28 août 2008
Coucou de Québec, après un voyage en Arctique : Iqaluit et terre de Baffin, détroit de Davis, île Bylot, île Devon, début de passage du Nord-Ouest, île Beechley et tombe de quelques compagnons de Franklin, Resolute Bay…
Glaciers et banquises en sévère régression. Ours polaires baladeurs, lièvres arctiques, grandes oies des neiges, renards polaires, empreintes de loups blancs et parfums de boeufs musqués. Saules nains, silènes acaules, airelles bleuets et épilobes à feuilles larges (merveilles de fleurs roses). Fulmars du nord, eiders, guillemots à miroir, phoques craintifs, moustaches de morses, souffles de baleines du Groenland, cornes de narvals et rêves de bélougas – fantômes livides dans le gris-vert de l’eau glaciale…
Inuit d’Iqaluit, de Pond Inlet, de Resolute… Un peuple assis entre deux mondes ; encore parfois chasseur de baleines, de narvals ou de morses, mais inféodé aux avions et aux motos-neige ; cependant de plus en plus revendicateur et fier de lui-même et de sa culture – alors que, dans cette région aussi, les bagarres entre puissances s’aiguisent pour le contrôle des richesses de l’Arctique…
Je repars dix jours pour saluer les baleines du Saint-Laurent (rorquals de toutes sortes, y compris, j’espère, le grand bleu), avec mes amis du centre scientifique des îles Mingan. Oui, tout là-bas, presque au bout de la route qui longe la côte nord…
Aube glaciale, baleines dans la houle, souffles de vie…
Publié dans la catégorie voyage par Yves Paccalet le 28 août 2008.
1er décembre 2007
Puisque je me fais (à juste titre, j’en conviens) traiter sur ce blog de « pigeon voyageur », je vous inflige ce petit texte sur les nomades, que j’avais donné à « Ushuaia Magazine » première manière et premier numéro…
Nomade… Du grec nomas, nomados, « qui fait paître »… Etymologiquement, le nomade est un berger, un pasteur. Il conduit le bétail, il mène ses ouailles. Il marche devant, il indique le chemin. Il sait ce qu’il y a au-delà de l’horizon. C’est un guide. Un sage…
Le nomade est à la fois d’ici et d’ailleurs. Il a son pays attaché à ses semelles. Il ne désire pas d’autre patrie que l’herbe qui ondule, les dunes qui ondoient, les sentiers de la toundra ou de la forêt, l’infini des glaces ou de la savane.
Notre espèce est migratrice. Nomade dans l’âme. Rebaptisons-la « Homo nomadicus »… Voici deux millions d’années, notre ancêtre Homo erectus (le fils de l’australopithèque) a quitté l’Afrique pour devenir l’homme de Java, de Pékin ou de Tautavel. Homo sapiens a recommencé voici cent mille ans : il a étendu son royaume à la planète. En ce début de XXIe siècle, plus de la moitié des humains vivent en ville ; demain, les trois quarts. Mais (paradoxe !) le nomadisme est à la mode. Glorifié par les médias… Nous changeons de travail ou d’adresse, le touriste pullule, l’automobile et l’avion pétaradent. Nous communiquons grâce à des instruments que nous qualifions précisément de « nomades » : le téléphone et l’ordinateur portables.
Nous rêvons du mode de vie affranchi de ceux qui n’ont que leurs pieds. En même temps, hélas ! force est de constater que, partout, la vie des vrais nomades devient un calvaire. Le Gitan est accusé de voler des poules : dehors ! Le Mongol et ses chevaux, le Sibérien et ses rennes, l’Inuit sur la banquise, l’Indien des plaines, le Touareg du Sahara, le Boschiman du Kalahari, l’aborigène d’Australie sont méprisés, attaqués, assassinés, spoliés et mis en cage dans d’horribles camps de béton où on leur coupe à la fois les ailes de l’esprit et le désir d’exister. Car tout pouvoir politique a horreur des incontrôlables. Police : vos papiers !
Quelques peuples, encore, vivent avec le vent de la steppe ou du désert. Ils sont en sursis. Fragiles. Menacés. Mais d’autant plus précieux qu’ils portent tous le même nom : « Liberté ! »
Publié dans la catégorie voyage par Yves Paccalet le 1 décembre 2007.
Vue du cirque de Salazie, la Réunion
3 juillet 2007
Mes amis, je viens (une fois encore) d’écrabouiller mon quota personnel d’émissions de gaz à effet de serre.
J’ai pollué notre pauvre atmosphère en prenant l’avion pour l’île de la Réunion. J’y étais invité, la semaine dernière, par le Cercle philosophique réunionnais (merci à ses animateurs, Lucien Biedlinger et Laurent Medea). J’y ai donné des conférences à la Région et devant les étudiants de l’université du Sud. J’y ai développé mes thèmes obsessionnels (« L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! » et « Sortie de secours ») en soulignant à quel point il est, par exemple, absurde et criminel de brûler du pétrole pour d’inutiles voyages en avion.
Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais… Mais c’était passionnant.
Outre que l’île reste une des plus belles, elle résume avec acuité les problèmes de la planète : un espace sauvage en peau de chagrin que tout le monde se dispute, des ressources insuffisantes dans maints secteurs, des transports anarchiques (embouteillages terrifiants !), une population en explosion, de la pauvreté à deux pas du tintamarre des 4 x 4 de luxe, etc.
La Réunion accomplit pourtant de notables efforts. Les fragiles récifs de coraux sont un peu moins saccagés. Le parc national des Hauts, qu’on attendait depuis trente ans, a été institué : paix aux merles pays et aux zoizeaux verts. Certains bâtiments publics (collèges, etc.) sont bâtis aux normes « haute qualité environnementale ». L’équipement en énergie solaire se développe mieux qu’en métropole (ce qui, vous le savez, n’est pas difficile, tant la France a accumulé de retard en la matière).
J’ai profité de l’aubaine pour remercier la planète Terre d’être, là-bas, si belle et si généreuse. J’ai marché sur les sentiers du cirque de Salazie (magie des cascades) et de Mafate, sous le Piton des Neiges (tamarins des Hauts, fougères arborescentes et somptueux fuchsias). Je me suis perdu dans les brouillards de l’enclos Fouqué, au Piton de la Fournaise, dont la récente colère fut monstrueuse. Et j’ai, avec les amis des cétacés du groupe Globice (animé par Virginie Boucaud, je vous joins le lien) salué les dauphins tursiops et les baleines à bosse, lesquelles, durant l’hiver austral, viennent s’aimer et donner le premier souffle à leurs bébés de quatre mètres de longueur à quelques encablures des ports de Saint-Pierre ou de Saint-Leu…
Publié dans la catégorie voyage par Yves Paccalet le 3 juillet 2007.
Bonjour, les amis !
Je suis actuellement sur un radeau des cimes au Laos, où il n’y a, vous serez heureux de l’apprendre, ni relais pour les portables ni ordinateur. Je serai dans l’incapacité de lire vos messages jusqu’au 10 mars. Je me ferai par contre un plaisir de vous répondre et de vous raconter cette (utile) échappée à mon retour.
Publié dans la catégorie voyage par Yves Paccalet le 6 mars 2007.