10 février 2008
Notre aimable Parlement est en train de discuter la loi sur les OGM, post-Grenelle de l’Environnement. Les débats avancent dans le style un cheval (pour les pro-OGM), une alouette (pour les contre) : j’interdis le Monsanto 810, mais je permets les « expériences » en plein champ ; je donne le droit de cultiver sans OGM, mais aussi de cultiver avec (comme s’il y avait un juste équilibre) ; etc.
Dans le même temps, la presse spécialisée (presque personne ne reprend l’info) donne une inquiétante nouvelle. Aux Etats-Unis, on a planté beaucoup d’OGM, notamment de coton. Certaines de ces cultures ont un gène emprunté à un microbe, le Bacillus thuringiensis, qui produit une toxine appelée Cry1Ac, laquelle est insecticide et rend le coton capable de lutter contre ses parasites.
Problème. Le coton qui sécrète l’insecticide en question, et dont on pensait qu’il était « miraculeux » (les semenciers nous le vendaient pour tel), a induit chez les insectes qui le boulottent un phénomène de résistance. Notamment chez les chenilles de papillons noctuelles Helicoverpa zea. Certaines souches de ces bestioles se moquent désormais des toxines de la plante.
Le même phénomène s’est produit avec tous les insecticides : on a utilisé le DDT, le DDD et leurs cousins, avant de voir apparaître des résistances et de devoir utiliser d’autres molécules, toujours plus toxiques, notamment des organophosphorés et des organochlorés (parathion, malathion, lindane, gaucho, régent… : rien que de beaux noms).
Grâce aux semences OGM, non seulement nous aurons des problèmes de dispersion de gènes indésirables dans la nature ; non seulement nous diagnostiquerons des troubles de la santé chez les consommateurs (allez m’expliquer qu’un maïs ou un blé bourrés d’insecticides internes sont à recommander !) ; mais nous allons mettre notre agriculture dans une situation désastreuse. Si les ravageurs résistent aux OGM insecticides, et que la variété des semences continue de chuter parce que les semenciers accroissent leur monopole, alors les bestioles s’en donneront à coeur-joie.
Il nous faudra traiter à grands coups de pesticides chimiques des champs d’OGM bourrés de pesticides biologiques. Nous aurons répandu dans le sol, l’eau, l’air et les êtres vivants, y compris nos enfants, au gué, au gué, non pas deux fois moins de pesticides, comme on veut nous le fait croire, mais deux fois plus.
Une éclatante victoire de la raison humaine…