Jeux olympiques d’Annecy

25 février 2011
Ci-dessous, le texte de l’intervention que j’aurais dû faire en Assemblée plénière de la Région Rhône-Alpes aujourd’hui, mais que je n’ai pas faite, parce qu’un mouvement social des employés de cette grande et belle institution a semé une sympathique zizanie dans les débats…

Mes chers collègues,
La dernière fois que nous avons évoqué l’hypothèse (vacillante !) des Jeux olympiques d’Annecy, l’un d’entre vous s’est gentiment moqué de notre groupe : il nous a accusés de vouloir des « Jeux olympiques Intervilles ». La vérité est qu’on trouve peu d’élus Europe-Écologie chez les amateurs d’« Intervilles », de « Koh-Lanta » ou de la « Ferme des Célébrités ».
Nous aimerions simplement que, s’ils doivent exister, les Jeux olympiques restent modestes, c’est-à-dire tournés vers le sport, et non vers la politique ou le fric. Vers l’exaltation de l’effort, et non celle du chauvinisme ou du nationalisme. Dans nos Jeux olympiques à nous, par exemple, on donnerait des médailles aux athlètes, mais on ne jouerait aucun hymne national ; et on interdirait le décompte des breloques par pays : ce classement ne reflète que l’arrogance des plus riches ou des plus tyranniques, c’est-à-dire des plus tricheurs ou des plus dopés.
Nous autres, écologistes, sommes des utopistes : mais pas jusqu’à nous laisser embobiner par des promesses de pactole. Il n’y a jamais eu de Jeux olympiques financièrement équilibrés, et il n’y en aura jamais. La presse italienne a dénoncé le gouffre budgétaire de Turin, et le fait que la plupart des installations prétendument pérennes y tombent en ruine. Je rappelle que les Jeux olympiques d’Albertville se sont soldés par un trou de 45 millions d’euros ; je vous épargne le calcul des augmentations de taxes consécutives.
Nous autres, écologistes, ne sommes pas opposés à des déficits, à condition qu’ils aient un sens pour les peuples, qu’ils aident la démocratie, qu’ils fassent avancer la cause de la paix, ou tout simplement qu’ils apportent un moment de bonheur authentique aux humains. Le projet de Jeux olympiques d’Annecy incarne le contraire. Durant la phase de candidature, le spectacle que nous ont donné les responsables politiques locaux a oscillé entre le comique et le consternant : « C’est moi le chef ! Poussez-vous… » Avides de passer à la télévision (vous aviez raison : « Intervilles » n’est pas loin…), ces liders minimos avaient déjà magnifiquement privé Paris de Jeux olympiques au profit de Londres ; et, parce qu’on ne change pas une formule qui perd, ils ont recommencé avec Annecy.
Nous avions conditionné notre soutien à la candidature savoyarde à de substantielles avancées sociales et écologiques. La plupart de nos demandes sont passées à la trappe. Dans le domaine social, nous ne voyons pas ce qui différencie le sort des futurs prolétaires des J.O. d’Annecy du destin actuel des employés de la Compagnie des Alpes : ceux-ci font grève, en ce moment, dans les stations des Arcs, de La Plagne et de Peisey, en brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Nous ne sommes pas des chiens ! » C’est à La Plagne, je le rappelle, que se dérouleraient les épreuves de bob des J.O. d’Annecy.
Du côté de la protection de la nature, ce n’est pas plus reluisant. Mais là, d’un coup, je me reprends à espérer… Avec certains de nos collègues, j’étais à La Clusaz, l’autre jour, lors de l’inspection des sites par le Comité international olympique. J’ai assisté à la Table ronde sur le Tourisme et la Montagne, que le président de la République a réunie autour de lui. J’ai entendu Nicolas Sarkozy traiter les écolos de créatures bloquées au Moyen Âge : bon, ça, normal… Mais j’ai écouté jusqu’au bout notre président, et ce qu’il a ajouté m’a semblé intéressant. Primo, a-t-il dit, nous devons développer de façon harmonieuse l’économie de la montagne, entre autres préserver le foncier agricole qui permet aux paysans de vivre, dans la plaine du Fayet comme à proximité d’Annecy. (Je précise que, juste avant, le président avait goûté le reblochon fermier…) Secundo, a-t-il continué, il nous faut faciliter le classement du massif du Mont-Blanc au patrimoine mondial de l’UNESCO. Tertio, nous avons le devoir d’accélérer le classement en réserve naturelle du massif des Aravis. Quarto, la préservation du massif du Semnoz est urgente… J’avais l’impression de me retrouver dans le grand salon de l’Élysée, lorsque Nicolas Sarkozy a conclu et approuvé nos travaux du Grenelle de l’Environnement.
Je suis un écolo naïf, mais néanmoins bon citoyen : je désire de tout mon cœur faire plaisir au président. Mes chers collègues, j’espère que ses élans de La Clusaz se briseront moins vite que ceux du Grenelle… Notre assemblée régionale peut et doit aider Nathalie Kosciuzko-Morizet, Chantal Jouanno et Frédéric Lefèbvre (les trois ministres présents, quoique muets, à la Table ronde) à appliquer les consignes de leur lider maximo. En ce qui concerne le Semnoz, j’ai de bonnes nouvelles : madame Marie-Luce Perdrix, maire de la commune de Gruffy, dont dépend tout le haut de ce massif, a déclaré au dernier comité syndical du Parc des Bauges qu’elle allait faire délibérer son conseil municipal sur le classement du site. Pour ce qui touche au massif du Mont-Blanc, nous autres, écologistes, réclamons depuis longtemps d’aller bien plus loin que les références « espace » (qui ne veut rien dire), « grand site » ou même patrimoine de l’UNESCO : nous voulons y créer un parc naturel international (franco-italo-suisse). Quant à la protection de la plaine du Fayet et au classement des Aravis, obéissons à notre président : soyons enthousiastes, accélérons les procédures !
Mes chers collègues, si nous avancions réellement dans toutes ces directions, l’improbable pourrait arriver : vous verriez des écologistes heureux ! Satisfaits à l’idée que les Jeux olympiques d’Annecy (si Annecy les obtenait) deviendraient autre chose qu’un grand cirque télévisuel… Qu’ils seraient une fête des hommes et de l’Alpe, loin de ce que nous craignons aujourd’hui qu’ils soient, à savoir (je reprends l’image) un monstrueux « Intervilles » du fric et du nationalisme, saccageur, dispendieux, toxique et injurieux pour la montagne.

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La marche de l’ivrogne

6 février 2011
(Balade sur le sentier sans neige.)

La marche de l’ivrogne.
Ma façon de marcher s’apparente à celle-là.
Un coup à droite, hips !, un coup à gauche.
Roulis et tangage. Va comme le vent te pousse… Ou comme le bon vin te mène, après une soirée entre amis.
J’aime la marche de l’ivrogne.
Parce qu’elle s’appuie, en alternance, sur le mur et le lampadaire, elle ressemble à la nage du poisson. Elle ondoie. C’est une godille. Une sinusoïde. La transposition physique d’une équation. Elle dégage une élégance. On pourrait la nommer une « danse ».
Parce qu’elle refuse la ligne droite – qu’il s’agisse de la morale ou de la trajectoire -, elle remporte mon suffrage. Elle s’apparente au vagabondage poétique que je pratique de ville en forêt ou de plage en montagne. Je déteste le culte de l’efficacité, l’obsession du rendement, et cette société qui ne jure que par la performance et le profit rapide. Je suis partisan du détour, de l’hésitation, de la marche arrière, de la circonvolution, de l’errance. Du recommencement. De la fertile union du temps et de l’espace.
C’est la raison pour laquelle je préfère le sentier sauvage à l’autoroute. La surprise, la bifurcation, la cachette, le secret à la ligne droite.
La marche de l’ivrogne n’est autre que celle de la vie même.

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Rêve de Yéti

4 janvier 2011

J’ai rêvé du Yéti. Du Migou. De l’Abominable Homme des Neiges. Ou plutôt, j’ai rêvé que j’étais le Yéti. L’épisode était confus, mais palpitant. Je me suis vu marcher à six mille mètres d’altitude sur la face nord de l’Everest (en tibétain, Chomolungma ; en népalais, Sagarmatha) ; être emporté par une monstrueuse coulée d’avalanche dans un gouffre qui menait aux Enfers ; et comparaître devant Satan en alpiniste aux crampons fourchus…
J’ai ruminé toute la matinée ce songe anthropomorphe. Et si le Yéti existait ? Certains le pensent. Comme ses cousins l’Almasty du Caucase et le Bigfoot des Appalaches américaines, le Migou relève de la cryptozoologie – la science des animaux cachés… Avec le Yéti, la réalité pourrait dépasser la légende. Il pourrait y avoir quelque chose… L’Abominable Homme des Neiges est notre cousin. C’est le roi sans sujets d’un pays blanc et pur… Les Tibétains voient en lui un « homme bon », un « vrai bouddhiste ». Les sherpas disent que c’est le résultat de l’union d’un saint lama et d’un démon femelle.
Je reprends ma défroque de naturaliste. Un grand singe anthropoïde, baptisé gigantopithèque, marchait en Asie, à la fin de l’ère Tertiaire. Né du ramapithèque, il atteignait trois mètres de hauteur et montrait des dents deux fois plus longues que celles du gorille. Les paléontologues supposent que ce titan des primates (dont les Chinois vendaient naguère les canines fossiles comme des « dents de dragon ») a disparu voici à peine un million d’années. L’un de nos ancêtres, l’Homo erectus – localement, l’homme de Pékin, ou sinanthrope – l’a connu, peut-être chassé ou même mangé.
Je m’autorise à croire que des gigantopithèques oubliés ruminent un rêve de Yéti dans leur crâne en pain de sucre, sous leur tignasse de poils roux. Tintin, reporter au pays du Lotus bleu pour le Petit Vingtième, grimpe avec moi les saluer dans leurs cavernes de l’Himalaya.
Si j’en trouvais un, au moins pour un moment, je m’empresserais d’oublier l’Homo sapiens. Frère Yéti, attends-moi : j’arrive !

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Bill Gates + Monsanto

5 décembre 2010

Peu d’entre nous ont été dupes, quelques-uns s’y sont laissés prendre…
Bill Gates, l’homme le plus riche du monde, le fondateur/profiteur de Microsoft, a lancé une Fondation prétendûment philanthropique et écologiste. C’était une couche de peinture pseudo-humanitaire verdâtre. La fondation Bill Gates achète aujourd’hui des paquets d’actions Monsanto. Voici quelques-unes des infos qu’on peut lire dans la revue en ligne Sauve la Terre, la gazette des lanceurs d’alerte :

Créée en 1994, la Fondation Bill et Melinda Gates gère un capital de 33,5 milliards de dollars. Ce pactole est désormais investi à hauteur de 23 millions de dollars dans l’achat de 500 000 actions de la firme Monsanto. Oui : Monsanto, le temple des OGM, le fabricant de l’agent orange (à la dioxine) déversé par tonnes durant la guerre du Vietnam, ou encore du sinistre herbicide Roundup…
Gates-Monsanto : l’union de deux des monopoles les plus cyniques et les plus agressifs de la planète ! 90 % du marché mondial des logiciels informatiques pour le premier, 90 % du marché des OGM pour le second…
La Fondation Gates coopère aussi avec la Fondation Rockefeller, fervente promotrice des OGM à destination des pays pauvres. Tous ces humanistes se sont alliés pour créer l’Alliance for a green revolution in Africa (Agra) (« Alliance pour une révolution verte en Afrique »), qui ouvre le continent Noir aux OGM et aux produits agrochimiques. Comme si ce n’était pas encore assez, la Fondation Gates s’est assuré les bonnes grâces des ministres des Finances des Etats-Unis, du Canada, de l’Espagne et de la Corée du Sud, lesquels ont mis sur la table 880 millions de dollars pour un « Programme mondial d’agriculture et de sécurité alimentaire » (Global agriculture and food security program).
L’avenir des paysans (et des consommateurs) du monde est entre les meilleures mains.

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Dioxine, Gilly-sur-Isère

26 novembre 2010

On nous rebat de nouveau les oreilles avec le Grenelle de l’environnement. Mais le droit à une terre, un air, une eau propres n’est pas pour demain, ni même pour aujourd’hui. En témoigne la pollution à la dioxine qui a touché Gilly-sur-Isère, près d’Albertville, en Savoie.
Le scandale écologique n’éclatera pas, du moins pas pour la justice. L’affaire va donner lieu à un procès pénal qui se tiendra à Albertville, les 29 et 30 novembre prochains. Mais on n’y jugera que des à-côtés – rien sur le fond. Je serai parmi les citoyens présents devant le palais de Justice, qui diront leur indignation.
Rappel des faits : l’incinérateur de Gilly-sur-Isère ferme en 2001, après la découverte d’un taux anormalement élevé de dioxine dans l’environnement. Cet agent cancérigène dépasse jusqu’à 750 fois la norme autorisée. Par mesure de précaution, 7 000 bovins sont abattus, 2 millions de litres de lait et 24 tonnes de produits laitiers détruits.
En mars 2002, deux cents riverains déposent plainte, persuadés que l’incinérateur a provoqué une flambée du nombre de cancers dans la population locale. Une information judiciaire pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui est lancée. Cinq ans plus tard, la plupart des procédures pénales sont annulées faute de preuves. Les expertises n’ont « formellement démontré » aucun lien de causalité entre la pollution et les cancers.
Novergie Centre-Est, filiale de Suez-Environnement, sera jugée lundi et mardi, en tant que personne morale, pour non-respect des normes environnementales. Mais les parties civiles s’estiment flouées, privées du procès équitable qu’elles attendaient. Corinne Lepage et Dominique Voynet, anciennes ministres de l’Environnement, seront appelées à la barre comme témoins. Elles avaient, à l’époque, mis en garde les préfets.
Toujours la même difficulté pour les consommateurs, les citoyens pollués, les victimes : la relation directe entre le produit toxique et la maladie est quasi impossible à établir pour chaque cas particulier. Les méfaits de ce qu’on appelle les « petites doses » (produits chimiques, isotopes radioactifs, etc.) peuvent être mis en évidence statistiquement, mais les actions de masse (les « class actions » aux Etats-Unis) ne sont pas légales chez nous. D’où la frustration et la colère des individus touchés et de leurs familles, qui s’estiment lésés, maltraités, méprisés…

L'incinérateur de Gilly-sur-Isère.

La molécule de dioxine.

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Thon rouge

17 novembre 2010
Aujourd’hui, discussion entre pêcheurs et Etats sur la question du thon rouge. Quels quotas permettre ? En vérité, seul un moratoire de plusieurs années peut sauver ce poisson. Puisque j’ai déjà écrit un article sur ce sujet dans mon Les Mots pour le pire : dictionnaire énervé de l’écologie, je ne vais pas en pondre un de plus. Voici le texte.

Thon rouge
Gros poisson qui fut à la fois une merveille de la mer et un délice dans nos assiettes, et qui n’existera bientôt plus. On estime que l’espèce (ou plutôt les trois qu’on nomme ainsi : Thunnus thynnus , T. maccoyii, T. orientalis) a perdu les trois quarts de ses effectifs en un demi-siècle. Et encore : en étant optimiste…
Ramdam à Marseille. Ce n’est pas la sardine qui bouche le Vieux Port : on ne voit presque plus de sardines en Méditerranée. Les responsables de ce tohu-bohu sont les thoniers. Ils conspuent Greenpeace et les « écolos irresponsables » qui clament cette vérité difficile à entendre : au rythme actuel de captures, les thons rouges auront bientôt disparu ; et que les thoniers seront foutus.
Paradoxe ! Ceux qui défendent le mieux les professionnels de la mer contre leur imprévoyance se font arroser, injurier, menacer, expulser. L’attitude des pêcheurs est à peu près aussi rationnelle que celle du patient qui étend d’un coup de poing le médecin qui lui annonce sa maladie et lui prescrit les remèdes.
Les pêcheurs refusent d’admettre qu’ils ont vidé la mer de ses richesses jusqu’aux abysses… Ils accusent les dauphins, les phoques, la pollution, le climat, les courants. Toutes choses et tout le monde, sauf eux-mêmes… Ils hurlent contre la « dictature » de l’Europe ou de la FAO. Mais c’est eux qui ont fait de la mer un désert…
Traqués par les flottes du monde entier, les thons rouges valent de plus en plus cher sur les marchés, parce que ce sont les derniers. On les prend jeunes et on les élève à la farine de poisson, pour les revendre une fortune au Japon. Les marins doivent vivre, bien sûr. Mais en refusant d’écouter les scientifiques, ils font penser à ces personnages des anciens dessins humoristiques, en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Sauf que le gag ne fait plus rire personne… Sans un sursaut de lucidité, le futur des thoniers est écrit. Leurs bateaux iront à la casse, et leurs enfants feront un autre métier.
Car, en boîte ou en sashimi, les derniers thons rouges sont déjà dans nos assiettes.

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Belles baleines

31 octobre 2010
Pour aider (si c’est encore possible) à sauver les baleines, ces géants fragiles de la biodiversité, pour lesquelles je me bagarre depuis 40 ans, cet article de mon Les mots pour le pire : Dictionnaire énervé de l’écologie :

Baleine
Mammifère marin et rêve gigantesque pour les enfants et les poètes. On peut vivre dans son ventre, comme le suggèrent les épisodes très véridiques du prophète Jonas avalé par le Léviathan (Bible, Livre de Job) ; de l’Histoire véritable du Grec Lucien de Samosate ; des voyages de Sindbad le Marin ; ou des Aventures de Pinocchio selon l’Italien Carlo Collodi.
Il existe dix espèces de baleines à fanons (ou mysticètes) : trois franches, la grise, la bleue, le rorqual commun, la baleine à bosse et trois rorquals plus petits, le boréal, le tropical et le museau-pointu. Toutes sont menacées, jadis et encore par le harponnage, mais aujourd’hui surtout par nos pollutions (chimiques, sonores…), par les hélices de bateaux et par les prélèvements excessifs de la pêche industrielle aux crevettes, harengs, capelans ou sardines. Le Japon, la Norvège et l’Islande tentent chaque année de remettre en cause les décisions protectrices de la Commission baleinière internationale (CBI). Ils n’hésitent pas, pour cela, à acheter les voix des pays pauvres. Ils continuent la traque aux petits rorquals en invoquant une hypocrite « clause scientifique ». Ils détournent la juste clause d’exemption aborigène. Ils pratiquent un braconnage éhonté en harponnant les espèces les plus menacées : ce forfait a été prouvé par des analyses génétiques effectuées sur de la viande de baleine achetée au marché aux poissons de Tokyo.
La baleine bleue, ou rorqual bleu, incarne le plus gros animal que la vie ait inventé sur notre planète : record de poids à 190 tonnes (une femelle harponnée en 1948) – deux fois et demie le plus gros dinosaure ; 30 mètres de longueur (trois autobus) ; une queue de 7 mètres d’envergure ; la langue comme un éléphant ; le cœur comme une voiture ; chez le mâle, les testicules pèsent un quintal et le pénis atteint 3 mètres…
Avant la tuerie décidée par les hommes (bateaux chasseurs rapides, canons lance-harpon, navires-usines), l’espèce comptait quelque 300 000 individus. Il en subsiste à peine 3 000 : 1 pour 100 de la population originelle… Quoique la chasse à ce colosse soit interdite dans toutes les mers depuis 1965, les effectifs stagnent. Pollutions, manque de nourriture, collisions avec des bateaux, mélancolie génésique… On songe au massacre de ces colosses dans la première moitié du XXe siècle. On se remémore ces vers que composa, en 1940, le poète chilien Samuel A. Lillo :
« Et sur la mer le sang s’étale
Comme un manteau de pourpre flottante… »
L’Homo n’est pas sapiens : il est destructor. Ou terminator.

Pétition en cours :
http://www.avaaz.org/fr/the_end_of_whales/?vl

Pour le plaisir, ces photos de baleines à bosse (jeunes mâles en train de se tirer la bourre), prises dans le goffe du Saint-Laurent, près de l’archipel des Mingan.

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Transalpine Lyon-Turin

26 octobre 2010

Pour Marc en particulier, et pour tout le monde bien sûr, ce que j’ai pu trouver d’officiel à la Région Rhône-Alpes sur l’état du projet Lyon-Turin, où la vieille taupe ne creuse pas bien vite. Document :

Transalpine Lyon-Turin : anticiper la croissance du trafic

Idéalement situé au cœur de l’Europe, Rhône-Alpes est un carrefour important pour le transport de marchandises qui voit passer jusqu’à 4 000 camions par jour dans les vallées de la Maurienne. Le développement économique ne peut que faire augmenter ce chiffre. Pour anticiper cette croissance et ses conséquences sur l’environnement, la Région s’est investie dans le projet de liaison ferroviaire à Grande Vitesse Lyon-Turin.
Le projet, c’est plus de 200 km de lignes à grande vitesse traversant les Alpes pour transporter, à terme, 40 millions de tonnes de marchandises par an. Près de 7 millions de voyageurs profiteront eux aussi de la future Transalpine. Un projet transfrontalier qui boostera l’espace économique entre Rhône-Alpes et le Piémont. Et bien au-delà puisque cette liaison représente un maillon clé pour relier, à terme, Lisbonne à Kiev.
Le tracé du projet Lyon-Turin comporte une section française, de Lyon à Saint-Jean-de-Maurienne, une partie franco-italienne de Saint-Jean-de-Maurienne à Bruzolo et une section italienne, de Bruzolo à Turin. Le cœur du projet est la partie franco-italienne avec deux tunnels : l’un de 53 km entre Saint-Jean-de-Maurienne et Venaus et l’autre de 12 km entre Venaus et Bruzolo. Des travaux de reconnaissance avec le creusement de descenderies ont été lancés. Ces dernières sont des galeries permettant de rejoindre, à travers la montagne, le niveau du futur tunnel de 53 km, creusé entre 570 et 750 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Enfin, et pour conforter le maillage du réseau ferroviaire, la LGV Lyon-Turin sera raccordée au CFAL ainsi qu’à la nouvelle ligne du TGV Rhin-Rhône.

Grandes phases des travaux de la ligne Lyon-Turin

2002 : travaux de reconnaissance portant sur le creusement des descenderies et galeries de reconnaissance.
Août 2007 :
1 610 m creusés sur 2 280 m pour la descenderie de Saint-Martin-la-Porte.
3 845 m creusés sur 4 000 pour la descenderie de Modane – Villarodin-Bourget.
1 123 m creusés sur 2 572 pour la descenderie de La Praz.
2011 : engagement de la première phase des travaux.
2013 : engagement de la deuxième phase des travaux.
2020 : prévision de la mise en service.

Mes commentaires :
1. On parle de plus en plus de TGV, de moins en moins de marchandises. « Voyageurs », ça va ; « fret » ou « ferroutage » deviennent des gros mots.
2. L’an 2020, ça mange pas de pain. On a, autrefois, parlé de 2005, de 2010, etc. Certains ne disent déjà plus 2020, mais 2025.
3. Qui sera président de la République en France, du Conseil en Italie, en 2020, pour inaugurer l’ouvrage, si les délais sont tenus ?

Pour plus d’infos :
http://www.transalpine.com/index.php?page=portail
http://www.ltf-sas.com/
http://www.lyon-turin.info/le-trace.php

Construction de la descenderie de La Praz (Savoie).

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Jean-Louis Borloo

13 octobre 2010
Puisqu’une hypothèse de politologue nous annonce Jean-Louis Borloo à Matignon, je contribue au débat en recopiant l’article que je lui consacre dans mon « Dictionnaire énervé de l’écologie : les mots pour le pire ». Au moins, ça nous changera de l’écologie profonde…

Super-ministre français de l’Écologie, l’homme du président Sarkozy dans le montage et le ramassage du Grenelle de l’environnement… Jean-Louis Borloo s’enrichit comme avocat d’affaires, l’un des mieux payés du monde selon le magazine américain Forbes. Fortune faite, il se lance dans la politique sous les couleurs (mais quelles couleurs ?) du Parti radical valoisien. Il est élu maire de Valenciennes. Après une gaffe et un passage météoritique au ministère des Finances, il entre en écologie. On le voit courir la planète pour exposer sa verditude aux caméras, des glaciers du Groenland aux récifs de coraux des tropiques. Yann Arthus-Bertrand est en général du voyage. Un saut en avion, un survol en hélicoptère, et hop ! Je deviens grand témoin devant les caméras. Au diable mon bilan carbone…
Jean-Louis Borloo ambitionne (disent ses proches) de devenir Premier ministre, puis président de la République : rien d’original. Pour l’heure, il accepte la réputation de compagnon de la dive bouteille que lui font les Guignols de l’Info de Canal +. En fuyant (à la buvette !) un débat sur les OGM à l’Assemblée nationale, il est accusé, par sa sous-ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, de participer à un « concours de lâcheté et d’inélégance ». Sa sous-ministre suivante, Chantal Jouanno, fait du karaté et essaie de recoller les morceaux brisés du Grenelle et de Copenhague.
Lorsqu’on lui parle d’un projet, quel qu’il soit, Jean-Louis Borloo répond en tapotant l’épaule de son interlocuteur : « On va le faire… On va le faire ensemble ! » (L’auteur de ces lignes se l’est entendu dire.) Moyennant quoi, sur à peu près tous les sujets (bonus-malus, réduction des pesticides, cantines bio, taxe carbone, etc.), le ministre d’On-va-le-faire-ensemble est contraint de manger son chapeau ou d’avaler des couleuvres.
Mais vert, le chapeau !
Et écologiques, les couleuvres !

Tansgénique, le maïs ?

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Ecologie profonde

19 septembre 2010

Puisqu’il a été plusieurs fois question d’écologie profonde sur ce blog, je colle ici le texte de l’article que j’ai consacré au sujet dans mon Dictionnaire énervé de l’écologie (à paraître dans les tout prochains jours) :

Ecologie profonde
En anglais, deep ecology. École de pensée dont le père fondateur est le philosophe norvégien Arne Næss (1912-2009). Selon ce dernier, l’humanité doit être considérée, non pas comme une espèce à part ou supérieure aux autres, mais comme une partie de la biosphère.
L’écologie « classique » pose comme finalité de la morale et de l’action la satisfaction des besoins humains, et attribue au reste du vivant le statut de simple ressource : tels sont l’anthropocentrisme et l’humanisme. L’écologie profonde inscrit, au contraire, le destin de l’Homo sapiens dans une vision totalisante de la vie : c’est un biocentrisme. À ses yeux, le fond du problème n’est pas l’homme en tant que tel, mais l’homme et l’ensemble des espèces avec lesquelles il coévolue depuis son apparition.
Arne Næss formule pour la première fois ce concept dans un article qui paraît en 1973, et qui est intitulé « Le mouvement écologique superficiel et le mouvement profond ». Il y affirme notamment : « Le droit de toute forme de vie à exister est universel et ne saurait être quantifié. Aucune espèce ne détient plus qu’une autre un droit spécial à exister. » Les idées d’Arne Næss choquent les penseurs humanistes, religieux, bien-pensants, communistes, progressistes, béni oui oui ou politiquement corrects. Mais ses propos constituent une revigorante incitation à la réflexion.
Cependant, au contraire de ce que font semblant de croire Luc Ferry dans son essai Le Nouvel ordre écologique, ou Jean-Christophe Ruffin dans son roman Le Parfum d’Adam (mais tout est permis dans un roman !), les tenants de l’écologie profonde ne sont pas nombreux ! Loin de la secte en quête de pouvoir… La deep ecology, combien de divisions ? Zéro… Ce n’est pas demain la veille qu’on verra un « fascisme vert » éliminer des humains pour faire de la place aux requins, aux loups ou aux éléphants.
Il arrive que, dans ses moments de fantasme sadique (qui ne connaît pas ce genre de délire ?), et au désespoir de voir l’Homo sapiens se conduire si bêtement et si méchamment, l’auteur de ce Dictionnaire envisage pareilles extrémités. Petit plaisir innocent de l’imagination ! Mais qui permet de poser, sous forme d’interrogation provocante, le grave problème philosophique des limites de l’humanisme. Celui-ci nous commande de privilégier l’humain en tout temps et en tout lieu. Nous en sommes d’accord. Mais supposons qu’en 1933, par une magie d’histoire-fiction, nous ayons devant nous, d’une part le couple Hitler-Eva Braun, et d’autre part le dernier couple de tigres.
Nous ne pouvons en sauver qu’un seul. Lequel choisissons-nous ?

Lumière du soir, mont Jovet.

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