacrés par le poison…
On a l’impression que ces escroqueries sont de plus en plus nombreuses. On se remémore les désastres du sang contaminé, de l’hormone de croissance, de la vache folle élevée aux farines animales, des huiles de vidange dans l’huile d’olive ou du mortel alcool méthylique dans la vodka…
Hélas ! Ces comportements criminels ne sont pas nouveaux. Ils font même partie de notre humanité la plus intime. J’en ai retrouvé des traces dans l’Histoire. Par exemple, ce texte de l’utopiste français Charles Fourier, publié en 1834, dans le Traité de l’Association domestique et agricole.
« Dépravation indirecte des sciences. Par le progrès de la chimie, qui ne travaille qu’à vexer le pauvre, en fournissant au commerce des moyens de dénaturer toutes les denrées : pain de pommes de terre, vin de bois d’Inde, faux vinaigre, fausse huile, faux café, faux sucre, faux indigo ; tout n’est que travestissement dans les comestibles et les fabrications, et c’est sur le pauvre que s’exerce cette gargote chimique. »
Comment mieux peindre les indignités de notre XXIe siècle ?
Publié dans la catégorie nourriture par Yves Paccalet le 2 décembre 2008.
29 avril 2008
La faim revient, oui. La faim dans le monde… Les prix du riz, du blé, du lait s’envolent. Les greniers et les ventres se vident. Des émeutes éclatent. On lit à nouveau la peur dans les yeux des enfants à l’abdomen ballonné, qui n’ont même plus la force de pleurer, et dans les yeux desquels des mouches remplacent les larmes…
On pouvait croire au progrès des sciences et des techniques, du machinisme agricole, des engrais, des pesticides, de la sélection des semences ou même des OGM. On pouvait imaginer qu’ils allaient effacer ces images d’agonie. Certains l’ont espéré. Les profiteurs du marché ont empoché les bénéfices.
Les écologistes sont moins naïfs. Ils s’échinent à répéter que, nonobstant les apparences, Malthus avait raison. Oui ! Le Thomas Malthus du malthusianisme, ce pasteur anglican qui, voici deux siècles, énonça dans son Essai sur le principe de population, une loi économique et écologique simple : dans un système fermé comme la Terre, les ressources sont limitées et, tôt ou tard, ça coince! On peut masquer les problèmes un moment en recourant massivement aux énergies fossiles. Puis le réel se venge.
Désolé de décevoir les optimistes : mais nous ne pourrons pas, à la fois, avoir une population humaine en rapide croissance (8 milliards d’individus en 2025) et lui donner à manger, si dans le même temps nous continuons à couvrir le sol de béton, à augmenter les superficies vouées aux cultures industrielles et aux agrocarburants, et à réduire l’étendue des terres émergées à cause du réchauffement climatique qui élève le niveau des mers. Croire au Progrès perpétuel, c’est croire au Père Noël.
C’est se préparer des cortèges de mourants et des monceaux de morts.
Publié dans la catégorie nourriture par Yves Paccalet le 29 avril 2008.