25 février 2011
Ci-dessous, le texte de l’intervention que j’aurais dû faire en Assemblée plénière de la Région Rhône-Alpes aujourd’hui, mais que je n’ai pas faite, parce qu’un mouvement social des employés de cette grande et belle institution a semé une sympathique zizanie dans les débats…
Mes chers collègues,
La dernière fois que nous avons évoqué l’hypothèse (vacillante !) des Jeux olympiques d’Annecy, l’un d’entre vous s’est gentiment moqué de notre groupe : il nous a accusés de vouloir des « Jeux olympiques Intervilles ». La vérité est qu’on trouve peu d’élus Europe-Écologie chez les amateurs d’« Intervilles », de « Koh-Lanta » ou de la « Ferme des Célébrités ».
Nous aimerions simplement que, s’ils doivent exister, les Jeux olympiques restent modestes, c’est-à-dire tournés vers le sport, et non vers la politique ou le fric. Vers l’exaltation de l’effort, et non celle du chauvinisme ou du nationalisme. Dans nos Jeux olympiques à nous, par exemple, on donnerait des médailles aux athlètes, mais on ne jouerait aucun hymne national ; et on interdirait le décompte des breloques par pays : ce classement ne reflète que l’arrogance des plus riches ou des plus tyranniques, c’est-à-dire des plus tricheurs ou des plus dopés.
Nous autres, écologistes, sommes des utopistes : mais pas jusqu’à nous laisser embobiner par des promesses de pactole. Il n’y a jamais eu de Jeux olympiques financièrement équilibrés, et il n’y en aura jamais. La presse italienne a dénoncé le gouffre budgétaire de Turin, et le fait que la plupart des installations prétendument pérennes y tombent en ruine. Je rappelle que les Jeux olympiques d’Albertville se sont soldés par un trou de 45 millions d’euros ; je vous épargne le calcul des augmentations de taxes consécutives.
Nous autres, écologistes, ne sommes pas opposés à des déficits, à condition qu’ils aient un sens pour les peuples, qu’ils aident la démocratie, qu’ils fassent avancer la cause de la paix, ou tout simplement qu’ils apportent un moment de bonheur authentique aux humains. Le projet de Jeux olympiques d’Annecy incarne le contraire. Durant la phase de candidature, le spectacle que nous ont donné les responsables politiques locaux a oscillé entre le comique et le consternant : « C’est moi le chef ! Poussez-vous… » Avides de passer à la télévision (vous aviez raison : « Intervilles » n’est pas loin…), ces liders minimos avaient déjà magnifiquement privé Paris de Jeux olympiques au profit de Londres ; et, parce qu’on ne change pas une formule qui perd, ils ont recommencé avec Annecy.
Nous avions conditionné notre soutien à la candidature savoyarde à de substantielles avancées sociales et écologiques. La plupart de nos demandes sont passées à la trappe. Dans le domaine social, nous ne voyons pas ce qui différencie le sort des futurs prolétaires des J.O. d’Annecy du destin actuel des employés de la Compagnie des Alpes : ceux-ci font grève, en ce moment, dans les stations des Arcs, de La Plagne et de Peisey, en brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Nous ne sommes pas des chiens ! » C’est à La Plagne, je le rappelle, que se dérouleraient les épreuves de bob des J.O. d’Annecy.
Du côté de la protection de la nature, ce n’est pas plus reluisant. Mais là, d’un coup, je me reprends à espérer… Avec certains de nos collègues, j’étais à La Clusaz, l’autre jour, lors de l’inspection des sites par le Comité international olympique. J’ai assisté à la Table ronde sur le Tourisme et la Montagne, que le président de la République a réunie autour de lui. J’ai entendu Nicolas Sarkozy traiter les écolos de créatures bloquées au Moyen Âge : bon, ça, normal… Mais j’ai écouté jusqu’au bout notre président, et ce qu’il a ajouté m’a semblé intéressant. Primo, a-t-il dit, nous devons développer de façon harmonieuse l’économie de la montagne, entre autres préserver le foncier agricole qui permet aux paysans de vivre, dans la plaine du Fayet comme à proximité d’Annecy. (Je précise que, juste avant, le président avait goûté le reblochon fermier…) Secundo, a-t-il continué, il nous faut faciliter le classement du massif du Mont-Blanc au patrimoine mondial de l’UNESCO. Tertio, nous avons le devoir d’accélérer le classement en réserve naturelle du massif des Aravis. Quarto, la préservation du massif du Semnoz est urgente… J’avais l’impression de me retrouver dans le grand salon de l’Élysée, lorsque Nicolas Sarkozy a conclu et approuvé nos travaux du Grenelle de l’Environnement.
Je suis un écolo naïf, mais néanmoins bon citoyen : je désire de tout mon cœur faire plaisir au président. Mes chers collègues, j’espère que ses élans de La Clusaz se briseront moins vite que ceux du Grenelle… Notre assemblée régionale peut et doit aider Nathalie Kosciuzko-Morizet, Chantal Jouanno et Frédéric Lefèbvre (les trois ministres présents, quoique muets, à la Table ronde) à appliquer les consignes de leur lider maximo. En ce qui concerne le Semnoz, j’ai de bonnes nouvelles : madame Marie-Luce Perdrix, maire de la commune de Gruffy, dont dépend tout le haut de ce massif, a déclaré au dernier comité syndical du Parc des Bauges qu’elle allait faire délibérer son conseil municipal sur le classement du site. Pour ce qui touche au massif du Mont-Blanc, nous autres, écologistes, réclamons depuis longtemps d’aller bien plus loin que les références « espace » (qui ne veut rien dire), « grand site » ou même patrimoine de l’UNESCO : nous voulons y créer un parc naturel international (franco-italo-suisse). Quant à la protection de la plaine du Fayet et au classement des Aravis, obéissons à notre président : soyons enthousiastes, accélérons les procédures !
Mes chers collègues, si nous avancions réellement dans toutes ces directions, l’improbable pourrait arriver : vous verriez des écologistes heureux ! Satisfaits à l’idée que les Jeux olympiques d’Annecy (si Annecy les obtenait) deviendraient autre chose qu’un grand cirque télévisuel… Qu’ils seraient une fête des hommes et de l’Alpe, loin de ce que nous craignons aujourd’hui qu’ils soient, à savoir (je reprends l’image) un monstrueux « Intervilles » du fric et du nationalisme, saccageur, dispendieux, toxique et injurieux pour la montagne.















