1er juin 2010
On est en plein dedans : la guerre et ses doux plaisirs. Certains amis me proposent de signer une pétition à sens unique contre Israël. Voici ce que je leur ai répondu :
Je suis scandalisé comme tout le monde par la brutalité de l’armée d’Israël. Mais en aucun cas je ne pourrais signer un appel aussi violent et partisan que celui qui m’est proposé. Je connais un peu le problème : quand j’étais directeur pour la France de Green Cross (la fondation pour l’eau et la paix de Mikhaïl Gorbatchev), nous avions des programmes d’aide au Proche-Orient. Je suis allé en Israël et en Palestine (pas à Gaza, mais là aussi nous avions des programmes d’assistance). Nous oeuvrions pour qu’il existe deux Etats, en paix, respectueux de frontières sûres et reconnues, avec une double capitale à Jérusalem, etc.
J’ai rencontré, à Jéricho, des personnalités de l’OLP (Fatah). Ils m’ont raconté comment, en 2007, à Gaza, le Hamas s’est comporté en groupe criminel fasciste ; et comment il a assassiné des dizaines (des centaines ?) d’adversaires palestiniens, notamment du Fatah mais pas seulement, afin d’asseoir son pouvoir local… Je rappelle que le Hamas, en dépit de quelques paroles verbales, refuse de reconnaître Israël, et prétend encore et toujours rayer ce pays de la carte.
Quand j’étais étudiant, autour de Mai 68, j’ai (entre autres) appelé à soutenir le peuple vietnamien et le peuple cubain en lutte contre l’impérialisme américain, et manifesté dans la rue pour le triomphe de ces « justes causes ». Je me suis aperçu, plus tard, que j’avais surtout aidé à soutenir le Parti communiste vietnamien et son homologue cubain, qui comptent parmi les plus brutaux et des plus dictatoriaux de l’Histoire. J’ai juré qu’on ne m’y reprendrait plus.
Si je devais signer une pétition contre l’intervention inexcusable d’Israël dans les eaux internationales, ce ne pourrait qu’être qu’un texte où, en parallèle, il soit écrit noir sur blanc que je me désolidarise totalement et définitivement du Hamas, mouvement fasciste et intégriste qui, autant que la droite et l’extrême-droite israéliennes, torpille de façon systématique les fragiles avancées de la paix (et de la raison) dans la région.
Amitiés échaudées !

Yves à Jéricho, devant l'arbre de Zacchée.

Yves à Jérusalem, devant le mur des Lamentations.
Petit rappel biblique : d’après l’Evangile selon saint Luc, Zacchée était un percepteur de Jéricho, de petite taille (à cette époque, on disait encore : « un nain »). Jésus vint prêcher dans sa ville. Pour le saluer malgré la foule, Zacchée grimpa dans l’arbre. Jésus le repéra et lui adressa la parole. 2 000 ans plus tard, l’arbre (un sycomore) est toujours là. Dit-on… Moralité : un Messie (ou un percepteur) est caché dans la canopée.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 1 juin 2010.
3 janvier 2010
« Que faire ? » demandait Lénine. Il voulait déclencher la Révolution prolétarienne. Nous désirons accomplir la Révolution écologique. La première a mal fini. La deuxième pourrait connaître le même sort – à supposer que nous réussissions à la lancer…
Nous, Homo sapiens, avons un grave problème : non seulement, comme je l’ai analysé dans « L’Humanité disparaîtra… », parce que nous employons la plupart du temps notre intelligence à conforter nos instincts de domination, de territoire et de reproduction (au lieu de lui faire servir nos pulsions positives, notamment altruiste et esthétique) ; mais aussi parce que, même lorsque nous sommes animés des meilleures intentions, même lorsque nous voulons sauver la planète, nous sommes tragiquement incapables de nous comprendre et de nous supporter les uns les autres.
En écologie comme dans les autres domaines (économie, emploi, éducation…), nous instituons notre hiérarchie personnelle des questions à résoudre, et nous la proclamons à la face de la Terre en refusant même d’entendre la hiérarchie d’autrui. En la matière, les récents emportements d’Hifi m’ont beaucoup amusé : il est obsédé par les canons à neige et le trophée Andros. Qui sont objectivement des problèmes mineurs. Mais il n’est pas le seul à tenir le langage du : « et pourquoi ne commençons-nous pas par…? »
A la vérité, nous agissons tous de la même façon. Pourquoi ? Parce que les priorités ne sont pas identiques pour chacun d’entre nous (elles dépendent de notre histoire personnelle, de nos désirs immédiats et de nos fantasmes particuliers) ; et que, de surcroît, elles changent avec le temps. Quand j’ai « commencé l’écologie », pour parler bref, les priorités étaient le DDT et les pesticides (dénoncés par Rachel Carlson dans « Le Printemps silencieux ») ; puis sont venues la pollution de l’air des villes (le smog, etc.) ; les marées noires (Torrey Canyon, Amoco Cadiz et autres) ; les pollutions chimiques industrielles (Minamata, Bhopal, Seveso…) ; les catastrophes nucléaires (Three Mile Island, Tchernobyl…) ; les craintes épidémiques (grippes, SRAS, virus en tous genres) ; les ressources en eau potable; la question des OGM ; la destruction générale de la biodiversité ; la panique climatique ; etc. D’autres pointent le nez, comme les nanotechnologies…
Le problème est double : ces menaces ne sont pas aussi graves les unes que les autres ; mais toutes le sont dans leur genre. Par-dessus tout, ces dangers ne s’additionnent pas. Ils multiplient leurs effets…
Le seul moyen, pour établir la bonne (ou la moins mauvaise) hiérarchie des risques, comme pour étudier leur processus de renforcement mutuel, consiste à recourir à une discipline intellectuelle qui s’appelle la science. Seule, cette dernière a le pouvoir de nous rapprocher du réel. Seule, elle nous aide à tenir le bon discours. Le bon logos… Nous devons proclamer bien haut que l’écologie est d’abord une science. Et qu’elle doit le rester.
Mais nous devons passer aux actes. Et c’est là que nous retombons sur notre incapacité primaire à utiliser notre raison… C’est là que nous recommençons à céder à nos pulsions – en général, au nom même d’une logique en apparence imparable.
Comment bâtir un discours commun, basé sur la science, mais qui slalome entre nos désirs, nos instincts et nos fantasmes, y compris les plus indignes ou les plus criminels ? Comment construire cette société vivable, pacifique et même heureuse que nous appelons de nos voeux ?
La méthode que je qualifie de « José Bové » est intéressante. Elle consiste à déclarer que telle question est tellement importante qu’elle relève de la « conscience », et qu’elle doit être traitée par n’importe quel moyen. Fût-ce par la violence… Puisque les OGM nous menacent, allons faucher les champs Monsanto. Ou démonter les canons à neige (ô Hifi !). Ou faire sauter les chantiers nucléaires. Etc. José Bové a gagné une bataille ; mais il est à présent député européen ; en tant que tel, il fait la loi européenne. Quelle sera sa réaction le jour où, au nom de leur « conscience », un individu ou un groupe d’individus transgresseront la loi qu’il a votée ?
L’autre méthode s’appelle la démocratie. Discuter, négocier, équilibrer les avantages et les inconvénients pour les uns et les autres, tenter de fabriquer de bric et de broc un monde moins agressif et plus partageux.
Difficile, lent. Et risqué : car celui qui discute est, dans la minute qui suit le commencement du dialogue (et même avant la première parole échangée !), accusé par divers matamores sûr d’eux-mêmes et opposés à toute « compromission », de trahir la cause et de vendre son âme.
J’ai toujours milité à la base, j’ai été trois fois élu dans un Conseil municipal, je me présente à ces élections régionales non pas pour faire « triompher » mon point de vue omniscient, non pas pour « vaincre » qui que ce soit, mais pour instiller un peu de sagesse dans un monde de brutes. C’est une ambition modeste, je sais.
Mais qui ne m’empêche pas de proclamer mes utopies dans mes livres.
Tel est mon choix.

Neige à la Saint-Sylvestre 2009-2010, Tincave...
« L’expérience est une lanterne qu’on porte dans le dos, et qui n’éclaire que le chemin déjà parcouru. »
Confucius.

Dauphins communs, Delphinus delphis, Açores.
Ces dauphins des Açores, juste pour être raccord avec les derniers commentaires…
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 3 janvier 2010.
3 novembre 2009
Bientôt, les élections régionales.
J’aimerais être utile à la contrée dans laquelle je vis le plus souvent – à Tincave, commune de Bozel, région Rhône-Alpes. Je ne suis plus conseiller municipal. De temps à autre, je me dis que je pourrais faire le conseiller régional. Par exemple, pour obtenir des infos et modifier (si peu que ce soit) le cours de quelques décisions. Je parle, en conférences, de la nécessaire (et toujours retardée) liaison ferroviaire marchandises Lyon-Turin, avec ferroutage obligatoire. Je raconte comment nous allons avoir un énorme problème d’approvisionnement en eau ; comment (en perdant chaque année, en tendance, un centimètre de neige et un jour d’enneigement) les stations de ski des Alpes (et d’ailleurs) ont un gros défi climatique devant elles ; ou comment nous pourrions améliorer notre agriculture de montagne, et converger vers les objectifs du Grenelle de l’environnement en matière d’agriculture bio. Ainsi de suite.
Si je devais me présenter aux élections régionales, ce serait en position éligible, sur une liste majeure (j’ai passé l’âge de jouer les potiches). Mais laquelle ?
Pour le Parti socialiste, je n’existe pas : « Nous n’avons de leçons d’écologie à recevoir de personne ! » disent-ils, en répétant Ségolène Royal.
Pour les Verts (Europe Ecologie), je n’existe pas non plus : personne, dans leurs rangs, n’a jamais été intéressé par ce que je sais et fais depuis plus de trente ans. Reste l’UMP. Le paradoxe est que ce sont les seuls qui me demandent régulièrement de leur faire des conférences sur l’écologie, et qui me proposent concrètement de figurer sur leur liste, en bonne position par surcroît. Je sais pertinemment qu’ils veulent ainsi se donner une teinture verte, mais je professe aussi, depuis longtemps, que l’écologie, si elle entend se procurer une chance de réussir, doit « aller polluer tous les partis ».
J’en suis là. Une proposition concrète de la droite, le mépris de la gauche et des écolos. Je ne sais pas ce que vous feriez à ma place. Je ne sais pas non plus ce que je ferai.
Bien entendu, l’autre solution consiste à redire, quarante ans après : « Elections, piège à cons ! » Et à me retirer sur mon Aventin, ici joliment représenté par le mont Jovet, en laissant s’agiter le vaste monde et les humains qui s’y entre-dévorent. Ce n’est pas trop dans mon tempérament : j’adore avoir une légitimité pour semer avec humour ma zizanie verte. Parfois, je goûte même dans les élections leur côté « piège à gnons ». Vous ai-je avoué mes pulsions masochistes ?
Aujourd’hui, il neige sur la montagne et le hameau de Tincave. Il y a trois jours, l’automne enflammait les pentes de bouleaux jaunes et de merisiers rouges. Ci-dessous…

Merisiers en flammes d'automne, Tincave.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 3 novembre 2009.
31 août 2009
Il y a Claude Allègre : incompétent en écologie et démagogue expérimenté. Il est contre la taxe carbone, il explique qu’il faudrait la remplacer par beaucoup plus de bagnoles neuves (je schématise).
Il y a l’UFC-Que choisir ? Elle est contre la taxe carbone : ses responsables hurlent que c’est un « hold up fiscal ». J’ai l’impression d’entendre Jean-Marie Le Pen : c’est son vocabulaire. Plus démago, tu meurs.
Il y a Ségolène Royal : si elle arrive au pouvoir, je pense qu’elle prendra logiquement Claude Allègre comme ministre de l’Ecologie. Elle aussi est ennemie de la taxe carbone, quoique, comme candidate aux dernières présidentielles, elle ait signé le « pacte Hulot » qui la prévoyait. Et le Parti socialiste la suit (à l’exception de quelques courageux comme Vincent Peillon) ; et Martine Aubry renchérit : à bas cet impôt nouveau qui ne pèse que sur les pauvres.
La conjuration des démagogues compte chaque jour de nouveaux membres. Quand il s’agit de promettre au peuple qu’on rasera gratis, il y a du monde. Or de quoi s’agit-il ? Du chaos climatique en cours. De la simple survie de l’humanité au XXIe siècle… De cela, aucun mot, ni chez Allègre (évidemment, il n’y croit pas), ni chez les associations de consommateurs (pour lesquelles seul compte le fric, comme dans le cerveau des patrons de supermarchés), ni au Parti socialiste, décidément fidèle aux vieilles lunes productivistes, et qui ne chante qu’une seule rengaine : augmentons le pouvoir d’achat, c’est-à-dire la consommation de biens matériels.
Je vois mal se conclure une alliance PS-Verts : les idéaux des uns et des autres sur l’avenir de la Terre sont à l’exact opposé. Bon courage pour les prochaines élections.
Je suis spécialement en rage contre les socialistes : ce sont les pires. Leur démagogie est non seulement insupportable, mais contre-productive : en tout cas, avec un tel discours, ils n’auront jamais ma voix. Je ne me verrais pas représenté par eux aux discussion sur le climat de Copenhague… Ce PS d’opposition automatique en arrive à démontrer une seule chose : que Nicolas Sarkozy et son gouvernement, certes, ne se défoncent pas vraiment pour l’avenir des humains sur la Terre ; mais que, de toute évidence, ils en font davantage que la gauche.
Admirable résultat d’une stratégie dite « de reconstruction ».

Lever de Lune sur la Vanoise.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 31 août 2009.
20 septembre 2008
Bon, c’est pas tout, ça : je tire ma flemme à écrire les 1 000 pages de mon livre en cours (mais j’en ai deux autres en retard), à faire des conférences (jeudi dernier au Sénat, avec un des hommes que j’estime le plus : Jean-Marie Pelt), à causer dans le poste (France Bleu Savoie, le samedi matin), à envoyer des articles ici ou là, et à ne rien écrire sur ce blog où tant d’idées luisent, fusent, s’opposent ou s’allient… Mais fini les vacances : le Grenelle de l’environnement recommence.
Mardi prochain, réunion pour faire le point avec les ministres (Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet). La semaine suivante, rebelote en discussions avec les gros transporteurs, gros industriels, gros agriculteurs, gros commerçants, petits paysans « bio », syndicats, administrations, etc. Vous avez suivi l’actualité : les bras de l’écologiste lui en sont tombés. Notre taxe carbone est carbonisée, nos exigences sur les pesticides pulvérisées, et ainsi de suite. Chaque projet de mesure un peu « vert » est descendu au lance-flammes, non seulement par le MEDEF, les syndicats de camionneurs, les hypermarchés ou la FNSEA, mais par les députés et les sénateurs. Je vous parle ici des plus terrifiants démagogues que nous ayons élus depuis longtemps : pour la plupart, ils n’ont que les mots de « développement durable » à la bouche, et ils s’insurgent contre tout ce qui y ressemble.
Tant pis pour eux ! Nous remontons au front… Je suis totalement pessimiste sur l’avenir du Grenelle en particulier et de l’humanité en général, mais rien ne m’empêchera d’aller faire le couillon là où on me le demande pour tenter de prouver que nous avançons vers un avenir radieux. En psychiatrie, ce type de comportement se situe entre la schizophrénie et le syndrome bipolaire. En langue d’oc, cela s’appelle « devenir fada ». En verlan parigot, « être totalement barjot ».
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 20 septembre 2008.
30 juillet 2008
J’en étais partisan au moment du passage de la flamme en Europe : il ne faut pas seulement boycotter la cérémonie d’ouverture, il faut boycotter les Jeux olympiques dans leur ensemble… Je me moque du fait que ce ne sont que les jeux des athlètes les mieux dopés. Il y a plus grave.
Le CIO, une fois de plus, s’est fait rouler dans la farine par le pouvoir de Pékin. Les milliers de journalistes du monde entier qui couvrent l’événement devaient avoir libre accès à tous leurs canaux habituels d’information. Mais les autorités chinoises ont décidé de censurer, non seulement les sites tibétains ou des autres minorités nationales (Ouïghours, etc.), mais ceux d’Amnesty International, de Reporters sans frontières, etc.
Et le Comité international olympique se couche – il « regrette la situation », dit-il ! Pauvre chou ; pauvre chien couché…
Pour le moment, je n’ai pas non plus entendu dire qu’un grand média ait menacé de retirer ses journalistes bâillonnés. Ce qu’ils devraient pourtant tous faire !
Quand cesserons-nous d’être aussi lâches ? « Ils ne sont grands, disait (qui donc, déjà ? ; j’ai un trou) que parce que nous sommes à genoux. »
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 30 juillet 2008.
13 juin 2008
Je n’ai pas encore les résultats définitifs, mais c’est couru : les Irlandais vont voter « non » au projet de traité européen dit « de Lisbonne ». De Lisbonne ou de Farfouillis-les-Oies, c’eût été pareil. Quoiqu’on ait mis dans le texte, même s’il avait été bien plus simple et généreux que celui qu’on a proposé au vote, l’issue n’aurait pas varié. On disait naguère que, pour enterrer une question, il suffisait de créer une commission. Un référendum est plus efficace. C’est la seule élection à laquelle on pose la question « oui ou non », et où l’on obtient à tous les coups la réponse « non ». Le slogan de Mai 68, « Elections, piège à cons ! », était une idiotie. « Référendum, piège à cons ! » ne fait que traduire une consternante réalité.
Un référendum convient, à la rigueur, à une question d’envergure locale, qu’on pose à une petite population homogène. Mais jamais on n’avancera, par ce moyen, vers la constitution de vastes ensembles politiques – la seule manière, pour les humains, de ne pas se faire la guerre. Les électeurs ont peur de l’autre et de l’inconnu. Ils se replient sur leur pré carré, leur territoire, les traditions qui leur paraissent rassurantes. Ils refusent le grand dehors sous des prétextes ahurissants, en prêtant foi aux racontars les plus abracadabrantesques. Ils se terrorisent eux-mêmes en transformant autrui en ogre prêt à dévorer leurs enfants (j’exagère à peine : le bruit courait, en Irlande, que le traité européen permettrait de jeter en prison des gamins de trois ans…). Ils se dédouanent de leur trouille existentielle en invoquant la possibilité d’un « plan B » imaginaire auquel, s’ils avaient à le voter demain, ils diraient évidemment encore « non ».
Je comprends ces sentiments. Je sais aussi que, chez certains « nonistes », l’opposition est philosophiquement, sociologiquement et politiquement bien fondée. Mais je suis au désespoir. Mon utopie de gouvernement de la planète, d’Etats-Unis du monde qu’il faudrait instituer démocratiquement, y compris par la voie du référendum, se noie dans la mer d’Irlande – ou sombre dans l’océan de l’Angoisse.
Je n’écouterai même pas les résultats officiels. J’enfile mes chaussures de montagne et je monte saluer les sabots-de-Vénus en fleurs dans la forêt de Tincave. Je pleure sur mon impossible rêve d’Homo terrestris, sur mon désir incompris de traité international des bonnes volontés, sur mon projet de paix perpétuelle par avance avorté.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 13 juin 2008.
17 mars 2007
Faut-il avoir peur de l’avenir ? La réponse est non : nous finirons tous en molécules éparpillées. J’oserais ajouter : heureusement que nous n’avons pas d’âme ! Connaissant notre agressivité, ça se concluerait en guerre civile au Paradis, avec le Père Eternel, Yahve, Allah, Manitou et Brahma pour compter les points. A moins que ceux-ci ne s’étripent déjà dans la stratosphère.
Faut-il craindre le futur ? La réponse est oui : aucun des espoirs utopiques qu’on peut formuler, et que j’ai développés dans Sortie de secours, ne semble trouver le moindre commencement de début de concrétisation. L’idée d’une philosophie du peu continue de se faire écrabouiller par l’illusion de la croissance matérielle. Personne n’a envie de partager avec le voisin, encore moins avec ce salaud d’étranger qui vient manger notre pain (ou voler nos bagnoles). Quant aux Etats-Unis du monde, ils ne sont même pas évoqués à l’ONU.
Il y a quinze jours, j’étais à Moscou à la réunion de Green Cross International, sachant que je suis président de Green Cross France. Cette ONG fondée par Mikhaïl Gorbatchev, et dont les buts sont essentiellement ceux du partage de l’eau et de la paix, me semble mener le bon combat. Le problème est qu’elle aurait besoin de davantage de démocratie : j’en ai réclamé, je me suis retrouvé dans une réunion du comité central du Parti communiste ! Ca s’est un peu arrangé depuis, mais j’ai traversé une zone de turbulences.
J’ai tenté, l’an passé, comme la plupart des écolos, de travailler avec le « haut » – les dirigeants de notre pays. Ca a donné le Grenelle de l’environnement, où tout le monde s’est parlé et dont on pouvait attendre des résultats concrets. Hélas ! Pas le moindre commencement de loi, de décret ou de règlement n’en est sorti. Tout ce que nous avons réclamé, tout qui nous a été promis, est d’ores et déjà enterré, dénaturé ou renvoyé à une commission, ce qui revient au même : taxe carbone, OGM, agriculture bio, nouvelles énergies, etc. Reprenez la liste, comparez. Zone de turbulences.
Si le « haut » ne marche pas, me disais-je, il me reste le « bas ». J’étais élu communal à Bozel et adjoint au maire à l’environnement. Je me suis bagarré pour la station d’épuration, les sentiers, la promotion de la belle nature (sabot-de-Vénus, dent du Villard et mont Jovet), la nécessité de ne pas se laisser berner par les sirènes réunies du ski et des remontées mécaniques (qui n’ont aucun avenir dans les villages de basse altitude, et encore moins avec le réchauffement climatique)… Résultat ? J’ai pris une claque aux dernières élections. Même pas 450 voix sur plus de 1 000 exprimées, alors que j’en avais plus de 600 au scrutin précédent. J’aurais pu être élu au deuxième tour, mais j’ai laissé tomber : aucune envie de faire la potiche dans un conseil municipal de bétonneurs et de chasseurs. Zone de turbulences.
La démocratie ne permet les progrès de la sagesse écologique (et humaine) ni au niveau international, ni au niveau national, ni au niveau local. Et la dictature, fût-elle « verte », demeure une infamie. Que faire ? Pratiquer l’art, l’amitié, l’amour, ça c’est sûr. Et boire un verre de bon vin. Mais le moindre coup de vent d’une zone de turbulences peut disperser ces poussières de bonheur comme une pincée de molécules négligeables.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 17 mars 2008.
17 janvier 2007
Véronique lance la question qui fâche : sur le mini-traité (pas si mini, en vérité) européen, faut-il un référendum ou un vote du Parlement réuni en Congrès ? La situation est grave, mais pas triste. On se retrouve ici devant un conflit de deux procédures aussi démocratiques l’une que l’autre. Les élus du peuple le représentent et sont parfaitement fondés à trancher pour lui. Mais le référendum semble se rapprocher davantage de la démocratie directe…
Le problème naît du fait qu’au précédent référendum européen, la plupart des « nonistes » n’ont pas répondu à la question posée : « Voulez-vous ce nouveau traité européen ? », mais à la question implicite: « Etes-vous satisfait du gouvernement français ? »… Même les nonistes convaincus du caractère antisocial et ultra-libéral du texte ont égaré leurs partisans sur la mythique existence d’un »plan B » dont personne n’a jamais vu la première ligne.
Sur une question de ce genre, la procédure référendaire est viciée… J’avoue (moi qui ai voté « oui ») avoir eu honte d’être français quand le »non » l’a emporté : c’est comme si j’avais giflé les autres Européens, lesquels m’avaient invité à partager leur maison. Je leur faisais un bras d’honneur. J’ai horreur de me conduire en goujat avec mes amis, même avec mes simples voisins.
D’un autre côté, disent les nonistes, si le peuple a répondu « non » une fois sur un sujet, la démocratie commande qu’on lui repose la question sur un sujet connexe ! L’argument est convaincant.
Entre deux procédures aussi démocratiques l’une que l’autre, comment choisir ? On peut ne rien décider, comme l’âne d’Aliboron (ce que feraient, grosso modo, les socialistes s’ils persistaient à vouloir s’abstenir) ; mais ce serait déjà répondre « non ». Puisqu’on me demande de trancher, je tranche. En faveur du Parlement. Et pour une raison décisive : je refuse qu’un scrutin sur l’Europe se transforme en vote pro- ou anti-Sarkozy. Ce n’est pas le problème…
Michel ajoutera, avec raison, que si nous avions en France (comme en Suisse) davantage de référendums d’initiative populaire, et de référendums tout court sur les sujets capitaux, notre corps électoral apprendrait à se servir de l’instrument et cesserait de répondre à côté.
De toute façon, vous le savez, je suis un Européen non seulement convaincu, mais enthousiaste. Et davantage encore (je l’ai expliqué en long et en large dans « Sortie de secours ») : un citoyen de la planète, qui en appelle à l’instauration urgente (dès le XXIe siècle) des Etats-Unis (démocratiques) du Monde !
Comment voulez-vous que je conçoive les choses autrement ? Ce samedi, je pars pour Tokyo embrasser mon petit-fils franco-japonais Adrien Yuuto. Un citoyen du monde en barboteuse, et qui vous fait la risette…
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 17 janvier 2008.
14 janvier 2008
Hélas ! Le constat a été fait depuis belle lurette : seule la violence est efficace. Il a fallu les fauchages de maïs OGM et la violence contre eux-mêmes des « faucheurs volontaires » en grève de la faim, pour que la France fasse jouer sa clause de sauvegarde dans l’affaire du Monsanto 810. Et il va falloir recommencer. Et les gros agriculteurs de la FNSEA vont nous en assener, des coups à leur façon !…
De même, nous autres, écolos, hurlons comme des chacals dans le désert, depuis plus d’un quart de siècle, pour que soit supprimé ce tonitruant bazar énergivore et crétinogène qu’on appelle le « Paris-Dakar ». Ni les enfants africains écrabouillés par les bolides, ni les indignations des belles âmes n’y ont rien fait. Ceux qui ont eu raison de cette course imbécile sont des abrutis sanguinaires, membres d’Al Qaida : en assassinant des touristes français en Mauritanie, ces islamistes intégristes ont obtenu ce que nous aurions aimé voir triompher par la justesse de notre raisonnement et la force de notre conviction.
Est-ce qu’enfin, un jour, la non-violence remportera une victoire ? Est-ce qu’une seule fois, la raison triomphera de la passion ? Je crains que non.
Excusez mon abattement, ça va passer. Mais, pour aujourd’hui, je file me coucher.
Publié dans la catégorie politique par Yves Paccalet le 14 janvier 2008.
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