27 juin 2007
L’été au flanc du mont Jovet… J’ai adopté la position réglementaire du naturaliste en campagne : à plat ventre dans le parfum des fleurs. Je me sens bien sur cette pente piquetée d’orchis vanillés, d’edelweiss en laine blanche et d’asters des Alpes mauves à cœur d’or. À l’horizon, les glaciers bleus de la Vanoise…
Dans un creux bordé de genévriers, une renarde et deux renardeaux. Ils n’ont pas détecté ma présence : j’ai payé le vent. Elle a la fourrure brun-noir ; ses bébés sont acajou. Elle offre son ventre à ses deux peluches avides de lait tiède. Moment de grâce.
C’est alors que la montagne se déchire de vrombissements et de strideurs… Magie brisée : la renarde et ses petits détalent. Craaac ! Vroum ! Roarrr ! Ce sont des motos abusivement dites « vertes ». Deux extraterrestres vêtus de cuir me frôlent et m’asphyxient de gaz délétères. Ils font partie de ces humains bizarres dont la cervelle se prolonge en moteur. Hélas ! La moto tout terrain, le quatre-quatre et le quad sont à la mode. Ces véhicules déferlent dans les montagnes, les forêts, les marais, les dunes, les rivages de la mer.
Et c’est une catastrophe ! Outre les huiles de vidange et les gaz d’échappement, les deux nuisances principales de ces engins sont le tintamarre et le saccage du tapis végétal. Une moto « verte » s’entend à quatre kilomètres ; en roulant durant une heure, elle distribue ses décibels sur une superficie de trois cents kilomètres carrés. Adieu, aigles, marmottes et chamois ! Dans le même temps, un quatre-quatre ravage dix mille mètres carrés de sol fragile. Racines arrachées, touffes déchiquetées, fleurs hachées, insectes et lézards écrabouillés, oiseaux et mammifères épouvantés, ravines ouvertes au premier orage.
Sans compter la crise de nerfs du naturaliste et du randonneur !
Publié dans la catégorie sport par Yves Paccalet le 27 juin 2008.
7 avril 2007
Rions un peu, puisque le gouvernement chinois rit jaune : « ses » Jeux olympiques, ceux sur lesquels il compte pour exhiber aux yeux du monde sa puissance érectile, tournent en pipi de panda. Il faut dire que le pouvoir pékinois n’a pas fait de grands efforts pour amadouer les démocrates : il vient de condamner le dissident Hu Jia à trois ans et demi de bonheur libéral-communiste dans un cul-de-basse-fosse. En quelques semaines, il a probablement envoyé au nirvana bouddhiste plus de cent cinquante bonzes du Tibet…
Chez nous, la question porte sur le boycottage de la cérémonie d’ouverture. Bien sûr qu’il ne faut pas y aller ! Au-delà, je crois indispensable de faire tomber la totalité des Jeux. De toute façon, ils sont morts. Ratatinés. Anéantis par la conjonction des hystéries nationalistes, du terrorisme religieux, du dopage des athlètes et du doux parfum de pourriture répandu par l’argent des parrains…
Chacun a remarqué que le badge imaginé par les sportifs français, avec l’inscription « Pour un monde meilleur », pourrait sans problème orner le poitrail des officiels chinois. J’ai entendu, ce matin, l’un de nos athlètes les plus engagés, le perchiste Romain Mesnil, déclarer : « On aurait bien aimé porter un insigne « droits de l’homme », mais c’est interdit par la Charte olympique. »
Tout est résumé là : les droits de l’homme sont contraires à la Charte olympique. C’est ce qu’on appelle « l’esprit de l’olympisme » ! Amis du sport sans podiums ni médailles, boycottons joyeusement les J.O. de Pékin, et d’ores et déjà les suivants ! Remplaçons-les par des Jeux floraux, où ne s’affronteront que des poètes et des amoureux de la nature représentés chacun, non pas par un drapeau, mais par une fleur…
Publié dans la catégorie sport par Yves Paccalet le 7 avril 2008.
15 octobre 2007
L’Américaine Marion Jones, cinq médailles aux Jeux Olympiques de Sydney, en 2000, et cinq médailles mondiales, a avoué avoir menti en réfutant les soupçons de dopage qui pesaient sur elle. Elle va rendre ses médailles. Le problème est que, si elle le fait, son trophée du 100 mètres de Sydney devrait revenir à la Grecque Ekaterini Thanou, deuxième à Sydney, mais convaincue de dopage aux J.O. suivants, à Athènes, en 2004.
Je vois, dans cette histoire, un apologue de notre société. Notre dopage, c’est la « croissance », la fuite en avant, l’accumulation de biens matériels non seulement inutiles, mais nuisibles à notre santé corporelle et mentale. A peine nos champions politiques ou économiques sont-il éliminés, que d’autres, aussi dopés qu’eux, les remplacent.
Amphétamines, EPO, hormone de croissance, testostérone et tout l’arsenal : double dose ! Trinquons à coups de pot belge, chantons la seringue enchantée et grimpons comme des dératés la falaise d’où nous pourrons sauter. Planer une dernière fois. Avant de nous écrabouiller.
J’allais oublier : la commission sarkozienne présidée par Jacques Attali réclame l’abolition du principe de précaution, réputé anti-croissance.
Triple dose !
Publié dans la catégorie sport par Yves Paccalet le 15 octobre 2007.