Famine en Afrique

17 juillet 2011
Famine en Somalie, en Ethiopie, au Kenya… Je ne résiste pas au plaisir pervers de recopier ici un passage de mes Deux Mamelles du bonheur (Arthaud). L’innocent Benoît visite un camp de réfugiés au Zimbaland…

Benoît prit dans ses bras l’enfant, ou plutôt le presque-rien qui en restait… Il lui tapota les fesses pour le stimuler. Le nourrisson ne bougeait plus : il pesait moins qu’un kilo d’insectes nécrophages ou mille grammes de plumes de vautour. Il avait l’abdomen si gonflé qu’on eût dit un ballon de rugby doté d’une tête et de quatre petits membres. Des nuées de mouches lui maquillaient le visage. Le bébé n’ouvrit plus jamais les yeux, ni les lèvres. Il ne respirait plus. Son petit cœur écœuré avait cessé de battre.
Notre héros devint un humanitaire à plein temps. Il s’occupa de malades décharnés et épuisés par le virus du sida ; ou par le vibrion du choléra ; ou par d’autres nécessités économiques majeures, tels le plasmodium du paludisme ou l’amibe de la dysenterie ; les bactéries de la tuberculose ou de la lèpre ; les virus de la rougeole ou de la poliomyélite ; ou leurs cousins des fièvres d’Ebola et de Lassa. Tant il est vrai que l’Afrique est moins le continent du baobab et de l’éléphant, que du moustique et du microbe… Benoît tenta de soulager quelques-uns de ces Homo sapiens privés de terre, d’eau, de toit, de nourriture, d’espoir et même de jeux télévisés ; déshydratés, hâves, éborgnés, édentés, amputés, diarrhéiques, ulcéreux, nécrosés, purulents, infectés, cachectiques, pour ainsi dire défunts avant que d’être morts ; mais, dans un dernier geste, un spasme, un râle sensuel, un couinement quasi érotique en guise d’adieu au monde, quelquefois aussi bizarres, esthétiques et drolatiques que les cadavres exquis des poètes surréalistes… Le garçon s’occupa de deux jumeaux étiques, qui expirèrent dans le même dernier souffle. Il se prit d’amitié pour une fillette à la figure d’une beauté déchirante : l’enfant posa sur lui sa main toute molle, émit un hoquet et s’excusa du monde. Sous leurs piles de cadavres exquis, les nécrophores applaudirent des deux antennes, des quatre ailes et des six pattes ; autant dire : une ovation.
Benoît dut inhumer des sujets de tous âges, souillés de vomissures, de déjections et de sanie, et prématurément forcés d’obéir à la loi de la gravitation universelle qui nous conduit tous, à plus ou moins brève échéance, au fond du trou. Le jeune homme faisait rouler les corps dans la fosse et les couvrait de quelques pelletées de terre. Il avait envie, tantôt de psalmodier une prière à Dieu ou à ses saints ; tantôt de maudire un Créateur plus cruel que le diable ; et tantôt de hausser les épaules en affirmant que Dieu n’existe pas, Satan pas davantage, et que les humains se suffisent à eux-mêmes dès lors qu’il s’agit de propager les dix plaies d’Égypte sur la terre comme au ciel.

Planète de contrastes !

Les milices islamistes Shabab nient la famine en Ethiopie, et parlent de « propagande des infidèles occidentaux ». C’est précisément pour contribuer à ruiner le discours de ce genre de fous furieux que j’ai écrit mes « Deux Mamelles… »

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L’ancolie mélancolie

25 juin 2011

Comme Guillaume Apollinaire, je ferai rimer aujourd’hui « ancolie » et « mélancolie ». Voici le texte que j’écrivais le 25 juin 1978, quand j’avais 33 ans (j’en ai juste le double). J’avais fait paraître mon Journal de nature 1977-1978 sous le titre L’Odeur du soleil dans l’herbe, chez Robert Laffont, en 1992.

25 juin
(Tincave)
L’ancolie rouge-noir a refleuri près de la source où mon enfance a bu. Ici, la terre des Alpes accoucha mon esprit (modeste rongeur). Je sirote les nectars de maman Montagne dans ce calice de ma mémoire.
Les vasques accolées de l’aquilège sont un temple bouddique. Les étamines en robe de safran se prosternent devant le gynécée – la statue d’or du dieu obèse Sakyamuni… La pourpre obscure des pétales dissout ma conscience. J’ai les pieds dans le sable humide. Perfection. Plénitude par le vide. Nirvana.

L'ancolie rouge-noir, Aquilegia atrorubens.

Le petit texte ci-dessus pour exprimer non seulement ma nostalgie – l’âge qui avance et autres idioties biologiques imparables ; mais aussi le coup de spleen qui m’accable, en un temps où toutes les nouvelles sont mauvaises sur le front de l’écologie et de l’humanité : saccage accéléré de la biosphère, montée des nationalismes et des haines politiques, ethniques ou religieuses…
Sans compter, mais là c’est personnel, l’échec de ce que je considère comme mon meilleur livre, Les Deux Mamelles du bonheur, publié chez un éditeur qui en a loupé ou saboté la promotion, et ignoré par une critique médiatique à laquelle il fiche la trouille. Les ancolies sont plus belles et plus douces.

L'ancolie des Alpes, Aquilegia alpina.

Mais l’ancolie des Alpes a refleuri sous le refuge du Saut et sous le mont de la Guerre, et mon esprit rebleuit avec elle…

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Philo caniveau

3 juin 2011

Nous avions la presse et la télé caniveau. Nous avons désormais la philo homonyme, grâce aux efforts de Luc Ferry. Ce baratineur multimédias s’est illustré au Grand Journal de Canal +, et plus récemment sur LCI, en dénonçant un « ancien ministre » qui se serait « fait poisser » dans une « partouze avec des petits garçons » à Marrakech.
L’honneur de la philosophie consiste à tourner quarante neuf fois sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer. A quêter le vrai plutôt que le bruit de couloir. A se défier des à-peu-près et des on-dit. A dénoncer la rumeur, au lieu de l’alimenter.
Luc Ferry se dit « philosophe », mais il vient d’inventer la philo caniveau. Sa technique oratoire est simple : il commence par énoncer que « tout le monde le savait » (même si, sur le plateau de Canal +, Ali Badou réplique aussitôt : « Moi, très sincèrement, pas ! »), et que « personne n’a rien dit » (la vieille thèse du complot…). Puis il invoque de hautes sources (jusqu’à un ancien premier ministre), qu’il ne nommera évidemment pas davantage que le « ministre pédophile ». Il enchaîne en précisant qu’il se borne signaler des faits rapportés par des journalistes du Figaro Magazine (nouvelle figure de style : « c’est pas moi qui le dis, c’est l’autre »). Avant de proclamer, la main sur le coeur, qu’il tient la rumeur en détestation !
Je n’aimais pas ce bateleur de petit écran, qui dénonce le « bal des faux-culs », mais qui y mène la danse. Je lui avais consacré un article un peu rude dans mon Dictionnaire énervé de l’écologie. Je sais aujourd’hui quelle tête pouvaient avoir les pires sophistes d’Athènes, que vitupérait Platon et qui, aux yeux de ce dernier, incarnaient non pas la philosophie, mais son contraire.

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Les Deux Mamelles du bonheur

11 mai 2011
Il sort aujourd’hui en librairie, mon petit dernier, un sale gosse ! Commencé il y a quarante ans, abandonné au fond d’un tiroir, et repris dans l’esprit de mes vingt printemps (j’arrondis) soixante-huitards… En voici la dédicace :

Le rire ne sépare pas l’homme de la bête, mais du fanatisme. L’humour (et d’abord sa variété noire) différencie le citoyen du raciste, du stalinien, du nazi, de l’épurateur ethnique ou de l’intégriste religieux.
En publiant ce conte cruel, je n’entends rien démontrer, sinon que nous devons nous moquer de tous et de tout, et d’autant plus librement qu’on nous rabâche qu’il ne faut pas. C’est je que j’appelle la « morale du sale gosse », la seule à laquelle j’obéisse… Parce que les ignominies d’Homo sapiens me provoquent non seulement des bouffées de colère, mais d’incoercibles crises d’hilarité, je dédie cette œuvre aux écrivains ricaneurs de génie qui m’ont aidé à supporter l’espèce à laquelle je me déshonore d’appartenir :
À Grimmelshausen, à Swift et à Voltaire, en toute humilité, avec mes esclaffements complices et l’expression de mon joyeux désespoir,
Y.P.

Les Deux Mamelles du bonheur

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Après la tauromachie, la guillotine doit être inscrite au patrimoine immatériel de la France

23 avril 2011

Nous nous réjouissons de savoir que la tauromachie se trouve, désormais, inscrite au patrimoine immatériel de la France, au même titre que la tarte tatin, le fest-noz, la tapisserie d’Aubusson et les parfums de Grasse. La France est le premier pays du monde à élever la corrida à ce rang prestigieux.
Dans la même volonté de préservation des manifestations majeures de l’intelligence du peuple français, nous proposons que soit inscrite au patrimoine immatériel de la France l’ingénieuse, efficace et humaniste invention du docteur Guillotin, savoir la guillotine, dite aussi « bascule à Charlot », « coupe-cigare » ou « tranche-col ». Cette machine à séparer la tête des condamnés du reste de leur corps incarne le génie français dans ce qu’il comporte de plus cartésien et de plus subtil à la fois – pour tout dire, l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse mêlés. Tous les peuples de la Terre nous l’envient. La guillotine a alimenté, non seulement la chronique judiciaire, mais maintes oeuvres du savoir et de la création, dans les domaines de la poésie, de la littérature, des beaux-arts, de la musique, du théâtre et du cinéma, ce qui suffit à souligner sa valeur esthétique, morale et philosophique.
Les gentils lecteurs et contributeurs de ce blog sont, dès à présent, conviés à constituer l’amicale des promoteurs de la guillotine comme patrimoine immatériel de la France ; à faire connaître cette initiative citoyenne par tous les moyens ; à inviter leurs connaissances et amis à rallier notre élan ; et à travailler avec nous à inscrire le plus tôt possible la bascule à Charlot au rang du patrimoine culturel immatériel, non seulement de la France, mais de l’Unesco, c’est-à-dire du monde.

Théodore Géricault, "Têtes de suppliciés".

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Présidentielle : l’écologie n’a pas besoin de candidat

15 avril 2011

Nicolas Hulot a déclaré sa candidature « écologique et sociale », je le connais depuis 30 ans, je l’aime bien (nous avons côtoyé les ours du Kamtchatka ensemble…), mais il a toujours été de droite et il oublie de parler du nucléaire. Eva Joly pose ses lunettes rouges quand elle passe à la télé, elle est nécessaire et admirable sur les questions de droit, mais elle ne capte toujours pas grand chose de la science écologique, et c’est la pire oratrice depuis que l’humanité a appris à parler. D’autres personnalités plus ou moins vertes ou verdâtres se lanceront peut-être dans la course : Corinne Lepage, Jean-Louis Borloo (l’écolo version Grenelle feue la taxe carbone), etc.
Peu importent les personnes. Plus que jamais, je proclame que l’écologie n’a nul besoin de candidat à l’élection présidentielle. Certains pensent qu’il faut « incarner le projet », qu’on « n’existe pas » sans un héros ou une héroïne appelé(e) à « témoigner ». Ils me remettent en mémoire ce que je disais au commandant Cousteau, en 1981. Cette année-là, les Lalonde, Waechter, etc., le pressaient de se présenter. L’homme au bonnet rouge était crédité de 20 à 25 % des intentions de vote (pas de 5 ou 6 %, comme nos actuel(le)s champion(ne)s !). Il me demandait mon avis. Je lui répondais : « JYC (nous l’appelions « JYC »), il ne faut pas y aller. La présidentielle n’est pas configurée pour les écolos. Nous avons eu un candidat de témoignage en 1974 : René Dumont ; il a eu le bon geste en brandissant son verre d’eau ; on ne fera pas mieux dans le symbole. Ne tombons pas dans le piège. Qu’allons-nous proposer à nos électeurs au second tour ? Les appellerons-nous à voter à droite, à gauche ou à la pêche ? Et à quoi aura servi que nous nous présentions, si nous n’avons aucun élu local, ni aucun député pour voter les lois que nous désirons ?
Trente ans plus tard, yé né pas changé. Je suis d’accord avec Daniel Cohn-Bendit (collusion d’anciens combattants de Mai 68 ?) : mieux vaut, pour Europe-Ecologie, obtenir du Parti socialiste de bons accords pour les législatives, et avoir un groupe d’élus Verts au Parlement ; donc, appeler à voter dès le premier tour pour le candidat PS à la présidentielle – qu’il (elle) s’appelle Martine Aubry, François Hollande ou Dominique Strauss-Kahn (critiqué pour sa fonction capitaliste au FMI, mais philosophiquement quand même plus à gauche que Nicolas Hulot !).
Je persiste et signe avec d’autant plus d’énergie qu’un élément de décision s’est ajouté à ceux que j’invoquais en 1981 : nous risquons gros à disperser nos voix dans une ou plusieurs candidatures de « témoignage ». Nous nous préparons tout simplement un second tour où nous aurons à choisir entre Nicolas Sarkozy (ou François Fillon) et Jeanne-Marine Le Pen (j’ai décidé de l’appeler « Jeanne-Marine Le Pen », elle le mérite).
Quand mes enfants étaient petits, j’aimais leur expliquer que la vie consiste à distinguer entre deux sortes de conneries : celles qu’on peut se permettre, et celles qu’on ne peut pas.

Ci-dessus : les écolos enthousiastes à l’idée d’aller voter pour un(e) candidat(e) écolo.
Ci-dessous : les écolos après la victoire de Jeanne-Marine Le Pen à la présidentielle de 2012.

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Nucléaire ! Nucléaire !

14 mars 2011
A l’heure où j’écris (10 h 35 en France, ce lundi), la catastrophe se rapproche, à Fukushima et peut-être sur d’autres sites nucléaires du Japon. J’espère qu’on n’aura pas trois ou quatre Tchernobyl d’un coup – mais on pourrait le craindre… (Mon fils Alexandre et sa famille ne sont pas en ce moment à Tokyo, mais dans l’île d’Okinawa, à 2 500 kilomètres au sud. Merci à tous ceux d’entre vous qui m’ont gentiment demandé de ses nouvelles.)
Le dossier nucléaire revient en surface, c’était inévitable. J’avais résumé ce qui, pour moi, constitue le fond de l’affaire dans mon Dictionnaire énervé de l’écologie (Editions de l’Opportun, 2010). Voici l’article « Nucléaire (Energie) » que j’y faisais figurer :

Nucléaire (Énergie)

N’ayons pas l’ambition de résumer en trois phrases le problème du nucléaire… Cette énergie rayonne, nous illumine, nous contamine et nous domine ! Les manifestants de Plogoff ou de Creys-Malville le disaient déjà : « Inactif aujourd’hui, radioactif demain ! »
Nous avons un impérieux besoin d’électricité pour regarder les programmes de la « Star’Ac » et de la « Ferme célébrité ». Nous aurons donc des centrales nucléaires, et en grand nombre, et pour longtemps. La majorité de nos contemporains préférera ce risque majeur au désagrément mineur de devoir réduire sa consommation électrique. De même, nous exploiterons massivement les sables bitumineux et asphaltiques, les pétroles et les gaz de schistes, ces substituts du pétrole encore plus polluants que lui. De même, nous utiliserons sans limite le charbon, que nous liquéfierons pour faire pétarader nos moteurs. L’humanité cherchera toujours son confort immédiat, plutôt que la sagesse du futur. Elle finira par en crever, persuadée d’être heureuse.
Dans l’immédiat, et pour le siècle entamé, le nucléaire est tout, sauf une solution.
Primo, il n’y a pas assez d’uranium sur la Terre pour satisfaire nos besoins. Dès à présent, les prix montent. Les réserves de minerai uranifère ne sont ni en France, ni même en Europe, mais au Niger et au Canada. On est loin de l’indépendance énergétique…
Secundo, les risques ne sont jamais nuls, même en mode de fonctionnement optimal (ou « nominal », comme on dit dans l’astronautique) : pollutions au radon des « stériles » de mines, incidents de réacteurs, accidents lors du transport ou du stockage des déchets, etc. Loin d’être « propres », les centrales nucléaires polluent et réchauffent à l’excès les eaux qui les refroidissent. (Nous manquons de substance liquide dans nos rivières : nos réacteurs seront de plus en plus souvent condamnés à ralentir ou à s’arrêter.)
Les accidents majeurs, du type de Three Mile Island ou de Tchernobyl, nous pendent toujours au nez. En général, ils sont dus à des erreurs humaines. Certains pensent qu’on peut les éviter en réservant le nucléaire aux pays riches et responsables ; mais c’est omettre la tentation permanente des industriels, qui consiste à monnayer leur technologie partout où c’est possible. Y compris à des dictateurs liés à des groupes terroristes… Si l’on veut faire baisser le prix du kilowatt/heure, il faut « rentabiliser » la filière en vendant les usines un peu partout, en « tirant » sur les coûts de maintenance, et en faisant supporter à la collectivité les frais (colossaux) du démontage des installations usagées.
Tertio, il y a l’imprévisible, dont Sacha Guitry nous disait qu’il n’y a rien de plus difficile à prévoir ! Les risques sismiques ont été sous-estimés partout, non seulement au Japon ou en Californie, mais en Alsace ou dans la vallée du Rhône. N’évoquons que pour mémoire un éventuel « 11 Septembre » à Nogent-sur-Seine ou Flamanville…
Quarto, il y a les déchets… Personne ne sait qu’en faire. On n’a encore mis au point aucune solution scientifique ou technique pour leur traitement, sinon la vitrification des plus dangereux et leur mise en silo sécurisé ad vitam aeternam (pour des siècles ou des millénaires, selon les cas). Si tout le monde réclame du courant électrique, personne n’accepte une décharge nucléaire dans sa commune ou son département : le syndrome « pas dans mon jardin » (PDMJ) joue à fond. Il rend socialement ingérable la généralisation de ce type d’énergie.
Quinto, pour conclure, et quoi que proclament EDF ou Areva à propos des nouveaux mélanges combustibles du type MOX, soulignons que celui qui possède une filière nucléaire peut toujours, s’il en a la volonté ou la perversité, la détourner et lui faire fabriquer les ingrédients (uranium ou plutonium) nécessaires à la bombe atomique. Fût-elle artisanale ou même « foireuse » comme celle de la Corée du Nord ! Il n’y a jamais eu, il n’y aura jamais de nucléaire « pacifique ». La prolifération des armes atomiques constitue le plus terrifiant et le plus imminent de tous les périls écologiques. Bien avant le chaos climatique !
De toute façon, partis comme nous sommes, nous courrons tous les risques ensemble…

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Sondage

8 mars 2011

Maintenant nous connaissons…

…le visage de la prochaine…

…présidente de la République française !
Un risque majeur si, au premier tour, nous votons pour n’importe quel Villepin, Bayrou, Besancenot, Mélenchon, Joly ou Hulot.
Quant à moi, je voterai d’emblée Strauss-Kahn (j’espère qu’il sera candidat). Après avoir donné ma voix à Chirac au deuxième tour de 2002 pour nous préserver du père, je n’ai aucune envie de choisir Sarkozy en 2012 pour nous éviter la fille.

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Générations futures

27 février 2011

Générations futures…
L’expression désigne nos enfants, nos petits enfants et la suite des recombinaisons de nos patrimoines génétiques. Espérons que les rejetons d’Homo sapiens vivront heureux.
Avec le commandant Cousteau, nous avions élaboré une « Déclaration des Droits des Générations futures ». Ce texte argumenté et chaleureux a été applaudi à l’UNESCO, mais Cousteau lui-même n’a jamais réussi à le faire adopter par l’Assemblée générale de l’ONU – où il aurait acquis une force juridique universelle.
« Article premier. Les générations futures ont droit à une Terre indemne et non contaminée, et à la jouissance de celle-ci considérée comme le support de l’histoire de l’homme, de la culture et des liens sociaux qui font de chaque génération et de chaque individu des membres de l’humanité. »
Il y a cinq articles. Le dernier stipule que les gouvernements actuels sont « reconnus pleinement responsables » de l’application immédiate et loyale des principes énoncés dans la « Déclaration »… Raison pour laquelle aucun n’a encore voulu la signer !

Cette leçon de morale étant resservie, voici plusieurs images (origine : Internet, donc SGDG) de ces générations futures qu’il devient urgent de protéger.

Ou pas…

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Jeux olympiques d’Annecy

25 février 2011
Ci-dessous, le texte de l’intervention que j’aurais dû faire en Assemblée plénière de la Région Rhône-Alpes aujourd’hui, mais que je n’ai pas faite, parce qu’un mouvement social des employés de cette grande et belle institution a semé une sympathique zizanie dans les débats…

Mes chers collègues,
La dernière fois que nous avons évoqué l’hypothèse (vacillante !) des Jeux olympiques d’Annecy, l’un d’entre vous s’est gentiment moqué de notre groupe : il nous a accusés de vouloir des « Jeux olympiques Intervilles ». La vérité est qu’on trouve peu d’élus Europe-Écologie chez les amateurs d’« Intervilles », de « Koh-Lanta » ou de la « Ferme des Célébrités ».
Nous aimerions simplement que, s’ils doivent exister, les Jeux olympiques restent modestes, c’est-à-dire tournés vers le sport, et non vers la politique ou le fric. Vers l’exaltation de l’effort, et non celle du chauvinisme ou du nationalisme. Dans nos Jeux olympiques à nous, par exemple, on donnerait des médailles aux athlètes, mais on ne jouerait aucun hymne national ; et on interdirait le décompte des breloques par pays : ce classement ne reflète que l’arrogance des plus riches ou des plus tyranniques, c’est-à-dire des plus tricheurs ou des plus dopés.
Nous autres, écologistes, sommes des utopistes : mais pas jusqu’à nous laisser embobiner par des promesses de pactole. Il n’y a jamais eu de Jeux olympiques financièrement équilibrés, et il n’y en aura jamais. La presse italienne a dénoncé le gouffre budgétaire de Turin, et le fait que la plupart des installations prétendument pérennes y tombent en ruine. Je rappelle que les Jeux olympiques d’Albertville se sont soldés par un trou de 45 millions d’euros ; je vous épargne le calcul des augmentations de taxes consécutives.
Nous autres, écologistes, ne sommes pas opposés à des déficits, à condition qu’ils aient un sens pour les peuples, qu’ils aident la démocratie, qu’ils fassent avancer la cause de la paix, ou tout simplement qu’ils apportent un moment de bonheur authentique aux humains. Le projet de Jeux olympiques d’Annecy incarne le contraire. Durant la phase de candidature, le spectacle que nous ont donné les responsables politiques locaux a oscillé entre le comique et le consternant : « C’est moi le chef ! Poussez-vous… » Avides de passer à la télévision (vous aviez raison : « Intervilles » n’est pas loin…), ces liders minimos avaient déjà magnifiquement privé Paris de Jeux olympiques au profit de Londres ; et, parce qu’on ne change pas une formule qui perd, ils ont recommencé avec Annecy.
Nous avions conditionné notre soutien à la candidature savoyarde à de substantielles avancées sociales et écologiques. La plupart de nos demandes sont passées à la trappe. Dans le domaine social, nous ne voyons pas ce qui différencie le sort des futurs prolétaires des J.O. d’Annecy du destin actuel des employés de la Compagnie des Alpes : ceux-ci font grève, en ce moment, dans les stations des Arcs, de La Plagne et de Peisey, en brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Nous ne sommes pas des chiens ! » C’est à La Plagne, je le rappelle, que se dérouleraient les épreuves de bob des J.O. d’Annecy.
Du côté de la protection de la nature, ce n’est pas plus reluisant. Mais là, d’un coup, je me reprends à espérer… Avec certains de nos collègues, j’étais à La Clusaz, l’autre jour, lors de l’inspection des sites par le Comité international olympique. J’ai assisté à la Table ronde sur le Tourisme et la Montagne, que le président de la République a réunie autour de lui. J’ai entendu Nicolas Sarkozy traiter les écolos de créatures bloquées au Moyen Âge : bon, ça, normal… Mais j’ai écouté jusqu’au bout notre président, et ce qu’il a ajouté m’a semblé intéressant. Primo, a-t-il dit, nous devons développer de façon harmonieuse l’économie de la montagne, entre autres préserver le foncier agricole qui permet aux paysans de vivre, dans la plaine du Fayet comme à proximité d’Annecy. (Je précise que, juste avant, le président avait goûté le reblochon fermier…) Secundo, a-t-il continué, il nous faut faciliter le classement du massif du Mont-Blanc au patrimoine mondial de l’UNESCO. Tertio, nous avons le devoir d’accélérer le classement en réserve naturelle du massif des Aravis. Quarto, la préservation du massif du Semnoz est urgente… J’avais l’impression de me retrouver dans le grand salon de l’Élysée, lorsque Nicolas Sarkozy a conclu et approuvé nos travaux du Grenelle de l’Environnement.
Je suis un écolo naïf, mais néanmoins bon citoyen : je désire de tout mon cœur faire plaisir au président. Mes chers collègues, j’espère que ses élans de La Clusaz se briseront moins vite que ceux du Grenelle… Notre assemblée régionale peut et doit aider Nathalie Kosciuzko-Morizet, Chantal Jouanno et Frédéric Lefèbvre (les trois ministres présents, quoique muets, à la Table ronde) à appliquer les consignes de leur lider maximo. En ce qui concerne le Semnoz, j’ai de bonnes nouvelles : madame Marie-Luce Perdrix, maire de la commune de Gruffy, dont dépend tout le haut de ce massif, a déclaré au dernier comité syndical du Parc des Bauges qu’elle allait faire délibérer son conseil municipal sur le classement du site. Pour ce qui touche au massif du Mont-Blanc, nous autres, écologistes, réclamons depuis longtemps d’aller bien plus loin que les références « espace » (qui ne veut rien dire), « grand site » ou même patrimoine de l’UNESCO : nous voulons y créer un parc naturel international (franco-italo-suisse). Quant à la protection de la plaine du Fayet et au classement des Aravis, obéissons à notre président : soyons enthousiastes, accélérons les procédures !
Mes chers collègues, si nous avancions réellement dans toutes ces directions, l’improbable pourrait arriver : vous verriez des écologistes heureux ! Satisfaits à l’idée que les Jeux olympiques d’Annecy (si Annecy les obtenait) deviendraient autre chose qu’un grand cirque télévisuel… Qu’ils seraient une fête des hommes et de l’Alpe, loin de ce que nous craignons aujourd’hui qu’ils soient, à savoir (je reprends l’image) un monstrueux « Intervilles » du fric et du nationalisme, saccageur, dispendieux, toxique et injurieux pour la montagne.

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