29 février 2008
« On coupe les blés. Les perdrix doivent se dire : ils nous ravagent notre patrie ! » La remarque est de Jules Renard, dans son Journal. Etendons-la à la planète. Notre espèce détruit la maison de tout ce qui respire. Pour vivre et se reproduire. Pour créer ses villes et ses marchandises. Pour augmenter son chiffre d’affaires et le volume de ses armements. Pour s’amuser…
Le loup et le tigre marquent leur territoire en arrosant les arbres. C’est une signature parfumée que des concurrents peuvent brouiller, s’ils l’osent. L’homme ne lève pas la patte : il juge le geste obscène ; indigne de sa culture et de sa spiritualité. Au lieu de quoi, il plante des barbelés et des murs de Berlin, et il opère des purifications ethniques. Dans leur royaume, le requin et la panthère mangent une proie quand ils ont faim. Nous saccageons l’environnement même si nous sommes rassasiés.
Comprenons qu’à ce rythme, nous risquons de nous retrouver face à nous-mêmes ; avec des conflits de territoire que nous règlerons à la baïonnette ou au couteau, à la grenade offensive ou au missile de croisière. Je propose que ceux qui réclament la survie des loups, des ours, des pieuvres ou des baleines, s’en aillent désormais en cortège symbolique pisser sur les frontières de la patrie qu’ils veulent offrir à la vie sauvage.
Ce serait une manifestation d’écologie positive plaisante à regarder au journal télévisé.
Publié dans la catégorie partage par Yves Paccalet le 29 février 2008.
13 octobre 2007
Puisque le prix Nobel de la Paix récompense l’écologie (Al Gore et le GIEC), et que, depuis toujours, je suis persuadé que, sans écologie, nous aurons la guerre (toutes les guerres jusqu’à la pire : la nucléaire !), je vous redonne ce petit texte que j’avais fait paraître dans un « Ushuaia Magazine », ancienne version.
Les guerres de l’eau
Un frisson d’eau sur de la mousse. Un petit bassin frais dont s’échappe le torrent du Petit Abbai. Je suis à la source du Nil Bleu, en Ethiopie à 2 900 mètres d’altitude. Le lieu fut découvert en 1618 par un jésuite portugais, le père Paez, puis retrouvé en 1770 par l’Ecossais James Bruce. Le torrent dévale, devient rivière et se jette dans le lac Tana, qui constitue, pour le Nil Bleu, l’homologue du lac Victoria pour le Nil Blanc. Plus loin, il devient énorme et tombe de cinquante mètres, dans une apocalypse, en lançant dans l’air un fabuleux nuage : ce sont les chutes Tissisat, la « Fumée sans feu »… A Khartoum, le cours d’eau rejoint son jumeau, le Nil Blanc, deux fois plus petit que lui. Les frères fusionnés entament la prodigieuse traversée du Sahara qui fait du Nil le roi des fleuves. La rivière des pharaons. La source de notre Histoire…
Je trempe la main dans le Petit Abbai. Je regarde les gouttelettes qui fuient. L’eau du Nil entretient la vie dans le quart nord-est de l’Afrique. Qui en est « propriétaire », parmi les 150 millions d’habitants de son bassin ? Est-ce le fellah du Soudan ou celui d’Egypte ? Faut-il qu’elle fabrique de l’électricité à Assouan ? Déjà on en manque. Le fleuve n’apporte pratiquement plus une goutte à la Méditerranée. Les deux branches de son delta, Damiette et Rosette, sont à sec…
Je crains que le XXIe siècle ne voie se multiplier les batailles de l’eau. Celle du Jourdain appartient-elle aux Israéliens, aux Palestiniens ou aux Jordaniens ? Celle du l’Euphrate aux Turcs, aux Syriens ou aux Irakiens ? Celle du Colorado et du rio Grande aux Américains ou aux Mexicains ? Celle du Mékong aux Chinois, aux Laotiens, aux Thaïlandais, aux Cambodgiens ou aux Vietnamiens ? Dans la paix biblique des montagnes d’Ethiopie, je ne vois pas seulement s’avancer vers moi le rêve de la reine de Saba, mais le spectre sanglant des futures guerres de l’eau.
Sans la sagesse des hommes, le Nil Bleu deviendra vite le Nil Rouge.
Publié dans la catégorie partage par Yves Paccalet le 13 octobre 2007.
13 septembre 2007
Bonjour, les amis !
En ces temps de normes à remplir pour les expulseurs d’immigrés, de convocation des préfets qui n’ont pas rempli leurs quotas de charters pour le Mali, de propositions de tests ADN pour savoir si l’enfant du regroupement familial est bien celui des parents, je vous donne à lire ce texte que j’ai écrit il y a presque dix ans, que j’ai proposé au « Nouvel Observateur », au « Figaro Magazine », à « l’Express », au « Monde » et ailleurs, et qui a été refusé partout. Petite vengeance : le voilà sur mon blog !
Gris sur la ville. Gris du ciel, gris du béton, gris des bagnoles, de l’asphalte et des trottoirs. Gris des mornes existences dans cette banlieue d’HLM et de pelouses jonchées de détritus…. Rachid ne voit ni la grisaille, ni les papiers gras, ni la laideur de la ville. Il a le cœur gai. Il court, saute, fonce, feinte et dribble. Il s’écarte à droite, revient à gauche et tire. Un boulet de canon. Un but magnifique, comme aucun footballeur n’en marqua depuis Pelé avec le Brésil ou Platini avec la Juventus de Turin. Rachid lève le poing puis joint les mains, comme Zidane après sa reprise victorieuse au Stade de France. Il attend les congratulations de ses partenaires. Il perçoit les mugissements de la foule. Quatre-vingt mille spectateurs entament une ola…
Rachid a onze ans. Son but, il l’a marqué en rêve. Entre deux poubelles, avec une bouteille de plastique vide. Il est seul. Il joue sur la pelouse, en bas de l’immeuble. Rachid est en sixième. Il ne travaille pas bien à l’école. Ses parents parlent à peine le français. Son père était ouvrier : on l’avait fait venir de son djebel du temps qu’on avait besoin de main d’oeuvre. A présent, il est au chômage. La famille subsiste de rares allocations. Rachid a six frères et sœurs. Comment voulez-vous qu’il fasse ses devoirs, dans une chambre à trois doubles lits superposés ? Le garçon vit dans la rue. Il rêve de gloire. Chaque soir, après la classe, il s’envole au royaume féerique des tacles et des reprises de volée. Il shoote son mal de vivre par-dessus les nuages. Jusqu’à la Lune, ce ballon de football absolu, cet idéal de sphère à jouer, blanche comme un rêve.
Rachid a l’œil noir, la peau mate, le cheveu bouclé, le muscle délié. Il est beau. Regardez-le courir sur l’herbe pelée. Il imagine l’équipe adverse. Il intercepte une passe. Il contrôle du droit, feinte, avance, s’engouffre dans le trou, sollicite le « une-deux », récupère la balle, la lève sur son pied gauche. Une aile de pigeon : l’arrière est lobé. Ne reste que le gardien. Rachid arme son tir. Entre les jambes !
Rachid a marqué. La France lui doit la coupe. Le jeune Beur est un héros. Il savoure son triomphe les bras levés. Il goûte, dans la tribune, les applaudissements d’un voisin qui, hier encore, le traita de « sale Bougnoule ». Rachid rêve qu’il aime la France et que la France le lui rend. Il deviendra footballeur. Peut-être. Ce soir, il a onze ans. Il illumine le gris des HLM.
Il ne fera pas le « Vingt heures ».
Publié dans la catégorie partage par Yves Paccalet le 13 septembre 2007.

La date des élections présidentielles approche, cela nous semble important, à nous autres, Français. Le reste du monde a d’autres sujets d’inquiétude ou de plaisir. Sur Mars et Vénus, on s’en fiche totalement. Dans la galaxie d’Andromède, on ne sait même pas où est le Soleil.
Je ne vous dirai pas pour qui je vais voter au premier tour, mais une indication vous mettra sur la voie : pour le même candidat qu’au premier tour en 2002. Une fois éliminés les extrêmes, il n’en reste pas beaucoup. Je n’ai qu’une consigne électorale à donner : choisissez celui qui sera le plus près (ou le moins loin) de cette idée lancée par le mahatma Gandhi, et que je reprends avec délectation dans « Sortie de secours » : « Les riches devront vivre plus simplement pour que les pauvres puissent simplement vivre. » Idée à laquelle j’ajoute cette formule de mon cru, et dont je suis assez satisfait (c’est si rare !) : « Un raciste est un crétin qui se prend pour la race supérieure. »
Je vous embrasse humainement.
Publié dans la catégorie partage par Yves Paccalet le 6 avril 2007.