9 septembre 2009
Je vous le mets, comme un papa montre à tout le monde la photo du petit dernier…
Et avec un texte extrait de sa conclusion :
Ami lecteur, et toi, mon cher et vieux Lucrèce à qui je parle par-delà les siècles et le tombeau, me voici parvenu au terme du premier volume de cette histoire générale du monde, des êtres et des hommes.
J’ai tenté de répondre, aussi honnêtement que je le pouvais, avec la curiosité du philosophe et les arguments de la science, aux deux premières des grandes questions qui se posent à l’homme, dès lors qu’il est conscient d’exister et cherche à savoir quel est cet animal à gros cerveau dans lequel il habite, et qui lui offre le privilège du cogito :
– d’où vient l’univers ?
– d’où vient la vie ?
J’ai voulu développer, dans un même élan, cette philosophie que j’aime, que je caresse et que je baise depuis longtemps, et que j’appelle mon « matérialisme ironique » ou mon « matérialisme poétique ».
J’ignore si j’ai réussi ne serait-ce que l’ébauche de cette entreprise, dont je vois bien qu’elle participe de la folie mégalomaniaque. Mais je sais que ce labeur m’est indispensable ; que je ne pourrais pas rejoindre en paix le monde des molécules, où les amis sont rares, les plaisirs de la bouche peu fréquents et les délices du sexe encore moins assurés, sans avoir composé cette œuvre ambitieuse et modeste.

Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 9 septembre 2009.

Humberto, Indien Huaorani, Equateur.
5 mai 2009
Pas trop le temps, ces jours-ci. Je suis en charrette pour finir « Le Grand roman de la vie ». Dont je vous transcris ici un paragraphe, puisque ce blog a, semble-t-il (merci encore, Sébastien), surmonté ses petits coups de mou techniques…
Qu’est-ce que l’homme ?
Un être de hasard parmi des millions d’autres, né des particules élémentaires et des énergies du Grand Bang ; d’une supernova, du Soleil et du carrousel des planètes ; des comètes et des météorites ; de l’eau liquide et de la dérive des continents ; de l’acide désoxyribonucléique et de « luca », le dernier ancêtre commun universel ; des microbes et de l’oxygène rejeté par la photosynthèse ; sans oublier la magnétosphère, la couche d’ozone, l’invention du noyau et du sexe, la grande glaciation du Précambrien, notre ancêtre symétrique « urbilateria », la sortie de l’eau au Dévonien, les désastres de la fin du Primaire, les catastrophes du Secondaire, la résistible ascension des mammifères au Tertiaire, le lait, le poil et le gonflement connexe de ce gros cerveau qui nous permet, non seulement de raisonner et de nous connaître nous-mêmes (ô Socrate !) en observant le vaste monde (oui, Aristote !), mais de nous exterminer les uns les autres, en donnant à nos massacres les noms ronflants d’ »héroïsme » ou de « glorieux sacrifice » !
Quitte à faire ensuite de ces atrocités des œuvres d’art – une peinture d’Uccello, une symphonie de Beethoven, un roman de Tolstoï, un film de Coppola, un poème d’Apollinaire…
Avec un mot d’amour pour conclure !
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 5 mai 2009.

Fritillaire impériale, Tincave.
23 avril 2009
Pour changer d’ambiance et relativiser les insignifiants crocs-en-jambe de nos existences quotidiennes, je vous transcris un petit passage de l’introduction du Grand roman de la vie, l’essai dont je suis en train de livrer les dernières pages à mon éditeur, Jean-Claude Lattès (parution fin mai). Un pavé de plus de 500 pages, qui sera suivi d’un autre, Le Grand roman des hommes. Plaisir égoïste et masochiste de l’écrivain ! Extraits :
Qui suis-je ? Un « presque-rien », un « je-ne-sais-quoi », pour parler comme Vladimir Jankélévitch. Une combinaison éphémère de particules et de forces, une fragile transition de matière et d’énergie… Je suis le légataire de milliards de milliards d’atomes qui ont déjà composé autre chose, et qui formeront bientôt d’autres objets que moi-même. J’incarne l’usufruitier d’un édifice de molécules qui ont déjà des milliards de fois servi, et qui resserviront encore lorsque je serai démembré, décharné, recyclé, restitué au magasin du cosmos.
C’est à peine si j’existe dans l’infini de l’espace-temps. Mais je suis un animal à gros cerveau : 1 300 grammes de matière blanche ou grise, cent milliards de neurones… Grâce à mon encéphale, je suis devenu un empilement de particules qui rêve de particules ; un réseau de forces qui met en équations les forces ; un entrelacs d’atomes qui étudie les atomes ; une collection de cellules qui explore les cellules.
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 23 avril 2009.
6 janvier 2008
Je suis comme vous : il m’arrive de regarder la télévision. Lorsque des philosophes causent dans les étranges lucarnes, je suis heureux d’écouter des collègues. Un peu de réflexion dans l’univers de la Star Academy ne saurait nuire… Mais quelle désolation, ce week-end !
Le premier que je vois, sur LCI, c’est Luc Ferry. Il bavarde avec Jacques Julliard, du Nouvel Obs. Une sorte de dialogue de papys radoteurs aux cheveux teints en noir djeune par le même coiffeur… Luc Ferry n’aime pas les écolos. Il a écrit, naguère, un essai où il les traite collectivement de fascistes (je schématise). Pour étayer cette idée rigolote, il se base sur l’existence d’une prétendue « écologie profonde » (deep ecology) qui rêverait d’anéantir l’humanité au profit des bêtes. En trente ans d’écologie militante, je n’ai jamais rencontré un seul tenant de l’ »écologie profonde ». Luc Ferry en voit partout.
Ce fantasme s’accompagne, chez lui, d’une sidérante nullité scientifique. Dans son dialogue avec Julliard, il nous ressort, brut de décoffrage, l’argument le plus éculé de la propagande des »majors » agro-alimentaires : les semences OGM vont résoudre le problème de la faim dans le monde. J’en reste soufflé. Je pensais que plus personne ne pouvait délirer à ce point : même Monsanto et Novartis sont plus subtils. Qu’un philosophe étale tant d’ignorance prétentieuse me remplit de tristesse.
Je reçois le deuxième coup sur la tête avec Pascal Bruckner, hier au soir sur France 2, dans « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. Il nous refait, quant à lui, le coup du « on ne sait pas si le réchauffement climatique est dû à la nature ou à l’homme ». Il cite, à l’appui de sa thèse, l’avis de Claude Allègre, l’un des derniers « sceptiques » sur la question (avec Jean-Marie Le Pen), dont la principale référence, le travail de Vincent Courtillot, vient de se faire descendre en flammes par la communauté scientifique (graves accusations de manipulation de chiffres, de trucages, etc.)… J’ai l’impression, en écoutant Bruckner, que ce philosophe-là, au lieu d’incarner la curiosité du monde, au lieu de jouer son rôle d’ébranleur d’idées (j’essaie moi-même d’être un ébranleur honorable), radote tel un vieillard et va répétant des phrases que même les moins scientistes des philosophes n’avaient pas le culot de prononcer il y a trente ans.
Notre époque est imprégnée de science. Si les philosophes continuent d’être aussi déplorables dans ce domaine, je ne vois pas comment ils pourront jouer leur rôle essentiel : éclairer nos choix. Si la philosophie consiste (comme il me semble l’avoir entendu dire par Bruckner) à attribuer le réchauffement climatique à « un ralentissement de la vitesse de rotation de la Terre autour du Soleil », alors je reprends ma casquette de physicien et de biologiste !
Ou de vagabond de la Terre, aux yeux émerveillés…
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 6 janvier 2008.
2 septembre 2007
(L’envoi de mon essai Sortie de secours, chez Arthaud. Je reviens d’une balade sous la roche de la Grande Cornelle, à Tincave. Melancholia, dirait Baudelaire…)
La roche de la Grande Cornelle, sous le plan de la Duy, où je menais les chèvres de mon grand-père lorsque j’étais gosse… Le grand corbeau tourne dans le ciel d’hiver et passe la cime obscure des épicéas. Je salue en lui l’âme d’Edgar Poe. Ou celle de Van Gogh, à supposer que les fougères fanées de l’éboulis soient les blés mûrs du dernier jour.
Grand corbeau
Roche froide
Ancien nouvel an
L’oiseau étend ses ailes aux doigts de plumes. Il écrit mon destin en lettres noires sur champ d’azur que seuls les oiseaux savent lire…
Je le connais. Nous nous sommes rencontrés quand nous avions cinq ans. Il cherchait un territoire, je conduisais les biques « en champ ». Nous sommes pétris de la même terre. Nés du même soupir de la montagne. Exhalaisons des glaciers bleus de la Vanoise. Résultats éphémères de la combinaison du vent, des sources et des arbres.
Le grand corbeau croasse la brièveté de nos existences dans la fuite du temps. Je me demande comment il a passé toutes ces décennies. Il est moins fringant qu’autrefois. Enroué. Tassé. Noueux. Avec des pertes de mémoire et des rhumatismes… Je compare nos carrières. J’ai ôté mes doigts de mon nez, lu la Critique de la raison pure et écrit quelques livres. J’ai embrassé la mer Caraïbe, la forêt d’Amazonie, la Chine et les Quarantièmes Rugissants. J’ai une femme et quatre enfants, une maison à Tincave et une chatte noire qui ronronne. Bon père de famille par parole et par action. Pervers polymorphe par pensée et par ennui. Ma barbe est blanche. J’aurai bientôt des rhumatismes et des pertes de mémoire.
Le grand corbeau n’a pas changé d’adresse. A-t-il (ou elle : j’ignore jusqu’à son sexe) compté ses nichées ? Connu la disette ? Eu les plumes gelées en hiver ? Voué le chasseur aux gémonies ? J’enfile mon habit de plumes. Je deviens grand corbeau. Je jouis de la vie par becquées. Je bois mon vin comme Li Po sous la Lune, ou Omar Khayyam dans son jardin de roses. Je copule sans référence au docteur Freud et je me lisse la poitrine quand j’ai vidé mes génitoires.
Je me persuade que j’ai acquis de la substance ou de l’épaisseur, mais c’est une illusion.
Je ne suis rien. Je ne sais rien. Je ne vois pas plus loin que la morve de mon nez. Je ne joue aucun rôle. Je n’ai ni âme, ni destin, ni place au paradis, ni supplice à craindre en enfer. Rien à espérer du Bon Dieu barbu, rien à redouter du diable cornu.
Né d’une fantaisie de l’acide désoxyribonucléique et des protéines, je suis apparu sur une planète naine, en orbite autour d’une étoile moyenne, dans une galaxie qui en compte cent milliards, sachant qu’il existe cent milliards de galaxies dans l’univers et peut-être plusieurs univers emboîtés ou chiffonnés depuis l’inflation du Grand Bang.
S’il y a eu un Grand Bang.
Je croasse ces soupirs sur mon carnet dérisoire que le vent effeuille ainsi qu’un arbre sec, sous les glaciers du temps perdu.
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 2 septembre 2007.

23 février 2007
Les amis, bonjour !
J’avais craché mon venin dans « L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! »
Aujourd’hui, vendredi, paraissent quelques-unes de mes solutions : »Sortie de secours ». Pour que mon espèce continue sa fascinante aventure… Aucune n’est aisée. Aucune ne se pourra pratiquer sans de grands efforts individuels et collectifs. Tout cela m’amuse et m’inquiète en même temps. Nous n’avons aucune envie de modérer nos pulsions de territoire et de domination. Mais cela nous est désormais indispensable !
Choisirons-nous la vie ou la mort ? L’humanité a presque toujours opté pour le pire. L’Histoire entière le montre. Aujourd’hui, il nous faut l’exception !
Bon courage, Homo sapiens vulgaris !
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 23 février 2007.

11 août 2006
Bonjour, les amis !
Un petit mot, ce matin, juste pour vous inviter à réfléchir sur cette phrase du philosophe français matérialiste du XVIIIe siècle Julien Offray de La Mettrie (Oeuvres philosophiques), que j’ai placé en exergue de mon Humanité disparaitra… :
« Je déplore le sort de l’humanité d’être, pour ainsi dire, en d’aussi mauvaises mains que les siennes. »
Devoir de philo du jour – que dis-je ? du siècle ! : « Est-il encore possible de résoudre le paradoxe de La Mettrie ? »
La récompense s’appelle la survie du genre humain. Bonnes pensées, La Mettrie avec nous !
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 11 août 2006.

10 août 2006
Oui, voilà, c’est ce livre-là, L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, celui que je portais depuis trente ans, et que j’ai osé commettre au printemps 2006 !
Certains se sont offusqués que je sois aussi sévère envers mon espèce. Mais comment faire autrement? Où trouver le plus petit fragment d’optimisme à se mettre sous la dent?
J’essaie, néanmoins. J’écris la suite, une réponse à moi-même pour laquelle j’ai besoin de vos idées, suggestions, engueulades et encouragements.
Si les petits cochons ne me mangent pas, ça sortira en janvier 2007, et ça s’appellera (sans garantie pour le moment) : Sortie de secours.
Avant extinction…
Bien à vous tous,
Publié dans la catégorie philosophie par Yves Paccalet le 10 août 2006.